Charles Dupont
(L'Actualité terminologique, volume 12, numéro 2, 1979, page 2)

Cette question, beaucoup de journalistes, professionnels du tourisme, responsables de bureaux d’accueil se la posent depuis qu’au Canada on a décidé de relancer l’industrie du tourisme en essayant, entre autres choses, d’attirer plus de congressistes chez nous. Aujourd’hui, dans chaque localité d’importance, la municipalité rêve de construire un grand édifice pour la tenue de congrès car on voit, dans un tel projet, la clé d’une nouvelle prospérité économique et la chance de redorer son blason.

Évidemment, comme on dit en anglais convention centre (expression polysémique), tout le monde a vite traduit par centre des congrès et, vogue la galère! La ville de Québec, par exemple, s’enorgueillit de son « Centre municipal des Congrès ». Il aurait toutefois été prudent d’y regarder à deux fois et de consulter les dictionnaires pour savoir si c’était là l’appellation juste et pour ne pas confondre, encore une fois, des concepts différents.

Vérifions, dans un premier temps, les sens possibles du terme « centre » dans le Grand Larousse de la langue française. Parmi ceux qui nous intéressent, nous trouvons :

  1. point, lieu où convergent et d’où rayonnent des forces, des actions, des activités diverses (centre des affaires);
  2. lieu de rassemblement d’activités semblables, peuplé de personnes exerçant cette même activité (centre industriel, minier);
  3. service administratif auquel ressortissent toutes les obligations relatives à un objet particulier, ou organisme spécialisé dans une certaine forme d’activité (centre des examens, de documentation);
  4. bâtiment, lieu où sont rassemblées certaines catégories d’individus en vue de la même fin (centre hospitalier)1.

Seul, le dernier sens cité se rapproche de celui qui nous intéresse mais, à la différence du centre hospitalier où sont concentrés les services de chirurgie, de radiographie, etc., ou du centre commercial (et non centre d’achats) où le consommateur trouve la majorité des commerces propres à satisfaire ses besoins, notre « centre » n’abrite aucun des professionnels (loueurs d’appareils audio-visuels, interprètes, traiteurs, etc.) associés à la tenue de ce genre de réunion. Notons, en outre, que certains hôtels et certains complexes disposent d’un centre ou service de congrès (traduction juste cette fois de convention centre) suivant le sens  3 susmentionné.

Consultons ensuite le même dictionnaire au vocable « palais ». Ce terme désigne bien sûr, en premier lieu, la résidence d’un souverain ou encore les édifices anciens et monumentaux qui servent aujourd’hui de sièges, surtout en France, aux assemblées parlementaires, aux pouvoirs publics, à des musées, etc. Menacé de désuétude avec la disparition rapide des souverains, le terme s’est doté d’un sens contemporain : « vaste et imposant édifice construit par l’État ou par une collectivité publique, et destiné à un usage d’intérêt général (palais des Expositions, des Sports, etc.)2 »; on sait, enfin, que les édifices logeant les tribunaux dans les villes s’appellent des palais de justice.

À la lumière de ces quelques définitions que confirment tous les dictionnaires, il semble ne faire aucun doute que convention centre se traduit par :

  1. palais des congrès, ou Congrès dans une appellation officielle, s’il s’agit d’un édifice;
  2. centre ou service de congrès si on se réfère à une organisation; et
  3. centre ou ville de congrès si l’on veut désigner une localité qui en accueille un fort nombre.

Il nous reste à souhaiter que nos grandes villes deviennent d’importants centres de congrès, mais rappelons à nos édiles et politiques qu’il faut pour cela deux choses : des palais des congrès modernes et, dans chacun, un centre ou service de congrès qui saura en faire efficacement la publicité.

CONVENTION CENTER
SENS TRADUCTION
a) édifice
titre officiel
palais des congrès
palais des Congrès
b) organisation centre ou service de congrès
c) localité centre ou ville de congrès

NOTES

Autres ouvrages consultés :

Bourseau, Marcel, La gestion hôtelière, Paris, Flammarion, 1974.

Ginier, Jean, Les touristes étrangers en France pendant l’été, Paris, Éditions M.-Th. Génin, 1969.

Girodet, Jean, Logos, Grand dictionnaire de la langue française, Bordas, 1976, 3 vol.

Lexis, Paris, Librairie Larousse, 1975.