Camilo Roumer
(L'Actualité langagière, volume 4, numéro 1, 2007, page 15)

La Direction de la normalisation terminologique du Bureau de la traduction a récemment préparé une synthèse des recherches effectuées sur les termes « literacy » et « information literacy » à la demande de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France. L’examen approfondi de termes apparentés, conjugué aux avis divergents des spécialistes, a passablement compliqué la tâche…

Literacy

Le Canadian Oxford Dictionary (2004) définit ainsi le terme « literacy » :

  1. the ability to read and write.
  2. competence in some field of knowledge, technology, etc. (computer literacy; economic literacy).

Le Gage Canadian Dictionary (2000) propose presque la même définition :

  1. the ability to read and write.
  2. minimal competence in any field: computer literacy.

L’entrée du Dictionnaire Robert & Collins Senior (2002) illustre le flottement dans la recherche d’un équivalent français de « literacy » :

[of person] fait de savoir lire et écrire; [of population] degré d’alphabétisation…

La définition s’est élargie :

[The] ability to identify, understand, interpret, create, communicate and compute, using printed and written materials associated with varying contexts. Literacy involves a continuum of learning to enable an individual to achieve his or her goals, to develop his or her knowledge and potential, and to participate fully in wider society.1

En français, « littératie » (ou « littéracie ») au Canada, et « littérisme » en France sont utilisés pour rendre « literacy » :

La dernière révision du concept francophone d’alphabétisme est apparue (initialement au Québec) avec les termes « littératie » et, moins fréquemment, « littératies » […] En France, le Journal officiel a publié en août 2005 une définition du terme « littérisme » : capacité à lire un texte simple en le comprenant, à utiliser et à communiquer une information écrite dans la vie courante. Le littérisme, conçu comme l’antonyme de l’illettrisme, serait ainsi un équivalent du concept anglais de literacy, couvrant aussi la numératie2.

L’utilisation récente du terme « littératie » découle principalement du fait que dans nos sociétés modernes en constante mutation technologique et scientifique, le simple fait de pouvoir lire et écrire ne constitue plus un indicateur adéquat de la capacité des individus à traiter l’information dans leur quotidien. C’est pourquoi la littératie constitue en fait une redéfinition du concept d’alphabétisme mettant ainsi l’accent sur l’application quotidienne que font les individus de leurs capacités au sein de la société, plus particulièrement leurs capacités à traiter l’information écrite, qu’elle soit de nature numérique ou alphabétique3.

« Alphabétisme » est aussi couramment utilisé pour désigner la notion  de « literacy » :

Définition de l’alphabétisme Literacy defined
L’Enquête internationale sur l’alphabétisation des adultes mesure l’alphabétisme en se servant de trois catégories de capacités de lecture : les capacités à l’égard de textes suivis, de textes schématiques et de textes au contenu quantitatif4. The International Adult Literacy Survey (IALS) identifies three dimensions of literacy: prose literacy, document literacy and quantitative literacy.

Cette acception d’« alphabétisme » ne figure pas dans les dictionnaires français usuels. En effet, selon le Nouveau Petit Robert (2007), « alphabétisme » renverrait plutôt à la notion de :

système d’écritures reposant sur un alphabet (opposé à écriture idéographique, syllabique).

Cependant, le Dictionnaire universel francophone (Hachette 1997) définit le terme apparenté « alphabète » comme suit :

Qui sait lire et écrire.

Selon la même source, l’adjectif « alphabétisé » qualifie :

une personne qui a reçu une alphabétisation.

De plus, « alphabétisme » se retrouve dans nombre de textes spécialisés pour désigner « literacy ».

En français, « alphabétisme » et « analphabétisme » sont les termes généralement employés pour traduire « literacy » et « illiteracy », tandis qu’« alphabétisation » se réfère à l’« apprentissage de l’alphabétisme »5.

Bien qu’« alphabétisme » ne se retrouve dans aucun dictionnaire français courant, au sens de « literacy », il reste néanmoins le terme le plus usité pour rendre ce concept au Canada. Il a d’ailleurs un champ sémantique aussi étendu que celui de « littératie » et de « littérisme » :

« […] l’alphabétisme va au-delà du seul savoir lire, écrire ou calculer. C’est aussi comprendre et être capable d’utiliser l’information requise pour bien fonctionner [dans la société]. L’alphabétisme suppose la compréhension, non seulement de la langue écrite, mais aussi de la langue parlée »6.

Nos recherches confirment donc qu’« alphabétisme », « littératie » et « littérisme » sont des synonymes qui traduisent la notion de « literacy », soit la capacité de lire et d’écrire et, par extension, la capacité d’utiliser l’information requise pour bien fonctionner dans la société.

Dans son deuxième sens (competence in some field of knowledge), les équivalents français de « literacy » diffèrent selon le cas : « connaissance », « compétence », « maîtrise », « culture », pour ne citer que quelques exemples.

Information literacy

En anglais, les acceptions et la portée du terme « information literacy » varient selon les sources :

There are many different definitions of "information literacy" (also called "information competency" or "information fluency" by some practitioners) because the term is often confused with "computer literacy" and "bibliographic instruction." While there is a great deal of overlap among the three terms, "information literacy" is the more comprehensive. Perhaps the best succinct and comprehensive definition is: "the ability to locate, evaluate, and use information to become independent life-long learners."7

L’American Library Association (ALA) propose la définition suivante :

The ability to know when there is a need for information, to be able to identify, locate, evaluate, and effectively use that information for the issue or problem at hand (idem).

Le Chartered Institute of Library and Information Professionals (CILIP) donne celle-ci :

[…] knowing when and why you need information, where to find it, and how to evaluate, use and communicate it in an ethical manner.8

Aussi, la définition de l’expression apparentée « information-literate individual », que propose l’ALA, précise la notion :

An "information-literate individual" is able to determine the extent of information needed; access the needed information effectively and efficiently; evaluate information and its sources critically; incorporate selected information into one’s knowledge base; use information effectively to accomplish a specific purpose; understand the economic, legal, and social issues surrounding the use of information, and access and use information ethically and legally.9

On constate qu’« information literacy » sert à désigner à la fois les caractéristiques individuelles et les différentes initiatives qui permettent aux individus d’acquérir ces caractéristiques10.

En français, « maîtrise de l’information », « culture de l’information » et « culture informationnelle » sont les termes les plus utilisés pour désigner le concept d’« information literacy ». Toutefois, selon Brigitte Juanals (citée dans un texte de Françoise Chapron)11, ces termes ne sont pas synonymes. Elle établit une distinction entre la « maîtrise de l’information » ou « maîtrise de l’accès à l’information », la « culture de l’accès à l’information » et la « culture de l’information » ou « culture informationnelle » ui correspondent à trois degrés distincts de compétence en matière d’information. Ainsi, la notion de « maîtrise de l’information » ou « maîtrise de l’accès à l’information » renvoie nécessairement aux habiletés techniques et méthodologiques inhérentes au processus de recherche12.

En conclusion, « culture de l’information » et son synonyme « culture informationnelle » traduisent bien « information literacy », soit l’ensemble de compétences indispensables à l’usage raisonné de l’information sous toutes ses formes13. Ces compétences comprennent les capacités, savoirs et attitudes essentielles à l’identification de l’information, à la connaissance des sources d’information, à l’élaboration de stratégies de localisation et de recherche de l’information, à l’évaluation de l’information trouvée, à son exploitation, à sa mise en forme et à sa communication – le tout dans une perspective de r&eaute;solution de problème14.

NOTES