Les traditions culinaires de Noël apportent une touche de réconfort et de nostalgie à cette fête familiale. L’image d’une famille nombreuse du siècle dernier, réunie autour d’une table bien garnie, évoque bien les Noëls d’antan. Au Canada français, notamment au Québec, les recettes héritées de nos grands-mères abondent. Leurs racines tantôt européennes, tantôt amérindiennes, les rendent uniques en leur genre.

Réveillon/réveillonneur

Les repas du temps des Fêtes, en particulier ceux de Noël et du jour de l’An, se déroulent souvent dans un cadre bien précis : le réveillon. Ce repas traditionnel se prend pendant la nuit de Noël ou du jour de l’An, généralement vers minuit. Le mot réveillon tirerait son origine du nom réveil et du suffixe –on, ou encore de l’impératif du verbe se réveiller, « réveillons-nous », puisque le repas servait à réveiller les convives pour que la soirée puisse se prolonger jusque tard dans la nuit.

Les gens qui prennent part à un réveillon sont des réveillonneurs ou des réveillonneuses; on dit aussi qu’ils réveillonnent.

Jadis, particulièrement en Europe, on employait le terme médianoche pour parler d’un « repas gras suivant un jour maigre, pris peu après minuit ». Il s’agit d’un emprunt de l’espagnol medianoche, qui signifie « minuit » ou « milieu de la nuit ». Aujourd’hui, en français, ce terme est vieilli et est surtout employé en littérature :

Tourtière/tourte/pâté à la viande/pain de viande

Le mot tourtière est un canadianisme employé pour désigner une tourte à la viande. Comme sa jumelle la tarte, une tourte est une pâtisserie de forme arrondie. Si la tarte se compose de produits sucrés comme des fruits et du sucre, la tourte, pour sa part, est garnie d’aliments salés tels que de la viande, du poisson et des légumes. Originaire du Québec, la tourtière traditionnelle de Noël est constituée de viande hachée (habituellement du porc), d’oignons et d’assaisonnements.

Pâté à la viande est un synonyme courant de tourtière, sauf dans les régions de Charlevoix, du Saguenay et du Lac-Saint-Jean. Dans ces régions, le pâté à la viande est peu épais et fait de viande hachée, tandis que la tourtière ressemble davantage au volumineux cipaille (décrit plus bas), sans les couches de pâte à tarte séparant les étages de viande. Dans certaines régions, le terme pâté à la viande désigne le pain de viande. Pour la majorité des Canadiens, le pain de viande (meatloaf en anglais) est un mélange de viande hachée, généralement du bœuf, et d’oignons cuits au four dans un moule à pain.

Origines du mot tourtière

Les origines du mot tourtière sont nébuleuses. Certains croient que le mot est dérivé du nom d’un oiseau de la famille des pigeons, la tourte, qui fut largement chassée et dont l’espèce est aujourd’hui décimée. La tourte aurait été la principale garniture des tourtières de l’époque. D’autres pensent que tourtière découle tout simplement du plat de cuisson profond qui porte le même nom.

Dans le registre familier, tourte désigne une personne peu intelligente :

Cipaille

Le cipaille est un autre mets traditionnel par excellence du temps des Fêtes. Il a des origines amérindiennes, anglaises et françaises. Le mot cipaille aurait un lien de parenté avec un autre mets, le sea-pie (« tarte de mer »), qui désigne un plat similaire, mais fait avec du poisson.

Dans les cuisines des ménagères francophones, le terme sea-pie se serait transformé en sipaille, cipaille ou cipâte, pour finir par être réinterprété en six-pâtes.

Le cipaille est un gros pâté cuit dans un plat profond, composé de plusieurs couches – souvent six – de viandes en morceaux (gibier avec porc ou bœuf), de pommes de terre en dés, d’oignons et d’assaisonnements. Ces couches sont séparées par une abaisse (une pâte amincie au rouleau, à ne pas confondre avec abbesse, la supérieure d’un couvent).

Bûche de Noël et autres desserts

Le temps des Fêtes est le moment idéal pour oublier les régimes et se sucrer le bec avec des pâtisseries de toutes sortes. Le sucre à la crème, la traditionnelle bûche de Noël, les beignes (ou beignets), le fudge (aussi appelé fondant au chocolat), etc., réchauffent depuis longtemps le cœur et l’estomac des convives à cette période de l’année. La tarte au sucre figure au nombre de ces incontournables de la cuisine du temps des Fêtes. Elle est préparée avec de la cassonade ou du sirop d’érable (particulièrement au Québec) et n’est généralement pas recouverte d’une abaisse. La tarte au sucre n’est pas l’apanage de la cuisine québécoise. En effet, on la mange aussi en Europe, notamment en Belgique.

Caribou, rigodon, ruine-babines et gigue

Les gens d’autrefois savaient s’amuser. Au jour de l’An, l’hôte sortait habituellement sa bouteille de caribou, une boisson traditionnellement faite maison qui consiste en un mélange de vin rouge sucré et d’alcool fort. En langue algonquine, caribou signifie « qui creuse dans la neige ». En effet, en hiver, les caribous utilisent leurs sabots comme des pelles pour trouver des lichens et d’autres plantes à brouter.

C’est à ce moment que la fête commençait avec des rigodons (on écrit aussi rigaudons) et des gigues. Les rigodons sont des chants et des danses folkloriques originaires de la France, tandis que la gigue a des racines irlandaises, écossaises et anglaises. Au cours de ces soirées endiablées, on entendait du violon, des cuillères en bois et de la ruine-babines (canadianisme pour harmonica) qui accompagnaient les gigueux (ou gigueurs) et les gigueuses.