Wendat kwatatiahtah! (Parlons wendat!) : la résurgence d’une langue

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Publié le 
22 mars 2021

Pendant plus d’un siècle, le wendat a été une langue « en dormance », qui n’était pratiquement plus parlée. Depuis quelques années, elle connaît un réveil. Un travail ardu de reconstitution de cette langue a été entrepris avant qu’elle puisse aujourd’hui être enseignée dans la communauté de Wendake. Marcel Godbout, agent culturel et enseignant de wendat au Centre de développement de la formation et de la main-d’œuvre huron-wendat, a bien voulu m’apporter des précisions sur cette période qui marque un véritable renouveau pour cette langue autochtone.

S. Gourgues : Qu’est-ce qui vous a amené à enseigner le wendat?

M. Godbout : C’est la passion pour notre langue et le goût de transmettre notre culture aux gens de la Nation qui m’ont amené à enseigner le wendat. Jumeler culture et langue pour les membres de ma communauté était un rêve pour moi. Je le réalise en œuvrant dans le domaine culturel depuis plus de 30 ans, comme agent culturel de la Nation huronne-wendat depuis près d’une douzaine d’années et en tant qu’enseignant de wendat depuis quelques années.

S. Gourgues : Vous parlez de « langue en dormance » plutôt que de « langue morte » en ce qui concerne l’état passé du wendat. Quelle est la différence?

M. Godbout : Contrairement à une langue morte, une langue en dormance ou endormie dispose de traces écrites et/ou audio qui aident à sa reconstitution. Dans notre cas, nous avons la chance de disposer d’une douzaine de manuscrits très étoffés en wendat, dont des grammaires; ceux-ci ayant été écrits principalement par des jésuites.

S. Gourgues : Le wendat a subi une éclipse pendant une période d’environ un siècle durant laquelle il a pratiquement cessé d’être utilisé. Quand a-t-on recommencé à l’enseigner?

M. Godbout : Au tournant des années 2000. Le projet a réellement pris son envol en 2007 grâce à une subvention du programme Alliances de recherche universités-communautés du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, ce qui a conduit à une association avec l’Université Laval et nous a permis de réaliser plusieurs étapes de développement nécessaires à la revitalisation du wendat.

En 2010, nous avons commencé à donner des cours du soir à la population et, en 2011, nous avons commencé à offrir des cours aux enfants, de la maternelle à la 6e année, à l’école Wahta’. En 2015, la langue a été intégrée au Centre de la petite enfance Orak, à Wendake, et ainsi de suite.

S. Gourgues : Quelles sont les difficultés rencontrées pour sa revitalisation?

M. Godbout : Notre langue est de tradition orale. Il a d’abord fallu standardiser l’écriture pour la transcrire : déterminer quel symbole allait représenter chaque son. Le wendat fait partie de la famille des langues iroquoiennes qui sont apparentées entre elles. Les linguistes peuvent les utiliser pour leur travail de reconstitution du wendat. Malgré cela, le niveau de son enseignement reste « basique ».

La grande difficulté est de former des locuteurs d’une langue totalement différente du français. Une des difficultés est l’absence de milieu d’immersion pour l’apprentissage. Il faut pouvoir augmenter le niveau de locution pour pouvoir nous retrouver en immersion. C’est notre prochain défi.

S. Gourgues : Pouvez-vous me donner quelques précisions concernant la structure de cette langue?

M. Godbout : Le wendat est une langue agglutinante, polysynthétique. Nous nous retrouvons ainsi avec des mots très longs. Le féminin joue un rôle central même si nous avons aussi des mots de genre masculin : la plupart des éléments de la création sont féminins. Cela nous vient de la mythologie. Ce qui rend difficile l’apprentissage de notre langue est le fait que les pronoms se déclinent d’une multitude de façons. Non seulement on y voit les variations qu’on trouve en français, mais il faut tenir compte aussi d’une opposition entre unicité, dualité et pluralité. Par exemple, les expressions suivantes exigent toutes des formes différentes : nous deux, nous trois, vous deux, vous trois, ils (deux), ils (trois). De plus, il y a des formes inclusives et exclusives pour le « nous ». Pour compliquer encore les choses, les pronoms vont prendre une forme différente selon le début de la racine ou du radical du verbe auquel ils se rattachent.

