Interprétation en langue des signes : un monde à découvrir

Publié le 21 septembre 2020

Les interprètes en langue des signes ont toujours fait preuve d’une incroyable capacité d’adaptation dans l’exercice de leurs fonctions. Peu importe la langue et la clientèle servie, les interprètes en langue des signes de partout dans le monde doivent non seulement écouter les discours et en comprendre rapidement le sens, mais aussi livrer le message le plus fidèlement possible. L’interprétation simultanée permet, en outre, de suivre le message en temps réel. Vous devinez que ce n’est pas une mince affaire lorsque l’on vit une crise sanitaire comme celle qui nous touche depuis le mois de mars 2020.

Voyage au cœur d’un domaine en pleine expansion

Saviez-vous qu’au Canada, plusieurs langues des signes cohabitent? Il y a l’American Sign Language (langue des signes américaine), la langue des signes québécoise, la langue des signes des Maritimes ainsi que des langues des signes autochtones. Les langues des signes sont des langues à part entière; elles possèdent leur grammaire et leur syntaxe propres, différentes de celles des langues orales.

Au Canada, quelques collèges et universités offrent la formation d’interprète en langue des signes. Selon l’Association québécoise des interprètes en langues des signes « l’interprète en langue des signes doit posséder une grande capacité d’adaptation puisqu’il est appelé à travailler dans divers milieux […] et dans des situations qui changent parfois très rapidementNote de bas de page 1 ». Malgré les divers programmes de formation offerts au pays, il y a une pénurie d’interprètes en langue des signes, car les besoins sont de plus en plus grands.

Le défi des interprètes en 2020

Bien avant la pandémie de COVID-19, pendant laquelle les services d’interprétation ont été sollicités pour couvrir les différents points de presse et les conférences de presse quotidiennes, on avait déjà noté une forte croissance de la demande, qui était attribuable à la volonté de mieux répondre aux normes d’accessibilité. Les entreprises et les institutions, partout au pays, faisaient davantage appel aux interprètes en langue des signes. Pendant la pandémie, en plus de devoir répondre à la forte demande, ces langagiers professionnels ont dû composer avec un défi de taille : l’apparition de nouveaux termes, expressions et mots très rarement utilisés. Certaines expressions comme « aplatir la courbe » se sont révélées relativement simples à interpréter, puisqu’il s’agissait d’expressions couramment utilisées. Cependant, on peut imaginer l’effort cognitif qui a été nécessaire pour interpréter correctement et rapidement le terme « agueusie », rare dans le vocabulaire de tous les jours, qui désigne la perte totale ou partielle du goût, comme nous l’apprend le Lexique sur la pandémie de COVID-19 (s’ouvre dans un nouvel onglet) du Bureau de la traduction. L’émergence de néologismes et de termes scientifiques, au fur et à mesure que la crise sanitaire évoluait, a poussé les interprètes à faire preuve d’une grande créativité, en plus du professionnalisme auquel ils sont habitués. En présence de mots complètement nouveaux auxquels aucun signe n’avait encore été associé, les interprètes ont dû avoir recours à différentes méthodes (paraphrases, épellation, etc.).

Les interprètes en langue des signes transmettent l’information aux utilisateurs des langues des signes. Ils doivent comprendre le message, se l’approprier et le réexprimer, ce qui exige, entre autres, d’utiliser des expressions faciales (qui sont des éléments inhérents de la grammaire), de produire des signes extrêmement précis (par exemple sur les plans des points de contact, de la rotation, du mouvement), d’utiliser diverses techniques en cas de néologismes, et d’établir un canal de communication avec l’auditoire, tout en gardant le rythme du locuteur.

Depuis le début de la pandémie, les interprètes en langue des signes ont travaillé en étroite collaboration avec les membres de la communauté sourde du Canada afin d’être en mesure d’exprimer correctement les concepts émergents et d’être compris. Suivre l’actualité, comprendre les enjeux nationaux et internationaux et se préparer assidûment font partie du quotidien des interprètes et sont le gage d’une interprétation de qualité. Grâce aux points de presse et conférences de presse télédiffusés en langues des signes, la communauté sourde et malentendante a pu accéder à de l’information cruciale. Ainsi, les interprètes ont joué et continuent de jouer un rôle prépondérant dans la transmission de l’information relative à la crise sanitaire de la COVID-19.

Loi canadienne sur l’accessibilité

La Loi canadienne sur l’accessibilité est entrée en vigueur le 11 juillet 2019. Elle vise la reconnaissance et l’élimination d’obstacles à l’accessibilité, de même que la prévention de nouveaux obstacles, dans les domaines de compétence fédérale, de façon à transformer le Canada en un pays exempt d’obstacles. La Loi établit que l’American Sign Language, la langue des signes québécoise et les langues des signes autochtones sont reconnues comme étant les langues les plus utilisées par les personnes sourdes au Canada pour communiquer.

Signataire de la Convention relative aux droits des personnes handicapées de l’Organisation des Nations Unies, le Canada s’est engagé à « assurer la pleine et égale jouissance de tous les droits de l’homme et de toutes les libertés fondamentales pour les personnes handicapéesNote de bas de page 2 ». Il reconnaît aussi que les langues des signes sont égales aux langues parlées.

Les langues des signes en bref

L’Assemblée générale des Nations Unies a proclamé le 23 septembre Journée internationale des langues des signes. Cette journée célèbre et encourage l’utilisation des langues des signes. Les Nations Unies font état de 300 langues des signes dans le mondeNote de bas de page 3.

On compte plusieurs associations professionnelles d’interprètes ainsi que plusieurs regroupements de personnes sourdes. Au Canada, on se réfère principalement à l’Association des Sourds du Canada (s’ouvre dans un nouvel onglet) qui est affiliée à la Fédération mondiale des sourds (s’ouvre dans un nouvel onglet) (en anglais seulement).

Vous aimeriez en apprendre davantage sur le sujet? Le Portail linguistique du Canada a répertorié de nombreuses ressources en lien avec l’apprentissage des langues des signes et la formation des interprètes dans la section Langues des signes (s’ouvre dans un nouvel onglet) de sa collection de ressources linguistiques canadiennes.

Les auteurs tiennent à remercier Marie-Christine Carrière et Anne Missud pour leur précieuse contribution à ce billet.

Avertissement

Les opinions exprimées dans les billets et dans les commentaires publiés sur le blogue Nos langues sont celles des personnes qui les ont rédigés. Elles ne reflètent pas nécessairement celles du Portail linguistique du Canada.

En savoir plus sur Frank Folino et Mélanie Guay

Frank Folino et Mélanie Guay

Frank Folino est sourd de naissance. Son parcours en fait la personne toute désignée pour jouer le rôle de conseiller spécial de la Direction des politiques, de la planification et de l’analyse stratégiques du Bureau de la traduction en matière d’accessibilité. Frank possède un baccalauréat ès arts en science politique avec mention d’honneur. Il aime participer à des projets nationaux et internationaux, tant à titre professionnel qu’à titre personnel.

Mélanie Guay est conseillère en communications au Portail linguistique du Canada. Elle est titulaire d’une maîtrise en éducation et d’un baccalauréat bidisciplinaire en enseignement du français et en enseignement moral. Elle aime collaborer à divers projets, tant dans son travail que dans sa vie personnelle. D’ailleurs, elle ne compte pas les heures de bénévolat dans le domaine sportif, entre autres.

 

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