Fanny Vittecoq
(L'Actualité terminologique, volume 34, numéro 3, 2001, page 31)

Internet ou internet? Internet ou l’internet? Des internets? Naviguer dans ou sur Internet? Sur l’internet? Des sites Internet ou des sites internets? Des solutions intranets ou des solutions Intranet? Extranet ou extranet? Des pages Web, web ou webs?

Si vous hésitez, sachez que c’est le lot d’un grand nombre de langagiers. Je vous invite donc à faire un peu de NETtoyage dans tout ça.

En fait, le casse-tête ne comporte que cinq pièces :

  1. L’emploi de la majuscule initiale
  2. L’emploi de l’article
  3. Le nombre (singulier, pluriel ou invariable)
  4. Le nombre des mots mis en apposition
  5. L’utilisation des prépositions dans et sur
  1. L’emploi de la majuscule initiale 

    « Internet », le réseau télématique international aussi appelé « Net », est un nom propre. Pour cette raison, on préconise la majuscule initiale au Canada. Toutefois, la graphie avec la minuscule, souvent précédée de l’article, est très répandue en Europe : La télévision câblée, le téléphone mobile et l’internet pénètrent de plus en plus de foyers (Le Nouvel Observateur). Accès à Internet, à l’internet (Petit Robert, 2000). L’édition 2001 du Petit Larousse consigne d’ailleurs les deux graphies : Internet ou internet.

    Le « Web », « le réseau des réseaux », est un système hypermédia qui a été créé en 1989 sous le nom de World Wide Web ou WWW. Web est aussi un nom propre qui s’écrit en principe avec la majuscule initiale. Cependant, on ne pourrait condamner la graphie web, que l’on rencontre fréquemment, d’autant plus qu’elle est attestée dans le Petit Larousse et dans le Petit Robert. Autres équivalents de Web : Toile (ou toile), toile mondiale, toile d’araignée mondiale, triple W, 3W et W3. On rencontre aussi les graphies non officielles oueb, ouaibe et même ou&egave;be, qui confèrent une touche d’humour à un texte.

    Les mots « intranet » et « extranet », tous deux des noms communs, s’écrivent en principe avec la minuscule initiale, en anglais comme en français, selon les ouvrages spécialisés en informatique dont, entre autres, un document de travail de l’ISO et le Microsoft Press Computer User’s Dictionary.

    L’« intranet » est un réseau privé d’entreprise relié à Internet; l’« extranet » est un intranet étendu. Les ouvrages de référence tardent toutefois à admettre ces deux termes : « extranet » ne figure pas dans le Petit Robert, bien qu’« intranet » y soit, avec la minuscule initiale. Le scénario est identique dans le Robert & Collins Senior, qui consigne « intranet » avec la minuscule en anglais et en français. Quant au Multidictionnaire et au Canadian Gage Dictionary, ils sont muets sur la question. Enfin, le Petit Larousse atteste les deux mots avec ou sans la majuscule. Majuscule? Voilà qui brouille un peu les pistes…

  2. L’emploi de l’article

    L’utilisation de l’article défini devant le mot « Internet », notamment lorsqu’il est précédé des prépositions sur et dans (voir  5), ne fait toujours pas l’unanimité. Certaines sources ont tranché : « Internet » ne doit pas être précédé de l’article parce que c’est un nom propre; « intranet » et « extranet », oui, parce que ce sont des noms communs. On constate cependant, en ce qui concerne « Internet », que l’usage fluctue :

    Dans vingt ans, que sera devenu Internet? (Le Monde.)

    Avec l’arrivée de l’Internet, il se produit une rupture dans la relation entre la capacité de production et ce que l’on investit (Le Point).

    Non, c’est la faute à Internet, la démocratie en forme de bordel (Le Devoir).

    Cette année, le Petit Larousse consigne dans la partie des noms propres « Internet » et « l’Internet ». C’est un revirement par rapport à l’année dernière, où seul « Internet » était admis. Il faut croire que l’usage a fait pencher la balance. Ma conclusion personnelle : la course à relais est finie et le témoin est rendu. Les deux formes sont correctes.

  3. Le nombre (singulier, pluriel ou invariable)

    Enfin une bonne nouvelle. Les ouvrages s’entendent là-dessus : « Internet » est invariable, puisqu’il s’agit d’un nom propre et que, de surcroît, il n’y a qu’un seul Internet. Il en va de même pour « Web ». Quant à « intranet » et « extranet », ils peuvent prendre la marque du pluriel : des intranets, des extranets.

  4. Le nombre des mots mis en apposition

    « Internet », « Web », « extranet » et « intranet » s’emploient en apposition. En ce qui concerne « Internet » et « Web », ils sont invariables : des sites Internet; des sites Web; des pages Web. Quant aux noms communs « intranet » et « extranet », ils sont en principe invariables : des solutions intranet et extranet; des logiciels intranet. Mais on ne pourrait condamner leur accord dans les cas où ils seraient considérés comme des adjectifs : des sites intranets.

  5. L’utilisation des prépositions dans et sur

    Ma conclusion : les deux sont acceptables. Pour en avoir le cœur net (sans vouloir faire de vilain jeu de mot), lisez bien ce qui suit.

    Chercher un renseignement sur Internet.

