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Le langage (et l’art) du monologue comique

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Publié le 
30 novembre 2020

Charlie Chaplin a dit : « Pour vraiment rire, vous devez être en mesure de saisir votre douleur et de jouer avec elle. » Ce n’est pas un secret, le rire est un moyen éprouvé d’améliorer notre qualité de vie, et s’il y a une chose dont le monde a bien besoin, c’est le rire. L’humour est une énorme industrie qui prospère grâce à des gens à la recherche d’un divertissement inoffensif et léger. Les meilleurs monologuistes comiques donnent l’impression que c’est facile, mais il faut beaucoup de travail pour créer une scène drôle, et la langue joue un rôle crucial dans le succès d’un numéro d’humour. Troy Stark et Monica Hamburg, deux monologuistes comiques talentueux de Montréal, ont accepté de répondre à quelques questions sur l’art de l’humour.

Question : Seriez‒vous disposé à tenter l’expérience du monologue comique dans une autre langue que l’anglais?

Réponse : Les artistes se produisent généralement dans leur langue maternelle. Bien que de nombreux humoristes soient bilingues, peu d’entre eux sont en mesure de se produire sur scène avec succès dans plus d’une langue. Troy joue principalement en anglais, mais il a également touché au français et à l’espagnol en traduisant simplement ses monologues dans ces langues. Il affirme que ce n’est pas une mince affaire : « Avant de recommencer, je voudrais maîtriser ces langues afin d’être en mesure de jouer davantage avec les subtilités de chacune. » Monica aimerait se produire en français, mais elle veut devenir plus à l’aise dans cette langue et ajoute : « J’aimerais me mettre au défi. Ce serait une expérience intéressante et terrifiante. »

Question : Quelles techniques littéraires ou quelles expressions de prédilection utilisez‒vous le plus souvent en spectacle?

Réponse : Les techniques littéraires sont des outils essentiels pour tout humoriste. La plupart utilisent des images sans même s’en rendre compte. Les meilleurs humoristes sont passés maîtres dans l’art d’utiliser les mots pour dépeindre des images auxquelles le public peut s’identifier de manière qu’il se sente véritablement entraîné et immergé dans la blague qu’ils racontent. Beaucoup des blagues de Monica commencent par « J’aime imaginer… ». Elle intègre également en douce des allitérations, des métaphores, des dialogues et des hyperboles à ses numéros.

Troy se fonde principalement sur des anecdotes personnelles, des allusions et des répétitions : « J’aime écrire des phrases très concises. J’aime raconter des histoires que j’ai véritablement vécues dans ma vie. J’aime rédiger des textes philosophiques et tenter de trouver comment rendre ces idées attrayantes pour les personnes qui les entendront. Dans chaque blague, tu essaies d’exprimer une idée ou de relater un événement. Chaque blague est différente. Chaque blague évolue à mesure que tu la répètes, de par les modifications que tu y apportes toi‒même, mais aussi en fonction de la réaction des divers publics. »

Question : Selon vous, qu’est‒ce qui est le plus important dans le monologue comique : la langue ou l’interprétation?

Réponse : Il y a évidemment un lien étroit entre la langue et l’interprétation. Troy estime que les deux sont importantes : « Il y a de nombreux humoristes que je considère comme des "rédacteurs", qui ont manifestement passé des heures à planifier ce qu’ils diront sur scène et qui s’attendent à ce que les mots à eux seuls épatent les gens. Il y a probablement davantage d’"interprètes" qui croient pouvoir monter sur scène et vous raconter la chose incroyable qui s’est produite hier soir, et qui s’attendent à ce que leur énergie à elle seule porte le récit. L’humoriste vraiment talentueux utilise un peu des deux et sait quand chacun des outils sera le plus utile. »

Monica abonde dans le même sens : « L’interprétation est assez importante. Je crois qu’il est possible de faire comprendre quelque chose en choisissant la façon de le dire. Il est plus facile de faire passer une blague en la communiquant intégralement (par son corps et sa voix). Bien entendu, pour moi, il est essentiel de bien utiliser les mots et de bien formuler les blagues, mais j’ai également appris à reconnaître que la personnalité est très importante. À mes débuts, j’admirais beaucoup les personnes qui se produisaient en restant stoïques et immobiles, et je voulais présenter mon matériel de cette façon. Il m’a fallu un certain temps pour comprendre que je gommais ma personnalité. J’ai fini par voir un humoriste très enthousiaste et présent dans son corps, et je me suis dit : "Oh... je m’en approcherais davantage si je me laissais aller, et alors le public s’amuserait vraiment..." »

Quelle que soit l’approche adoptée, l’utilisation des procédés de rhétorique contenus dans la langue joue manifestement un rôle majeur en humour.

L’humour est une industrie rentable dans le monde entier, mais cela ne se traduit pas nécessairement par une carrière lucrative pour les humoristes au Canada. Cela pourrait changer dans l’avenir : les organisations d’humoristes travaillent à rendre les subventions plus accessibles à ces artistes de la scène. En tant que personne qui enseigne la littérature et qui apprécie ce qui est bien écrit, je peux affirmer avec assurance que le monologue comique mérite le plus grand respect. La prestation d’un humoriste repose à parts égales sur son maniement de la langue, son enthousiasme et sa présence sur scène; ces forces ne lui garantissent pas nécessairement une carrière fructueuse, mais elles y contribuent assurément!

Traduit par Céline Danis, Portail linguistique du Canada.

Avertissement

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À propos de l'auteur

Nadia Helal

Nadia Helal

Nadia Helal est professeure d’anglais au Collège LaSalle de Montréal. Elle possède un baccalauréat en création littéraire et en littérature espagnole de l’Université Concordia, de même qu’un baccalauréat et une maîtrise en éducation de l’Université d’Ottawa. Nadia a enseigné l’anglais en Corée du Sud, en Angleterre et au Canada. Elle recommande le Portail linguistique du Canada à ses étudiants pour ses jeux sur la grammaire et ses explications claires.

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