Vivre et travailler en français dans la région de la capitale nationale

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Date de publication : 
3 avril 2018
Rédigé par : Catherine Larose

En tant que fonctionnaire francophone, j’ai toujours considéré que vivre dans la région de la capitale nationale représentait un défi autant qu’une chance. J’ai le privilège d’être exposée à une grande diversité sur le plan de la culture, des loisirs et des activités, mais j’ai parfois du mal à me faire comprendre quand je m’exprime dans la langue de Molière.

Parler français dans les boutiques et restaurants

Cette réalité ne date pas d’hier. Dans le marché By à Ottawa, l’un des attraits touristiques majeurs de la région, je n’arrive pas toujours à me faire comprendre quand je m’adresse à quelqu’un en français dans les boutiques et les restaurants. Par contre, beaucoup d’employés profitent de leur travail pour s’exercer à parler français. Je leur suis toujours reconnaissante de leurs efforts, même si ce n’est pas parfait.

Parler français au travail

Étant parfaitement bilingue, j’ai la fâcheuse habitude de parler automatiquement en anglais quand je réalise que mon interlocuteur est anglophone. Je reconnais que je dois faire des efforts pour d’abord parler dans ma langue maternelle. Même si je suis fière de ma langue au plus haut point, j’avoue être la première à passer à l’anglais dès que je suis en présence d’anglophones. Cela est encore plus vrai en milieu de travail. J’ai travaillé au sein de différents ministères et j’ai trouvé que le lieu, l’époque ou le poste ne changeaient rien à cette réalité.

J’ai toujours espéré que mes collègues anglophones bilingues osent parler français un peu plus souvent, que ce soit lors de rencontres d’équipe, de discussions en petits groupes sur un dossier précis ou même de conversations personnelles. Je tiens à féliciter ceux qui font des efforts pour s’adresser à moi en français. J’espère toujours que cette pratique saura inciter d’autres collègues à faire la même chose.

C’est à l’avantage de tous

Comme le mentionne le rapport intitulé Le prochain niveau : Enraciner une culture de dualité linguistique inclusive en milieu de travail au sein de la fonction publique fédérale, nous devons continuer de faire des progrès afin de bien servir les fonctionnaires, et les Canadiennes et Canadiens, en ce qui a trait aux deux langues officielles. Je crois fermement que certains petits gestes quotidiens, dans le milieu de travail, peuvent faire beaucoup progresser notre dualité linguistique. Ces petits gestes sont la responsabilité de tous et chacun. Les anglophones devraient oser parler français, et les francophones les encourager à le faire. Avec le temps, de la bonne volonté et un contexte propice à l’apprentissage, les gens se sentiront de plus en plus à l’aise de s’exprimer dans leur deuxième langue officielle. Nos milieux de travail deviendront alors encore plus riches, plus diversifiés et plus inclusifs.

De votre côté, résistez-vous à la tentation de passer à l’anglais quand votre interlocuteur n’a pas le français comme langue maternelle? Trouvez-vous que les gens de votre milieu font des efforts pour vous parler dans votre langue? Parlez-moi de votre expérience dans les commentaires!

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À propos de l'auteur

Catherine Larose

Catherine Larose avait commencé un baccalauréat en linguistique avant de se tourner vers les ressources humaines. Elle travaille dans ce domaine depuis plus de 15 ans. Optimiste et curieuse de nature, Catherine adore apprendre et est toujours prête pour de nouvelles aventures.

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Commentaires

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Dans l'autre capitale nationale, la situation est complètement inversée. Dès qu'un francophone se joint au groupe, les anglos parlent français, car il s'agit de la langue usuelle de communication publique. Les rapports de force étant ce qu'ils sont, j'imagine mal la situation évoluer de part et d'autre, peu importe les petits gestes quotidiens...

