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8 mots français intraduisibles qui me manquent quand je parle anglais

Billet de blogue en français traitant de mots français sans équivalent direct en anglais, et de leurs divers sens. Depuis la conquête de l’Angleterre par les Normands, en 1066, l’anglais et le français sont intimement liés par des siècles d’échanges de mots et un bassin commun de mots d’origine romane. Je suis une Canadienne anglophone, mais j’ai fréquenté l’école française dès la maternelle. J’ai rapidement découvert les similarités entre les deux langues et j’apprenais facilement mes leçons. Mais il y a toujours des mots français qui me manquent quand je parle anglais. Certains n’ont tout simplement pas d’équivalent! Je finis par les utiliser en français dans mes conversations anglaises. Est-ce que je me fais comprendre? Ça, c’est une autre question... 1. Si « Si » est un petit mot porteur de tant de sens. En anglais, on le traduit généralement par if, so ou yes. Mais en français, « si » est un mot spécial parce qu’il veut dire à la fois « oui » et « non ». Il faut toutefois l’utiliser correctement et dans le bon contexte, car il sert à répondre par l’affirmative à une question ou une affirmation négative. Exemple : — Tu n’aurais pas fait la lessive? — Si! J’ai déjà rangé les vêtements propres! Enfant, quand j’ai appris ce mot, mon petit moi anglophone a été stupéfait par les possibilités qu’il apportait. Il faut croire que j’étais déjà fascinée par la linguistique, car je trouvais ça merveilleux! Puisque le français a tendance à formuler les questions à la forme négative, le mot « si » est indispensable. En anglais, on aime poser les questions à la forme affirmative, ce qui explique peut-être que cette langue n’ait pas de mot équivalent. Quand je parle anglais, je me trouve souvent prise au piège quand j’ai besoin d’un mot pour contredire une affirmation négative. Je finis alors par bredouiller un « si, si, si » aussi confus qu’inutile! 2. Chez La préposition « chez » (en anglais seulement) se démarque de toutes les prépositions en ce qui concerne sa traduction en anglais. Elle se traduit couramment par at, for, among ou in. « Chez » renvoie habituellement à un lieu, à un domicile ou à un commerce, mais s’insère également dans plus d’une expression. Exemple : Je t'appellerai une fois que je serai chez moi. / I will call you once I get home. La plupart du temps, « chez » signifie « à l’endroit qui appartient à ». On comprend bien, au nombre de mots qu’il faut pour expliquer cette simple préposition, qu’il n’existe pas un seul mot qui la traduise parfaitement en anglais! 3. Tartiner « Tartiner » signifie « étaler quelque chose », généralement sur une tartine (un morceau de pain grillé). Vu la place qu’occupent le fromage et le pain dans la culture française, l’existence de ce curieux verbe n’est pas étonnante! J’aime tant dire « tartiner » – la sonorité du mot évoque presque sa signification! L’absence de ce mot en anglais ne m’empêchera pas de demander, dans la langue de Shakespeare : « pass the caramel au beurre salé so I can tartiner my toast »! 4. Bof Le mot « bof » est aussi français que le vin, le haussement d’épaules et l’expression « n’importe quoi! ». Quand une affirmation les laisse indifférents ou leur déplaît, les francophones utilisent l’interjection « bof! ». Cette exclamation est difficile à traduire avec précision en anglais, car elle dénote tantôt le mécontentement, tantôt l’indifférence. Les mots anglais les plus proches seraient whatever! ou meh!, mais ils ne sonnent pas aussi bien à mes oreilles. Bof! Je vais continuer d’employer l’interjection française! 5. Voilà « Voilà » est un autre de ces tout petits mots porteurs de tant de significations. Employé comme expression, il se traduit de multiples façons en anglais. Par exemple, il peut vouloir dire « here/there » et « this/that », mais il sert également à insister sur un élément, à simplement combler un silence ou à appuyer une affirmation. En français, « voilà » comprend tous ces sens. Formé à partir du verbe « voir » et de l’adverbe « là », il signifie littéralement « vois là ». Exemple : — T’as vu mon téléphone? / Have you seen my phone? — Sur la table, le voilà! / It's on the table; here it is! « Voilà » est un mot-cheville particulièrement utile que l’on peut notamment insérer à la fin d’une phrase comme un synonyme de l’expression « en effet ». C’est un mot tout simplement indispensable, voilà! 6. Bref Le mot « bref », cousin de l’adverbe « brièvement », correspond approximativement à l’anglais brief et dénote une période courte. Dans la conversation, on utilise souvent « bref », « enfin bref » et « bon bref » pour combler un silence ou pour conclure une idée. Dans la langue parlée, « bref » pourrait se traduire par les expressions in a nutshell, to make a long story short, basically ou anyway, mais aucune de ces expressions anglaises n’a le punch de ce mot français. Bref, ce mot résume bien les choses et il me manque en anglais! 7. Flemme J’espère que vous n’avez pas la flemme de continuer à lire mon billet! « Avoir la flemme » veut dire « être paresseux », mais aussi « ne pas avoir l’énergie ». On retrouve le plus souvent « la flemme » après le verbe « avoir »; l’expression « avoir la flemme » se traduit à peu près en anglais par I don’t feel like it (je n’en ai pas envie). Bien sûr, on peut dire en anglais qu’« on n’a pas le cœur à la fête ce soir », mais n’est-il pas plus amusant de dire que c’est « because you have la flemme »? Le nom « flemme » a donné naissance au verbe « flemmarder », mon mot préféré pour dire « paresser ». 8. Spleen Je pense que j’ai gardé le meilleur pour la fin. Comme « flemme », « spleen » a été popularisé par la littérature française du 19e siècle. Il décrit un sentiment de mélancolie sans cause apparente. Le spleen et la flemme sont des notions voisines et les deux sont des états d’âme typiquement français qui n’ont pas d’équivalent anglais. Voilà, bref, 8 mots qui me manquent quand je m’exprime en anglais. Et vous, y a-t-il des mots français qui vous manquent dans la langue anglaise? Traduit par Marc-André Descôteaux, Portail linguistique du Canada
Source : Blogue Nos langues (billets de collaborateurs et collaboratrices)