S. Gourgues : Bien des mots d’usage courant de nos jours n’existaient pas il y a 100 ou 150 ans, il vous faudra les créer en wendat. Est-ce que cela représente une difficulté?

M. Godbout : Non. Le wendat peut s’adapter en créant des mots nouveaux que l’on appelle des innovations lexicales. Nous en avons créé pour des mots tels que « rose », « téléphone » et bien d’autres. Nous allons le faire aussi pour des mots tels qu’« ordinateur », par exemple. En wendat, les mots correspondant à des objets ont toujours un lien avec l’idée d’une action représentant leur nature ou leur fonction. Il nous suffira de cibler quel est le sens le plus représentatif d’un ordinateur à travers l’usage que nous en faisons culturellement. Cette référence culturelle pour la formation de nos mots est une constante. Nous n’avions pas de mots pour la couleur « orange ». Pour le créer, nous nous sommes servis d’un référent culturel, la citrouille. Il faut veiller par contre à s’entendre sur le choix des nouveaux mots. Ce travail est réalisé par le comité de langue.

S. Gourgues : Une fois leur apprentissage ayant suffisamment progressé, les enfants utilisent-ils spontanément le wendat en dehors de leurs cours?

M. Godbout : Oui. Parfois, les parents sont surpris de voir que leurs enfants connaissent autant de mots, et ceux-ci sont fiers de pouvoir transmettre à leurs parents ce qui leur a été enseigné. Un des moments émouvants a été de voir les jeunes enfants d’âge préscolaire, durant une captation pour un reportage télévisé, réciter en wendat les chiffres jusqu’à 31 (qui correspond au nombre maximal de jours pour un mois). Les adultes et intervenants présents en avaient les larmes aux yeux!

S. Gourgues : Pensez-vous que la relève sera assurée pour les années à venir du côté des enseignants et enseignantes?

M. Godbout : Oui, comme cela fait partie de nos priorités, nous investissons beaucoup d’efforts pour atteindre cet objectif.

S. Gourgues : En terminant, avez-vous bon espoir que le wendat continuera de s’enrichir?

M. Godbout : Oui, c’est certain, avec tous les progrès que nous voyons et du fait que nous avons tous les outils pour réussir. Présentement, nous construisons une base de données qui regroupera le lexique de tous les manuscrits en wendat, qui va permettre d’accélérer le processus de reconstruction linguistique. Nous avons créé un site Web en français et anglais qui regroupe toutes les informations concernant le wendat incluant un dictionnaire, des jeux et exercices, etc.

Si vous souhaitez en savoir davantage sur l’enseignement du wendat ou encore sur le rôle d’agent culturel au sein de la communauté de Wendake, vous pouvez consulter les sites suivants :

Mes remerciements à M. Marcel Godbout pour avoir bien voulu m’accorder cette entrevue et à Mme Sabryna Godbout pour sa collaboration.

Avertissement

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À propos de l'auteur

Steeves Gourgues

Steeves Gourgues est titulaire d’un baccalauréat en linguistique et littérature et membre depuis une trentaine d'années de la Société historique de Québec. Sa passion pour la lecture s’est accompagnée depuis quelques années d'une passion pour l’écriture qu’il peut assouvir dans le domaine encyclopédique. Depuis plus de quatre ans, Steeves contribue à enrichir la plus lue des encyclopédies qu’est Wikipédia, rédigée dans quelque 300 langues. C’est notamment et surtout par le biais de la création d’articles, autant par la traduction qu'à travers la rédaction sur des sujets n’ayant pas encore été abordés dans les diverses autres versions linguistiques, qu’il œuvre, à titre de bénévole, à la réalisation de ce patrimoine culturel de l’humanité.

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