3 expressions qui me font sourire… jaune

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Date de publication : 
19 mars 2018
Rédigé par : Jean-Sylvain Dubé

J’adore l’Outaouais! C’est le travail qui m’y a amené, il y a une quinzaine d’années. Je suis rapidement tombé amoureux de la région, où campagne et ville sont voisines et où francophones et anglophones se côtoient. L’Outaouais m’a fait découvrir de nouvelles expressions, dont plusieurs faisaient mal à mes oreilles de langagier. « Hein?! », me suis-je souvent dit.

Laissez-moi vous présenter 3 expressions courantes en Outaouais. Courantes, mais pas pour autant correctes…

1. « Fais sûr d’avoir ta bouteille d’eau. »

« Fais sûr de ci, fais sûr de ça. » On entend tellement cette expression en Outaouais qu’on en vient à se demander si elle est passée dans l’usage. Je vous rassure : non, elle ne l’est pas. Pas plus que l’expression « faire certain ». L’expression « faire sûr » n’est rien d’autre que la traduction littérale de l’anglais « to make sure ». Pourtant, la solution pour éviter l’affreux « faire sûr » est simple : utiliser le verbe « s’assurer ». Encore mieux : « N’oublie pas ta bouteille d’eau! »

2. « C’est mon oncle qui appartient ce casse-croûte où on fait les meilleurs hot-dogs en ville. »

« Hein?! » Ça m’a pris quelques instants pour comprendre ce que voulait me dire mon interlocuteur. Il avait traduit littéralement le verbe « to own » par le verbe « appartenir ». Malheureusement (ou heureusement), « appartenir quelque chose », ça ne se dit pas.

J’ai donc pu lui répondre : « Ah! Ce casse-croûte appartient à ton oncle. »

3. « Tous les matins, je vais marcher le chien. »

« Tu fais quoi? »

En Outaouais, beaucoup de gens « marchent leur chien ». Cette tournure traduit mot pour mot l’expression anglaise « to walk a dog ». On la croirait sortie tout droit d’un outil de traduction automatique! En français, la tournure ne tient pas debout, car le verbe « marcher » ne peut pas être suivi d’un complément direct (sauf s’il est précédé du verbe « faire »). On ne marche pas un chien. On le promène, tout simplement.

Qu’ont en commun ces trois expressions? Elles sont fautives, certes. Mais pourquoi? Parce qu’elles reproduisent une structure propre à la langue anglaise qui n’est pas correcte en français.

Évidemment, ces expressions vont à l’encontre du génie de la langue française.

Vous me direz peut-être que ce n’est pas bien grave. Au contraire. Pour moi, ce genre de fautes est plus dommageable à la langue française que, par exemple, l’emploi d’un « simple » anglicisme dans une phrase. Les anglicismes de structure s’attaquent au discours, aux façons de dire. Ils défigurent la langue française.

Je n’hésite pas à reprendre les gens qui font mal à ma langue, sans doute par déformation professionnelle. Et vous, osez-vous le faire? Y a-t-il des expressions venant de l’anglais qui vous agacent vous aussi? Dites-le-moi dans vos commentaires.

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À propos de l'auteur

Jean-Sylvain Dubé

Traducteur de formation, Jean-Sylvain est formateur au Bureau de la traduction du gouvernement fédéral. Il conçoit, prépare et donne des ateliers de formation langagière. Quand il quitte le bureau, Jean-Sylvain troque son chapeau de formateur contre sa tenue d’entraîneur. Il entraîne des équipes de volleyball depuis le début des années 2000. À temps perdu, il lit, tantôt pour s’instruire, tantôt pour se distraire.

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Commentaires

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Ce n'est pas seulement les expressions d'Ottawa et des Canadiens français qui me font mal aux oreilles, c'est aussi l'accent et l'intonation. Par exemple : « ...une claque su'ya yeule ».

Bonjour,
Merci pour ces expressions.
Quant à moi, je trouve irritant d'entendre et de lire partout l'expression « Je vous partage mon idée, mon témoignage, cela, etc. ». Il me semble que cet usage est fautif mais je n'arrive pas à en trouver l'explication. Ai-je tort? Ai-je raison? Pourquoi?
Merci.

Vous avez tout à fait raison, Carole-Anne. On ne peut pas « partager son idée, son témoignage, son opinion ». Contrairement au verbe anglais « to share », le verbe « partager » n'a pas (encore) le sens de « communiquer » en français.

Pour en savoir plus, je vous invite à lire l'article « partager (de l’information/une opinion) » des Clefs du français pratique, à l'adresse http://www.btb.termiumplus.gc.ca/tpv2guides/guides/clefsfp/index-fra.htm...

Ce qui me dérange encore plus que l'extension du sens du verbe « partager », c'est qu'on lui ajoute un complément d'objet indirect. On partage quelque chose avec quelqu'un, en deux parties, ou tout court, mais on ne partage pas quelque chose *à quelqu'un*. C'est ce qui se produit quand on dit « je vous partage un lien » (je partage un lien à qui? à vous).

J’aime beaucoup ces chroniques, car je suis conteur...
Un autre exemple de l'Outaouais : « touter de la horn » = klaxonner.

Bonjour M. Projean,
Est-ce que cela vous intéresserait de « conter » quelque chose sur le Blogue Nos langues? :)

Bonjour,

Tout à fait juste. Je me pose souvent la question à savoir si c'est moi qui suis dans l'erreur devant ces tournures trop souvent entendues. Hé bien non! Merci de confirmer!

Je me fais reprendre très souvent et avec raison. Je fais des efforts pour me corriger et parler un bon français.