Expressions bilingues relatives à l’hiver : ne restez pas de glace!

Jeu français qui consiste à choisir l’expression anglaise correspondant à l’expression française liée au froid et à l’hiver En français comme en anglais, de nombreuses expressions évoquent le froid ou l’hiver. Saurez-vous garder votre sang-froid et trouver l’expression anglaise qui correspond à chacune des expressions françaises suivantes?1. Être gelé ou gelée jusqu’aux osbe frozen as hard as a rock be cold as icebe chilled to the bone2. Glacer le sang dans les veinesmake someone’s blood run coldgive someone the cold shoulderbe cold-blooded3. Être une personne glacialebe hot and coldbe a real cold fishbe cool as a cucumber4. Être blanc ou blanche comme neigebe as pure as the driven snowbe as white as snowbe snowed under5. Faire boule de neigemake snowballscurl up in a ballsnowball6. S’aventurer sur un terrain glissantbe on a slippery slopeskate on thin iceskate around an issue7. Prendre un coup de froidcatch a coldtake a cold blowget cold feet8. Laisser quelqu’un froid ou froideleave someone out in the coldabandon someoneleave someone cold9. Mettre quelque chose sur la glaceice something downput something on icebe the icing on the cake10. Ne pas passer l'hivernot make it through the winternot miss the winternot let the winter pass you by  
Source : Jeux du Portail linguistique du Canada

Concevoir un lexique bilingue : l’approche collaborative

Billet de blogue en français expliquant comment Parcs Canada a produit un lexique bilingue pour faciliter le travail de tout son personnel. Réserve de ciel étoilé, corps du ciel profond, cub-of-the-year, benchmark ecosystem… autant de termes et d’expressions qui sont utilisés dans le cadre des activités de Parcs Canada, mais dont l’équivalent n’est pas nécessairement connu dans l’autre langue officielle par ceux qui les utilisent. Vous imaginez les problèmes de communication que ça peut créer? Heureusement, un traducteur-réviseur particulièrement débrouillard avait la solution! Bien au fait des difficultés qu’avaient ses collègues dans leur travail, il savait qu’un lexique bilingue serait d’une grande utilité. Justement, il constituait depuis des années sa propre base de données linguistique bilingue qu’il espérait partager avec eux un jour. Le moment était venu d’en profiter!   Consulter pour concevoir un outil efficace et pertinent L’équipe du Laboratoire d’innovation de Parcs Canada a offert au traducteur-réviseur de l’aider à mettre sur pied un projet pilote. Nous avons vite compris que pour réussir, il faudrait consulter de nombreux collaborateurs internes. Nous avons donc adopté une approche collaborative en 3 étapes : Nous avons d’abord créé un comité consultatif composé de langagiers et d’experts de divers domaines. Nous les avons interrogés sur leurs besoins et leurs attentes comme futurs utilisateurs du lexique. En parallèle, nous avons fait des recherches et consulté des informaticiens pour explorer les plateformes technologiques disponibles. Nous avons transféré la banque de données dans un fichier Microsoft Excel. Nous pensions que cet outil avait beaucoup de potentiel, mais la lourdeur du fichier nous a vite fait comprendre que nous devions chercher une autre solution. Malgré les limites de Microsoft Excel, nous avons invité les membres du comité consultatif à tester le lexique pendant 6 semaines. Leur rétroaction a été extrêmement utile. Elle nous a aidés à valider la pertinence du contenu et à cerner ce qui comptait le plus pour les utilisateurs. En effet, nous en avons conclu que c’est la simplicité d’utilisation qui primait. Nous avons donc transformé le lexique en un tableau que nous avons publié dans l’intranet. Un rêve devenu réalité Après des mois de consultations et d’entrée de données, le lexique bilingue de Parcs Canada a été mis en ligne. Il compte plus de 2400 termes et expressions couramment utilisés par l’équipe et les collaborateurs de Parcs Canada. On y trouve aussi des expressions à éviter, des contextes et des liens vers des sources fiables, ainsi que des notes explicatives. Quelques conseils pour établir votre propre lexique Si vous songez à créer un lexique bilingue pour votre organisme, pensez aux personnes ou aux groupes qui pourraient vous aider. Dans notre cas, le Laboratoire d’innovation a joué un rôle central. Il a trouvé les personnes les mieux placées pour participer et a vu à ce que le projet se déroule rondement. Nous avons aussi fait appel à des professionnels de la langue et à des experts de différents domaines à Parcs Canada. Ces collaborateurs choisis ont participé au projet dès le début et nous ont aidés à produire un outil qui répond vraiment à leurs besoins. Ainsi mobilisés, ils sont devenus naturellement des ambassadeurs du lexique. Cela contribuera à assurer sa pérennité. Votre entreprise ou votre organisme a-t-il déjà produit un document comme le nôtre? Sinon, pensez-vous qu’il gagnerait à le faire? Parlez-nous-en dans la section des commentaires.
Source : Blogue Nos langues (billets de collaborateurs et collaboratrices)

escampette (prendre la poudre d’escampette)

