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Vous êtes polyglotte sans le savoir

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Date de publication : 
1 octobre 2018
Rédigé par : André Racicot

De nos jours, nous avons l’impression que le français est envahi de toutes parts par l’anglais. Pourtant, la part du vocabulaire français venant de la langue de Shakespeare est à peine de cinq pour cent.

Au fil des siècles, notre langue a emmagasiné les emprunts puisés dans les pays voisins… et même plus loin!

Nous parlons italien

Vous écoutez une cantatrice qui chante sur un balcon au pied d’un campanile? Tout cela est pittoresque, n’est-ce pas? Les mots en gras viennent de l’italien. Vous ne le saviez pas? Eh bien ce sont des maîtres du camouflage. Les emprunts à la langue de Dante se sont parfaitement intégrés au français et passent le plus souvent inaperçus.

Pourtant, cette vague italianisante a suscité la réprobation à l’époque de la Renaissance. Bien des Français s’inquiétaient de cette invasion… dantesque.

Nous parlons néerlandais

Le français n’est pas seulement une langue latine. Il a également puisé dans l’abondant vocabulaire des langues germaniques. À commencer par le néerlandais, langue des Pays-Bas.

Tout le monde connaît le Manneken-Pis, cet impudent bambin (mot italien) qui urine dans une fontaine de Bruxelles. Eh bien, manneken nous a donné « mannequin ».

Les Néerlandais étaient une puissance coloniale. Ils ont entre autres colonisé l’Indonésie et le Suriname. Les mers n’avaient pas de secret pour eux. C’est donc par le biais de la navigation que les mots de leur langue se sont déversés dans la nôtre.

Bâbord et tribord, pour garder le pied marin. Si vous tombez à l’eau, vous aurez besoin d’une bouée. Souhaitons que le commodore à bord de sa corvette ait pitié de vous et qu’il vous ramène au havre.

L’éperlan et le flétan viennent aussi de la langue d’Érasme.

Des verbes connus comme maquiller, haler, radoter, nous viennent des Pays-Bas.

Nous parlons russe

Bien sûr, il y a eu la vodka, petite eau, qui réchauffe les cœurs, les isbas, ces petites maisons, qui n’ont rien à voir avec les somptueuses datchas.

Le régime communiste a laissé sa marque, lui aussi. Tout d’abord avec ses conseils ouvriers, appelés soviets, ses fermes collectives, les kolkhozes, ses atroces camps de concentration, les goulags, que nous a fait connaître Soljenitsyne. Mais bien avant le régime soviétique, il y avait ces massacres de Juifs, accusés de tous les maux, les pogroms.

Le saviez-vous, le béluga tire son nom de la langue de Tolstoï? Et aussi cette soupe nourrissante qu’est le bortch.

Et quand vous désirez signifier une fin de non-recevoir, vous dites niet, n’est-ce pas?

Nous parlons allemand

Qui dit Allemagne dit bière, n’est-ce pas? Pourtant le mot bière nous vient du… néerlandais. Mais pas le contenant dans lequel on la savoure, le bock.

On frappe à la porte? N'ouvrez pas tout de suite : regardez par le vasistas.

Restons dans le monde des clichés, la choucroute, ce chou aigre que l’on sert en accompagnement. Le plat de cochonnaille, consommé avec des litres de bière n’est pas typiquement allemand, contrairement à ce que l’on croit. Il est alsacien.

Malheureusement, impossible de parler du pays de Merkel sans penser à la guerre. Les blindés, ces chars aveugles, viennent de l’Allemagne. Le bunker aussi, bien que ce terme ait pris d’autres sens en français. Sous l’Occupation, les Français ont connu des pénuries et remplaçaient le café frais par ce qu’on appelait un ersatz, substantif allemand qui signifie « remplacement ».

Ceux qui visitent Strasbourg peuvent admirer les jeux de cloches de la cathédrale, ce que l’on appelle le glockenspiel.

Nous parlons hébreu

Difficile de dissocier la langue des Israélites du discours religieux. Des mots comme ange, chérubin, éden, kascher, manne, Pâques, séfarade en témoignent. Le jour du sabbat est le samedi.

Mais saviez-vous que cidre vient aussi de l’hébreu?

Nous parlons arabe

La civilisation arabe est vieille de plusieurs siècles et il est donc normal qu’elle ait laissé son empreinte sur le français.

Sur le plan de l’alimentation, particulièrement. Vous êtes un fanatique du café, ou vous préférez l’alcool? Un bon couscous aux merguez avec du safran suivi de loukoums à la pistache? Un sorbet à la pastèque avec tout cela? Tant qu’à y être, pourquoi ne pas organiser un méchoui?

L’apport de l’arabe est considérable dans tous les domaines. Qui imaginerait qu’algèbre et chiffre sont des mots arabes? Tout comme sofa, calibre, magasin, sirocco (non, ce n’est pas de l’italien!)

Conclusion

Que retenir de tout cela? Que le français n’est pas une « langue pure ». De fait, une telle langue n’existe pas. Tout le monde emprunte à tout le monde et les mots s’acclimatent tout doucement dans leur nouvel environnement.

Et vous? Connaissez-vous des mots qui viennent d’une autre langue que l’anglais?

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À propos de l'auteur

André Racicot

André Racicot est un ancien formateur au Bureau de la traduction. Blogueur enthousiaste, il est passionné par la langue française.

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Commentaires

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Excellent billet, André!
J'ai pris beaucoup de plaisir à le lire. C'était un peu comme si je me retrouvais dans un de tes ateliers pour quelques minutes.

Bonjour,
Merci pour votre blogue. Très amusant. Seulement une précision : un « vasistas » n'est pas un judas! Le petit trou installé dans une porte qui permet de voir qui sonne est appelé un judas, et non un vasistas, qui est une sorte de demi-fenêtre qui s'ouvre vers l'intérieur.

Bonne continuation!

RS.

Quel billet de blogue intéressant Monsieur Racicot! J'ai l'impression d'avoir voyagé à travers les époques et les pays.

J'ai pensé à d'autres emprunts à ajouter à la liste comme le mot pantalon d'origine italienne provenant de la commedia dell'arte ou encore portfolio qui est un dérivé de portafoglio signifiant portefeuille. Le portfolio est repris dans plusieurs domaines comme le portfolio des compétences (en affaires) ou le portfolio d'apprentissage. J'ai pensé également au mot bagatelle qui tire son origine à la fois de l'italien et de l'espagnol et offre une multitude de sens différents. Et je termine par le mot cheval qui a évolué à travers les siècles passant du latin caballus par la langue romane cavalh pour donner le mot cheval tel qu'on le connaît aujourd'hui.

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