(L'Actualité terminologique, volume 4, numéro 6, 1971, page 1)

Development, mot souvent rencontré dans les textes. Comment le rendre? Le plus souvent par « développement »1.

Que veut dire development? Tout. Il a deux sens principaux : créer et développer (faire ou faire croître).

La notion souveraine à retenir avant d’aller plus avant est celle-ci : l’anglais développe tout, le français crée l’inexistant et développe l’existant.

Ainsi, the development of new methods se rend non pas par « mise au point » (qui n’est qu’une étape de la création), mais par « création (ou autre mot analogue : élaboration, établissement, institution, etc.) de méthodes nouvelles » (donc inexistantes) et the development of exports par « développement (avancement, expansion, augmentation, etc.) des exportations ».

Il y a lieu de répartir, pour la suite, l’objet du développement (what is being developed) en trois catégories : les choses matérielles, les choses immatérielles et l’homme.

I – Choses matérielles (pays, territoire, gisement minier, etc.)

Un pays (territoire) est une chose matérielle. On dira aménagement s’il s’agit de le doter d’une infrastructure (ponts, canaux, routes, lignes de transport d’électricité) ou d’un équipement social (hôpitaux, maisons d’enseignement ou de la culture, stations de radio, points de vente), extension s’il s’agit d’en étendre la surface, développement s’il s’agit de le faire croître dans une quatrième dimension (intensité d’activité) sous quelque rapport : culturel, ludique, commercial, scientifique.

Dans le cas du gîte minier, on dira aménagement, s’il s’agit des travaux d’approche pratiqués pour en assurer l’exploitation, la mise en valeur.

L’aménagement (ou percement) d’un canal se traduit par un équipement grâce auquel le trafic fluvial d’un pays grandit. Ainsi l’aménagement de la voie maritime du Saint-Laurent entraîne un développement (progression) du trafic des transports par eau au Canada. L’implantation d’une chaîne de radiodiffusion permet aux communications de se développer (de croître). Si la chaîne n’existe pas, on ne peut la développer; si elle existe, on la développe en y ajoutant des liaisons et stations. On développe l’existant; on crée l’inexistant.

Qu’en est-il du milieu rural? Aménager ou développer? Retenons qu’aménager, c’est planter ou implanter. Ici encore, on dira aménagement rural s’il s’agit de doter le milieu de l’équipement (routes, domaines remembrés, couvoirs industriels, usines de traitement, pâturages communautaires, installations de pluviogénie, etc.) pour lui assurer une économie plus féconde, une vie plus intense et de meilleure qualité, bref, pour lui permettre de se développer. L’aménagement est un moyen; le développement est une fin.

Quelques citations sont de mise ici.

Un emprunt de la Société de développement régional de Normandie (L’Entreprise Normande).

Former un ensemble harmonieux, assurant un développement parallèle et équilibré de la province… La SODRAL est un exemple du développement souhaitable, dans le bassin minier, d’activités de transformation, en aval de la production charbonnière… Nul doute que l’activité croissante de ces deux bureaux (de dédouanement) permet d’envisager pour chacun un heureux (successful) développement… Mais la situation devient inextricable lorsqu’on songe au développement auquel paraît appelée l’agglomération (Nord de la France Industriel).

Les prévisions sont supérieures aux recettes que le développement important de l’activité économique a effectivement conduit à recouvrer… Fonds d’investissement pour le développement économique et social des territoires d’outre-mer… Création et développement des transports routiers et ferroviaires (Le Budget, France).

Rappelons pour mémoire un sens nouveau donné à « développement » (comme à development) depuis quelques années et dont la réalité qu’il exprime se situe à la toute fin de la chaîne de la recherche.

« Utilisation systématique des résultats de la recherche appliquée et de connaissances empiriques pour mettre en usage de nouveaux matériaux, dispositifs, produits, systèmes et procédés et pour améliorer ceux qui existent déjà, par exemple : prototypes, unité pilote, etc. » (Recherche et développement dans l’industrie française en 1965, Délégation générale à la Recherche scientifique et technique, France. Voir Recherche et Développement, Actualité terminologique, février 1969.)

