Fanny Vittecoq
(L'Actualité langagière, volume 7, numéro 4, 2010, page 27)

Faire long feu et ne pas faire long feu sont deux expressions distinctes aux origines bien différentes. Et, pour mettre de l’huile sur le feu, la forme affirmative peut évoquer une idée négative!

L’expression faire long feu s’employait autrefois pour parler d’une arme à feu dont le coup n’était pas parti en raison de la combustion trop lente de l’amorce : La poudre étant mouillée, son fusil fit long feu. Le coup a fait long feu. Aujourd’hui, elle est utilisée au sens figuré et exprime soit l’idée de longue durée, soit celle d’échec : L’histoire a fait long feu dans la famille (a duré longtemps). Cette enquête fait long feu (traîne en longueur). L’expédition a fait long feu (a échoué, n’a pas abouti). Ta blague a fait long feu (n’a pas produit l’effet attendu).

La forme négative ne pas faire long feu, quant à elle, repose sur une autre métaphore, soit celle d’une flamme qui s’éteint rapidement. Elle n’existe plus que dans le sens figuré de « être de courte durée », « ne pas durer longtemps », « ne pas réussir à tenir longtemps » : Son projet n’a pas fait long feu. Il ne fera pas long feu dans ce poste.

Finalement, les deux tournures s’opposent quand elles indiquent la durée : son entreprise a fait long feu (a duré longtemps) est le contraire de son entreprise n’a pas fait long feu (n’a pas duré longtemps). Ce n’est toutefois pas le cas lorsque faire long feu exprime l’échec… d’où le paradoxe de la phrase Son entreprise n’a pas fait long feu, c’est donc qu’elle a fait long feu.

Mais pour la plupart des Canadiens, qui n’utilisent que l’expression ne pas faire long feu, toute cette histoire pourrait bien n’être qu’un pétard mouillé…