Maja Siemienska-Vachali
(L'Actualité langagière, volume 3, numéro 4, 2006, page 14)

Dans le grand organigramme du Bureau de la traduction, au sein de la Direction de la traduction parlementaire et de l’interprétation, se trouvent les Services d’interprétation des conférences, une petite section qui comprend elle-même trois secteurs : Langues officielles, Langues étrangères et Interprétation visuelle. Il y a en tout 30 interprètes, et le personnel administratif compte 16 employés.

Nous sommes peut-être peu nombreux, mais nous sommes bien visibles. Nous fournissons, jour après jour, des services d’interprétation simultanée et consécutive à des papes, des reines, des rois, des présidents, des premiers ministres, des ministres et, bien sûr, à des dignitaires moins haut placés.

Le visage anonyme qui se trouve entre le premier ministre et le président de tel ou tel pays sur les photographies officielles, c’est l’interprète. La voix que vous entendez dans l’autre langue officielle à la télévision lorsqu’une de nos sommités politiques parle, c’est celle de l’interprète. Le son qui s’échappe du petit écouteur placé dans l’oreille du délégué lors d’une conférence, c’est encore la voix de l’interprète. Nous sommes là où notre gouvernement se trouve, que ce soit à Ottawa, dans les provinces ou à l’étranger.

L’interprétation n’est pas une sinécure. Notre travail consiste à transposer le message d’un orateur dans une autre langue. Or, pour rendre justice à l’orateur, l’interprète doit très bien connaître au moins deux langues : il doit comprendre la langue de départ avec toutes ses nuances et ses idiotismes, et maîtriser suffisamment la langue d’arrivée pour rendre le message de l’orateur en utilisant une grammaire, une syntaxe, un registre et un ton appropriés. L’interprète doit prendre bien garde de ne pas exagérer son interprétation, ni de la refréner; il surveille étroitement ses propos pour s’assurer que ses idées ou opinions personnelles n’altèrent pas le message original. La suppression d’information dans un souci de concision ou de rapidité ne doit jamais nuire à l’intégrité dumessage.

L’interprétation et la traduction simultanée sont deux choses différentes. Nous devons communiquer l’essentiel du message pour faciliter le processus de communication, mais transmettre chaque mot est mission impossible. En effet, l’interprète doit entendre, analyser, traiter et rendre le message dans une autre langue pendant que l’orateur continue de parler. Pour organiser l’information intelligemment, l’interprète doit avoir non seulement d’excellentes compétences linguistiques, mais aussi un bon jugement et une vaste culture.

Les niveaux de stress sont élevés : souvent l’orateur lit ou parle très rapidement, le sujet est délicat ou très technique, les propos sont incohérents, l’accent très prononcé ou la sonorisation inadéquate.

Les changements quotidiens de lieux, de clients, de sujets et de collègues ajoutent encore au stress. L’interprète peut être affecté aujourd’hui à une réunion de l’OTAN à Ottawa, demain, à une conférence constitutionnelle télévisée à Québec, et après-demain, à une conférence internationale sur les pêches à St. John’s ou encore à une mission d’Équipe Canada à Moscou ou à Beijing.

Alors, pourquoi sommes-nous interprètes?

Nous faisons assurément quelque chose de bien puisque 97 pour 100 de nos clients sont satisfaits de nos services!