    Cette phrase dit-elle de chercher un renseignement sur le mot « Internet » ou dans le réseau Internet? La confusion est possible, bien que peu probable. Pourtant, bon nombre de langagiers se sont penchés sur la question et ont opté pour l’utilisation de « dans Internet », plutôt que « sur Internet ». L’OLF, dans un article publié dans la revue Circuit (printemps 2001) et intitulé « Les subtilités d’Internet », affiche ses couleurs :

    L’OLF préconise l’utilisation de la préposition « dans », puisqu’elle « lève l’ambiguïté qui existe dans des expressions telles que « trouver un renseignement sur Internet », dans lesquelles on ne sait trop si « sur » signifie « à propos d’Internet » ou « dans Internet ».

    Je veux bien admettre que l’idée de favoriser « dans » plutôt que « sur » est défendable, notamment parce qu’Internet est un contenu au même titre qu’une base de données; on dit bien chercher dans une base de données (et non sur). Par contre, on dit aussi naviguer sur l’eau (et non dans!)… Alors pourquoi pas naviguer sur lnternet? On me répondrait sûrement que le cyberespace se prête plus à la navigation aérienne (on navigue dans l’espace) qu’à la navigation maritime…

    Voyons maintenant ce que disent les ouvrages.

    Le Petit Robert donne naviguer sur Internet et surfer sur le Web.

    Le Multidictionnaire de la langue française abonde dans le sens de l’OLF et préconise « dans Internet »; il remet sur le tapis la question de l’article précédant « Internet » : (OLF) Naviguer dans Internet (et non dans l’Internet). C’est ce que j’ai appris également dans un cours portant sur les problèmes de traduction… Par contre, on surferait sur Internet! Ouille, ma tête! Le Petit Robert donne aussi « surfer sur », comme on l’a vu dans un des exemples précédents.

    Le Nouveau dictionnaire des difficultés du français moderne (Hanse) sème un peu plus la confusion. À l’entrée « Internet », il est écrit : « On s’accorde, pour désigner ce réseau mondial de télécommunications, à utiliser la majuscule en l’absence d’article : on navigue sur Internet ou sur linternet. »

Va-t-on pouvoir, justement, finir par « accorder » nos violons? On l’a vu, les avis divergent et il n’est pas facile pour les langagiers de trancher lorsque tous, les sources et l’usage, se contredisent. Mais dans le domaine de l’Internet, qui évolue à une vitesse faramineuse, il faut s’attendre à un peu d’instabilité. On marche sur des charbons ardents et on s’enlise parfois dans les sables mouvants, mais l’usage finira sans doute par avoir le dernier mot et par se fixer pour de bon.

Il faut user de patience pour tisser une Toile avec des matériaux linguistiques stables.

Bibliographie

ATKINS, Beryl T., et coll. Le Robert & Collins Senior : dictionnaire français-anglais, anglais-français, Paris, Dictionnaires Le Robert, 1998.

DODDS DE WOLF, Gaelan, et coll. Gage Canadian Dictionary, nouv. éd. rev. et augm. Toronto, Gage Educational Pub. Co., 2000.

GILDER, Alfred. En vrai français dans le texte : dictionnaire franglais-français, Paris, Le Cherche midi éditeur, 1999.

GLOAGUEN, Philippe, et coll. Le Guide du Routard 1999/2000 : Internet. [Paris], Hachette, 1999, p. 113.

GOUVERNEMENT DU QUÉBEC. OFFICE DE LA LANGUE FRANÇAISE. Le Grand dictionnaire terminologique (CD-ROM), Montréal, 1998.

GOUVERNEMENT DU QUÉBEC. OFFICE DE LA LANGUE FRANÇAISE. Site Internet [www.olf.gouv.qc.ca], 2001.

GUILLOTON, Noëlle, et Hélène CAJOLET-LAGANIÈRE. Le français au bureau, Sainte-Foy, Les Publications du Québec, 2000.

HALE, Constance, et Jessie SCANLON. Wired Style: Principles of English Usage in the Digital Age, New York, Broadway Books, 1999.

HANSE, Joseph, et Daniel BLAMPAIN. Nouveau dictionnaire des difficultés du français moderne, Bruxelles, De Boeck-Duculot, 2000.

Le nouveau petit Robert : dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, Paris, Dictionnaires Le Robert, 2000.

Le Petit Larousse illustré en couleurs, Paris, Larousse, 2001.

MENEY, Lionel. Dictionnaire québécois français, Montréal, Guérin, 1999.

MICROSOFT CORPORATION. Microsoft Press Computer User’s Dictionary, Redmond (Washington), Microsoft Press, 1998.

NORA, Dominique, et Guillaume CHAZOUILLÈRES. « Multimédia : les pièges de la vie branchée », Le Nouvel Observateur,  1900 (avril 2001), p. 12-15.

ORGANISATION INTERNATIONALE DE NORMALISATION. Virtual reality, Genève, ISO, 1998. Projet de norme ISO/IEC 2382-37.

PÉCHOIN, Daniel. Dictionnaire des difficultés du français d’aujourd’hui, Paris, Larousse, 1998.

RAABE, Christian et Andreas VOSS. Dictionnaire de l’informatique et de l’internet, Paris, Micro Application, 1998.

RACETTE, Marie-Ève. « Les subtilités d’Internet », Circuit (printemps 2001), p. 21.

TRAVAUX PUBLICS ET SERVICES GOUVERNEMENTAUX CANADA. BUREAU DE LA TRADUCTION. Cours Problèmes fréquents en traduction VI (SFE-136), 2001.

TRAVAUX PUBLICS ET SERVICES GOUVERNEMENTAUX CANADA. BUREAU DE LA TRADUCTION. TERMIUM IV (Banque de données linguistiques du gouvernement du Canada), Ottawa, 2001.

VILLERS, Marie-Éva de. Multidictionnaire des difficultés de la langue française, Montréal, Québec/Amérique, 1997.