La langue de la musique

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Publié le 
14 avril 2020

S’il est une langue que l’on pourrait croire commune à tous, c’est bien celle de la musique! Les sons ne sont-ils pas les mêmes pour tous ceux qui peuvent entendre? Eh bien, il semble que ce ne soit pas si simple! Les sons peuvent être les mêmes, mais tous n’en font pas la même interprétation. Le texte d’une chanson peut ainsi s’avérer fort utile, voire nécessaire, pour assurer la communication d’un message clair et bien compris.

J’ai constaté, au fil des ans, que la très grande majorité de mes proches, francophones comme moi, semblent avoir une préférence marquée pour la chanson anglophone. Ce constat m’a amenée à m’interroger sur la contribution du texte à l’appréciation de la musique chantée. Je me suis également interrogée sur la contribution d’éléments culturels pour expliquer le fait que l’on préfère un type de musique à un autre, une langue chantée à une autre.

La recherche ne semble pas très avancée dans ce domaine ou alors ses conclusions ne sont pas diffusées à grande échelle. Peu de psychologues, philosophes ou musicologues s’intéressent apparemment à la contribution du texte à l’appréciation de la musique. Mes lectures m’ont laissé sur mon appétit!

Sans surprise, j’ai lu que certains perçoivent la voix comme un simple instrument de musique et se préoccupent très peu des mots, voire de la langue utilisée. Cela ne saurait expliquer une « préférence » pour une langue. Certains experts diront par ailleurs que les mots, quel qu’en soit le sens, sonnent différemment dans une langue ou dans l’autre. Certains phonèmes pourraient-ils être plus agréables à l’oreille? La culture, ou l’exposition à la culture, pourrait aussi faire en sorte que l’on « apprenne » à aimer ou non tel type de musique ou de sonorité.

Questionnés sur le sujet, quelques-uns de mes proches ont expliqué leur préférence pour la musique anglophone par un bassin d’artistes et d’interprètes beaucoup plus grand. La conséquence serait une plus grande variété d’œuvres musicales dans la langue de Shakespeare par comparaison avec celle de Molière. Pour certains, c’est un gage de qualité! Cette explication, quoique plausible, me paraît un peu incomplète et ne saurait tenir compte de l’attrait de la rareté.

Une personne m’a dit que les émotions suscitées par une mélodie pouvaient entrer en contradiction avec celles suggérées par le texte. Selon elle, les textes en français, sa langue maternelle, pénètrent toujours dans sa conscience alors qu’elle peut choisir d’ignorer un texte anglais pour n’écouter que la mélodie lorsque les deux suscitent des émotions différentes. Intéressant. Mais de telles contradictions sont-elles à ce point fréquentes que les francophones chercheraient activement à ignorer le texte des chansons dans leur langue?

À la faveur d’une rencontre avec un excellent guitariste, j’ai récemment renoué avec le plaisir de jouer du piano et de chanter. Un plaisir oublié depuis près de 30 ans! Ensemble, nous avons déterré de véritables trésors de la chanson francophone dite « à texte » et, fait plutôt rare en Outaouais, nous avons poussé l’audace jusqu’à présenter à quelques reprises un spectacle de musique entièrement francophone.

Contre toute attente, j’ai eu l’émerveillement de voir se glisser des anglophones dans l’assistance pourtant avertie par le titre sans équivoque du spectacle. Aux francophiles se sont ajoutés des spectateurs ne comprenant pas un mot de français, mais dont certains m’ont dit rechercher activement les concerts de musique francophone. Ils adorent!

Bien que la musique francophone puisse aussi plaire aux anglophones, je ne peux expliquer l’ampleur du phénomène, car j’ignore toujours tout de la contribution du texte à l’appréciation de la musique. Chose certaine : ce qui séduit certains dans la musique propre à l’autre « solitude linguistique » les rend soudain plus solidaires que solitaires!

Et vous, quelle est la langue de vos émotions musicales? La musique qui vous charme a-t-elle besoin de mots?

Avertissement

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À propos de l'auteur

Pascale Bourque

Pascale Bourque est une amoureuse de la langue française, de sa richesse, de sa subtilité et même de sa complexité. Professionnelle experte en performance humaine, elle ne se lasse pas de découvrir de nouveaux mots plus utiles, percutants, doux ou séduisants! Ses moindres communications sont ponctuées de jeux de mots que ses parents et amis, tant anglophones que francophones, se plaisent à apprivoiser. Elle n’aime rien tant que la répartie, car elle garde la langue bien vivante.

