André Guyon
(L'Actualité langagière, volume 6, numéro 4, 2009, page 28)

Parfois, les choses changent si vite. Quelques années suffisent…

1994 : Je m’abonne à Internet, j’échange quelques courriels avec des amis branchés, je lis régulièrement tous mes courriels. Quelle merveille!

2009 : L’utilisation de deux merveilles, le téléphone cellulaire et le courriel, a dégénéré au point de rendre la situation presque invivable. Les gens « importants » disposent même d’un outil leur permettant d’alterner entre l’impolitesse sonore et la polissonnerie écrite1. Quel paradoxe! Un outil qui combine les deux fonctions, le téléphone « intelligent », permet la sottise la plus honteuse.

Dans le cas du courriel, vous pouvez modifier certaines habitudes et même suggérer à vos contacts de faire de même. Du courriel, je déteste :

Pourriels

Ne répondez surtout pas. Classez simplement l’auteur dans les expéditeurs indésirables.

Canulars

Procédez de la même façon que pour les pourriels. Dès qu’on vous suggère de faire suivre un courriel, méfiez-vous et lancez une recherche avec le terme « hoax » et l’objet du message, par exemple « hoax rouge à lèvres plomb ». Ces histoires sont parfois si vraisemblables que même un vieux routier de l’informatique peut s’y laisser prendre à l’occasion2.

Si, malgré tout, vous tenez à relayer un message…

De grâce! Mettez la liste de vos destinataires en Cci (copie conforme invisible).

Saisie d’écran illustrant comment afficher le champ Cci

Avec Outlook 2003, dans le menu Affichage, vous pouvez activer l’affichage du champ Cci.

Faute de quoi, hélas, les prédateurs textuels vont un jour tomber sur votre merveilleuse chaîne d’entraide, qui contient quelques milliers de noms qu’ils ajouteront à leurs listes d’adresses utilisées par de sinistres expéditeurs de pourriels.

Votre tranquillité et votre adresse courriel ont une valeur marchande de 8 à 12 cents… pour ces naufrageurs du courriel.

Si vous n’avez pas rigolé un bon coup aujourd’hui, puis-je vous proposer un peu de lecture? Vous constaterez à quel point l’imagination humaine est vraiment une richesse naturelle inépuisable, même quand elle s’exprime par la sottise. Rendez-vous aux adresses ci-dessous.

Hoaxbuster

Courriels à relais

Vous savez, ces courriels qu’il faut lire en commençant par la fin, et dont certaines parties imbriquées doivent être relues plusieurs fois…

Je suggère d’utiliser plutôt des espaces collaboratifs comme les forums. En général, l’utilisateur peut lire la séquence dans l’ordre de son choix (du plus ancien au plus récent ou vice versa). Je participe à quelques forums. Croyez-moi, quand vous aurez essayé, vous ne voudrez plus revenir aux courriels enchevêtrés d’interventions, d’adresses et d’autres éléments.

SPJ (satanées pièces jointes)

Amis, famille, connaissances… Tout le monde veut vous faire visionner une vidéo ou une présentation géniale. Parfois, ces expéditeurs comprennent mal comment ça marche et ne voient pas qu’oncle Georges vous avait déjà envoyé, à vous aussi, le clip de son chat qui se débouche une bière; ils vous l’expédient de nouveau. Je reçois tout au moins en triple!

Pour ces membres de votre famille et ces amis, créez une règle3 qui dirige tout le courriel qu’ils vous envoient dans un dossier distinct, et décidez du temps que vous voulez passer à regarder des présentations ou des vidéos, puis supprimez l’excédent en vrac.

Vous pouvez aussi leur suggérer de mettre leurs pièces jointes dans un espace collaboratif4. Ainsi, tout le monde ne sera pas forcé de télécharger la pièce jointe. Si on m’indique un lien vers un site de vidéos ou de photos, je peux choisir à l’aide des miniatures ce que je veux télécharger. En outre, quand les cousins de la famille Pasvitevite voudront faire suivre de nouveau le clip envoyé par l’oncle Georges, ils feront simplement suivre le lien.

Les pièces jointes au bureau

Au travail, Patron 1 envoie une pièce jointe à Patron 2 en lui demandant des commentaires. Patron 2 transfère la pièce jointe à tous ses employés en leur demandant leurs commentaires.

Employé 1 ouvre la pièce jointe et active la fonction de suivi des modifications, puis insère ses commentaires. Il sauvegarde ensuite une copie de la pièce jointe avec ses initiales E1, et il crée un nouveau courriel auquel il joint la pièce pour Patron 2. Ses collègues, Employée 2, Employée 3 et Employé 4, font de même.

Patron 2 doit ensuite ouvrir chaque document, le lire, tenter de le retenir ou l’imprimer s’il a une mauvaise mémoire visuelle. Ensuite, il résume les commentaires ou en discute avec ses employés. Enfin, il reformule le tout à l’intention de Patron 1.

Le même cirque se produit chez Patron 3 et Patron 4. Infernal, mais néanmoins fréquent! Dans ce cas, je propose qu’on mette le contenu sur un espace collaboratif (wiki ou semblable) et qu’on insère des commentaires chacun de son côté. Ensuite, le wiki permet de comparer les versions, donc de voir les interventions de chacun.

Je propose aussi d’utiliser à la fois une page de type wiki et un forum (pour les commentaires et les discussions). On corrige les coquilles, on ajoute des éléments en mode collaboratif, on discute dans le forum. Puis, quand le tout est bien ficelé, on crée un vrai document bien formaté.

Courriels incompréhensibles rédigés par quelqu’un qui divise son attention

Si vous recevez trop souvent, toujours de la même personne, des courriels incohérents qui finissent par quelque chose comme « Envoyé de mon Raspberry », ajoutez une petite mention à la fin des courriels que vous lui envoyez : « Envoyé pendant que je ne fais rien d’autre ». Certains comprendront. Pour d’autres, c’est peine perdue.

Notes