À la rencontre de l’atikamekw

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Publié le 
31 janvier 2022

Avez-vous déjà eu envie d’apprendre une langue autochtone? J’ai rencontré pour vous une participante à une formation sur la langue et la culture atikamekw. Appelons-la kiskinohamakan, qui signifie « élève » ou « étudiante » en atikamekw.

E.L. Marchand : Kwe! Pouvez-vous nous en dire plus sur le programme? Qui y participait? Comment se déroulait-il?

Kiskinohamakan : C’était quatre fins de semaine offertes par Kina8at (prononcé « kinawat »), un organisme à but non lucratif qui prône le partage de la culture autochtone avec tous et toutes, sans exception. Kina8at signifie « ensemble » en anicinape (algonquin). Nous étions une vingtaine – seulement des non-Autochtones et des Métis. La moitié du temps était consacrée à l’enseignement de la langue; l’autre moitié, à la culture autochtone.

E.L. Marchand : Qu’est-ce qui vous a incitée à vous inscrire à ce programme?

Kiskinohamakan : C’est surtout mon attirance pour la nature, mais pas juste pour la nature, pour l’esprit dans tout ce qui vit. C’est quelque chose que je ressentais enfant et que je ressens encore, cette connexion à la nature. Peut-être aussi parce qu’il y a eu des Autochtones parmi mes ancêtres, je me sens vraiment proche de cette culture, de cette philosophie.

E.L. Marchand : Qu’est-ce qui vous a frappée du point de vue de la langue?

Kiskinohamakan : Ce qui est vraiment particulier, c’est que chaque mot a une histoire, et en nous dévoilant les mots de la langue, c’est l’histoire du monde qu’on nous racontait, selon la version autochtone. Par exemple, dans le mot « cimetière » (rikwaskan), il y a le mot « écorce » (wikwas), parce que déjà les morts étaient entourés d’écorce. Le mot « soleil » (pisimw – prononcé « piissim »), qui est l’astre du jour, vient du mot « éclatement » (pisiparin), ce qui rend l’idée d’une explosion originelle rappelant la théorie du Big Bang. Dans le mot « chaudron » (askikw – prononcé « askikkwa »), il y a le mot « terre » (aski), parce que les chaudrons étaient faits en terre cuite. Et ainsi de suite.

E.L. Marchand : Qu’est-ce que la formation vous a apporté sur le plan culturel?

Kiskinohamakan : On nous a fait vivre des rituels de feu sacré et d’eau; on nous a expliqué la roue de la médecine, ou cercle de vie; on nous a montré à fabriquer un capteur de rêves, une pochette de médecine, à préparer de la bannique.

Pour le feu sacré, chaque morceau d’écorce était traité avec respect et humilité. Nous honorions la vie dans ces particules de la nature. Pour le rituel de l’eau, c’était la même chose. On nous parlait de l’énergie de l’eau. Qu’est-ce que c’était pour nous.

Mais surtout, les enseignants étaient des Autochtones qui vivent ou ont vécu dans des réserves. Ils nous ont tous parlé des pensionnats. Ils nous ont raconté très ouvertement leur vécu, autant les belles choses que les moins belles.

J’ai été très touchée par la confiance qu’ils avaient à s’ouvrir comme ça à des gens d’une autre culture – car nous sommes complètement d’une autre culture. Ça m’a amenée à avoir beaucoup de compassion, mais aussi beaucoup d’humilité envers eux. Ils nous traitaient vraiment en humains. Pas comme un peuple ou un autre, ou une culture ou une autre, nous étions vraiment des êtres humains qui étaient ensemble pour partager des connaissances.

E.L. Marchand : Avez-vous une anecdote à raconter?

Kiskinohamakan : Un des enseignants nous a parlé de la façon dont certains Autochtones se saluent. Au lieu de demander « Comment vas-tu? », ils demandent « Est-ce que tu vis bien? ». L’enseignant nous a expliqué que bien vivre, c’est savoir s’entourer autant des êtres que des objets qui font vibrer le beau et le bon en soi et tout autour. C’est savoir apprécier la vie.

E.L. Marchand : Qu’est-ce que la formation t’a apporté d’un point de vue personnel?

Kiskinohamakan : D’un point de vue personnel, le fait de me rapprocher de la culture autochtone et surtout de voir que les Autochtones peuvent la partager de plus en plus, ça me donne confiance dans un futur favorable pour la planète et pour les humains. Je crois que c’est par les Autochtones que ça va arriver, un monde plus respectueux de la nature et aussi de l’humain en nous.

E.L. Marchand : Avant de terminer, je tiens à préciser aux lecteurs et aux lectrices qui souhaitent en apprendre davantage sur cette langue qu’il est possible de consulter en ligne le dictionnaire atikamekw (s’ouvre dans un nouvel onglet), qui donne la signification et aussi la prononciation des mots.

Merci d’avoir lu! Merci à notre kiskinohamakan, Hélène Rioux, et micta mikwetc (merci beaucoup) Kina8at!

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À propos de l'auteur

Ève Lyne Marchand

Ève Lyne Marchand

Ève Lyne Marchand est traductrice de l’anglais au français au gouvernement du Canada depuis 2009. Elle se spécialise notamment dans les domaines de l’emploi, de la formation et de la gestion de projet. Outre la traduction, elle a étudié la création littéraire et la musique : billets sans escale vers une vie parallèle où elle écrit poésie, fantastique et science-fiction.

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Je termine la lecture de « usage autochtone des plantes médicinales du Québec » et c’est intéressant de voir comment se complète l’enseignement avec ce qu’a vécu cet élève . Bon, ce ne sont pas tous les autochtones qui vivent dans ces principes puisque plusieurs vivent à la façon américaine ou européenne mais ceux qui savent apprendre et exprimer cette vision de la vie, de l’union de l’humain à la nature, savent rechercher la paix et la connaissance

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