Emmanuelle Samson
(L'Actualité langagière, volume 6, numéro 1, 2009, page 30)

Lorsque vous rédigez, vous transmettez de l’information sur un sujet que vous maîtrisez. Vous êtes en terrain connu : cette information fait partie de la masse de connaissances stockée dans votre mémoire. Mais pour votre lecteur, cette information est nouvelle. Si vous ne la présentez pas de façon qu’elle soit facile à retenir, votre lecteur pourrait ne pas se souvenir de grand-chose… s’il se rappelle seulement avoir lu votre texte.

Pour que le lecteur puisse retenir facilement l’information que vous lui présentez, il est utile de savoir comment il traite l’information et l’emmagasine dans sa mémoire.

Le traitement de l’information

Que se passe-t-il exactement dans le cerveau du lecteur lorsqu’il parcourt un texte? L’information entre d’abord dans sa mémoire à court terme, aussi appelée mémoire de travail. Elle est entreposée dans cette mémoire pendant environ 30 secondes. Ensuite, deux scénarios sont possibles : soit que le lecteur oublie l’information, soit qu’il la transfère dans sa mémoire à long terme.

La rétention de l’information

En tant que rédacteur, votre objectif est donc le suivant : faire en sorte que la plus grande quantité d’information possible passe de la mémoire à court terme de votre lecteur à sa mémoire à long terme. Pour ce faire, vous devez porter une attention particulière au nombre d’éléments que vous fournissez, à l’ordre dans lequel vous les présentez et au degré de familiarisation de votre lecteur avec l’information.

Le nombre d’éléments

Selon les travaux du psychologue George A. Miller, l’humain peut stocker de 5 à 9 blocs d’information dans sa mémoire à court terme. C’est ce que Miller appelait le « chiffre magique 7 ± 2 ».

Prenons un exemple. Vous rédigez un texte comprenant une série de 12 éléments énumérés à l’aide de puces. Dans ce type de liste, chaque puce correspond à un bloc d’information. Après avoir lu les 12 puces, votre lecteur retiendra habituellement un maximum de 9 éléments de la liste, puisque la mémoire à court terme ne peut retenir que de 5 à 9 blocs d’information.

Votre lecteur pourrait-il retenir davantage d’éléments d’information? D’après les recherches de Miller, lorsqu’une personne peut lier certaines informations entre elles et les recoder dans son cerveau en les plaçant dans des catégories, elle peut arriver à repousser les limites de sa mémoire à court terme.

Reprenons l’exemple précédent. Pour que votre lecteur retienne davantage d’information, vous pourriez diviser votre liste de 12 puces en plusieurs catégories, en regroupant les éléments qui vont ensemble et en donnant à chaque catégorie un titre évocateur. De cette façon, chaque catégorie, qui comprendra maintenant plusieurs puces, sera perçue comme un seul bloc d’information. Le lecteur pourra ainsi retenir un maximum de 9 catégories plutôt qu’un maximum de 9 puces.

Image de deux exemples de listes

Le travail d’association que vous aurez fait à la place de votre lecteur lui permettra d’augmenter la capacité de sa mémoire à court terme et d’assimiler plus d’information.

L’ordre des éléments

Une fois que votre lecteur aura lu tous les éléments présentés par catégories, il en retiendra certains plus facilement que d’autres. En fait, les premiers éléments seront plus susceptibles de passer de sa mémoire à court terme à sa mémoire à long terme.

Une étude des chercheurs Glanzer et Cunitz démontre bien ce phénomène. Les participants à leur étude devaient d’abord lire une liste de mots, puis effectuer une tâche arithmétique pendant trente secondes. Cette tâche visait à distraire leur attention de la liste. Lorsque les chercheurs leur ont demandé d’énumérer les mots qu’ils avaient retenus, ils ne se rappelaient que les premiers éléments de la liste.

Pourquoi? Au moment où les premiers éléments entrent dans la mémoire à court terme, celle-ci dispose d’assez d’espace pour effectuer le transfert vers la mémoire à long terme, au moyen d’un mécanisme d’autorépétition de l’information. Les éléments du milieu et de la fin de la liste demeurent généralement dans la mémoire à court terme et disparaissent rapidement lorsque le lecteur entreprend une autre tâche.

Le degré de familiarisation

Si le lecteur connaît déjà l’information présentée, il aura plus de facilité à la faire passer de sa mémoire à court terme à sa mémoire à long terme. Par exemple, si votre lecteur connaît mieux le système impérial que le système métrique, il retiendra plus facilement qu’une personne mesure 5 pieds 6 pouces que 1,70 mètre.

De plus, votre lecteur assimilera plus facilement la nouvelle information que vous lui présenterez si vous la rattachez à des connaissances qu’il possède déjà. Il pourra donc se servir de ce qu’il sait déjà pour comprendre et retenir la nouvelle information.

En définitive, si en rédigeant vous tenez compte de la façon dont le cerveau traite l’information et que vous appliquez des techniques qui en favorisent la rétention, votre message gagnera en efficacité. Et un lecteur qui aura bien assimilé l’information importante pourra au bout du compte mieux l’utiliser.

Sources

GLANZER, M. et CUNITZ A. « Two Storage Mechanisms in Free Recall », Journal of Verbal Learning and Verbal Behavior, vol. 5,  4 (août 1966), p. 351-360.

MILLER, George A. « The Magical Number Seven, Plus or Minus Two: Some Limits on our Capacity for Processing Information », Psychological Review, vol. 63,  2 (mars 1956), p. 81-97.