L’espéranto : une langue internationale équitable

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Date de publication : 
19 novembre 2018
Rédigé par : Nicolas Viau

Vous êtes-vous déjà demandé ce qui se produirait si on pouvait communiquer avec des gens de langues maternelles différentes en toute équité, tout en favorisant la diversité linguistique? C’est le but que se donne l’espéranto. Il s’agit d’une langue « construite », c’est-à-dire conçue de manière consciente.

Les origines

L’histoire de l’espéranto commence lorsque Ludvik Lejzer Zamenhof publie les bases de la langue en 1887. Originaire de la ville de Bialystok, dans l’est de la Pologne actuelle (à l’époque dans l’Empire russe), ophtalmologue de profession, il s’était donné pour but de créer une langue permettant à des gens de cultures différentes de communiquer plus facilement et ainsi de dépasser leurs désaccords, influencé notamment par les réalités de sa ville natale, où se côtoyaient sans grande harmonie les communautés juive (dont Zamenhof lui-même était issu), russe, polonaise, allemande et biélorusse.

Une langue accessible à tous

Le vocabulaire de l’espéranto est essentiellement issu de langues européennes. Toutefois, ce qui rend la langue très accessible, c’est sa grammaire très régulière et essentiellement sans exceptions, qui permet de généraliser chaque concept appris à toute la langue. On peut aussi créer très facilement de nouveaux mots et concepts, ce qui rend la langue très adaptable aux nouvelles réalités. Ces caractéristiques sont aussi de nature à donner aux personnes qui apprennent la langue une plus grande confiance en leurs capacités d’apprentissage.

Voici quelques exemples de création lexicale à l’aide de préfixes et de suffixes fréquents :

varma [chaud, chaude] + -et- [diminutif] = varmeta [tiède]
arbo [arbre] + -ar- [dénote un ensemble] = arbaro [forêt]
bona [bon, bonne] + mal- [inverse] = malbona [mauvais, mauvaise]

Une langue équitable, pont entre les cultures

Franchir la barrière de la langue est un problème aussi vieux que l’humanité. Comme le sait tout apprenant d’une langue seconde, il est plus difficile de s’exprimer clairement dans cette langue que dans sa langue maternelle… D’où l’idée d’une langue de communication auxiliaire facile à apprendre et « neutre », au sens où elle n’est la langue maternelle de (presque) personne et n’appartient donc à personne. (En fait, elle est à tout le monde!)

Une langue construite devenue vivante

Mais n’est-ce pas une vieille utopie droit venue du 19e siècle? L’espéranto est au contraire une réalité vivante, composée de gens les plus divers, aux quatre coins du globe : familles, musiciens, écrivains, informaticiens, et bien d’autres. L’espéranto est aujourd’hui une langue utilisée en personne autant que sur Internet. Le réseau a d’ailleurs donné à la langue une cure de jouvence. Les projets en ligne sont nombreux : voyons par exemple la version espérantophone de Wikipédia.

L’espéranto, ce sont des congrès et des rencontres chaque année, sur tous les continents, un réseau de personnes prêtes à accueillir des voyageurs espérantophones du monde entier (Pasporta Servo)... Il existe aussi de très nombreux livres en espéranto (traductions ou œuvres originales), de la poésie, de la musique.

L’espéranto et moi

Je m’intéresse depuis longtemps aux langues, et aussi aux rapports de force entre elles. Trouvant le concept de langue neutre intéressant pour rendre la situation plus équitable, et curieux à l’idée d’apprendre une langue construite, j’ai décidé d’en apprendre les bases en 2009. J’ai rapidement atteint un assez bon niveau de compréhension, mais la vraie « révélation » est venue quand, en 2013, j’ai participé à ma première grande rencontre d’espéranto à l’étranger, en Slovaquie. Là-bas, je me suis amusé et fait de nombreux amis – le tout entièrement en espéranto! À mon retour à Montréal, je me suis impliqué plus intensément dans nos activités locales autour de l’espéranto.

J’apprécie le sentiment de liberté par rapport à ce qu’on pourrait appeler les conventions linguistiques « normales ». L’espéranto est un terrain d’entente linguistique qui permet à chaque personne d’être elle-même dans l’échange, hors des hiérarchies entre les langues et cultures…

Un succès improbable

Pour finir, l’espéranto constitue ce que j’aime appeler une « expérience humaine » : d’abord au sens où l’espéranto est une activité sociale, à travers laquelle on rencontre souvent des gens aux parcours de vie parfois hors du commun.

Ensuite aussi au sens de « quelque chose dont on ne connaît pas le résultat ». L’espéranto, c’est l’expérience unique et à grande échelle d’un réseau de personnes de tous horizons, qui l’ont appris pour s’aider à communiquer, au-delà de la barrière de langue.

Montréal au cœur du monde espérantophone en 2020

Au Canada aussi, l’espéranto est bien en vie! Des rencontres régulières ont lieu dans plusieurs grandes villes, comme Montréal, Toronto, Ottawa ou Québec…

Le Congrès mondial d’espéranto a lieu chaque année dans une ville et un pays différents. En 2020, pour sa 105e édition, c’est Montréal qui accueillera l’événement (du 1er au 8 août) et qui sera donc, pendant une semaine, le centre du monde espérantophone… Qu’attendez-vous? Vous avez largement le temps d’apprendre la langue d’ici là!

Au plaisir de vous voir au Congrès mondial d’espéranto en 2020!

Avertissement

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À propos de l'auteur

Nicolas Viau

Curieux de tout et mordu des langues, Nicolas parle le français, l’anglais, l’espéranto et l’espagnol, et se débrouille en portugais et en allemand. Il est formé en physique et en environnement et travaille aujourd’hui dans l'énergie renouvelable. Il est membre de l’équipe du LangFest à Montréal et président de la Société québécoise d'espéranto.

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Commentaires

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Article très bien rédigé et d'une grande actualité.

Merci pour cet article. Elle a l'air fascinante, cette langue!

C'est intéressant pour un pays diversifié (linguistiquement) comme le Canada. J'espère que le Portail linguistique pourra développer ce thème avec plus d'infos sur cette langue construite.

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