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Commentaires

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Je trouve intéressant que vous vous interrogiez à ce sujet. Je suis francophone mais personnellement, j'ai une attirance profonde pour les sons de la langue anglaise depuis toujours. J'essaie souvent de comprendre pourquoi mais ce que je sais c'est que l'accent britannique en particulier me fait fondre. Par exemple, entendre les dialogues des personnages de ma série fétiche, Pride and Prejudice, est une vraie jouissance. Et la musique anglo que j'aime me jette par terre... Sur une île déserte, j'emporterais sans nul doute avec moi Dark side of the moon de Pink Floyd, Revolver (ou encore Rubber Soul) des Beatles, On the beach de Neil Young, Various positions de Leonard Cohen et Kind of Blue de Miles Davis (j'aime bien aussi la musique sans paroles). Mais j'aimerais encore mieux emporter la musique complète de mon iPod qui met aussi en valeur de nombreux artistes plus contemporains que j'adore comme les Black Keys, Lana Del Rey et les innombrables découvertes faites au cours des années. Je me demande parfois si cet amour de la langue anglaise ne me viendrait pas de mon enfance car mes parents nous emmenaient souvent aux États-Unis : j'adorais et mes oreilles étaient ravies. De plus, nous y avions de la famille. Bref, je n'arrive pas à l'expliquer rationnellement, ce ne sont que des hypothèses, mais mon ouïe est comblée par la langue anglaise et en général, je n'ose le dire car c'est souvent mal vu en milieu francophone... mais je n'y peux rien... Et j'assume!

Avide musicophile, je me rappelle mon attrait pour la musique anglophone durant mon adolescence. C’était une arme dans mon combat contre les normes imposées par notre société et nos familles.
Lorsque j'ai commencé à fréquenter les tavernes, j'ai renoué avec mon amour pour la musique française, spécialement québécoise. Avec l'âge, j'ai élargi mes intérêts musicaux dans les genres et les langues. Ma musicothèque compte maintenant des chansons dans plusieurs langues, vivantes et mortes. Chaque langue est un véhicule de culture et je me réjouis des particularités de chacune.

Il est bien vrai que chaque langue est un véhicule de culture avec ses particularités et ses charmes. Je suis curieuse de savoir si vous comprenez les langues représentées dans votre musicothèque. Avez-vous tendance à rechercher la traduction des paroles des chansons, si vous ne les comprenez pas ou alors la sonorité seule (phonèmes et musique) sait vous combler? Il m'arrive personnellement d'écouter des chansons en espagnol et en italien, par exemple. Ma connaissance de ces langues est très limitée. Je dois avouer que j'ai tendance à rechercher les paroles sur le Web et ensuite la traduction. Pour moi, le texte demeure essentiel. Même en français, je fais la recherche lorsque des auteurs utilisent un vocabulaire que je ne connais pas. Brassens a grandement enrichi mon vocabulaire français!

Merci de votre commentaire! Vous devez être une réelle amoureuse de la musique puisque vous songez à emporter vos trésors musicaux sur votre île déserte! Vous joignez les rangs de mes proches amoureux de la musique anglophone et mon respectueux questionnement demeure entier!

Étant passionnée surtout de la musique classique, je dirais que j'aime spécialement les textes en latin. Mais en effet, j'aime tout texte, ou à peu près, dans une langue autre que la mienne. (Exception : je n'aime pas beaucoup les langues que je trouve difficiles à chanter et peu lyriques.) Je pense qu'une partie de l'attrait serait l'enrichissement de l'ambiance sonore : non seulement y a-t-il la beauté de la musique elle-même, il y a la poésie du texte, qui profite de ne pas se servir de mots « pollués » par mon quotidien. Ça existe dans le domaine de l'exotique, alors c'est plus beau.

Il faut dire qu'il ne s'agit pas pour moi seulement de la musique. J'adore un environnement sonore riche; alors quand j'ai déménagé de Montréal en Ontario, il me manquait énormément d'entendre les deux langues autour de moi. De retour récemment dans une grande ville, je jouis encore des langues multiples qui m'entourent.

Ah… le latin! Vous me rappelez que je ne suis plus très jeune, puisque je suis de ceux et celles qui ont dû l'étudier à l'école! Évidemment, j'ai détesté! Mais j'ai redécouvert sa poésie à travers des messes chantées alors que je faisais du chant choral. Je crois que vous avez bien raison de dire que la poésie d'un texte est d'autant plus grande qu'elle n'est pas « polluée » par les mots du quotidien. Cela suggère que plus riche est notre vocabulaire, dans une langue, plus difficile sera la recherche de poésie. Les chansons faites de mots plus recherchés, en anglais, me sont malheureusement moins accessibles puisque, justement, mon vocabulaire est plus limité, de sorte que je n'en comprends guère le sens. Les chansons populaires que tout le monde aime et écoute sont toutefois faites de ces mots de tous les jours et je leur trouve effectivement fort peu de poésie. Les chansons que j'aime, en français, ont un vocabulaire très riche qui me force parfois, encore aujourd'hui, à faire des recherches pour bien comprendre le sens des mots ou le sens précis que l'auteur a voulu leur donner. Merci d'avoir alimenté ma réflexion sur le sujet avec cette piste d'explication que je trouve très intéressante!

Je suis d’accord avec un peu tout ce que dit ce billet, mais laissez-moi divaguer un peu plus sur cette « langue de la musique ». Je crois qu’on peut s’entendre pour dire que la musique n’a pas besoin de paroles pour véhiculer des émotions. J’ai l’impression que la musique agit sur une partie du cerveau et que les mots, comme la poésie d’ailleurs, agissent sur une autre. Le texte peut ainsi contribuer à l’appréciation de la musique chantée, comme vous le dites, mais pas nécessairement.

