Retour sur mon enfance anglo-gatinoise

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Publié le : 
12 novembre 2019
Rédigé par : Arwa Ahmed

Une autre mystérieuse circulaire, toute en français, est déposée à la porte de la résidence familiale. Je ne peux pas m’empêcher de rire. Anglophone, fille d’immigrants grandissant à Gatineau, ce que j’ai dû en traduire, des choses, pour mes parents! Des documents juridiques aux bulletins scolaires, des annonces d’activités locales aux messages téléphoniques du dentiste, j’ai traduit de tout. Maintenant que j’y pense, l’enfant que j’étais alors aurait pu tirer certains avantages de tout le pouvoir que ça lui donnait! « Qui a appelé? Oh, c’était seulement le dentiste. Il a dit qu’il n’a jamais vu d’aussi belles dents et que je n’ai plus jamais besoin de le revoir! »

Pas toujours drôle

Naturellement, être membre d’une communauté de langue officielle en situation minoritaire n’est pas toujours une partie de plaisir. Quand j’étais à l’école secondaire, mes amis les plus proches étaient quatre anglophones. Nous partagions nos repas, nous plaisantions entre les cours et nous avions l’impression de parler notre propre code secret. Les enseignants nous reprochaient souvent de parler en anglais. Ils nous rappelaient que nous fréquentions une école française. Devoir fréquenter l’école française jusqu’au cégep a vraiment été dur pour moi. Parler sans cesse ma langue seconde m’épuisait et je n’étais jamais sûre de moi-même. En fait, j’avais le sentiment de ne pas être moi-même et j’étais très consciente des limites de mon français. Les mots n’arrivaient pas naturellement et je devais tout retraduire en anglais dans ma tête. Quand je parlais à mes camarades de classe, je ressentais toujours ma différence, même si j’avais grandi dans le même milieu qu’eux. Aujourd’hui, la majorité de mes amis proches sont à l’université à Montréal, où la communauté anglophone est beaucoup plus grande et plus vivante.

En plus de mes propres difficultés dans le milieu scolaire, j’ai pu voir de mes yeux tous les obstacles que mes parents ont dû affronter à cause de leur manque de connaissance du français.

De nouvelles perspectives

Il y a 22 ans, mes parents ont pris la rude décision de ne pas enseigner à leurs enfants leur langue maternelle, l’arabe. Ils voulaient que mon frère et moi apprenions les deux langues officielles du Canada. Immigrants et gens de couleur, mes parents souhaitaient que mon frère et moi puissions mettre toutes les chances de notre côté. Aujourd’hui, je leur suis extrêmement reconnaissante. Sans ce sacrifice, sans leur dévouement et leur persévérance, je n’écrirais pas ces lignes aujourd’hui.

Je suis fière de dire que j’occupe présentement un emploi d’étudiante à la Direction des langues officielles du ministère du Patrimoine canadien, où j’aide des organismes à mettre en œuvre la Partie VII de la Loi sur les langues officielles (LLO). Le Programme fédéral d’expérience de travail étudiant m’a donné la chance de vivre quelque chose de tout à fait inédit. Cet emploi m’a appris énormément de choses et m’a fait grandir. J’y vis de nouvelles expériences tous les jours. Travailler dans un milieu majoritairement francophone a fait des merveilles pour mon français, puisque j’ai pu le parler au quotidien, après toutes ces années.

L’un des plus grands enseignements que je tire de mon séjour au ministère du Patrimoine canadien, c’est que les communautés de langue officielle en situation minoritaire vivent toutes les mêmes difficultés, où qu’elles se trouvent au Canada. Quand il est question de besoins en soins de santé, d’emploi et d’initiatives sociales, les francophones hors Québec et les anglophones du Québec ne sont pas si différents. Tous, nous souhaitons simplement l’essor de nos communautés et la promotion des langues officielles.

Nous célébrons cette année le 50e anniversaire de la LLO. Depuis l’entrée en vigueur de cette loi, en 1969, l’importance du bilinguisme et de la dualité linguistique au Canada est devenue évidente. Cela ne veut toutefois pas dire que tout est parfait. Personnellement, j’aimerais que l’on travaille encore plus à préserver les langues et les cultures autochtones. La réflexion en cours sur la modernisation de la LLO fera sûrement jaillir des idées fantastiques sur la façon d’améliorer nos actions. Unissons-nous pour répondre aux besoins des futures générations de nos communautés de langue officielle en situation minoritaire. Pour votre part, comment envisagez-vous l’avenir de nos langues officielles sur les 50 prochaines années?

Traduit par : Marc-André Descôteaux, Portail linguistique du Canada

Avertissement

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À propos de l'auteur

Arwa Ahmed

Étudiante de quatrième année en études des conflits et droits humains à l’Université d’Ottawa, Arwa Ahmed est férue de justice sociale et d’échanges sur la santé mentale. À la toute première conférence Law Needs Feminism Because, tenue à l’Université McGill en 2017, elle a présenté un exposé intitulé « Diversify the Law », dans lequel il était question de la stigmatisation de la maladie mentale, du racisme en milieu de travail et de la discrimination à l’endroit des personnes LGBTQ2+. Elle occupe actuellement un emploi d’étudiante à la Direction des langues officielles du ministère du Patrimoine canadien.

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