Enseigner l’anglais et le français langue seconde au Québec

Publié le 12 avril 2021

J’ai été enseignante de langue seconde pendant plus de 25 ans. J’ai eu cette chance inouïe d’enseigner et l’anglais langue seconde et le français langue seconde, non seulement parce que j’ai un diplôme en littérature anglaise, mais surtout parce que je maitrise les deux langues officielles aisément. C’est un peu comme avoir deux cerveaux. Je ne pourrais jamais me passer de cette dualité qui me donne envie d’apprendre d’autres langues et de porter un regard beaucoup plus large sur nos deux cultures. Cela me permet non pas de m’attarder sur les différences, mais de remarquer les ressemblances.

De mon point de vue, enseigner une des deux langues secondes au Québec est tout un défi à relever à cause de l’attitude de certains apprenants qui, pour diverses raisons, sont parfois rébarbatifs à l’idée d’apprendre l’autre langue officielle. Mais c’est en fait une occasion de construire des ponts entre les deux composantes de cette dualité, et ainsi de constater que le fait d’être bilingue ne menace nullement l’identité culturelle. Au contraire, c’est un enrichissement. Après tout, ces deux langues vivent sous le même toit depuis belle lurette, pour le meilleur et pour le pire.

Apprendre une langue ne se réduit pas à l’apprentissage d’une mécanique.

Au début de mon enseignement, je m’en tenais aux manuels prescrits par les écoles où j’enseignais. On y retrouve toujours la même panoplie de règles grammaticales, d’exercices écrits et de courts paragraphes à décortiquer, bref, le genre de contenu qui se trouve dans les manuels de langue, quels qu’ils soient. Un peu de conversation, un peu d’écoute et, la plupart du temps, rien de très stimulant pour les étudiants.

Après quelques années, j’ai remarqué qu’à chaque fois que je sortais du manuel pour enseigner une chanson ou un poème, ou créer une mise en scène, la classe se réveillait, s’élevait au-dessus de la lourdeur. Il y avait un je-ne-sais-quoi de plus enthousiaste et réceptif. J’ai remarqué que non seulement mes intermèdes permettaient de capter l’attention des jeunes et des moins jeunes, mais aussi que ces derniers retenaient l’information.

La langue est une fenêtre qui s’ouvre sur la pensée de l’autre.

Chaque langue présente une vision du monde bien distincte, un peu comme si l’on posait un regard sur un paysage truffé d’images riches et diversifiées. Par exemple, en anglais on dit « boire comme un poisson » (to drink like a fish), alors qu’en français on dit « boire comme une éponge ». En anglais, il pleut des chats et des chiens (it’s raining cats and dogs) – pauvres bêtes! –, alors qu’en français il pleut des clous – ouille! En français, on contourne la règle, en anglais, on la plie (to bend the rule). Si on est un rat de bibliothèque en français, on prend la forme d’un ver de terre en anglais (bookworm).

Ainsi, incorporer des bribes d’informations colorées et humoristiques dans l’enseignement de l’une ou l’autre des langues officielles éveille la curiosité et fait sourire l’apprenant. Du même coup, on favorise la tolérance.

Apprendre le français et l’anglais, c’est aussi connaitre son histoire.

À la suite de la conquête normande en 1066, l’anglo-normand a emprunté à l’ancien français des mots comme « qualité » et « quantité », qui sont devenus les mots quality et quantity en anglais moderne.

En français, le mot « redingote » vient de l’anglais riding coat, un manteau pour faire de l’équitation, et le canadianisme « bécosse », qui désigne la fameuse toilette extérieure du 19e siècle, est une déformation de back house. On retrouve aussi de nombreuses expressions françaises en anglais, comme « à la carte » et « après-ski ».

C’est en assaisonnant l’enseignement que l’on crée des liens et c’est en explorant la langue de l’autre que l’on finit par découvrir nos propres racines.

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En savoir plus sur Julie de Belle

Julie de Belle

Julie de Belle

Julie est née à Ottawa, mais vit au Québec et a appris les deux langues officielles simultanément. Après un baccalauréat en littérature anglaise, elle commence à enseigner l’anglais langue seconde au secondaire, puis au primaire et, finalement, au collégial; elle obtient des contrats d’enseignement du français langue seconde dans des commissions scolaires anglaises et auprès d’une clientèle adulte, en formation continue.

Après avoir pris sa retraite, en 2012, elle part enseigner en Chine un an et, à son retour, elle publie son récit sur l’enseignement. À l’occasion, Julie accepte de traduire à la pige, et elle se consacre désormais à l’écriture, mais surtout à la poésie.

 

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Soumis par Lise Douville le 20 avril 2021 à 8 h 59

Très intéressant votre article.
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