Donner les expressions fautives sans expliquer l'expression correcte correspondante n'aide en rien à la promotion du français...

Quand nos commentateurs et journalistes de Radio-Canada vont-ils systématiquement remplacer « weekend / week-end / week end » (peu importe l'orthographe choisie) par le seul terme français accepté : « FIN DE SEMAINE »...???
Professeur de français langue seconde au Mexique depuis 15 ans.

À défaut d'expliquer l'expression correcte correspondante, je propose, pour chacune des expressions fautives, une solution correcte, parmi tant d'autres.

Pour vous répondre, en France et en Belgique, nous utilisons aussi le terme weekend pour parler du samedi et dimanche. Et la fin de semaine serait pour nous le vendredi, voire le jeudi. Maintenant, nous utilisons aussi des anglicismes, mais en tout cas cela est rentré dans la langue française; nous retrouvons d'ailleurs ce terme dans le dictionnaire.
Je vous mets ici un lien vers le Larousse en ligne. Larousse qui est d'ailleurs un dictionnaire de référence en France.
http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/week-end_week-ends/82754

Voici mon chapelet de perles : « raser de se faire lutter par un char », les « sours » (sewers/égouts), « fais sûr d'apporter ton bathing! » (maillot de bain).

Il y a longtemps, histoire de rire, j'avais proposé à mon associée et à notre stagiaire un slogan pour notre micro-cabinet de traduction : « À xyz on tchèque wouère pour faire sûr qu'on fait pas dur. » Slogan que nombre de personnes et d'entreprises devraient appliquer...

Je suis fan de hockey et je ne manque pas beaucoup de parties à la télé.......mais quand le Canadien *signe* un nouveau joueur mes oreilles saignent. J'ai raison ou pas?

La plupart des sources considèrent comme fautive la forme « signer quelqu'un » dans le sens de « recruter quelqu'un, faire signer un contrat à quelqu'un ».

Cependant, vous trouverez dans Le Grand Robert le sens suivant à l'entrée « signer » : Signer un artiste, le prendre sous contrat.

On s'en reparle dans quelques années...

Arrivée dans la région en 1998 pour y faire des études...je ne suis jamais repartie...et probablement pour les mêmes raisons. J'aime beaucoup l'Outaouais. Au début, mon accent faisait rire, mais je riais moi aussi des formulations de phrase que j'entendais : «Se faire lutter», «Touter de la horne», «manger du poridge», «Sprayer la slab de béton» «Je te manque beaucoup» pour ne nommer que celles-ci. 20 ans plus tard, je ne sursaute plus. Je souris en appréciant la couleur de la région.

Ce qui m'énerve, ce sont tous ces ministres à Ottawa qui commencent leur phrase par "C'est nécessaire de..." En français, on dit "il faut" ou "on doit". Et que dire de l'imbuvable anglicisme "à la fin de la journée" ou "adresser le problème". La liste est infinie!

Je suis entrée dans une aire de stationnement à Hull et le gardien m'a dit: "parkez back-up comme ça get out va être easy".
Il était francophone.

Vous avez bien adressé ces problèmes! ;-)

Dans mon cas, ce qui m'attriste, c'est que les gens s'attachent à leur franglais. Mais bon, même la plupart des puristes ne voudraient pas revenir à l'ancien français, et encore moins au latin... L'on est qui l'on est en son temps et lieu, semblerait-il.
Belle capsule!

Expression entendue à l'épicerie : Pogne-moé le beurre de peanuts ! Pour moi le verbe pogner est trop fort dans un tel contexte. Ai-je raison?

Bonne journée.

Au Québec, le verbe « pogner » (ou « poigner ») est considéré comme familier. Selon le contexte, il peut vouloir dire « saisir », « prendre », « attraper » ou « comprendre ». Il est donc « correctement » employé dans l'exemple que vous donnez.

L'Outaouais offre tant de perles qu'il est difficile de choisir, mais je dois donner la palme aux « méchantes choses » (en remplacement inexpliqué de « mauvais »). Lorsqu'on me dit que j'ai la « méchante commande » ou que j'ai composé le « méchant numéro », j'hésite entre rire ou pleurer... et je finis souvent par faire les deux!

Jean-Sylvain, tu as sûrement déjà entendu : se faire lutter.... Mon ami s'est fait lutter...
Se faire frapper, happer par une voiture :-)

Une autre expression typique de l'Outaouais!

Ces exemples d'anglicismes sont très bien choisis! Ils ne me font sourire ni jaune ni rouge ni vert... Ils ne me font point sourire. :(

Bonjour Jean-Sylvain,
N'étant pas native de la région, je suis tout aussi surprise par ces structures. Comme on le dit si bien: en France, on parle français avec des mots anglais, mais au Canada on parle anglais avec des mots français.
Question: que penses-tu de l'expression: bon matin? Moi, ça m'écorche les oreilles...
Merci,
Claudine

Ah, ce fameux « bon matin »! Tout comme vous, je n'aime pas cette expression, qui ressemble étrangement à l'expression anglaise « good morning ». Est-ce un calque? C'est possible, mais je ne pourrais le confirmer.

Française de France en visite chez des francophones à Sudbury et vivant à Hull depuis quelques années, je parlais à mon hôte qui m'a dit « Oh Ana, ça s'entend que tu restes en Outaouais ». Et quand je parle à ma mère sur Skype, elle me corrige régulièrement « C'est pas français ça ! ». Visiblement certaines personnes absorbent les tics langagiers de la région où ils habitent tandis que d'autres y sont complètement hermétiques. Mais c'est ce qui fait la beauté des peuples, et ce qui donne des sujets d'études supplémentaires aux linguistes du futur.

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