Jacques Desrosiers
(L'Actualité terminologique, volume 30, numéro 2, 1997, page 17)

Est-il incorrect de dire qu’une nouvelle s’est avérée fausse? Certains jugent qu’il est contradictoire d’accoler l’adjectif faux à un verbe dont le sens premier, étymologique, est « se révéler vrai », « être reconnu vrai », « apparaître comme vrai », « se faire reconnaître comme vrai ».

Quelques ouvrages, comme le Grand Robert, signalent encore ce sens premier où s’avérer s’emploie sans attribut, comme dans la phrase : son soupçon s’est avéré.

Tous les auteurs reconnaissent toutefois, et même parfois exclusivement, un autre sens, plus faible mais plus courant, du verbe s’avérer : celui de « se révéler », de « se montrer », d’« apparaître comme », de « se manifester ». Le verbe se construit alors avec un attribut. C’est dans ce sens qu’on emploie « s’avérer » lorsqu’on dit qu’un remède s’est avéré efficace ou qu’un projet s’est avéré une réussite.

C’est lorsque l’attribut est l’adjectif faux ou vrai que les avis sont partagés et que beaucoup regimbent. Certains comme le Petit et le Grand Robert notent prudemment que s’avérer faux est « abusif ». Pour d’autres, comme Thomas, Jean Darbelnet ou le Multidictionnaire, le tour est carrément indéfendable, il est une pure contradiction. L’Académie française, dans la neuvième édition de son Dictionnaire, publiée en 1994, va jusqu’à qualifier s’avérer faux de « non-sens ». Les mêmes ouvrages en général nous mettent en garde contre le « pléonasme », s’avérer vrai.

Et pourtant un bon nombre d’auteurs – Grevisse dans ses Problèmes de langage (qui datent de 1961), André Goosse dans Le bon usage, Joseph Hanse, la grammairienne Madeleine Sauvé, le Grand Larousse de la langue française (déjà en 1971) – jugent ces tournures bien ancrées dans l’usage. Hanse soutient que l’emploi de s’avérer au sens étymologique est en fait sorti de l’usage et que s’avérer faux ne renferme donc aucune contradiction, ni s’avérer vrai de pléonasme. Même Le petit Larousse ne donne à s’avérer que le sens neutre de « se révéler, apparaître ».

Ces sources autorisées devraient nous faire accepter les deux tours. Mais, bien sûr, c’est aussi une question de goût. Ceux qui « sentent » encore l’étymologie de s’avérer, qui n’ont pas oublié le sens premier du mot, qui perçoivent vrai dans avérer peuvent avoir, selon le mot de Grevisse, une « répugnance instinctive à faire rouler en tandem s’avérer et faux ». Mais cette répugnance personnelle ne saurait tenir lieu d’interdit.