(L'Actualité terminologique, volume 1, numéro 10, 1968, page 2)

Les mots qui se cherchent ont le regard triste des amants séparés. -EDMOND JABÈS

S’il est un outil que le traducteur doit souhaiter de tous ses vœux quand le dictionnaire bilingue ne fait pas le poids, c’est bien un ouvrage analogue au Dictionnaire des idées suggérées par les mots de Paul Rouaix et coiffé du titre, mettons, « Les substantifs et leurs verbes » ou, comme disait l’autre, « Les substantifs et leur verbiage ».

Que de fois, en effet, le traducteur n’a-t-il pas à se mettre en quête du verbe français precision-built qui rendrait exactement la nuance d’un verbe anglais sur lequel il achoppe. Il l’a bien, lui semble-t-il, sur le bout de la langue ou sur la pointe, pour ainsi dire, de sa plume, mais le récalcitrant s’y cramponne comme s’il n’était fait pour s’écrire sur papier comme camélias se fixer au corsage. Notre perplexe consulte le dictionnaire au nom, mais l’avare ne donne pas toute la gamme des constructions possibles avec un verbe différent. Il se rabat sur le verbe, mais le compilateur, qui a tiré la ligne trop tôt, laisse à deviner le reste de la palette des nuances et demi-teintes. Le traducteur, qui n’est pas homme à ne pas retourner toutes les pierres, de nouveau scrute tout ce que dit le dictionnaire sous le nom et sous leverbe, espérant sans grande conviction que sa première lecture, un tantinet précipitée, l’ait empêché de repérer le juste équivalent qui lui échappe. Peine perdue. Rien ne fait. L’amant manque au rendez-vous. C’est le traducteur maintenant qui a l’œil morose car le temps s’écoule et l’échéance tyrannique de la tâche, qui semblait lointaine au départ, se rapproche au pas de course. S’il avait sous la main un ouvrage où tous les verbes se présenteraient groupés sous leur nom comme poussins sous aile, il en aurait tôt fini de sa recherche et pourrait reprendre sa frappe d’un doigt allègre et percutant.

Cet ouvrage, véritable mosaïque qui exige une main appliquée autant que dégourdie et de l’esprit de finesse et de géométrie, est une construction qui attend quelque traductrice à l’âme secourable et compilatrice. Pour donner à cette entreprenante le coup de pouce qui la mettra en train sur la voie où elle cheminera solitaire comme bénédictine en cellule, nous lui proposons l’exemple suivant :

Problème : achopper sur, s’appesantir sur, s’attaquer à, creuser, buter contre, dégrossir, écarter, élucider, laminer, se pencher sur, piocher, poser, résoudre, solutionner (bien sûr), traiter, travailler.

Cette œuvre monumentale vaudra à son auteur de s’implanter dans le cœur de tous les traducteurs à la place de saint Jérôme qui, étant du ciel, n’aide que celui qui s’aide.