Lire à haute voix, pas juste pour les enfants : 5 avantages pour tous

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Date de publication : 
26 mars 2018
Rédigé par : Julia Sandford-Cooke

Tous les soirs, je lis encore des histoires à ma fille de 9 ans. Qu’elle ait déjà lu 5 fois par elle-même tous les Harry Potter n’y change rien. Elle aime que nous passions du temps ensemble et que nous discutions de l’histoire et des mots difficiles.

Je dois bien l’avouer… je ne fais pas ça juste pour elle! Au fil des ans, j’ai constaté que la lecture à haute voix m’était aussi utile qu’à ma fille. Voici 5 raisons qui m’amèneront à conserver cette habitude même quand ma fille sera devenue grande.

1. Pour mieux lire

Lire à haute voix vous oblige à ralentir, à vous concentrer et à réfléchir au contenu. Si vous perdez le fil, votre auditoire le remarquera parce que vous cesserez de lire. Dans cet état de concentration, vous plongez davantage dans les émotions évoquées par le récit. Dernièrement, j’ai fondu en larmes en lisant « Guirlande de poupées », un livre d’images très touchant de Julia Donaldson et Rebecca Cobb. Vous pouvez imaginer la surprise des enfants de mes amis, à qui je faisais la lecture! Ça ne m’arrive jamais quand je lis un texte dans ma tête.

2. Pour mieux écrire

Si lire à haute voix vous rend plus sensible au texte, il est probable que l’attention accrue que vous porterez au ton, à la diction, à la structure et au récit améliorera aussi votre façon d’écrire. Les auteurs professionnels connaissent depuis longtemps les avantages qu’il y a à lire leurs manuscrits à haute voix. Dans l’article intitulé « The Benefits of Speaking Aloud » qu’il a publié dans le Harvard Business Review, Jerry Weissman recommande de s’enregistrer. Même lire à haute voix le texte d’un autre auteur vous amène à aiguiser votre sens critique et à percevoir ce qui fonctionne… et ce qui cloche. Simplement énoncer le texte permet de résoudre des problèmes courants tels que des dialogues maladroits et une mauvaise ponctuation. Le rythme et les pauses naturels de la langue se révèlent ainsi d’eux-mêmes.

Bien sûr, j’ai relu la version définitive de ce billet à haute voix… et j’ai vu qu’elle n’était pas aussi définitive que je le croyais! J’ai relevé ainsi beaucoup plus de corrections à faire que lorsque j’avais seulement parcouru le texte en le lisant dans ma tête.

3. Pour mieux prononcer

J’ai l’habitude de parler très vite, tandis que mon mari a tendance à marmonner. Lire régulièrement des histoires à notre fille (qui, soit dit en passant, ne manque pas de sens critique) nous a rendus plus conscients de la façon dont nous parlons et de l’importance de bien nous faire comprendre. Tous les deux, nous avons vu des changements s’opérer dans nos conversations quotidiennes. Notre intonation est meilleure; nous veillons à moduler tant les inflexions que l’intensité de notre voix. Quand nous devons prononcer un discours ou donner une présentation, nous savons maintenant comment transmettre notre message bien plus efficacement.

4. Pour mieux étudier

Quand on lit pour soi-même, on prononce et on entend les mots dans sa tête, ce qui nous aide à les comprendre et à les retenir. Lire à haute voix multiplie cet effet bénéfique. Les étudiants et les enseignants connaissent depuis longtemps les avantages que procure la lecture à l’unisson d’un livre scolaire. Répéter des faits et avoir la possibilité d’en discuter contribuent à cimenter les acquis.

Quand vous apprenez une nouvelle langue, prononcer à haute voix les mots et les expressions propres à cette langue aide tant votre prononciation que votre compréhension. Le Portail linguistique du Canada vous propose d’ailleurs une liste de ressources pour l'anglais langue seconde et une liste de ressources pour le français langue seconde.

5. Pour le plaisir

Même si je suis plutôt timide en général, j’adore utiliser des voix et des accents différents. C’est comme si j’étais une actrice, mais sans la terreur de monter sur scène! Toute petite, je n’adorais pas Dr. Seuss, mais j’ai eu le coup de foudre dès la première fois que j’ai lu « Les œufs verts au jambon » à mon bébé.

Si vous n’avez pas d’enfant à qui faire la lecture, savez-vous que vous pouvez lire pour de purs inconnus? C’est ce que propose le projet LibriVox, entre autres. Des bénévoles sont invités à lire à haute voix, tout en s’enregistrant, des livres du domaine public. Ils constituent ainsi une bibliothèque multilingue de livres audio téléchargeables gratuitement. Il s’agit d’un projet non commercial et sans but lucratif.