Les chaînons de la chaîne sont bien marqués : recherche pure ou fondamentale (basic ou fondamental research), recherche appliquée (applied research) et développement (development), ce dernier consistant dans les applications industrielles.

II – Choses immatérielles (intelligence, sens administratif) et homme

Dans le cas des choses immatérielles ou de l’homme, le français dit épanouissement (au fig.) s’il s’agit du tout (épanouissement de l’homme, de l’enfant). Il dit développement s’il s’agit d’un aspect, d’une faculté (éducation, action de développer les facultés physiques, intellectuelles et morales – Petit LAROUSSE) et perfectionnement s’il s’agit de l’homme envisagé sous l’aspect économique ou professionnel. C’est ainsi qu’on aura : staff development – perfectionnement du personnel; senior management development seminar : séminaire de perfectionnement des cadres supérieurs; decision-making development &ndah; perfectionnement à la (prise de) décision; content analysis development : perfectionnement à l’analyse de contenu; secretarial development – perfectionnement des secrétaires.

Quand development porte tout à la fois sur les choses matérielles et immatérielles et s’exerce en fonction de l’homme – centre du patelin, de la ville, de la province, du pays, du monde – et de son mieux-être, c’est un mot savant mais fort expressif, doté d’un adjectif et d’un adverbe, qui s’emploie. Ce mot est à retenir car la réalité qu’il représente devient de plus en plus un sujet de préoccupation (concern) des pouvoirs publics. Ce mot, c’est GÉONOMIE (géonomique, géonomiquement). Il signifie organisation de l’espace, soit une géographie volontaire assurée par l’action de l’homme sur l’espace, sur son environnement souterrain, horizontal et vertical.

Voici une définition que nous empruntons à URBANISME (nos 49-50, p. 296) puisque le mot ne figure pas encore dans les dictionnaires, bien que les revues en fassent force consommation :

La géonomie est la science, l’art et l’éthique dont l’objet est de trouver pour l’espace – entendu dans sa réalité concrète et géographique et considéré dans sa totalité aussi bien physique et chimique que biologique et humaine – les structures et les équilibres fonctionnels les plus propres à répondre à la totalité des besoins de l’homme, c’est-à-dire à ses besoins spirituels, comme à ses besoins matériels, esthétiques aussi bien que physiologiques; la géonomie cherche à connaître et s’efforce de réaliser la meilleure adaptation réciproque possible de l’espace et de la société.

Très longue définition, bien sûr, mais l’objet de la géonomie, on le voit, est à la dimension de l’homme, à la dimension du monde.

La géonomie est bien connue de la revue Hommes et Commerce où nous puisons trois citations pour mieux incruster le mot dans l’esprit du lecteur :

… L’Afrique seule est susceptible de lui assurer (à l’Europe) la sécurité d’accès par le jeu des complémentarités réciproques qui lient géonomiquement les deux continents ( 43, janvier-février 1958);

… Les ruptures et regroupements géographiques correspondant aux nouvelles façons de gagner son pain se déclencheront selon les lois de l’aménagement géonomique des territoires ( 60, décembre 1960-janvier 1961).

… Les peuples qui en sont imprégnés ressentent une répulsion instinctive devant les bagnes de travail forcé. Ils se sentent, au contraire, attirés par des ensembles géonomiques où la libre initiative, avec les perspectives infinies qu’elle ouvre, est considérée comme le sel de la productivité (idem).

Devant les perspectives que présente la géonomie, on n’est pas étonné de relever, dans les textes qui en font état, des expressions telles que micro-région, macro-région, bases infrastructurelles, plénitude spatiale, (le) lointain des siècles, refonte du monde, promotion humaine.

La géonomie, développement global de l’homme et de la macro-boule sur laquelle il appuie son pied équilibriste et promène son pas aventureux, nous concerne tous.

NOTE