Article sur l’expression « prendre la poudre d’escampette », ses synonymes et ses équivalents anglais
L’expression prendre la poudre d’escampette signifie « prendre la fuite » : Les enfants ont brisé une fenêtre avant de prendre la poudre d’escampette. Après ce fiasco, je n’avais qu’une envie : prendre la poudre d’escampette! Escampette est un diminutif dérivé du substantif escampe, lui-même tiré du verbe escamper. Ce dernier est un vieux mot qui signifie « déserter » (fuir le camp ou champ militaire). À l’origine, on utilisait donc prendre l’escampette comme synonyme de « prendre la fuite ». On ne sait pas précisément comment la poudre s’est ajoutée à l’expression, mais le sens est demeuré le même. Synonymes français Une abondance de mots et expressions rendent la même idée que l’expression prendre la poudre d’escampette en français : décamper déguerpir filer ficher le camp s’enfuir (sans demander son reste) prendre ses jambes à son cou Équivalents anglais Il existe une grande variété de verbes et d’expressions anglaises qui ont un sens comparable à prendre la poudre d’escampette : to flee to bolt to run away to run off to clear out to take flight to take off to abscond to decamp to scarper to make a [run, break, dash] for it to head for the hills Le présent article a été créé dans le cadre d’un partenariat avec madame Linda de Serres, docteure en psycholinguistique. Madame de Serres est professeure titulaire et chercheure au Département de lettres et communication sociale de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Elle s’intéresse notamment à la didactique des langues secondes et à l’alphabétisation des adultes.
Source : Clés de la rédaction (difficultés et règles de la langue française)

Mots de tête : « revers de la main »

