André Racicot
(L'Actualité terminologique, volume 30, numéro 4, 1997, page 15)

Vous connaissez sûrement le valeureux Thomas More, homme particulièrement entêté, puisqu’il finit par en perdre littéralement le chef…
Le sieur en question rêvait d’une société idéale dont il fit la description dans une œuvre restée célèbre :
L’Utopie.

Certains rédacteurs rêvent encore d’utopies qui, lorsqu’elles ne folâtrent pas dans les marécages de la politique, batifolent dans ceux de la géographie.

Quelles sont au juste ces contrées évanescentes qui hantent journaux et textes de tout ordre? Prenons un bel exemple : l’insaisissable République d’Irlande. Ce toponyme a toutes les apparences de la respectabilité; le seul ennui, c’est… qu’il n’existe pas officiellement. Voilà qui risque de soulever l’Eire de certains rédacteurs qui l’emploient couramment! En effet, l’Irlande s’appelle tout simplement Irlande dans les traités et la correspondance officielle. Elle a déjà porté le nom officiel d’État libre d’Irlande, mais jamais celui de République d’Irlande. En gaélique, on l’appelle Eire. Alors pourquoi République d’Irlande?

On utilise souvent cette appellation parce qu’elle distingue le régime républicain de Dublin, de sa petite sœur, l’Irlande du Nord, qui est rattachée au Royaume-Uni. On peut alors se demander pourquoi on ne parle pas tout simplement d’Irlande du Sud.

Que dire maintenant de l’Ulster? C’est ainsi que l’on désigne souvent l’Irlande du Nord. De fait, l’Ulster est une région de l’Irlande qui existait bien avant la division du pays du trèfle. Ceux qui emploient ce terme devraient se remettre au vert, car il s’agit d’une inexactitude géopolitique, les frontières de l’Ulster et de l’Irlande du Nord ne coïncidant pas. Mais, comme bien d’autres erreurs du genre, le mot est passé dans l’usage et on le retrouve dans quelques appellations officielles. Autant avaler sa pilule, avec une Guinness (tiède).

Autre pays mythique, la Hollande. C’est plutôt des Pays-Bas qu’il faudrait parler, car la Hollande est une province du nord de cet État. Même si certains ont pu dire que les Pays-Bas ne sont guère plus étendus qu’un champ de tulipes, les régionalismes y sont marqués. Pour éviter d’avoir les deux pieds dans le même sabot, rappellons-nous que les Néerlandais ne sont pas tous des Hollandais.