Nicole Ouimet
(L'Actualité langagière, volume 7, numéro 2, 2010, page 36)

C’est en 1953 que le Bureau des traductions* crée le tout premier service officiel de terminologie au Canada. Le Service de terminologie se voit confier le mandat de découvrir les termes nouveaux et leurs équivalents et d’aider les traducteurs dans leurs recherches. Il s’agit d’un service téléphonique, et un seul terminologue y est affecté. Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Voici l’histoire d’un service dont on ne saurait se passer…

Qu’est-ce que le Service SVP?

Le Service SVP est un service de recherche ponctuelle qui a pour but de fournir des réponses de qualité à des questions terminologiques et linguistiques dans les deux langues officielles du Canada, et ce, dans les plus brefs délais.

Historique

En 1964, le Service de terminologie prend le nom de « Centre de terminologie ». Le service téléphonique s’étend alors à l’ensemble des fonctionnaires fédéraux. Toutefois, le Centre ne comptait encore qu’un terminologue pour répondre à la demande croissante de renseignements.

En 1973, on crée un service de terminologie distinct pour la Défense nationale; quatre terminologues y travaillent d’arrache-pied. En effet, la charge de travail est aussi grande pour la Défense que pour l’ensemble des autres clients du Centre. Deux ans plus tard, le Service SVP du Bureau des traductions du gouvernement du Canada voit le jour.

Création du service

En 1975, le service de renseignements terminologiques du Bureau est créé sous le nom de « Service SVP ». Ce nom lui a été légué par la Banque de terminologie de l’Université de Montréal (BTUM), qui l’avait adopté pour son propre service de renseignements téléphoniques.

Selon le Grand Robert, « SVP » (s’il vous plaît) est un service téléphonique de renseignements et d’aide. Par exemple, on trouve à Paris : SVP information, SVP Transport, Brigade de nuit SVP, société SVP, etc. C’est à partir de cette notion que divers services de terminologie d’Europe et d’Amérique ont adopté l’appellation « SVP » pour désigner les services de consultation de nature documentaire, linguistique, terminologique, paralinguistique et paraterminologique qu’ils offrent à leur clientèle.

Vers 1980, l’appellation correspondant au sigle SVP devient « Services de vérification ponctuelle (SVP) », mais on reprend rapidement la désignation « Service SVP » que l’on connaît maintenant.

Au début, trois personnes sont affectées à temps plein au Service SVP, qui est alors un service exclusivement téléphonique. Jusqu’à l’arrivée de TERMIUM®, en 1976, ces personnes auront pour principal outil deux immenses fichiers rotatifs contenant plus de 100 000 fiches en carton produites par des traducteurs du Bureau. À l’époque, les traducteurs consignent le fruit de leurs recherches sur des cartons qu’ils conservent précieusement dans des boîtes.

En 1975, le Bureau acquiert la BTUM. Cette base de données d’à peine 60 000 termes constituera une partie du premier TERMIUM®. Aujourd’hui, TERMIUM® compte près de 4 millions de termes techniques et spécialisés, de sigles, d’abréviations, d’appellations officielles et de titres officiels de conventions, de traités et d’accords.

En 1976-1977, une équipe de 27 personnes travaille sans relâche pendant six mois afin d’épurer les fiches des traducteurs et de supprimer les doublons.

Au fil des ans

Fort de son nouvel outil, le Service SVP poursuit sa mission, si bien qu’en 1981, un réseau de sept postes téléphoniques** voit le jour. Sept employés assurent dorénavant le service à la clientèle. En 1986, une équipe de sept recherchistes est formée pour répondre aux questions qui touchent les appellations. Ainsi naît le Service SVP central, qui se subdivise en deux groupes : le Service SVP terminologique et le Service SVP appellations. Cependant, vers 1992-1993, on doit supprimer deux postes téléphoniques du SVP terminologique et réduire les heures d’ouvertur du SVP appellations.

À cette époque, la majorité des demandes viennent du grand public, qui transmet ses questions surtout par téléphone et par télécopieur. Victime de sa grande popularité (près de 130 000 demandes traitées en 1993-1994), le Service SVP doit procéder à une répartition de sa clientèle téléphonique. Pour ce faire, on établit des règles afin de donner la priorité à certaines catégories de clients, comme les traducteurs et les pigistes du Bureau de la traduction, les fonctionnaires fédéraux, provinciaux et municipaux et les employés des sociétés d’État. On continue tout de même à répondre aux demandes des organismes internationaux, des organismes non gouvernementaux sans but lucratif, des pigistes sans contrat avec le Bureau et du grand pulic.

En 1995, en raison de nouvelles restrictions, il ne reste qu’un poste téléphonique pour répondre aux demandes du SVP terminologique et on procède à la fermeture du SVP appellations. Un système de rotation est instauré : chaque terminologue répondra tour à tour aux clients à raison d’une heure et demie par jour. Puis, en juin 2002, on abolit le service téléphonique du Service SVP, puisque la majorité des clients transmettent désormais leurs demandes par courriel.

Aujourd’hui

Trente-cinq ans plus tard, le Service SVP du Bureau de la traduction du gouvernement du Canada est encore bien vivant. Une équipe formée d’une soixantaine de terminologues et de recherchistes en appellations officielles continue de se partager les demandes ponctuelles des traducteurs et des clients du Bureau tout en consacrant beaucoup de temps à l’enrichissement de TERMIUM®, à la normalisation de la terminologie au sein du gouvernement fédéral, à la participation à divers comités de terminologie et à la publication de bulletins de terminologie et d’outils d’aide à la rédaction. À l’heure actuelle, le Service SVP s’adresse encore aux traducteurs du Bureau, à la fonction publique, aux sociétés d’État, aux organismes internationaux et auxorganismes non gouvernementaux sans but lucratif. Longue vie au Service SVP!

Sources

Remarques