André Guyon
(L'Actualité langagière, volume 5, numéro 3, 2008, page 38)

Qu’est-ce qui a pu se passer en 40 ans sur le front technolangagier? Difficile de résumer tout cela en quelques lignes! Voici tout de même, avec des repères chronologiques, les grands jalons de ce qui a été une véritable épopée :

1968 — Le CETADOL (CEntre de Traitement Automatique des DOnnées Linguistiques) existe déjà, précurseur de TAUM MÉTÉO, puis de TAUM AVIATION.

1972AES lance la machine de traitement de texte AES-90, qui fait fureur.

1974 — Le PDL (Page Description Language) apparaît, embryon de l’éditique…

1976 — Les Wang gagnent les grandes organisations1. TAUM traduit des bulletins météo.

TERMIUM (terminologie + Université de Montréal) est créé.

1978 — WordStar gagne le coeur des propriétaires d’ordinateurs. Le système Alto du PARC de Xerox (ancêtre du Mac) possède un correcteur orthographique.

1980 — Les revues spécialisées et les modèles de micro-ordinateurs se multiplient comme des lapins. MÉTÉO sur micro-ordinateurs arrive au Bureau de la traduction2. Grammatik corrige l’orthographe et « vérifie » le style des textes en anglais.

1984 — Big bang Macintosh! L’appareil d’Apple est vendu par des « missionnaires3 ». La technologie du PARC de Xerox sera associée à tout jamais à Apple.

Texte noir sur fond blanc, souris, menus communs à toutes les applications font fureur. Viendra ensuite l’intégration des logiciels (la possibilité de couper et coller entre des produits de fournisseurs différents)4.

La traduction des logiciels sur Mac se fait en éditant les ressources (textuelles) indépendantes du code. C’est le début de la localisation de logiciels moderne.

TRADOS est fondée, son logiciel de gestion de terminologie et de mémoires de traduction s’intègre à Word et WordPerfect.

1985 — On peut se procurer au moins trois logiciels de traitement de texte produits au Québec5, la consolidation s’en vient.

Le disque dur (généralement de 10 Mo) met fin au supplice du changement de disquettes. Il coûte en moyenne 1500 $.

Les imprimantes 24 aiguilles, dites de qualité quasi-lettre, permettent le luxe de la création de majuscules accentuées6.

1987 — Les micro-ordinateurs envahissent les bureaux. Au Bureau de la traduction, on examine l’avenir : essai du système de traduction automatique7 LOGOS sur Wang, groupe de travail chargé de déterminer ce que sera le PTT (poste de travail du traducteur), reconnaissance de caractères optiques pour le compte de mots, etc.

1990 — Windows 3 de Microsoft s’installe et nous fait prier pour éviter nos pannes quotidiennes. Les correcteurs grammaticaux français font leur apparition. Les virus se répandent, notamment par les disquettes infectées8. Le terme stoned est connu de tout le monde (this computer is « stoned »).

1992 — Les budgets de recherche en traduction automatique sont coupés. Les chercheurs se tournent vers les outils d’aide à la rédaction — concordanciers bilingues comme TransSearch, mémoires de traduction, aligneurs et logiciels de reconnaissance vocale.

Des langagiers s’aventurent déjà sur Internet. Les suites de bureautique intègrent des correcticiels.

1994-1995 — L’accès Internet par téléphone se généralise. Il faut essayer 5 ou 10 fois avant de se connecter, le nombre d’heures de connexion est limité, et ça plante dès que quelqu’un veut nous parler au téléphone, mais on devient accros quand même.

Des pages Web qui deviendront des portails existent déjà.

Windows nouveau (1995) se pointe avec ses promesses, qui ne seront pas tenues.

Au Bureau de la traduction, Termicom permet désormais aux traducteurs de consigner leur terminologie facilement selon leurs besoins.

TRADOS se vante de ses 10 000 licences vendues…

Le programmeur principal de TERMIUM® rêve déjà d’une version Web. Ce nouvel accro à Internet saisit déjà les avantages de cette technologie.

Le concordancier TransSearch obtient une critique favorable lors de tests au Bureau de la traduction. L’outil est encore disponible par abonnement9.

Les logiciels de correction grammaticale de deuxième vague (Correcteur 101, puis Antidote) séduisent les francophones.

1998 — Les textes sont maintenant transmis surtout par Internet.

Le bogue de l’an 2000 doit être corrigé ou la planète arrêtera de tourner, disent des gens qui encaisseront des revenus fabuleux. On change les ordinateurs, les logiciels, et on se prépare à d’éventuelles catastrophes au prix de milliards de dollars.

Tout se met alors à aller plus vite. Windows 2000 est presque stable, XP(2002) le sera un peu plus malgré les mauvaises critiques initiales.

2003 — Les mémoires de traduction fondées sur les bitextes comme LogiTerm de Terminotix, MultiTrans de MultiCorpora et Fusion de JiveFusion ont la cote.

Des logiciels ou parties de suites langagières proposent maintenant une plus grande automatisation du travail de dépouillement automatique des termes contenus dans un bitexte. Le logiciel propose une liste que le langagier accepte ou refuse.

Les langagiers utilisent maintenant le Web comme première ressource pour leurs recherches. Ils apprennent aussi à rédiger et à traduire le contenu HTML. Les communications se multiplient, les langagiers sont plus occupés que jamais.

Google passe du moteur de recherche le plus populaire à la société tentaculaire qui offre de tout gratuitement (itinéraires routiers, courrier électronique, bureautique, espace pour albums photo, et même la traduction automatique).

2004 — La reconnaissance vocale devient utilisable. Grâce à une adaptation ingénieuse, le sous-titrage de la période de questions à la Chambre des communes se fait plus ou moins en temps réel. Un dicteur « professionnel » dicte au logiciel10 le contenu des sous-titres.

L’informatique mobile, avec les technologies Wi-Fi, Bluetooth et autres sans-fil, permet maintenant de se connecter à Internet dans un café, dans un train ou dans un avion.

Avec le BlackBerry, fusion de l’ordinateur de poche et du cellulaire, on montre son statut social en tapant un courriel avec les pouces pendant une réunion importante. L’outil permet aussi de mettre à jour un agenda électronique à distance.

Les réseaux privés virtuels (VPN) donnent accès à distance aux ressources de nos réseaux locaux.

2007 — Enfin, la traduction automatique connaît des progrès spectaculaires grâce aux techniques statistiques et au volume de textes disponibles sur Internet. Les nouveaux moteurs livrent une sortie de plus en plus compréhensible et utilisable par le grand public, même si elle peut demeurer irritante.

Voilà, j’aurais tant aimé disposer d’un nombre de pages illimité pour tout vous dire… Qu’on me pardonne les omissions et les raccourcis douteux!

Notes