Jacques Desrosiers
(L'Actualité langagière, volume 8, numéro 2, 2011, page 24)

Q. Je suis un dévoreur assidu de L’Actualité langagière et j’en profite pour remercier votre équipe qui fait un travail formidable.

Mon équipe traduit souvent des documents de formation sur l’utilisation de logiciels. Dans nos textes, nous avons toujours recours à la forme « cours sur <nom du produit> », mais dernièrement un client nous demandait s’il ne fallait pas plutôt opter pour « cours de <nom du produit> ». Dans nos recherches, nous avons trouvé les deux formules (cours de français, cours sur les ressources humaines), mais aucune règle particulière qui nous permettrait de choisir la préposition selon le contexte. Quelle préposition devrait être utilisée?

R. Vous n’êtes pas le seul à hésiter. Le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport du Québec écrit dans un document : « Une réforme scolaire majeure est nécessaire et pourrait inclure un cours de citoyenneté1 », et dans un autre il parle de la « participation aux activités scolaires et parascolaires et à des cours sur la citoyenneté2 ».

Dans la plupart des cas, l’usage décide à notre place. Le même ministère explique que l’une des exigences à remplir pour obtenir un brevet d’enseignement est d’« avoir réussi un cours sur le système scolaire du Québec3 ». Qui oserait offrir un cours de système scolaire du Québec? La préposition de n’est pas la bienvenue lorsque le cours porte simplement sur un thème, un sujet, une question.

Encore moins si le nom du cours est une description de son contenu. On dit cours de pêche, mais « [elle] donne des cours sur les activités liées à la pêche4 ». Il est normal que, dans le document cité, le ministère québécois parle de « cours sur les grandes religions, les croyances ou les courants de pensée séculière, le rôle de la religion dans la vie des individus et des sociétés, les pratiques sociales et les enjeux sociaux contemporains ».

Les appellations où de est impossible se multiplient à l’infini, surtout qu’aujourd’hui il y a des cours et des formations sur à peu près tous les sujets imaginables. Un article du Monde raconte que « Money Kumar, un héros dessiné en forme de lingot d’or, donne des cours sur l’inflation5 » : l’inflation est le sujet qui sera traité. Des milliers de sites Web ont beau offrir des cours de bonheur, où j’imagine que la question est examinée sous toutes ses coutures, l’expression est saugrenue.

De reprend sa place quand il s’agit de disciplines ou d’activités : cours d’algèbre, cours de danse, cours de ski de fond, cours de cuisine ou de conduite. Dans un cours d’histoire, on parlera peut-être de l’histoire comme telle (de ses méthodes, de ses écoles de pensée), mais seulement d’une façon accessoire : le cours portera sur les événements eux-mêmes. Le Multidictionnaire donne l’exemple cours de chinois des affaires. On hésite au premier abord; mais l’expression est à l’image de cours de français langue seconde. On discutera peut-être du chinois ou du français : l’essentiel sera d’apprendre la langue.

Malgré des exceptions, les cours de et les cours sur ne semblent pas avoir la même envergure. Une discipline, par exemple, recouvre généralement un champ d’études immense, et le cours peut s’étendre sur une période de temps beaucoup plus longue qu’une formation portant sur un sujet particulier.

Il y a aussi le critère du sens. Le site de l’Université de Montréal explique aux étudiants que « votre intérêt pour des grandes organisations comme l’Organisation des Nations Unies (ONU) devrait vous amener à suivre des cours sur les organisations internationales6 ». Des cours d’organisations internationales dirait autre chose. On ne pourra malheureusement jamais suivre un cours de Platon, mais seulement sur Platon.

Pour revenir aux logiciels, voilà une bonne raison d’employer sur. N’est-il pas plus clair de dire cours sur Office Excel de Microsoft que cours de Office Excel de Microsoft, qui flirte avec l’ambiguïté? Sur Internet, on trouve des cours de PowerPoint, mais bien moins souvent que des cours sur PowerPoint. De plus, les produits ressemblent davantage à des sujets ou à des thèmes qu’à des disciplines. En employant votre formule, je dirais pour les disciplines « cours de <nom de la discipline> », et pour les logiciels « cours sur <nom du produit> », quitte à rencontrer à l’occasion des cas où on pourrait avoir le choix.