Un article sur l’expression balayer d’un revers de main
Frèdelin Leroux fils (L’Actualité terminologique, volume 25, numéro 2, 1992, page 20) C’est méconnaître l’originalité inventive de Paul Morand que l’écarter d’un revers de la mainNote de bas de page 1.(R. Duhamel, Le Devoir, 26.5.84.) Ce n’est un secret pour personne que les dictionnaires sont incomplets. Aussi, il n’y a pas de quoi en faire un plat. Mais vous avouerez que c’est quand même agaçant de faire la tournée des grands dictionnaires (et des moins grands), à la recherche d’une expression qu’on lit ou qu’on entend à tout bout de champ, et de se retrouver Gros-Jean comme devant. Par exemple, c’est en vain que vous chercheriez revers de (la) main dans le sens où Roger Duhamel l’emploie. D’après les dictionnaires, la fonction du revers de la main est double : vous permettre d’essuyer la sueur qui vous perle au front (Lexis) et, au besoin, vous fournir le moyen de clore la bouche d’un importun (Robert). C’est un peu court, me direz-vous. Heureusement, au pays de l’école polyvalente, le revers est beaucoup plus… polyvalent. On s’en sert pour balayer, congédier, écarter, rejeter ou répudier un peu n’importe quoi : un danger, une demande, un importun, une objection, et j’en passe. En somme, tout ce qui ne fait pas notre affaire. La lecture de quelques numéros du Devoir ou de La Presse nous en fournirait une belle moisson. Et il n’y a pas que nos journalistes qui l’emploient. Des personnalités, comme on dit, Roger Duhamel, Solange Chaput-RollandNote de bas de page 2 ou René Lévesque ne dédaignent pas de s’en servir. L’autobiographie de René LévesqueNote de bas de page 3 ayant été traduite, je suis allé vérifier comment le traducteur avait rendu balayer d’un revers de main. Littéralement : to dismiss with the back of one’s hand. Aussitôt, le voyant Attention! anglicisme s’est mis à clignoter. Mais j’eus beau consulter les dictionnaires anglais, l’expression ne semble pas connue. Un collègue anglophone m’a d’ailleurs confirmé que ce n’était pas très courant, qu’il dirait plutôt to dismiss with a wave of the hand. D’autre part, comme j’avais rencontré la tournure dans un article traduit de l’anglais, je me suis reporté à l’original, pensant y retrouver… Pas du tout, voici que qu’on y lit : High court judgments can be vacated effortlessly. Pour traduire vacate ainsi, me suis-je dit, il fallait que la locution fût profondément ancrée dans le subconscient du traducteur. C’est ce qui m’a amené à écarter la possibilité d’un calque. S’agirait-il d’un québécisme, alors? Pas davantage. Plusieurs exemples le confirment. Commençons par deux citations, très près du sens propre :Ceux qui (…) étalent tout leur jeu et (…) le raflent d’un revers de mainNote de bas de page 4.Des bras de banquier, qui raflent l’or d’un revers de mainNote de bas de page 5. Enchaînons avec une traduction de l’allemand :Comme effacés d’un revers de main, les assaillants disparurent…Note de bas de page 6. Le Monde nous en fournit trois exemples :(…) les hégéliens et les spiritualistes qui éliminent Sartre d’un revers de mainNote de bas de page 7.Congédier d’un revers de main toute instance socio-économiqueNote de bas de page 8.Tout autant que l’interrogation sur le droit de conquête, qui ne peut être balayée d’un revers de main…Note de bas de page 9. Voici deux variantes, qui ont exactement le même sens :Le chef du personnel (…) fut découvert et balayé du tranchant de la mainNote de bas de page 10.Tout ça… avec le geste d’écarter quelque chose du dos de la mainNote de bas de page 11. Enfin, on trouve aussi des exemples dans des ouvrages dits sérieux :(…) les massacres des opposants sont balayés d’un revers de la main…Note de bas de page 12. Dont celui-ci, où il y a ce que j’appellerais un sens doublement figuré :(…) balayer d’un revers mental tous les ragotsNote de bas de page 13. Il ne fait aucun doute, à mon avis, que cette expression est tout à fait française. On l’emploie, au figuré, depuis une bonne vingtaine d’années. Il ne peut s’agir que d’une lacune, que les dictionnaires s’empresseront de combler. Mais il faudrait peut-être en informer les lexicographes. S’il y a un(e) volontaire qui veut bien s’en charger, je lui dédierai volontiers mon prochain billet.RéférencesNote de bas de page 1 Heureusement que L’Actualité terminologique ne publie pas toujours mes billets au fur et à mesure. Autrement, je ne pourrais pas vous faire profiter de mes trouvailles de dernière minute. D’un revers de main figure dans le Dictionnaire des locutions idiomatiques françaises(note 13), avec la définition suivante : sans y attacher d’importance, en faisant un geste de dédain.Mais le plus intéressant, c’est l’exemple :Mgr Trochu (…) ne peut être écarté d’un revers de main.Il est tiré d’une chronique du célèbre Aristide, grammarien, parue dans Le Figaro littéraire du 22 septembre 1969.Retour à la référence de la note de bas de page 1Note de bas de page 2 Solange Chaput-Rolland, Regards 87, Montréal, Cercle du Livre de France, 1968, p. 58.Retour à la référence de la note de bas de page 2Note de bas de page 3 René Lévesque, Attendez que je me rappelle, Montréal, Québec/Amérique, 1986, p. 308.Retour à la référence de la note de bas de page 3Note de bas de page 4 Georges Duhamel, Scènes de la vie future, Mercure de France, 1958, p. 136. (Paru en 1930.)Retour à la référence de la note de bas de page 4Note de bas de page 5 Alexandre Vialatte, L’éléphant est irréfutable, Presses Pocket, 1989, p. 296. (Article paru vraisemblablement en 1963.)Retour à la référence de la note de bas de page 5Note de bas de page 6 Ernst Jünger, Orages d’acier, Folio, 1974, p. 256. (Paru chez Christian Bourgeois en 1970. Traduit par Henri Plard.)Retour à la référence de la note de bas de page 6Note de bas de page 7 Pierre Lepage, Le Monde, 25.10.85.Retour à la référence de la note de bas de page 7Note de bas de page 8 Ibid., 29.11.86.Retour à la référence de la note de bas de page 8Note de bas de page 9 Philippe Boucher, Le Monde, 1.9.90.Retour à la référence de la note de bas de page 9Note de bas de page 10 Maurice Jaquier, Simple militant, Denoël/Lettres nouvelles, 1974, p. 69.Retour à la référence de la note de bas de page 10Note de bas de page 11 Robert Musil, L’Homme sans qualités, tome 2, Folio, 1974, p. 514. (Paru au Seuil en 1957. Traduit par Philippe Jacottet.)Retour à la référence de la note de bas de page 11Note de bas de page 12 Nina et Jean Kéhayan, La nuit du prolétaire rouge, Éditions Rombaldi, 1981, p. 30.Retour à la référence de la note de bas de page 12Note de bas de page 13 Bruno Lafleur, Dictionnaire des locutions idiomatiques françaises, Éditions du Renouveau pédagogique, Montréal, 1979.Retour à la référence de la note de bas de page 13
Source : Chroniques de langue (le français vu par des spécialistes de la langue)

Expressions imagées bilingues : une image vaut mille mots

Jeu où il faut choisir, pour une expression anglaise donnée, l’expression imagée française qui lui correspond. Toutes les langues possèdent des expressions imagées qui rendent les textes plus vivants, plus éloquents. Mais d’une langue à l’autre, on a souvent recours à des images fort différentes pour exprimer la même idée. Trouvez l’expression française qui correspond à chacune des expressions anglaises suivantes :1. to blow one’s own hornsouffler dans sa trompettese péter les bretellesflatter quelqu’un dans le sens du poil2. to have a lot on your plateavoir du pain sur la planchene pas être dans son assietteen avoir plein le dos3. Move your feet, lose your seatQuand le chat n’est pas là les souris dansentUn de perdu, dix de retrouvésQui va à la chasse perd sa place4. a tall taleune longue histoireune histoire à dormir deboutun conte de fées5. to give the shirt off one’s backavoir le cœur sur la mainavoir la bride sur le coulaisser sa chemise6. to be a no-showne pas être drôleposer un lapinprendre la poudre d’escampette7. things always come in threesil n’arrive jamais rien pour rienun ménage à troisjamais deux sans trois  
Source : Jeux du Portail linguistique du Canada

détail (pour plus de détails)

