(L'Actualité terminologique, volume 4, numéro 9, 1971, page 1)

Concept, mot fréquent en anglais, qu’il convient infréquemment de rendre par « concept ».

Thought, idea, notion, dit Webster. Faut-il nous reporter à la définition de chacun de ces mots en anglais? Démarche lente.

A general notion or idea, dit le Random House Dictionary. An idea of something formed by mentally combining all its characteristics or particulars; a construct, ajoute-t-il. Nous aimons bien ce construct aux fins des propos qui vont suivre. A directly conceived or intuited object of thought. Cette définition aussi va nous servir.

A general idea or understanding …; a thought or notion, dit l’American Heritage Dictionary.

Voyons ce construct. Something constructing; a complex image or idea formed from a number of simpler images or ideas. Fin des citations.

Cette série de citations nous permet maintenant d’amorcer notre construction (construct) terminologique, d’asseoir sur des bases solides l’échafaudage que nous devons élever pour y voir clair et loin.

Rappelons, avant de cheminer davantage, que notre propos n’est pas d’établir de très fines distinctions entre les trois mots français du titre, mais de déterminer comment traduire concept. C’est le mot anglais qui nous occupe; c’est l’équivalent français à retenir selon le contexte que nous cherchons.

Comment, par exemple, traduire concept dans les trois cas suivants : the modern concept of democracy; the concept of violence is changing; what is your concept of democracy?

Par « concept », dans le premier; « notion », dans le second; « idée », dans le troisième.

Lisez plus avant, et nous parions que vous serez d’accord. Voyons bien.

Dictionnaires français consultés (Petit Robert, Petit Larousse, G.L.E., Dictionnaire du français contemporain, Quillet), il faut avouer que, hormis « concept » (nettement assigné au domaine philosophique : le « concept de chaise »), on demeure un peu perplexe, sinon mystifié, parce qu’on se retrouve avec des idées ou des notions un peu confuses. Pourquoi? Tous ces dictionnaires définissent « idée » par « notion » et, bien sûr, « notion » par « idée », nous disant qu’une idée, c’est une notion, et une notion, une idée. On tourne en rond ici.

La partie n’est pourtant pas perdue. Il y a Bénac (Dictionnaire des synonymes) qui a tôt fait de nous déperplexifier ou dépêtrer. Voyez.

« Concept : a surtout un usage logique et s’applique à l’idée générale prise en elle-même dans ses caractères (extension, relation à d’autres idées, etc.) ». Le concept d’une chose, de chaise par exemple, en exprime l’essence et, en quelque sorte, les tenants et aboutissants. Concept dit ce que la chose est en soi, non pas ce que l’on en a appris, ni ce que l’on en pense.

« Notion : implique une étude et un jugement, une vue générale acquise avec un peu de travail. » Notion dit ce que l’on sait de la chose. La notion est le fruit d’une réflexion sur, mettons, l’idée de violence. Se faisant poser la question « Quelle est votre notion de la violence? », l’homme de la rue demandera une minute de réflexion, rassemblera ses idées, se remémorera ce qu’il en a lu et appris, formulera un jugement intérieur et exposera sa notion d’un ton plutôt calme et, peut-être, un tantinet sentencieux. Les notions vont du rudimentaire à l’altier, étant l’aboutissement de quelques réflexions ou rêveries par une nuit d’insomnie, par exemple, ou le produit de la réflexion de toute une vie d’étude et de méditation cénobitiques et se traduisant pa une conception originale, mûrie ou savante.

La notion, à la différence et du concept et de l’idée, peut revêtir un caractère officiel, institutionnalisé, juridique. Quelques citations tirées du rapport de la Commission des lois constitutionnelles (Document  1105) de l’Assemblée nationale (France) nous le montrent bien.

Les tribunaux sont en effet liés par la notion de caractère privé du lieu considéré comme domicile;

Il s’ensuit que la notion de violence a dû être interprétée assez extensivement par la jurisprudence;

Il apparaît qu’on peut substituer à cette notion celle de voie de fait ou de contrainte;

Cette notion de tromperie ou de ruse n’est pas, à l’heure actuelle, retenue en l’absence de violence.

« Idée (nous revenons à Bénac) : représentation pure et simple des choses, qui peut advenir sans travail de notre part et être parfois fausse, chimérique.

Idée, on le voit, revêt un caractère plutôt spontané et peu affiné. Demandez à brûle-pourpoint à quelqu’un quelle est son idée de la violence. S’il vous répond sur-le-champ : « Mon idée, c’est … », vous saurez que c’est bien, en effet, son idée qu’il vous donne, et non sa notion et encore moins sa conception.

Les idées? Elles sont éphémères, changeantes. Elles ont le défaut de s’éparpiller à tel point qu’on ressent parfois le besoin de les rassembler. Elles revêtent un caractère personnel (« mon idée ») ou collectif (les idées « reçues »). Ce double caractère des idées se saisit au vu d’une foule d’expressions familières : idées avancées, idées courantes, idée d’ensemble, idée fixe, idée-force, idées saugrenues, idée toute faite, idée folle, juste idée, idée claire, idée fausse, pas la moindre idée, changer d’idée, manquer d’idées, idées du jour, idées noires, gaies, neuves, vétustes.

Certains défendent leurs idées avec acharnement. D’autres en cherchent. Les carencés en imagination les empruntent et même les volent à autrui. Les spongieux s’en font mettre en tête. Les opioniâtres refusent d’en démordre. Certains esprits en ont d’originales, voire de géniales. L’inattentif perd le fil des siennes. Le fat a une haute idée de lui-même, mais la notion qu’on a de lui est tout autre. Il y a un dictionnaire qui suggère des idées par les mots (Paul Rouaix). Les frivoles sautent d’une idée à l’autre. Les inconstants n’ont pas de suite dans leurs idées. Certains demandent à réfléchir à leur idée. Enfin, l’idée mène à l’acte.

Ce n’est point par amusement que nous avons ainsi psalmodié ces expressions et ces phrases qu’inspire à foison le mot idée. C’est pour faire saisir ce qu’idée comporte de simple, d’instinctif, d’inétudié.

Comment, après tout cela, traduire concept? Résumons : l’idée s’entend d’une représentation pure et simple d’une chose; la notion implique étude et jugement; le concept se rapporte à la chose elle-même savamment considérée.

Conclusion : s’agissant de traduire concept, adopter concept, notion ou idée selon le contexte anglais.