À la rencontre de la traduction multilingue (partie 2) : apprendre plusieurs langues

Publié le 19 août 2024

J’ai rencontré récemment une traductrice et deux traducteurs multilingues pour en apprendre davantage au sujet de leur travail. Dans la première partie de l’entretienNote de bas de page 1, nous avons vu que la traduction multilingue peut être à la fois exigeante et gratifiante. Mais ce qu’on retient, c’est qu’elle permet de faire le pont entre les cultures.

J’avais envie d’en savoir plus. Comment est-il possible de connaître toutes ces langues? Comment y arriver? Quels sont les conseils de nos spécialistes de la traduction multilingue pour les personnes qui veulent apprendre une nouvelle langue?

Tout d’abord, laissez-moi vous les présenter de nouveau :

  • Frances Urdininea traduit de l’anglais, du français, de l’italien et du portugais vers l’espagnol.
  • Kelly Akerman traduit du français, de l’espagnol, de l’italien, du portugais, de l’allemand et du créole haïtien vers l’anglais.
  • Efraim Klamph traduit du français et du chinois vers l’anglais.

E. L. Marchand : Pourquoi avez-vous décidé d’apprendre plusieurs langues?

Frances Urdininea : Mon grand-père maternel a été une source d’inspiration pour moi. À une époque où il n’y avait ni Internet, ni YouTube, ni même d’enregistrements, il a appris à parler couramment l’anglais, l’allemand et le français, par lui-même. J’ai appris l’anglais et l’allemand à l’école. Je suis tombée en amour avec le russe quand mon père a été affecté à Moscou. Ensuite, j’ai vécu en Suisse, où j’ai appris le français et l’italien. Puis, j’ai appris par moi-même le portugais pour chanter les merveilleux textes de Tom Jobim. L’an dernier, je me suis mise au suédois. Pour moi, les langues sont des fenêtres sur les innombrables traditions culturelles et la richesse de l’histoire de l’humanité. Apprendre une langue est aussi une excellente façon de garder son cerveau éveillé et alerte!

Kelly Akerman : C’est simple : j’adore cela, et j’y consacre beaucoup de temps. Je suis quelqu’un qui aime interagir avec plein de personnes différentes, et je préfère le faire dans leur langue dominante, quand c’est possible. Je pense qu’apprendre une langue est un pas essentiel vers plus d’équité, plus d’acceptation de la diversité et plus d’inclusion.

Efraim Klamph : On dit parfois que connaître une autre langue, c’est posséder une autre âme. En chinois, il y a ce concept de piété filiale, qui consiste à faire preuve de respect envers ses aînés, ses parents. J’essaie d’intégrer ce concept à ma personnalité, ce qui me permet, je pense, d’être une meilleure personne. J’ai fait des rencontres et cultivé des amitiés qui n’auraient pas été possibles autrement. On peut lancer du texte dans un logiciel d’intelligence artificielle, un robot conversationnel par exemple, et obtenir un résultat; mais ce n’est pas le résultat qui compte, mais bien le chemin parcouru. Apprendre une langue… c’est toujours très puissant.

E. L. Marchand : Vrai ou faux? Est-ce que plus on apprend de langues, plus ça devient facile?

Frances Urdininea : Vrai. Plus on apprend de langues, plus le cerveau s’habitue au processus. Cependant, il faut savoir dans quel objectif on veut apprendre une langue, car le temps qu’on pourra y consacrer sera forcément limité. Maîtriser une langue, même sa langue maternelle, demande un travail constant!

Kelly Akerman : Je ne peux pas dire si c’est vrai ou faux. Je pense qu’au sein d’une même famille linguistique, il y a beaucoup de ressemblances qui peuvent faciliter l’apprentissage. Mais pour certaines personnes, ces ressemblances peuvent aussi rendre l’apprentissage plus difficile.

Efraim Klamph : Je ne peux certainement pas répondre pour plusieurs langues. Mais je trouve que plus on consacre de temps au mandarin, plus ça devient facile. Je pense aussi que ça dépend des langues. Pour certaines, la courbe d’apprentissage est plus abrupte, pour d’autres, l’apprentissage peut sembler plus facile.

E. L. Marchand : Que conseillez-vous à quelqu’un qui veut apprendre une langue?

Frances Urdininea : Choisissez une langue qui vous permettra d’en apprendre davantage sur un sujet qui vous passionne. Par exemple, apprenez l’italien parce que vous adorez l’opéra; apprenez le français parce que vous voulez suivre un cours de cuisine à Paris; apprenez l’anglais parce que vous êtes scientifique et voulez assister à des conférences internationales sur votre sujet de recherche.

Kelly Akerman : Si vous avez une motivation externe, vous apprenez une langue parce qu’il le faut, peut-être parce que votre travail l’exige ou pour avoir un meilleur salaire à long terme. Si vous avez une motivation interne, vous apprenez une langue parce que vous souhaitez intégrer une communauté linguistique et contribuer à promouvoir la vitalité sociolinguistique. Les deux types de motivation peuvent servir de moteur, et ils sont vraisemblablement présents d’une manière ou d’une autre chez les personnes qui, comme nous, apprennent plusieurs langues.

Efraim Klamph : Beaucoup de polyglottes pourraient vous proposer leur propre façon d’apprendre une langue et d’intégrer le vocabulaire, mais vous diront aussi que le plus important, c’est d’y aller selon vos intérêts. Donc si vous aimez Harry Potter, lisez Harry Potter dans la langue que vous souhaitez acquérir. Si interagir avec des gens est important pour vous, essayez de parler la langue dès le premier jour de votre apprentissage. Si vous faites des choses qui vous intéressent, la motivation et les résultats seront au rendez-vous.

E. L. Marchand : J’espère que vous avez aimé en apprendre plus sur le parcours de ces trois personnes et sur la façon dont elles en sont venues à maîtriser autant de langues. Si vous êtes vous aussi polyglotte, avez-vous d’autres trucs à proposer aux gens qui souhaitent apprendre plusieurs langues?

Avertissement

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En savoir plus sur Ève Lyne Marchand

Ève Lyne Marchand

Ève Lyne Marchand est traductrice de l’anglais au français au gouvernement du Canada depuis 2009. Elle se spécialise notamment dans les domaines de l’emploi, de la formation et de la gestion de projet. Outre la traduction, elle a étudié la création littéraire et la musique : billets sans escale vers une vie parallèle où elle écrit poésie, fantastique et science-fiction.

 

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