Article sur l’expression pour plus de détails.
Il est correct de rendre l’expression anglaise for more details par pour plus de détails. Certains auteurs la préfèrent même à pour de plus amples détails, les mots amples et détails évoquant des idées contradictoires. Pour plus de détails sur l’étude, contactez la personne responsable. Vous pouvez lire, pour plus de détails, les articles que contient votre pochette. Si l’expression semble cavalière dans certains contextes, par exemple dans une lettre adressée à un ministre, on peut toujours la remplacer par une formule plus relevée comme si vous souhaitez davantage de précisions.
Source : Clés de la rédaction (difficultés et règles de la langue française)

Mots de tête : « intéressé à » + infinitif

Un article sur l’expression intéressé à suivi d’un infinitif
Frèdelin Leroux fils (L’Actualité terminologique, volume 34, numéro 2, 2001, page 22) Femmes, vieillards, enfants que le malheur accable,Tous sont intéressés à le trouver coupable. (Voltaire) Voltaire aurait dit un jour à je ne sais trop qui que même s’il désapprouvait ses idées, il défendrait jusqu’à la mort son droit de les exprimer. Toutes proportions gardées, j’ai un peu l’impression que c’est mon cas aujourd’hui. Je n’aime pas particulièrement l’expression « intéressé à + infinitif », au sens que nous lui donnons chez nous, et pourtant, je me porte à sa défense. Pour plusieurs raisons. D’abord, parce que je crains que cette tournure, telle qu’employée par Voltaire, ne soit menacée de disparition. C’est du moins l’impression que nous donnent les dictionnaires courants. Car il faut se rabattre sur les « vieux » pour la trouver –le Furetière (1690), le Bescherelle (1887), le Larousse du XXe siècle (1928) –, ou sur quelques grands dictionnaires plus récents –le Dictionnaire encyclopédique  Quillet (1953), le Trésor de la langue française (1983). Ensuite, parce que la tournure a pris un sens nouveau –sous l’influence de l’anglais, dit-on –, qui semble bien être entré dans l’usage. Pas seulement au Québec, mais en France également. La preuve, un grammairien bien connu la condamne. À l’été 99, Jacques Drillon lançait un quiz sur la langue dans le Nouvel Observateur, où il posait cette « colle » au lecteur :La bonne attachée de presse doit demander :Seriez-vous intéressé à parler de ce livre? Seriez-vous intéressé pour [sic] parler de ce livre? Voudriez-vous parler de ce livre? Je ne vous indique pas la bonne réponse… Enfin, j’ajouterais bien une dernière raison, qui n’a sans doute pas le poids des autres, mais c’est pourtant le coup de pouce qu’il me fallait. Une collègue, d’origine française, qu’on pourrait difficilement soupçonner de laxisme, l’écrit sans hésitation dans le journal du service. (Je ne vous dirai pas son nom –question de protéger mes sources et de lui éviter de se faire harceler par plus puriste qu’elle.) Mais commençons par voir ce que ce tour a de fautif. Dans les Maux des motsNote de bas de page 1, Jean Darbelnet écrit que le verbe « intéressé à + infinitif » est « souvent employé d’une façon peu idiomatique qui reproduit la construction anglaise to be interested ». Pour éviter « cet emploi fautif du verbe intéresser », au lieu d’écrire « les personnes intéressées à assurer cet enseignement », il propose « désireuses de ou désirant (ou encore disposées à) ». Un dictionnaire de Faux amisNote de bas de page 2 propose un autre équivalent :Lorsque le verbe to interest est employé dans la structure to be interested in doing sth il correspond plutôt à vouloir, aimer, p. ex., we’re interested in increasing our exports to Africa : nous voudrions accroître nos exportations vers l’Afrique. Curieusement, les auteurs ne soufflent mot de l’usage « classique ». L’ignorent-ils? Le considèrent-ils comme vieilli? Darbelnet prend au moins la peine de signaler que l’usage existe. Et même l’Académie, qui vient (enfin) de faire paraître le tome 2 de son Dictionnaire, ne juge pas utile d’indiquer que le tour aurait vieilli. Elle se contente d’en donner le sens : « avoir intérêt à, y être obligé, engagé par le motif de son intérêt » et de s’approprier l’exemple du Bescherelle : « Vous êtes intéressé à empêcher cet abus d’autorité ». Mais n’en déplaise aux dictionnaires –le Grand Robert, le Grand Larousse de la langue française, les portables, tous l’ignorent souverainement –, c’est un usage qu’on ne saurait écarter du revers de la main. Depuis Mirabeau (1789) et Étienne de  Jouy (1815), en passant par Albert de Mun (1895) et Charles-Ferdinand Ramuz  (1927), jusqu’à Jean Giono (1958) et Rachid Mimouni (1992), on n’a jamais cessé de l’employer. Je me contenterai de deux exemples :Mais personne n’y croit, sauf ceux qui sont intéressés à y croireNote de bas de page 3.