En tant qu'Amazighe (Berbère) du Maroc qui a souffert de la marginalisation et de la discrimination linguistique à l'école, dans les institutions publiques et privés et même parfois dans l'espace publique, j'ai appris qu'« une langue en plus, c'est un homme en plus ». Cela veut dire que parler une langue, c'est vivre une culture. Et vivre une culture, c'est avoir une autre vision du monde ou au moins connaître celle-ci et la respecter. J'ai appris également que sa langue maternelle en souffrant, elle devient une veilleuse qui nous éclaire et nous aide à retrouver le vrai sens de la vie : celui d'apprendre à vivre ensemble.

La francisation des immigrés
C'est surtout chez les Nord-Africains que le français devient de plus en plus la langue de relations au sein de leur propre communauté, au détriment de l'arabe. Les Asiatiques tiennent beaucoup plus à leur propre langue, mais dans leur communauté aussi l'intérêt pour le français s'accroît. Aussi bien dans la communauté hispano que dans la communauté sud-américaine, presque tous les enfants ont une scolarité en français, ce qui n'est pas étonnant du fait que c'est le plus souvent le français qu'ils parlent dans leur famille ou le cercle de leurs relations. Pareille évolution est également perceptible chez les immigrés d'origine portugaise, espagnole, italienne ou grecque, dont bon nombre parlaient déjà français avant leur arrivée au Canada. Chez ces immigrés, il s'ajoute le fait qu'ils ont souvent pour langue maternelle une langue romane proche du français.

J'ai moi aussi constaté qu'on a le réflexe de passer à l'anglais avec un interlocuteur anglophone, souvent avec la bonne intention de vouloir lui faciliter la vie. Mais maintenant, je fais un effort conscient de poursuivre la conversation en français, parce que je sais ce que c'est de vouloir pratiquer une langue seconde.

Je trouve le sujet de votre article fascinant. Dans mon cas, le français est ma troisième langue, l'espagnol est ma langue maternelle et l'anglais ma première langue officielle. J'adore les langues et fais de mon mieux pour m'exprimer dans la langue de mon milieu. Par contre, il y a un aspect qui n'est pas négligeable : la force avec laquelle je veux que mon message passe. C'est-à -dire que si je m'exprime dans une langue que je ne maîtrise pas très bien, mon message sonne faible, comme si était un enfant qui parle (pour citer l'analogie de Michael Cronin, traductologue irlandais). Au début de ma carrière dans la fonction publique, je m'exprimais toujours en anglais pour cette raison, parce que je voulais que les gens se concentrassent sur le contenu de mon message et pas sur mon français dubitatif. Je partage ce commentaire parce que c'est peut-être la même raison pour laquelle vos collègues parfois n'osent pas utiliser leur langue seconde dans vos réunions de travail. Bonne journée!

Où je travaille (Instituts de recherche en santé du Canada), plusieurs anglophones font l'effort de parler en français lorsqu'ils s'adressent à un des francophones. Étant dans un environnement de travail majoritairement anglais, ils profitent de toute occasion pour parler dans la langue de Molière. Et ils apprécient lorsqu'on parle ou répond en français.

Très bon billet Catherine! C'est tellement vrai ce que tu décris. Ayant travaillé à Ottawa quelques années, j'ai réalisé que ce qui jouait contre moi était l'impatience. Au tour d'une table lors de réunion, les gens commençaient leur phrase en français mais deux secondes après, on parlait en anglais. C'est comme si on voulait gagner du temps. Pas le temps de répéter, pas le temps de traduire pour les anglophones présents. Mon bilinguisme intermédiaire (j'allais dire précaire, mais non, quand même bien) faisait en sorte que j'en disais un bout en anglais, un autre collègue complétait l'idée en anglais...go go go, pas le temps de s'éterniser! Et quand je discutais avec mes collègues anglophones qui faisaient l'effort de parler un peu en français, je finissais leurs phrases à leur place. Ah misère! C'est probablement cela la clé du succès pour la dualité linguistique équilibrée : prendre le temps!

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