Fanny Vittecoq
(L'Actualité langagière, volume 10, numéro 1, 2013, page 23)

L’expression découvrir le pot aux roses date du 13e siècle. Elle signifie « découvrir le secret ou les dessous d’une affaire, une supercherie », « éventer la mèche », « mettre au jour quelque chose qui était tenu intentionnellement caché de quelqu’un ». L’expression a généralement une connotation péjorative, les secrets étant souvent cachés par honte ou par peur de représailles.

Les expressions découvrir le pot et découvrir le pot pourri s’employaient dans le même sens au 14e et au 15e siècle respectivement. Percer ou mettre au jour le secret de quelqu’un sont d’autres synonymes.

La rose

L’origine de l’expression demeure nébuleuse. Selon la mythologie grecque, Éros, le dieu de l’amour, aurait donné une rose à Harpocrate, le dieu du silence, pour qu’il taise les aventures galantes de sa mère, Aphrodite. C’est ainsi que, pendant l’Antiquité, la rose serait devenue le symbole du secret, du silence, de la confidentialité.

La signification symbolique de la rose aurait perduré jusqu’au Moyen Âge. À cette époque, dans la salle où se tenaient les assemblées des évêques de l’Église catholique, on suspendait une rose au plafond pour indiquer que les débats engagés « sous la rose » devaient demeurer confidentiels. De là l’expression latine sub rosa qui signifie littéralement « sous la rose », c’est-à-dire « sous le sceau du silence », « en grand secret ». On gravait également des roses sur les confessionnaux et on en sculptait dans les salles de banquet pour rappeler l’importance de ne pas dévoiler les confidences faites dans ces lieux.

Le pot

Le pot aux roses désignait au Moyen Âge le récipient contenant la préparation à base d’essence ou d’eau de rose qu’utilisaient les femmes pour prendre soin de leur teint et se parfumer. Le pot aux roses pourrait aussi avoir contenu le rose (c’est-à-dire la poudre de cette couleur) dont se fardaient les femmes. Toutefois, cette hypothèse soulève des doutes puisque, dans l’expression, le mot rose a toujours été au pluriel (pot aux roses et non au rose).

La découverte

Le verbe découvrir, quant à lui, signifiait autrefois « enlever un couvercle » (littéralement, dé-couvrir), en parlant entre autres du couvercle d’un pot contenant de l’eau de rose, qu’il fallait couvrir pour empêcher que l’eau ne s’évapore. Le verbe découvrir n’a pris son sens actuel (soit celui de « trouver ») que vers le 16e siècle.

L’expression découvrir le pot aux roses pourrait venir d’une équivoque liée aux deux sens de découvrir : « soulever le couvercle d’un pot » et « trouver une chose cachée ». En effet, l’une des explications répandues évoque la « découverte » du pot contenant l’eau de roses ou le rose, c’est-à-dire ce récipient qui, lorsqu’on en soulevait le couvercle, révélait le secret de la beauté des femmes (ou l’artifice expliquant leur beau teint).

Plusieurs autres hypothèses sur l’origine de l’expression ont été émises. L’une d’elles met en scène des galants écrivant des billets doux à leur belle, billets qu’ils cachaient sous des pots de roses et que le mari de celle-ci pouvait découvrir. Une autre concerne la découverte des secrets de la fabrication du parfum à la rose, car l’instrument de distillation utilisé pour extraire les huiles essentielles était un secret bien gardé des parfumeurs. Pour les alchimistes, l’expression ferait allusion à la rose minérale, une poudre d’or et de mercure rappelant la pierre philosophale, un sujet de grand mystère.

Mais le mystère de la véritable origine de l’expression n’a encore jamais été percé. Quant à moi, je me rallie à l’hypothèse voulant qu’en soulevant le couvercle du pot aux roses, non seulement on permet au parfum de s’éventer, mais on évente aussi… un secret.