[…] hors les produits primaires qu’ils ne sont plus intéressés à produireNote de bas de page 4. Cet emploi n’est pas inconnu de ce côté-ci de l’Atlantique. Je l’ai relevé chez un grand journaliste du 19e siècle :Voilà donc les peuples directement intéressés à favoriser la prospérité […]Note de bas de page 5. Chez un père de la Confédération, Hector Langevin :Le gouvernement central ne sera pas intéressé à attaquer notre religion […]Note de bas de page 6. Et chez un sénateur du tournant du siècle :[…] les autres provinces sont trop intéressées à nous garder pour nous lâcherNote de bas de page 7. Mais revenons à des exemples hexagonaux, où le sens classique commence à s’atténuer :[…] un investisseur intéressé à participer à la réduction de l’insécurité urbaineNote de bas de page 8. Cet exemple est tiré d’un document bilingue rédigé en français. La traduction anglaise est identique : « interested in participating in the reduction of urban insecurity ». Autre exemple :Qui sera intéressé à faire respecter la loi si l’acte prohibé ne nuit à personneNote de bas de page 9? On sent encore l’idée d’« avoir intérêt à », mais dans l’exemple suivant, il s’agit clairement du sens condamné par Drillon :[le jeune éditeur] m’a appelé pour me dire qu’il était très intéressé à nous publierNote de bas de page 10. Parmi plusieurs exemples québécois, l’auteur du Dictionnaire québécois français en laisse échapper un qu’il a entendu à TF1 : « Elles ne sont plus intéressées à retrouver leur familleNote de bas de page 11 ». J’ai également relevé un cas avec « de », chez un universitaire :[…] un vieil homme, qui paraît intéressé de voir un étrangerNote de bas de page 12. Chez nous, on ne compte plus les journalistes qui emploient cette tournure : qu’ils soient du Droit (Adrien Cantin), du Soleil (Michel Vastel), de la Presse (Lysiane Gagnon), ou du Devoir (Chantal Hébert, Jean Dion). Le tour n’est pas inconnu des universitaires non plus (Louis Balthazar, Victor Teboul), ni des essayistes politiques (Pierre Godin, Christian Rioux). On le rencontre même chez deux professeurs de traduction. Dans un des modèles de lettre proposés dans Le français, langue des affaires, ils écrivent :Nous avons toutefois pensé que vous seriez intéressé à comparer le prix de revientNote de bas de page 13. Se seraient-ils laissé prendre au piège? Ou voulaient-ils insister sur le fait que le client éventuel « avait intérêt » à comparer les prix? On peut en douter. Au terme de ce bref tour d’horizon, je dois dire que cette tournure ne me revient toujours pas. Cela tient sans doute au fait que j’ai été conditionné, mais c’est aussi parce qu’il est tellement facile de l’éviter. Il n’en reste pas moins qu’il y a parfois dans cet « intéressé » quelque chose qu’on perdrait à le remplacer. Prenons cet exemple de Michel Vastel : « le pays est intéressé à discuter de réforme ». On peut très bien écrire que le pays « veut » ou « souhaite » discuter de réforme, qu’il en a le goût, qu’il est disposé à le faire, mais dit-on la même chose? Je vous laisse trancher. P.-S. Je découvre à la dernière minute que l’expression figure dans le Harrap’s français-anglais (1972) : « intéressé à faire qqch. –interested in doing sth. ». Malheureusement, sans contexte, il est difficile de savoir si c’est la formule classique, ou le sens condamné.RéférencesNote de bas de page 1 Jean Darbelnet, Les maux des mots, Québec, Presses de l’Université Laval, 1982, p. 77.Retour à la référence de la note de bas de page 1Note de bas de page 2 Jacques Van Roey, Sylviane Granger et Helen Swallow, Dictionnaire des faux amis français-anglais, 2e éd., Paris, Duculot, 1991.Retour à la référence de la note de bas de page 2Note de bas de page 3 Jean Giono, Angelo, coll. Folio, 1995, p. 122. Paru chez Gallimard en 1958.Retour à la référence de la note de bas de page 3Note de bas de page 4 Rachid Mimouni, De la barbarie en général et de l’intégrisme en particulier, Presses Pocket, 1993, p. 20.Retour à la référence de la note de bas de page 4Note de bas de page 5 Étienne Parent, conférence prononcée à l’Institut canadien de Montréal, le 23 septembre 1847.Retour à la référence de la note de bas de page 5Note de bas de page 6 Hector Langevin, Débats parlementaires sur la question de la Confédération, Québec, Hunter, Rose et Lemieux, 1865, p. 375.Retour à la référence de la note de bas de page 6Note de bas de page 7 L.-O. David, Au soir de la vie, Québec, Beauchemin, 1924, p. 185-186.Retour à la référence de la note de bas de page 7Note de bas de page 8 Catherine Vourc’h et Michel Marcus, Sécurité et démocratie, Saint-Amand (France), Forum européen pour la sécurité urbaine, 1994, p. 212.Retour à la référence de la note de bas de page 8Note de bas de page 9 Collectif d’information et de recherche cannabique, Lettre ouverte aux législateurs, Paris, N.S.P., 1997, p. 47.Retour à la référence de la note de bas de page 9Note de bas de page 10 Jean-Bernard Pouy, éditeur de la série noire Le Poulpe, cité par Serge Truffaut, Le Devoir, 7.2.98.Retour à la référence de la note de bas de page 10Note de bas de page 11 Lionel Meney, Dictionnaire québécois français, Montréal, Guérin, 1999.Retour à la référence de la note de bas de page 11Note de bas de page 12 Paul Garde, Journal de voyage en Bosnie-Herzégovine, Paris, La Nuée bleue, 1995, p. 111.Retour à la référence de la note de bas de page 12Note de bas de page 13 André Clas et Paul Horguelin, Le français, langue des affaires, Montréal, McGraw-Hill, 1969, p. 272.Retour à la référence de la note de bas de page 13
Source : Chroniques de langue (le français vu par des spécialistes de la langue)

