Littératie de la traduction automatique : pour une éthique de l’intérêt commun

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Publié le 
19 octobre 2020

La pandémie de COVID-19 a forcé tous les habitants de la planète à voir la vie d’un nouvel œil. Une bonne chose est ressortie de cette situation : elle nous a amenés à voir au-delà de nos besoins individuels et à agir dans l’intérêt commun. Par exemple, les gens se lavent les mains plus souvent, évitent les grands rassemblements et restent à la maison autant que possible. Bien sûr, ils agissent ainsi pour ne pas tomber malades, mais leurs actions vont au-delà de l’instinct de conservation : elles concourent aussi à l’intérêt commun. Qu’une personne se lave les mains ne change pas grand-chose pour les autres, mais quand des millions de gens adoptent une bonne hygiène, cela peut changer la situation de millions de personnes. C’est ce qu’on appelle la prise en compte de l’intérêt commun. Mais qu’est-ce que ce concept a à voir avec la traduction automatique ou les professions langagières?

Le vent tourne

Pendant plus de 50 ans, les outils de traduction automatique sont essentiellement restés entre les mains de chercheurs et de langagiers. Toutefois, depuis une dizaine d’années, le grand public bénéficie d’une foule d’outils offerts gratuitement en ligne. La traduction automatique est désormais « en libre circulation », si l’on peut dire, car elle n’est plus réservée aux spécialistes de la langue, mais accessible à quiconque utilise Internet. Par ailleurs, la mécanique de ces outils a changé récemment : les systèmes actuels sont fondés sur des réseaux neuronaux artificiels combinés à des techniques d’apprentissage automatique. Leurs résultats ne se sont pas parfaits, mais ils peuvent être tout à fait convenables pour certains usages. Les utilisateurs doivent toutefois faire preuve de jugement. Cela étant dit, il est préoccupant de voir à quel point cette technologie est facile à utiliser. Souvent, il n’y a qu’à cliquer sur un bouton! Le hic, avec une technologie aussi facile d’emploi, c’est qu’il est très facile de l’utiliser sans réfléchir, ce qui risque d’occasionner des problèmes. La traduction automatique est facile d’accès, sa qualité s’est améliorée et elle est simple à utiliser, soit. Mais cela ne veut pas dire que les gens savent instinctivement comment s’en servir judicieusement, ni à quels usages elle se prête bien. Nous voyons émerger le besoin de sensibiliser le grand public à une nouvelle sorte de littératie numérique, dont j’ai parlé dans mon billet de blogue Traduction automatique : une nouvelle forme de littératie à l’ère du numérique.

De la COVID-19 à la traduction automatique

J’hésite à comparer la traduction automatique à un virus et à décrire sa diffusion comme la propagation d’une pandémie, car ces termes ont des connotations très négatives. Il est vrai que la traduction automatique, comme tout autre outil, est parfois mal utilisée, et que cet emploi a des conséquences indésirables. Mais la traduction automatique a tellement d’applications positives! Par exemple, elle peut vous aider à déchiffrer les publications d’un ami sur Facebook, à vous débrouiller dans un pays étranger et à faire des recherches sur vos ancêtres. Il faut simplement savoir quand et comment l’utiliser, et dans quels cas il faut opter pour une autre méthode de traduction. Grâce à leurs études et à leur expérience, les langagiers peuvent prendre ce genre de décision avec assurance, mais souvent, le grand public ne bénéficie pas de toute leur connaissance du domaine. Il a parfois besoin d’être épaulé. Malheureusement, jusqu’à présent, beaucoup de langagiers se sont contentés de déconseiller la traduction automatique au grand public et d’encourager les gens à recourir aux services d’un traducteur professionnel. Mais agir ainsi, c’est un peu comme se laver les mains. Oui, c’est une étape nécessaire, mais y aurait-il moyen d’aller plus loin dans l’intérêt commun?

Agissons solidairement

Comme langagiers, nous pouvons mobiliser le grand public pour ralentir l’utilisation inappropriée de la traduction automatique et sensibiliser les gens aux façons d’employer cette technologie positivement et sans risque. Par exemple, au lieu d’afficher sur Internet un message déconseillant carrément le recours à la traduction automatique, un cabinet de traduction ou une association de traducteurs pourrait se servir de son expertise pour offrir des conseils nuancés et constructifs qui aideraient les utilisateurs potentiels à prendre des décisions éclairées sur le bon usage des outils de traduction automatique. Il faut pour cela penser un peu plus à l’intérêt commun et se demander comment, en tant que langagiers, nous pouvons aider le grand public à faire un emploi judicieux de la traduction automatique. Les professionnels langagiers doivent collaborer avec le grand public; ce faisant, ils veilleront à l’intérêt de la société dans son ensemble. Vous, ferez-vous votre part?

Traduit par Marc-André Descôteaux, Portail linguistique du Canada

Avertissement

Les opinions exprimées dans les billets et dans les commentaires publiés sur le blogue Nos langues sont celles de leur auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement celle du Portail linguistique du Canada.

À propos de l'auteur

Lynne Bowker

Lynne Bowker possède un doctorat en génie de la langue décerné par l’Institut des sciences et technologies de l’Université de Manchester, en Angleterre. Elle est professeure titulaire à l’École de traduction et d’interprétation de l’Université d’Ottawa, et traductrice du français à l’anglais agréée par l’Association des traducteurs et interprètes de l’Ontario.

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