Confirmer si

Q. Est-ce que l’expression « confirmer si » est attestée? Elle ne figure pas dans les dictionnaires, mais elle semble très répandue si je me fie aux occurrences dans Internet. Je ne trouve aucune mise en garde à son égard (Clefs du français pratique, Chroniques de langue sur le site du Bureau de la traduction, Multi, etc.).

Pouvez-vous éclairer ma lanterne SVP? Merci de votre aide.

R. J’avais relevé l’expression il y a quelques années dans un article repris du Quotidien du Saguenay–Lac-Saint-Jean : Les autorités de Port Saguenay n’ont pas confirmé si un navire de la garde côtière canadienne était en direction du terminal7… Je l’avais à nouveau rencontrée peu après dans une dépêche de l’AFP : Google a … refusé de confirmer si ce procédé sera mis en application d’ici à la fin de l’année8.

Le tour est inconnu des dictionnaires, comme vous l’avez constaté. Je remarque que les verbes qui introduisent des interrogations indirectes avec si – comme demander si, examiner si ou vérifier si – impliquent l’ignorance du locuteur et sous-tendent une question. La plupart de ces verbes s’emploient d’ailleurs couramment avec d’autres termes interrogatifs : demander depuis quand…, examiner pourquoi…, vérifier combien…

Il serait certainement étrange de demander à quelqu’un, par exemple, de confirmer combien il y aura d’invités. Si on n’en a aucune idée, de quoi cherche-t-on une confirmation au juste? Il y a là un illogisme. Mais avec si, le tour est difficilement condamnable.

Confirmer – si je me fie à la définition du Trésor de la langue française – consiste à rendre plus certaine une chose considérée jusque-là comme probable ou simplement possible, à établir avec plus de certitude la réalité d’un fait, d’une nouvelle, d’une rumeur, etc. Il n’y a donc rien d’étrange à demander à une personne ou à une autorité de nous dire ou de nous confirmer si la chose que l’on croit savoir, mais sans en être parfaitement sûr, est bel et bien vraie.

On se sert de si pour introduire une interrogation lorsqu’on ne sait pas si la proposition qui suit est vraie ou fausse (demander si); dans ce cas, que est impossible. Tandis qu’un verbe qui suppose que la proposition qui suit est considérée, à tort ou à raison, comme vraie exige que (affirmer que).

Plusieurs verbes s’emploient avec l’un ou l’autre selon la nuance de sens. Vérifier si lorsqu’on examine quelque chose parce qu’on est dans l’ignorance, vérifier que lorsqu’on s’est assuré par un contrôle que quelque chose a été fait. On veut savoir si les candidats sont bons ou mauvais, ou on sait que les candidats sont bons.

On voit que les interrogatives indirectes avec si ne se construisent pas seulement avec des verbes purement interrogatifs. Savoir, qui n’a pas un sens interrogatif, accepte la construction avec si. C’est le cas aussi de constater ou d’expliquer par exemple, comme le montrent ces citations du Trésor :

Il s’agit (…) de créer (…) un double paradigme (…) pour constater si la substitution réciproque de deux signifiants entraîne ipso facto la substitution réciproque de deux signifiés.
(Roland Barthes, sous homologie)

… tu m’as pas encore expliqué si tu étais un hormosessuel ou pas…
(Raymond Queneau, sous dégoiser)

Ce que tous ces verbes ont en commun, qu’ils soient interrogatifs ou non, est d’exprimer qu’il y a quelque chose que la personne qui parle ignore ou qu’elle aimerait savoir. C’était nettement le cas dans nos deux exemples du début. Le locuteur qui cherche la confirmation d’un fait est dans cet état d’ignorance, et c’est pourquoi la construction confirmer si est tout à fait légitime.

Notes