André Racicot
(L'Actualité terminologique, volume 30, numéro 3, 1997, page 18)

Le printemps amène floraison, rhume des foins et, quelquefois, changements de régimes : c’est ainsi qu’il y a quelques mois le Zaïre a repris son ancien nom de Congo. Soit. Le hic, c’est qu’il existait déjà un autre pays du même nom. En effet, l’ancien Congo belge était devenu le Zaïre, mais le Congo français, lui, est toujours appelé Congo. Pour éviter toute confusion, le nouveau gouvernement de Kinshasa a rebaptisé le pays République démocratique du Congo, à ne pas confondre avec l’autre Congo, appelé République du Congo. Vous me suivez?

Les États séparés abondent dans le concert des nations. Pensons aux deux Allemagnes de naguère, aux deux Corées, aux deux Yémens. Mais comment désigner les habitants de ce nouveau-ancien Congo? Comment éviter la confusion avec leurs voisins de Brazzaville? Doit-on parler des Congolais démocratiques, par opposition aux Congolais tout court? La question n’est ni oiseuse, ni facile à trancher. D’ailleurs, ce n’est pas la première fois que ce genre d’interrogation se présente.

En effet, d’autres États ont connu la division territoriale, ce qui n’empêchait pas leurs habitants d’avoir un nom. Pensons aux Allemands de l’Est, aux Coréens du Nord, plus souvent appelés Est-Allemands et Nord-Coréens. Mais, comme vous le voyez, ces gentilés s’inspiraient tous du nom officieux du pays. Autrement dit, le point cardinal constituait une sorte de bouée de sauvetage. Mais, dans le cas de dénominations du genre République populaire démocratique de Corée et République démocratique allemande, la formation du gentilé est moins évidente, comme on dit.

Le cas qui nous occupe ne se prête pas à l’échappatoire commode du point cardinal, puisqu’il n’y a pas de Congo de l’Ouest et de Congo de l’Est. D’où le problème. Un journaliste parlait récemment des « Zaïrois » de la République démocratique du Congo… Peut-être est-ce préférable à des élucubrations du genre « Démocrato-Congolais »… Mais ceux qui cherchent la petite bête pour lui couper les cheveux en quatre feront valoir qu’il est difficile de parler de Zaïrois quand il n’y a plus de Zaïre. Et vlan! C’est d’une logique bétonnée.

Même le Dr Livingstone serait déboussolé. En attendant que l’usage nous impose encore ses diktats, voici une solution dont l’originalité vous laissera pantois : on pourra désigner les habitants des deux Congos sous le nom de… Congolais, lorsque le contexte n’appelle aucune autre précision. Dans le cas contraire, il faudra se résigner, jusqu’à nouvel ordre, à parler des Congolais de la République démocratique ou, pourquoi pas, des Congolais de Kinshasa. Je crois que cette solution n’empêchera pas le Nil de couler. Qu’en pensez-vous?