L’important, selon moi, est que la musique avec ou sans parole « vienne nous chercher », peu importe comment! D’un côté, il y a la mélodie, qui joue sur les émotions primaires de n’importe quel être vivant (incluant les animaux) et, de l’autre, il y a le texte qui s’adresse à notre raison d’abord et qui vient complémenter et nous transmettre, plus ou moins exactement, les émotions senties par l’auteur(e). Ces émotions musicales et littéraires se fondent ensuite ensemble et s’ancrent dans notre mémoire à long terme tel que sur un disque dur. Qui ne se rappelle pas après vingt ans, trente ans ou plus des chansons qui ont fait notre jeunesse et des émotions qu’elles nous font revivre? Même les gens ayant troubles cognitifs s’en rappellent...

Pour ce qui est de la préférence à écouter une langue ou une autre, ce pourrait avoir à faire avec différents facteurs très subjectifs : la sonorité, comme vous le mentionnez, la proximité ou pas de certains phonèmes de notre propre langue, mais aussi notre curiosité de les apprécier ou pas, notre culture, notre exposition et notre intérêt pour la culture d’autres peuples, et notre ouverture d’esprit. Évidemment, culture, langue et politique sont intimement liés. Plus une culture est expansive et omniprésente, plus elle aura les moyens de faire rayonner sa langue et ses produits culturels, ce qui lui donnera plus de prestige et de chance d’influencer le goût d’un plus grand nombre d’auditeurs(trices).

Pour moi, le but de la musique n’est pas non plus de transmettre à tout prix fidèlement l’état d’âme de l’auteur(e), car la personne qui écoute peut « interpréter » une émotion différemment selon son contexte de vie, sa culture, son éducation, etc. L’auteur(e) même peut jongler entre différentes émotions ou sentiments au moment de créer et se rendre compte, par après, de la distance entre son premier jet et le « produit final ». Puis les auteur(e)s ne disent-ils(elles) pas qu’une fois composées leurs chansons, elles ne leur appartiennent plus?

Votre réflexion sur la nécessité, ou non, d'avoir accès aux états d'âme de l'auteur est fort intéressante! Contrairement à d'autres formes de communication, il n'est peut-être pas essentiel que l'émetteur et le récepteur « communiquent » effectivement. Peut-être pas nécessaire qu'ils parlent une langue commune. Peu importe, suggérez-vous, je crois, que le message soit adéquatement décodé. Ce qui importe, c'est le flot des émotions générées, d'une part par la création, et d'autre part par l'appréhension de l’œuvre, « au sens didactique de saisir quelque chose par l’esprit, par la pensée », comme dit TERMIUM Plus.

J'ai récemment retrouvé un recueil de mes poésies d'adolescente. J'en ai repris quelques-unes pour en faire des chansons. Les paroles me collent toujours bien à la peau, mais il est vrai que l'émotion qu'elles génèrent est aujourd'hui différente, quoique toujours intense. Je sens bien, en reprenant certaines paroles, qu'elles n'ont plus tout à fait la même connotation qu'autrefois. Les mêmes mots disent aujourd'hui autre chose et cet « autre chose » tient compte de tout mon vécu d'hier et d'aujourd'hui.

J'aime bien chercher à comprendre dans quel état d'esprit un auteur a écrit un texte et le message qu'il aurait voulu communiquer. L'information est parfois disponible; parfois non. Qu'importe! Même lorsque je sais, ou crois savoir, ce que ressentait l'auteur, je ne ressentirai pas forcément la même chose et cela aura en effet peu d'impact sur mon appréciation de l’œuvre, car ce sont les émotions générées qui me submergent et me ravissent, à condition que les mots, des mots, sachent les provoquer. La mélodie, seule, sait souvent me donner un grand frisson, mais l'ajout de paroles qui, comme vous le rappelez, stimule d'autres zones du cerveau, crée un cocktail mélodique sans pareil qui me chavire et me catapulte dans un monde irréel où tout est possible!

Bonjour, je suis Française et j'écoute surtout des chansons anglophones. Je prête une oreille distraite aux paroles, si j'ai besoin de « légèreté » : par exemple, si c'est juste un besoin de bouger, de danser, je n'analyse pas les mots. Et si je le fais, je me rends parfois compte que j'aurais pu m'abstenir, pas toujours de la grande littérature... Mais le rythme suffit à transmettre des sensations. Par contre, si la musique me touche différemment, que la mélodie est plus grave, en tous cas, si ma demande est plus d'écouter et de comprendre, les mots sont importants, je veux connaitre le « message ». Il y a, bien sûr, des déceptions. J'écoute beaucoup de groupes nés dans les années 70. L'innovation était là, musicalement, et les textes sont intéressants. Globalement, je trouve que la langue anglaise est plus fluide, colle mieux à la musique.

En français, j'aime surtout les chanteurs qui sont musiciens et poètes. Le texte et les notes, en harmonie : exemples? William Sheller, Jacques Higelin...

La musique classique me transporte dans d'autres sensations : évasion, un langage différent, une puissance émotionnelle, même si là aussi, les origines du compositeur ont de l'importance dans la création.

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