Marie D’Aoûst
(L'Actualité langagière, volume 3, numéro 4, 2006, page 21)

Bien que peu répandu sous nos latitudes, l’élevage des papillons peut susciter notre intérêt, non seulement pour la pratique de cette activité, mais aussi pour les termes qui la désignent.

Cet article tentera tout d’abord de déterminer si les termes anglais butterfly farming et butterfly ranching sont synonymes puis, dans un deuxième temps, suggérera des équivalents français pour rendre clairement les notions qu’ils désignent.

De prime abord, ces termes semblent être de vrais synonymes dans la mesure où peu d’auteurs distinguent les termes anglais ranch et farm. Par exemple, dans le Canadian Oxford1, on trouve sous la rubrique ranch la définition suivante : « A farm ». Voilà de quoi faire pencher la balance du côté de la synonymie. Mais attention, ne tombons pas dans le filet!

En effet, bien que les termes ranch et farm soient largement utilisés comme des synonymes, il n’en va pas de même pour ranching et farming, et encore moins quand il s’agit de papillons. C’est ce que nous verrons.

Deux termes, deux notions

La première notion tire son origine des profondeurs de la forêt tropicale où, par souci de conservation de la biodiversité, on tente de sensibiliser la population par la promotion d’un système de gestion extensive, soit l’élevage des papillons. Cette activité permet aux communautés locales de tirer profit des ressources tout en préservant l’intégrité des habitats. On parle ici d’élevage, tel que défini par le Larousse agricole2 :

Ensemble des méthodes mises en œuvre pour produire des animaux ou des produits animaux, le plus souvent dans le dessein de satisfaire les besoins de l’homme, mais aussi de plus en plus de participer à l’aménagement des territoires et éventuellement préserver la diversité génétique des espèces animales.

Ainsi, tout en pratiquant l’élevage des papillons qui ont une certaine valeur commerciale, on peut aussi préserver leur habitat au moyen de systèmes de production en semi-captivité, un type d’élevage qu’on désigne en anglais par butterfly ranching. D’autant plus que, comme le souligne l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), « ce type d’élevage est très approprié comme source alternative de revenus pour les populations forestières car il ne requiert qu’un investissement limité »,3 ce qui le rend plus facile à implanter dans les communautés locales. En effet, ce type d’élevage [selon, entre autres, la Convention sur le commerce international des esèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES)]4 se pratique en milieu contrôlé :

Certains pays s’intéressent à l’élevage en ranch des papillons du genre Ornithoptera pour ramasser les chenilles ou les chrysalides dans la nature pour les élever en milieu contrôlé jusqu’au stade de l’imago, pour l’exportation5.

Les papillons élevés de cette façon vivent, pour ainsi dire, en semi-captivité puisque le milieu où se pratique l’élevage n’est rien de moins que leur habitat naturel dans lequel certains facteurs (végétation, prédateurs, etc.) sont contrôlés.

Quant à l’élevage de papillons qu’on désigne en anglais par le terme butterfly farming, il se pratique plutôt en milieu artificiel, un aménagement qui peut nécessiter des investissements considérables. De plus, les insectes élevés selon ce mode vivent en captivité, dans un milieu fermé et non dans leur habitat naturel.

À partir d’ici nous savons que les termes butterfly farming et butterfly ranching ne sont pas synonymes. Voyons maintenant comment rendre ces notions en français.

Des équivalents clairs

La tentation est grande, à première vue, de traduire simplement ranching par élevage en ranch et farming par élevage en ferme. D’autant plus que ce sont les équivalents que propose le glossaire de la CITES6. Mais encore là on se butte au fait que, dans bien des cas, les termes ranch et ferme sont utilisés comme des synonymes. Mieux vaut donc tenter de trouver des équivalents qui permettront d’éviter toute ambiguïté.

De surcroît, les référents des termes ranch et ferme nous renvoient plutôt à des concepts liés à l’élevage de bétail ou d’animaux associés à des activités pastorales (moutons, par exemple). Il est tout de même amusant d’imaginer un éleveur de papillons sous un large stetson, faisant tinter ses éperons et claquer son lasso.

Plus sérieusement, une analyse nous permet de proposer des termes qui décrivent bien les notions qui nous intéressent. Ainsi pour butterfly farming, on pourra parler d’élevage de papillons en captivité, et pour butterfly ranching on dira élevage de papillons en semi-captivité. En dépit de leur caractère plutôt descriptif, ces expressions ont l’avantage d’être claires. Il est difficile, je crois, de faire autrement sans sacrifier leur précision sémantique.

Voilà donc les papillons libérés, pour l’instant, des filets de la langue.

NOTES