Mots de tête : « du même souffle »

Un article sur l’expression du même souffle
Frèdelin Leroux fils (L’Actualité terminologique, volume 31, numéro 2, 1998, page 9) Et on condamne Israël du même souffle, pour les bavures de sa police…(Michel Régnier, cinéaste, Le Devoir, 29.3.88.) Les anglophones ont de la veine, ils peuvent faire plein de choses que notre langue nous interdit. Ils peuvent, par exemple, « parler des deux côtés de la bouche en même temps ». Ou « à travers leur chapeau ». Et par défi, ils iront même jusqu’à le manger, leur chapeauAller à la remarque a. Tour à tour maladroits ou contorsionnistes, ils se tirent dans le pied (sans grand préjudice corporel, d’ailleurs) ou se le mettent dans la bouche à tout bout de champ. Heureusement qu’il nous arrive de leur damer le pion : ils sont bien incapables, que je sache, de gagner une course les doigts dans le nez. Ils ont également un souffle assez particulier. Non seulement ils peuvent « rire sous leur souffle », mais ils sont capables (grâce au fameux « second souffle »?) de dire deux choses, souvent opposées, « du même souffle ». C’est une technique qui ne semble pas avoir de secret pour les Québécois. J’ai relevé chez nous une bonne quarantaine d’exemples de l’expression « du même souffle ». Nous l’apprêtons littéralement à toutes les sauces. On peut annoncer, répéter ou affirmer; rejeter, dénoncer ou reprocher; regretter, adoucir ou accueillir – tout et son contraire – du même souffle. Pour certains, c’est une façon d’apprendre une nouvelle :Catherine apprend du même souffle que sa mère biologique vit toujours en Chine et qu’elle va bientôt mourirNote de bas de page 1. D’autres arrivent même à « voir » par ce moyen :Mais on voit du même souffle l’avantage qu’un pays plus dynamique peut retirer d’une monnaie communeNote de bas de page 2. Et jusqu’aux budgets qui s’animent :Du même souffle, le budget d’hier indique qu’il faudrait bien que […]Note de bas de page 3. Retour à la remarque a Si l’on se fie au Harrap’s portatif (1993) et au Larousse bilingue (1994), les Français commenceraient à s’adonner à ce rituel un peu bizarre. Vous me direz qu’il y a de l’abus. J’en conviens. Mais il ne faudrait pas pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain. Examinons plutôt la coupable. « In the same breath » signifie « at the same time or about the same time », « almost simultaneously ». Un vieux dictionnaireNote de bas de page 4 de 1907 traduit justement par « au même instant ». Au départ, le sens est à peine figuré, comme dans l’exemple classique « they are not to be mentioned in the same breath ». À peu près tous les dictionnaires traduisent par « on ne saurait les comparer », mais on trouve dans The GimmickNote de bas de page 5 d’Adrienne une formule plus imagée. « Parler en même temps des fromages américains et français, c’est mélanger les torchons et les serviettes » est rendu ainsi : « You can’t talk about American cheeses and French cheeses in the same breath. » (Les Américains ont dû aimer!) Mais le sens qu’on rencontre le plus souvent aujourd’hui est celui que donne le Cobuild English DictionaryNote de bas de page 6 : « You can use in the same breath or in the next breath to indicate that someone says two very different or contradictory things ». C’est l’exemple qu’on trouve dans le dictionnaire de PetitNote de bas de page 7, dès 1934 : « he contradicts himself in the same breath – il se contredit d’un instant à l’autre ». Comment les dictionnaires récents rendent-ils cette expression? Le Robert Collins Senior s’en tient à peu près à ce que donne Petit : « she contradicted herself in the same breath – elle s’est contredite dans la même seconde ». Chose étonnante, le Grand Larousse bilingue se contente de l’exemple classique. Il n’y a que le Hachette-Oxford pour faire montre d’un peu d’audace : « in the same breath – dans la foulée ». Et dans la partie français-anglais : « dans la foulée, il a ajouté – in the same breath, he added. » (Il est intéressant de voir que, dans le Trésor de la langue française, « dans la foulée » a le même sens que « in the same breath » : « simultanément, en même temps ».) « Du même souffle » est de loin la tournure la plus courante chez nous. Que ce soit Lise Bissonnette ou Gilles Lesage du Devoir, Michel Vastel ou André Nadeau du Droit, Lysiane Gagnon ou Pierre Foglia de La Presse, ou Jean Paré de L’Actualité. Ou même Pierre Bourgault. Tous l’emploient. Y compris des universitaires. Mais on trouve aussi la variante « dans un même souffle » (La Presse, 4.2.95). Bien que très rarement. Par contre, « dans le même souffle » est plus fréquent. Je l’ai rencontré chez Nathalie PetrowskiNote de bas de page 8, Gil CourtemancheNote de bas de page 9 et Yves ThériaultNote de bas de page 10 (l’exemple le plus ancien que j’ai trouvé). « Dans