Bien entendu, rien ne vous empêche de vous faire la lecture à vous-même. C’est une excellente façon de vraiment se détendre et de s’imprégner de la beauté des mots. Et puis, ce n’est pas la timidité qui peut vous arrêter… personne ne peut vous entendre! Un peu de Gerard Manley Hopkins ou de Jacques Prévert? Si vous n’êtes pas porté sur la poésie, essayez de voir quelle vivacité vous arrivez à insuffler à un livre de recettes ou à un manuel d’instructions!

J’aimerais beaucoup savoir ce que la lecture à haute voix vous a apporté personnellement. En attendant de vous lire, je vais travailler ma voix de Bellatrix Lestrange.

Traduit par : Marc-André Descôteaux, Portail linguistique du Canada

 

Avertissement

Les opinions exprimées dans les billets et les commentaires publiés sur le blogue Nos langues sont celles de leur auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement celle du Portail linguistique du Canada.

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À propos de l'auteur

Julia Sandford-Cooke

Julia Sandford-Cooke est rédactrice, réviseure et amoureuse de la langue. Elle est aussi critique littéraire grognonne, membre supérieure de la Society for Editors and Proofreaders du Royaume-Uni et conseillère municipale. Ces trois rôles l’amènent parfois à lire devant public en empruntant de drôles de voix.

On peut lire les critiques littéraires de Julia dans son blogue Ju’s Reviews (en anglais seulement).

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Commentaires

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Bonjour,
Je suis écrivain et j'ai découvert moi aussi, depuis mon premier roman, les bienfaits de le lire à haute voix. Soit que je le lis moi-même à ma femme France, soit qu'elle le lit pendant que je suis le texte à l'écran de mon ordi.
On trouve ainsi plusieurs coquilles, hiatus, mauvaises formulations, répétitions, etc.
C'est excellent.
Bernard Marcoux, écrivain

À titre de traductrice indépendante, je travaille seule et personne n'est là pour relire mes textes. Je devais donc trouver une façon de repérer toutes les fautes. J'ai donc tenté la lecture à haute voix. Après la traduction, je révise mon texte une première fois à l'écran (et une deuxième fois sur papier lorsque le temps le permet), je le passe dans Antidote et je termine en le relisant à haute voix. Je capte plus facilement les fautes, mais surtout les doublons et les mots manquants. Au fil du temps, j'ai constaté que mon cerveau avait tendance à «anticiper» le texte à venir et qu'il «corrigeait» ces erreurs. Lorsque je lis à haute voix, il est obligé de suivre mes yeux et ma voix. Impossible pour lui d'anticiper : il reste concentré sur les mots qu'il voit... ou qu'il ne voit pas.

Dès l'école primaire, il y a un demi-siècle, mon instituteur nous incitait à nous relire à haute voix. Et je le fais assez souvent dans mon métier de traducteur aujourd'hui. Souvent, je m'imagine lire mon texte devant une assemblée. Le dirais-je ainsi dans de telles circonstance? Coule-t-il de façon naturelle? Est-il ampoulé ou tarabiscoté? Les phrases sont-elles trop longues? Mon auditoire me suit-il sans effort?
Rien de tel pour entendre une phrase qui accroche, une tournure lourde, une faute de logique dans l'articulation, une préposition ou une charnière fautive, une expression ou une cooccurrence erronée ou malheureuse... Rien de tel en somme pour améliorer la fluidité d'un texte et donc son agrément de lecture et l'efficacité de la transmission du message.

Avantages de lire à haute voix : Pour les personnes qui écoutent. Quand nous proclamons la Parole dans nos célébrations liturgiques. Je lis souvent à haute voix aux personnes âgées qui ont de la difficulté à voir. Elles apprécient énormément cette façon de communiquer.

J'aime bien me relire à haute voix (en chuchotant quand je suis au travail!). On corrige bien des erreurs ainsi. Et quand je trouve que mon attention me fait défaut parce que ça fait déjà quelques fois que je vois mon texte, je le relis avec un accent! Je trouve que ça me force à ralentir et à lire ce qui est vraiment écrit et non ce que je crois avoir écrit.

Mon expérience avec la lecture à haute voix remonte à plusieurs années, lorsque je rédigeais des exposés pour les présenter en classe devant les élèves et en présence de mes professeurs. Je m'entrainais à articuler correctement les phonèmes et à transmettre au public le message en lisant à haute voix le texte. Ensuite, je me suis rendu compte, au bout de quelques années, qu'avec la lecture à haute voix, la compréhension du texte se fait merveilleusement bien et les fautes sont facilement repérables.

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