COVID-19 et apprentissage d’une langue seconde : accueillir l’inconnu

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Publié le 
5 janvier 2021

Il ne fait aucun doute que, dans un avenir prévisible, la pandémie de COVID-19 continuera d’avoir des répercussions sur tous les aspects du monde tel que nous le connaissons. Les plans ont changé, les écoles sont branchées, les bureaux sont fermés et le paysage change quotidiennement. Cette période étrange me fait penser à l’époque où je vivais à Montréal, alors que j’étais effrayée à l’idée de parler ma langue seconde et que j’y échouais misérablement la plupart du temps. Qu’ont en commun la COVID-19 et l’apprentissage d’une langue seconde? La patience devant l’inconnu et, surtout, la compassion (envers soi et les autres).

Composer avec le syndrome de l’imposteur

Je me souviens que, lorsque je suis déménagée à Montréal pour poursuivre mes études de maîtrise, j’étais très anxieuse par rapport à mes compétences en français. Même en sachant que Montréal est une ville où le bilinguisme est très répandu (comparativement à Québec, par exemple) et que, même si je ne parlais pas du tout français, j’arriverais toujours à m’en sortir (comme le font tout le temps les touristes), j’avais l’impression d’avoir quelque chose à prouver.

J’ai été en immersion française pendant mes années à l’école intermédiaire (2e cycle de l’élémentaire) et durant tout mon secondaire. Ensuite, j’ai obtenu un baccalauréat en littérature française. Comme j’avais parlé, écrit et lu en français pendant plus de 10 ans, on pourrait croire que j’aurais parlé couramment français à ce stade, mais ce n’était pas le cas. Après tout ce temps, j’avais encore l’impression de ne pas pouvoir vraiment parler français. Lorsque je dis cela à des gens qui ne parlent pas du tout français, ils me regardent avec perplexité, mais l’immersion française n’a pas été une garantie de bilinguisme pour moi. À la fin de mes quatre années d’études universitaires, j’ai peut-être reçu un diplôme disant : « Félicitations! Vous êtes bilingue », mais, en réalité, je n’étais pas tout à fait prête à parler français dans la vraie vie. Pendant mon baccalauréat, même quand j’écrivais des textes de 10 pages en français sur Baudelaire, Flaubert et Michel Tremblay, j’avais toujours l’impression d’être prétentieuse. De plus, je n’étais pas vraiment en mesure de tenir une « vraie » conversation et, pire encore, je ne connaissais pas les nuances du vocabulaire ou du parler québécois.

Avant d’arriver à Montréal, je n’étais pas pleinement consciente des différences – et elles sont nombreuses – qui existaient entre le français québécois et le français de France. Qui plus est, mes camarades de classe qui avaient grandi à Montréal étaient vraiment bilingues; ils passaient d’une langue à l’autre sans difficulté. Au bout de quelques mois, je n’arrivais pas à me débarrasser du sentiment d’être une impostrice.

Prendre conscience de mes privilèges

Mes parents ont quitté la Grèce pour venir au Canada lorsqu’ils étaient de jeunes enfants. Ma mère, en me racontant ses souvenirs d’enfance, me disait qu’elle revenait de l’école en pleurant parce qu’elle ne comprenait pas ce que les enseignants disaient et qu’elle avait l’impression de ne pas pouvoir s’exprimer correctement. Je me sens coupable lorsque j’entends ce genre d’anecdotes. Pendant mon séjour à Montréal, il y a eu tant de fois où je me rappelle avoir eu de la difficulté à faire une phrase simple en français, puis avoir abandonné et m’être exprimée en anglais, en présumant que l’autre personne me comprendrait. Que faisaient donc les personnes qui, comme ma mère, n’avaient pas la possibilité de passer à l’anglais lorsqu’elles ne savaient pas comment dire quelque chose? Comment se débrouillaient-elles? Cela m’a fait penser à tous les immigrants qui viennent au Canada et qui ont l’anglais ou le français comme deuxième, troisième ou quatrième langue, et à ce qu’ils doivent ressentir (en comparaison, mes difficultés sont minimes). Je me suis rendu compte que je ne devrais pas être aussi dure envers moi-même. Je devrais plutôt être reconnaissante d’avoir la possibilité de pratiquer mon français, et continuer de faire de mon mieux. Apprendre une langue prend du temps, et quand on fait une erreur, il faut simplement en prendre acte et poursuivre ses efforts. La patience est la clé.

Vivre un jour à la fois

En cette période sans précédent, il est important de pratiquer l’art de la compassion envers soi-même et envers les autres. C’est comme lorsqu’on apprend une langue seconde : le processus exige de la patience. Il y a des moments d’incertitude et d’anxiété, et c’est bien normal. Il est impossible de se préparer à toutes les situations et, parfois, on ne sait pas exactement quoi dire ni quoi faire.

Évidemment, la pandémie de COVID-19 est plus effrayante que le fait de parler dans une langue seconde, mais la leçon qu’on peut en tirer est la même dans les deux situations. Personne n’aime l’incertitude; l’impression de perdre le contrôle et de ne pas savoir de quoi l’avenir sera fait peut être angoissante. Malheureusement, cela fait partie de la vie. On dresse des plans, ceux-ci tombent à l’eau pour des motifs hors de notre contrôle, alors on établit de nouveaux plans. Et vous, en ces temps étranges, comment faites-vous pour accueillir l’incertitude?

Traduit par Céline Danis, Portail linguistique du Canada

Avertissement

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À propos de l'auteur

Maria Kalsatos

Maria Kalsatos

Maria Kalsatos est titulaire d’une maîtrise en traduction de l’Université Concordia à Montréal. Elle vit actuellement à Toronto.

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Commentaires

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Un très beau texte rempli de bienveillance pour soi et pour les autres. La bienveillance, tout comme la compassion, dont on a bien besoin de cultiver en ce moment. Merci.

Merci pour vos gentils mots Michelle. Je ne pourrais pas être plus d'accord avec vous!

Je le comprends en le lisant davantage. Selon moi, pour comprendre le français, il faut comprendre la littérature.

Super astuce Virginie!

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