André Racicot
(L'Actualité terminologique, volume 35, numéro 4, 2002, page 25)

Trouver une graphie crédible pour un toponyme n’est pas toujours aussi simple qu’on le souhaiterait. Trop souvent les dictionnaires, ouvrages didactiques, sans parler des médias, emploient des graphies différentes. À moins d’être un érudit, il est très difficile de trancher. Le langagier y perd vite son latin, son grec… et sa patience!

La tentation est forte de se laisser attirer par les sirènes du cyberespace et de leur demander une solution miracle. Après tout, des solutions qui voyagent à la vitesse de la lumière ne peuvent qu’être lumineuses… Alors pourquoi ne pas sonder le Web afin de vérifier le nombre d’occurrences d’une graphie par rapport à une autre? La plus utilisée sera sûrement la meilleure. Que vaut cette méthode?

À vrai dire, pas grand-chose. Elle donne une indication très approximative de l’usage, et encore de l’usage dans le monde virtuel. Pas celui des ouvrages didactiques reconnus, des journaux réputés, non, l’usage dans le cyberespace, point à la ligne. Quand il constate la qualité du français dans Internet, le langagier cultive le doute de plus en plus.

Essayons avec le gentilé de Qatar, qui se décline en trois versions : Qatarien, Qatari et Qatariote. D’après Google, le nombre d’occurrences de ces termes est respectivement de 275, 739, 445. Faut-il préférer Qatari aux deux autres? Pas vraiment.

N’oublions pas que n’importe qui peut écrire à peu près n’importe quoi dans le cyberespace. Une page contenant les pires âneries sera affichée pour autant que son auteur paie un fournisseur. La qualité de la langue n’est évidemment pas un critère qui entre en ligne de compte. Mais, objectera-t-on, le Web contient de véritables bijoux documentaires dans tous les domaines. C’est vrai. L’ennui, c’est que les moteurs de recherche ne font aucune distinction entre les sites anonymes contenant des informations douteuses et les sites documentés.

Pour revenir à notre exemple, le fait que Qatari revienne plus souvent sur la grande Toile que les autres graphies n’est finalement qu’une simple indication, sans plus. Jamais elle ne saurait justifier son utilisation dans un texte relevé. Un langagier qui cherche une bonne graphie dans Internet pourrait tout aussi bien saisir quelques magazines au hasard dans le cabinet du dentiste pour voir comment on y écrit le nom de la ville palestinienne Djénine.

L’important ici est de jauger les sources. Bref, la qualité plutôt que la quantité. Plutôt que de lancer une recherche globale sur un moteur, il serait plus judicieux de consulter des sites didactiques et journalistiques dont la qualité du français est irréprochable.

Le langagier rigoureux se dirigera plutôt vers des sites comme ceux du Monde Diplomatique, de L’Express, par exemple. Ne pas oublier ce merveilleux almanach qu’est le Quid. Et il y en a d’autres.

Comment repérer une source fiable? Par sa réputation, bien entendu. Mais aussi par le caractère constant des graphies utilisées. Les publications, virtuelles ou écrites, qui appliquent des principes immuables pour l’écriture des noms de lieux et des noms de personnes font preuve de rigueur. Voilà un signe qui ne trompe pas.

En conclusion, une recherche bien ciblée vaut nettement mieux qu’un coup de sonde dans les abysses du cyberespace. Suivent quelques adresses utiles.