André Racicot
(L'Actualité langagière, volume 9, numéro 2, 2012, page 32)

Dans le monde d’aujourd’hui, les fausses croyances ne manquent pas, d’autant plus qu’elles sont allègrement propagées par les médias sociaux. Il en va de même dans l’univers des toponymes. Voyons-en quelques-unes.

La Géorgie est le nom d’une république de Transcaucasie, alors que la Georgie (sans accent) est celui d’un État américain. Faux. Les deux toponymes prennent l’accent aigu. Il ne faut pas oublier que le nom de beaucoup d’États américains a été traduit en français; Géorgie fait partie de ce groupe.

Finnois est le nom des habitants de la Finlande. Faux. Il s’agit plutôt du nom de l’ethnie principale qui habite en Finlande, dont les habitants s’appellent les Finlandais. Une partie des Finlandais sont d’origine suédoise et ne font pas partie du groupe ethnique finnois, qui a d’ailleurs donné son nom à la langue officielle parlée en Finlande.

La Hollande est un pays. Archifaux. La Hollande est une région septentrionale des Pays-Bas, véritable nom de cet État. Il ne faut pas oublier que le pays compte plusieurs régions, dont la Frise et l’Utrecht. Le terme Hollande s’est probablement imposé parce que la capitale du pays, Amsterdam, est située dans cette région.

Petite anecdote : le Guide Michelin des Pays-Bas portait jusqu’à tout récemment le titre de Hollande. On a rectifié le tir dans la dernière édition.

La Macédoine est une région de la Grèce. Vrai, mais elle se trouve à porter le nom d’un État souverain issu du démantèlement de la Yougoslavie. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le gouvernement d’Athènes refuse de reconnaître cette appellation chez son voisin.

Quant à la Macédoine antique, elle a fait son entrée dans l’histoire à pas militaire, sous Alexandre le Grand, pour devenir un des plus grands empires jamais vus. Les Grecs se sont approprié ce passé glorieux et ne veulent en aucune manière le partager avec leur voisin slave. D’où le refus obstiné d’accepter toute appellation comportant le mot Macédoine pour désigner l’ancienne république yougoslave. Signalons que le Canada reconnaît la Macédoine sous son nom officiel de République de Macédoine.

La République d’Irlande est le nom officiel de l’Irlande. Mythe qui a la vie dure, mais mythe nécessaire. Je m’explique. L’île est divisée depuis 1922, la plus grande partie étant gouvernée par le gouvernement de Dublin. Ce dernier appelle Irlande le pays issu de la division, ce qui crée la confusion avec l’île, aussi appelée Irlande. L’ennui, c’est que la république irlandaise ne gouverne pas le nord-est du pays, l’Irlande du Nord, faussement appelée – autre mythe – Ulster, territoire qui relève du Royaume-Uni. Le terme République d’Irlande est certes très pratique pour savoir de quelle Irlande on parle au juste, mais il n’a aucune valeur officielle. Il faut donc éviter de l’employer dans les traités et la correspondance officielle.

Quant à l’Ulster, il s’agit d’une région qui couvre la partie septentrionale de la Verte Érin (surnom de l’Irlande). Elle chevauche l’Irlande du Nord et l’Irlande indépendante.

Cela dit, le terme Ulster a fait beaucoup de chemin dans les appellations officielles et dans la langue courante, comme quoi les erreurs arrivent parfois à s’implanter dans l’usage. Il n’en demeure pas moins qu’une erreur reste une erreur.

Viêt-Nam est la bonne graphie, et non Vietnam. La graphie Vietnam est celle reconnue officiellement aux Nations Unies. Elle figure aussi dans les grands dictionnaires, et les médias français l’utilisent régulièrement. En outre, elle est plus facile à écrire. Pourquoi se priver?

Porto Rico est le vrai nom de cette île des Antilles. Faux. Les Portoricains sont hispanophones et appellent leur mère patrie Puerto Rico. L’appellation retenue en français est italienne parce que Christophe Colomb, né à Gênes, « découvre » l’endroit en 1493.

Depuis lors, Porto Rico est utilisé en français à la place de la dénomination espagnole, qui serait plus juste.

La même situation absurde peut être observée avec Monténégro, État des Balkans, baptisé ainsi par les Italiens, les voisins d’en face. En fait, ce pays s’appelle Crna Gora, qui signifie « montagne noire », monte nero en italien. On remerciera nos amis de la Péninsule d’avoir gentiment fourni à la langue française un toponyme plus facile à prononcer.

Il faut écrire Arabie Saoudite avec la majuscule à l’adjectif. Faux. Il s’agit d’une faute que les journalistes et rédacteurs commettent souvent. D’ailleurs, le nom officiel aux Nations Unies, ainsi que les entrées consignées dans les grands dictionnaires, n’attribue pas la majuscule à saoudite.

De fait, l’adjectif s’écrit rarement avec la majuscule initiale dans notre langue. Dans le cas des toponymes, il doit commencer une appellation, comme dans Grande-Bretagne, Grands Lacs, Petit Cayman ou Nouvelle-Calédonie.

La Grande-Bretagne est le véritable nom de l’Angleterre. Doublement faux. L’Angleterre n’est rien d’autre qu’une région qui, avec l’Écosse et le pays de Galles, forme la Grande-Bretagne. Ce qui nous amène à un autre mythe :

La Grande-Bretagne est un pays. Faux encore. Le pays s’appelle Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, en abrégé : Royaume-Uni. Pour que la Grande-Bretagne devienne un pays, il faudrait que le gouvernement de Londres rétrocède l’Irlande du Nord à son homologue de Dublin.

La Virginie occidentale est un État américain, appelé West Virginia en anglais. Pas du tout. La traduction de West Virginia est Virginie-Occidentale, avec trait d’union et majuscule à Occidentale. Là encore, il s’agit d’une erreur courante dans les médias francophones du Canada.

Habituellement, dans les appellations administratives et politiques comportant un point cardinal adjectivé, ce dernier est écrit avec la majuscule initiale. Deux exemples : la Hollande-Méridionale et le Timor-Oriental.

Revenons à notre Virginie occidentale. Il s’agit plutôt d’une appellation géographique qui désigne la partie ouest de l’État de Virginie. Or, nous ne parlons pas ici de la même chose, car l’Ouest de la Virginie est limitrophe de l’État de Virginie-Occidentale : les deux termes ne sont pas synonymes.

Il y a plusieurs leçons à tirer de toute cette histoire. Ce qui se dit couramment, et semble vérité d’évangile, n’est pas toujours exact. Ensuite, ce n’est pas parce qu’une graphie revient souvent dans les médias qu’il faut nécessairement l’employer. Les rédacteurs ne sont pas toujours au fait de certaines nuances et sont, eux aussi, influencés par l’air du temps.