Huguette Guay
(L'Actualité terminologique, volume 15, numéro 1, 1982, page 5)

L’Académie donne du pléonasme la définition suivante : « Figure par laquelle on redouble une expression pour la renforcer. »

L’écrivain utilise parfois le pléonasme pour donner à l’idée une énergie qu’elle n’aurait pas au même degré. À la différence du pléonasme sémantique et du pléonasme syntaxique dont nous donnerons des exemples plus loin, le pléonasme stylistique est un tour tout à fait régulier, destiné à mettre en relief un élément de la phrase.

Exemples :

Il est bien fini, le bel été.

Je l’ai vu, dis-je, vu, de mes propres yeux vu!

La langue parlée use abondamment du pléonasme dit « d’insistance », lequel peut produire dans la langue littéraire un heureux effet de style. Il permet de projeter en tête de phrase ou de rejeter à la fin un mot important qu’on veut mettre en valeur en le reprenant ou en l’annonçant par un pronom.

Exemples :

Cette fleur, je l’ai cueillie pour toi.

Je l’ai cueillie pour toi, cette fleur.

Le pléonasme est utille lorsqu’il permet d’exciter plus fortement l’imagination du lecteur.

Exemple :

C’est à faire dresser les cheveux sur la tête.

Cette formulation est certes pléonastique, mais l’image est plus violente que si l’on avait dit : C’est à faire dresser les cheveux.

Le pléonasme est également utile lorsqu’il précise une idée, amplifie un terme ou compense l’affaibilissement de tel ou tel élément du langage.

Exemple :

La guerre est venue, fatale, inévitable.

Ce qui est fatal n’est-il pas inévitable?

Quand le pléonasme n’ajoute rien à la force ou à la grâce du discours, il est dit « vicieux ». On distingue, ainsi qu’il est mentionné plus haut, le pléonasme sémantique et le pléonnasme syntaxique. Pour éviter toute superfluité de mots, on doit :

se garder d’employer dans la même phrase des adverbes de sens identique.

Exemple :

Il ne possède qu’un immeuble seulement.

Se rappeler la valeur itérative de certains préfixes.

Exemple :

Une autre catastrophe s’est reproduite au même endroit.

Éliminer les possessifs dans les propositions où le rapport de possession est déjà marqué par un autre terme.

Exemple :

Cette forêt, j’en connaissais tous ses recoins.

Se rappeler que la préposition « de » est incluse dans le relatif « dont » et que la répétition superfétatoire d’une préposition constitue un pléonasme selon l’usage actuel.

Exemples :

C’est de lui dont je vous parle.

Cela fut dit à d’autres qu’à lui.

Sont également considérés comme des fautes de français les pléonasmes syntaxiques suivants :

Exemple :

Des diverses formes de comique, le contraste en est la plus expressive.

Il faut compter au nombre des pléonasmes fâcheux les expressions suivantes :

allumer la lumière, achever complètement, ajouter en plus, collaborer ensemble, comparer entre eux, être contraint malgré soi, s’entraider mutuellement, marcher à pied, descendre en bas, monter en haut, prévoir d’avance, commencer d’abord, suffire simplement, passer en première priorité, répéter de nouveau, mitonner lentement, reculer en arrière, percuter violemment, traumatiser fortement, conférer ensemble, démissionner de ses fonctions, ne se borner qu’à; un gai luron, une brève allocution, un monopole exclusif, des dépenses somptuaires, une secousse sismique, un coup de théâtre imprévu, le but final d’une action, un missile téléguidé, un revolver à barillet, un mirage décevant, et bien d’autres encore.

Certains adjectifs, qui sont par eux-mêmes des superlatifs, ne peuvent être précédés de le plus, car ils formeraient pléonasme avec cette locution. Ce sont : éternel, extrême, excellent, infime, minime, parfait, suprême, ultime, uniqueetc.

De même, les adjectifs qui sont par eux-mêmes des comparatifs ne peuvent être précédés de plus, que leur sens implique déjà. Tels sont : antérieur, extérieur, inférieur, intérieur, majeur, meilleur, mineur, postérieur et ultérieur.

Certains mots qu’un long usage a associés constituent des pléonasmes qui ne sont plus sentis.

Exemple :

Il était son seul et unique enfant.

Rappelons, en terminant, que la langue possède des procédés tout à fait corrects pour mettre en relief certains éléments de la phrase. Comme il est parfois malaisé d’établir une distinction précise entre le pléonasme grammatical et le pléonasme stylistique, on évitera de recourir au premier et utilisera avec discernement le second.

Sources

DUPRÉ, P., Encyclopédie du bon français dans l’usage contemporain, 3 vol., Éditions de Trévise, Paris, 1972, 2716 p.

THOMAS, A.V., Dictionnaire des difficultés de la langue française, Larousse, Paris, 1971, 435 p.

LÉONARD, L., Les voies de l’expression française, Savoir rédiger, Bordas, Paris, 1978, 461 p., (Livre d’étude).

COURAULT, M., Manuel pratique de l’art d’écrire, Tome 1 : Les mots et les tours, Hachette, Paris, 1956, 169 p., (Classiques Hachette).

PESEZ, Y. et F. RICHAUDEAU, Le savoir écrire moderne, Éditions Retz, Paris, 1980, 640 p.

Les exemples sont cités textuellement des ouvrages mentionnés ci-dessus.