André Racicot
(L'Actualité langagière, volume 5, numéro 4, 2008, page 31)

« Sprekt U Nederlands? » Parlez-vous néerlandais? Beaucoup plus que vous ne le croyez… L’influence de cette langue germanique sur le français est assez surprenante.

La langue des Pays-Bas a pénétré le français principalement par le biais du vocabulaire maritime. La survie des Pays-Bas dépend en effet de la lutte continuelle que mènent leurs habitants contre la mer. Il n’est guère surprenant que les Néerlandais soient devenus des marins aguerris. D’ailleurs l’aéroport d’Amsterdam (qui signifie digue sur l’Amster) s’appelle Schiphol, littéralement trou de navire. C’est grâce à la hardiesse de ses marins que ce pays s’est jadis taillé un vaste empire commercial, qui s’étendait de l’Amérique du Sud (Suriname) à l’Océanie (Malaisie et Indonésie) en passant par les Antilles.

Il est donc naturel qu’un certain nombre de termes maritimes soient passés en français. Pensons à accore, affaler, amarrer, bâbord et tribord, bouée, cabillaud, digue, dune, foc, hâler, yacht.

D’autres mots néerlandais se sont également glissés dans notre langue en subissant quelques transformations : bier, bolwerk, kerkmisse, mannekijn, matenott, pompelmoos, ringband, wrak. Avez-vous reconnu bière, boulevard, kermesse, mannequin, matelot, pamplemousse, ruban et vrac?

Une petite précision au sujet du toponyme Pays-Bas, souvent confondu avec Hollande. La Hollande est une province du Nord du pays, où est située la capitale, Amsterdam. Les Pays-Bas en comptent plusieurs autres, notamment la Frise, Utrecht, le Brabant-Septentrional, Gueldre. Les habitants des Pays-Bas s’appellent les Néerlandais. Ce nom dérive du mot Nederlands.

Le néerlandais compte 22 millions de locuteurs. Il est parlé en Belgique, où on l’appelle flamand, dans les Antilles néerlandaises et au Suriname. En Afrique du Sud, il a pris le nom d’afrikaans, bien que ce parler soit sensiblement différent du néerlandais à cause des influences locales.

Le néerlandais appartient au groupe des langues germaniques du Nord-Ouest de l’Europe, comme l’anglais, avec lequel on reconnaît des similitudes. Ainsi : helpen pour aider, straat pour rue, slapen pour dormir, eten pour manger et drinken pour boire.

Le langagier qui maîtrise l’allemand a la tâche encore plus facile. Par exemple, le participe passé se construit dans les deux langues avec le préfixe ge dans la plupart des cas, ce qui est notablement différent de l’anglais. Alors il devient évident pour le germanophone que gebracht signifie apporté. Le mot s’écrit de la même manière dans les deux langues, mais la prononciation est sensiblement différente. D’ailleurs, on n’est plus tellement loin du brought anglais, tant pour la graphie que pour la prononciation.

Autre exemple : grâce à l’anglais, le touriste comprend facilement qu’un commerce affichant open est ouvert; par ailleurs, il devinera qu’il est fermé en lisant gesloten s’il fait le lien avec l’allemand geschlossen.

Je me suis déjà adressé dans la langue d’Érasme à des enfants pour connaître l’emplacement de l’auberge de jeunesse. Ma connaissance de l’anglais et de l’allemand m’a permis de saisir les explications données évidemment en néerlandais. Over de brug signifiait qu’il fallait traverser le pont, tandis que naar links voulait dire de tourner à gauche par la suite. J’ai facilement trouvé l’auberge.

Comme l’allemand, le néerlandais a davantage conservé ses racines germaniques que l’anglais, qui a été lourdement influencé par le français, conquête normande oblige. Il n’en demeure pas moins que le francophone a la partie facile pour un grand nombre de mots dont les suffixes ne varient pas d’une langue à l’autre, même si la prononciation peut être différente. Pensons à cette série de mots néerlandais : peloton et ponton; granadier et brigadier; arrogant et konstant; incident et parlement; démagogie et liturgie; anarchie et filosofie; anatomie et autonomie; akteur et inspekteur.

Pour répondre à la question initiale, Ja we spreken Nederlands, oui nous parlons néerlandais.