André Racicot
(L'Actualité langagière, volume 3, numéro 1, 2006, page 29)

Le terme democratic development se rencontre fréquemment dans les textes de relations internationales. Il est souvent rendu par développement démocratique, qui, de prime abord, paraît correct. Mais les langagiers apprennent à se méfier de ces expressions un peu trop inspirées de l’anglais, quand elles ne sont pas carrément des calques. C’est le cas de celle-ci.

Qu’entend-on par développement démocratique? Il s’agit du processus par lequel d’anciens pays totalitaires rompent avec leur passé et adoptent des pratiques démocratiques. Cette définition concerne aussi bien les États d’Europe centrale et orientale en rupture de ban avec le communisme, que des pays africains ou latino-américains. Dans ces deux derniers cas, l’aide internationale était souvent subordonnée à une évolution vers la démocratie et au respect de la primauté du droit.

Il s’agit de la rule of law, vous connaissez? Certains y vont joyeusement avec la règle de droit (encore un calque), qui est en fait une règle d’interprétation juridique. Rien à voir avec la primauté du droit (ou la suprématie ou la prééminence du droit). Un pays qui applique le principe de la primauté du droit est un État de droit. Les institutions politiques, les entreprises et les particuliers y respectent les lois votées par le Parlement ainsi que les jugements rendus par les tribunaux. C’est l’une des caractéristiques des pays démocratiques.

Revenons au développement démocratique. En plus d’un calque, on pourrait y voir également un beau cas d’adjectivite, c’est-à-dire une utilisation abusive de l’adjectif. Nous avons donc deux bonnes raisons d’écarter la traduction servile développement démocratique. Si l’on en revient à la définition initiale, soit le passage à la démocratie, il n’est guère difficile de traduire l’expression de façon plus juste, dans le respect de la langue française. Les pays qui émergent d’une dictature font l’apprentissage de la démocratie; celle-ci connaît un essor, donc parlons d’essor de la démocratie. Pour les pays plus pauvres, on pourrait parler du développement dans la démocratie. On voit donc que le mot développement nest pas nécssairement à proscrire, quand on parle de l’expansion d’une chose. Donc, pourquoi pas le développement de la démocratie?

À bien y penser, lorsqu’un ancien État totalitaire implante la démocratie, que fait-il au juste, sinon se démocratiser? Est-ce que le soi-disant développement démocratique ne serait finalement rien d’autre que la démocratisation d’un pays? Parfois, un peu comme la lettre volée d’Edgar Allan Poe, la solution est tellement évidente que personne ne la voit.

Faut-il mettre au rancart le terme développement démocratique? Pas nécessairement. Défini comme un développement qui est démocratique, il pourrait traduire l’expression broadly based development. En pareil cas, difficile de parler de calque syntaxique.