Le bilinguisme, un legs de mon père

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Publié le 
3 septembre 2021
Rédigé par  , sous-ministre des Affaires intergouvernementales, Bureau du Conseil privé

Quand Lucie Séguin, présidente-directrice générale du Bureau de la traduction, m’a invité à rédiger ce billet, j’ai tout de suite su que je voudrais y aborder le rôle bien spécial qu’ont joué le bilinguisme et le français langue seconde dans ma vie, même si mon degré d’aisance et de confiance a fluctué au fil des ans.

J’ai grandi à Edmonton, en Alberta, où j’ai étudié le français à l’école, comme bien d’autres élèves. Ce qui me distinguait des autres, toutefois, c’est que le professeur de français de l’école secondaire, c’était mon père. Je me suis parfois senti mal à l’aise de me trouver dans sa classe, mais, aujourd’hui, je sais à quel point j’ai été privilégié de voir son amour pour la langue et l’enseignement à l’œuvre. Quant à mes relations avec mes camarades de classe, disons que d’être capitaine de l’équipe de basketball ne m’a pas nui!

Lorsque j’étais en 11e année, mon professeur de père a organisé un échange étudiant entre ma classe et celle d’une école de Saint-Georges, en Beauce. Je crois qu’il a présenté une demande d’aide à un programme fédéral pour concrétiser cet échange. La famille de mon « jumeau » québécois m’a généreusement hébergé pendant une semaine qui reste gravée dans ma mémoire. J’ai non seulement mangé de la poutine pour la première fois, mais aussi découvert le français de la vraie vie, bien différent de celui des manuels scolaires. La richesse de cette expérience m’a incité à aller passer quelque temps en immersion française à Jonquière et à Trois-Rivières pendant mes années universitaires.

D’avoir eu l’occasion de vivre en français m’a aidé à apprendre cette langue et à en apprécier la complexité. Les défis qu’il m’a fallu surmonter pour vivre dans ma langue seconde m’ont donné une leçon d’humilité : de toute évidence, ce n’était qu’en m’exprimant systématiquement en français que je pouvais vraiment m’améliorer.

Tel le balancier d’une horloge, mon degré d’aisance dans ma langue seconde a oscillé toute ma vie. Dans son mouvement de va-et-vient, le balancier est souvent passé d’une extrémité à l’autre. Comme beaucoup d’autres personnes, je n’ai pas toujours mis en pratique mes apprentissages, et je n’ai que moi-même à blâmer si je suis parfois devenu rouillé et que j’ai perdu ma confiance en mes capacités.

Heureusement, le balancier finit toujours par repartir dans l’autre direction. Je puise dans mes expériences passées pour utiliser ma langue seconde plus naturellement et plus régulièrement au travail. Je suis heureux qu’il existe des ressources linguistiques comme celles du Portail linguistique du Canada (s’ouvre dans un nouvel onglet) pour m’aider à me perfectionner constamment. De plus, je suis reconnaissant aux gens avec qui je travaille au quotidien de leur patience.

Mes efforts ont porté leurs fruits pendant la pandémie, où j’ai souvent eu l’occasion de m’adresser dans les deux langues officielles à mes collègues de Services publics et Approvisionnement Canada lors de séances de discussion ouvertes, de réunions d’équipe et d’autres événements. La communication a revêtu une importance critique durant cette période, comme aujourd’hui encore. Mes expériences positives en tête, je choisis de ne pas laisser le balancier repartir de nouveau dans l’autre sens et de mettre les bouchées doubles pour sortir de ma zone de confort dans ma langue seconde, comme le font si souvent mes collègues francophones. Je sais également que je peux en faire davantage pour créer un espace où tout le monde pourra aussi travailler dans les deux langues officielles.

Et vous, comment avez-vous créé un tel espace au travail? Que faites-vous pour maintenir et perfectionner vos compétences? Je serais ravi de lire vos témoignages!

Je reviens maintenant à mon père, par qui tout a commencé. Il a pris un risque en milieu de carrière afin de suivre sa passion, et il a obtenu un doctorat en enseignement des langues secondes avec spécialisation en compréhension orale. Il a enseigné à de futurs professeurs à l’Université d’Ottawa, en plus de mener un programme de recherche actif qui a touché des professeurs de partout dans le monde. Il est décédé beaucoup trop tôt, il y a cinq ans. Aujourd'hui, alors que j’écris ces mots, j'espère que mon père sait à quel point je lui suis reconnaissant de m’avoir permis de vivre des expériences formatrices et fait prendre conscience de la valeur du bilinguisme au Canada.

Traduit par Sophie Martin, Portail linguistique du Canada

Avertissement

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À propos de l'auteur

Michael Vandergrift

Michael Vandergrift

Michael Vandergrift a récemment été nommé sous-ministre des Affaires intergouvernementales au Bureau du Conseil privé. Il exerçait auparavant les fonctions de sous-ministre délégué à Services publics et Approvisionnement Canada. Il a entamé sa carrière de cadre supérieur en 2003 et a occupé différents postes de direction, dont le poste de directeur général à la Direction des politiques, de la planification et des affaires internationales à Santé Canada, et le poste de secrétaire adjoint du Secteur des affaires internationales, de la sécurité et de la justice au Secrétariat du Conseil du Trésor.

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Je suis vraiment impressionné par votre parcours d’apprentissage du français comme langue seconde. Votre histoire m’a touché profondément. En tant que personne dans le même bateau, je m’en reconnais beaucoup. On a vécu les mêmes sentiments de galère. En effet, parfaire le français s’agit d’une tâche loin d’être facile. Même lorsque on peut le parler couramment, il faut revoir ses connaissances de façon continue sinon on l’oublie. On dirait que c’est une tâche dont on ne peut pas se débarrasser une bonne fois pour toutes.

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