le même souffle » est la formule que les Français semblent préférer, les journalistes notamment :Dans le même souffle, Fonda dénonce l’impérialisme culturel […]Note de bas de page 11.Les milieux officiels israéliens se sont félicités de la libération de Nelson Mandela et, dans le même souffle, ont rejeté toute comparaisonNote de bas de page 12. Et l’auteur d’un très bel ouvrage sur le Liban :Le président annonçait le retour de nos soldats à Beyrouth. [Il] précisait dans le même souffle que nous ne serions sur place que […]Note de bas de page 13. Malgré les apparences, les Français ne sont pas allergiques à « notre » tournure. Alain Finkielkraut, par exemple, emploie « du même souffle » :Deux nations, la Slovénie et la Croatie, proclament leur indépendance, et affirment du même souffle leur européanitéNote de bas de page 14. Et un chercheur du CNRS utilise une légère variante :Ils dénonçaient d’un même souffle l’« impiété » du pouvoir et l’injustice sociale dont souffrait une jeunesse interdite d’avenirNote de bas de page 15. Inutile de dire que ces variantes sont toutes inconnues des dictionnaires. Aussi, rien d’étonnant à ce que vous ayez des scrupules à les employer. Mais si les traductions que les dictionnaires nous proposent ne vous satisfont pas, voici quelques expressions qui pourraient vous être utiles :Comme si l’on considérait que la résistance […] doit, d’une même haleine, se poursuivre et s’accroîtreNote de bas de page 16.Mais l’auteur ajoute du même mouvement : « Et ils l’espèrent bienNote de bas de page 17. »Or, en défendant dans le même mouvement le voile islamique et la kippa juive […]Note de bas de page 18. J’ai trouvé un exemple de cet usage chez nous :Étonnantes invectives de la part d’un littérateur qui, dans le même mouvement où il invective Richler, déclare sans ambages qu’il ne l’a pas luNote de bas de page 19. Voici une dernière locution, qu’on ne trouve qu’au sens propre dans les dictionnaires, mais qu’on voit souvent employée dans un sens figuré et qui ferait un bon équivalent de l’expression anglaise :[…] je n’avais aucune envie de pleurer sur le sort d’un vieillard [Pétain] qui m’avait volé ma carte d’identité et qui […] décrétait dans le même temps que je n’étais bon à rien […]Note de bas de page 20. Si aucune de ces solutions ne vous agrée, vous pourrez toujours vous rabattre sur celles qu’on trouve dans la dernière édition du MultidictionnaireNote de bas de page 21. Marie-Éva de Villers est la première et – sauf erreur – la seule à signaler que « du même souffle » est un calque de l’anglais. Outre la traduction du Hachette-Oxford (« dans la foulée »), elle nous propose « d’un seul élan, sur son élan ». Toutes ces façons de dire sont certes utiles, et devraient vous dépanner à l’occasion, mais je gagerais mon exemplaire en lambeaux des Nouvelles remarques de Monsieur Lancelot que « du même souffle » (ou « dans le même souffle ») finira bien un jour par aller rejoindre dans les dictionnaires ce « second souffle » que nous avons déjà volé aux anglophones.RéférencesNote de bas de page 1 Gisèle Desroches, Le Devoir, 14.3.98.Retour à la référence de la note de bas de page 1Note de bas de page 2 Georges Mathews, L’Accord, Éditions Le Jour, Montréal, 1990, p. 69.Retour à la référence de la note de bas de page 2Note de bas de page 3 Denis Lessard, La Presse, 22.5.93.Retour à la référence de la note de bas de page 3Note de bas de page 4 Alfred Elwall, Dictionnaire anglais-français, Ch. Delagrave, Paris, 14eéd., 1907.Retour à la référence de la note de bas de page 4Note de bas de page 5 Adrienne, The Gimmick Spoken American and English, tome 2, Flammarion, 1972, p. 133-134.Retour à la référence de la note de bas de page 5Note de bas de page 6 Collins Cobuild English Dictionary, Harper Collins, Londres, 1995.Retour à la référence de la note de bas de page 6Note de bas de page 7 Ch. Petit, Dictionnaire anglais-français, Hachette, Paris, 1934.Retour à la référence de la note de bas de page 7Note de bas de page 8 Nathalie Petrowski, Le Devoir, 15.9.90, 1.2.92 et 6.6.92.Retour à la référence de la note de bas de page 8Note de bas de page 9 Gil Courtemanche, Chroniques internationales, Boréal, Montréal, 1991, p. 165. Voir aussi Le Soleil du 19.12.92.Retour à la référence de la note de bas de page 9Note de bas de page 10 Yves Thériault, « Le dernier igloo », in L’herbe de tendresse, VLB éditeur, Montréal, 1983, p. 105. (Nouvelle vraisemblablement parue au début des années 60.)Retour à la référence de la note de bas de page 10Note de bas de page 11 Pierre Dommergues, Le Monde Dimanche, 21.2.83.Retour à la référence de la note de bas de page 11Note de bas de page 12 Alain Franchon, Le Monde, 13.2.90. Voir aussi Le Monde du 17.8.89.Retour à la référence de la note de bas de page 12Note de bas de page 13 Jean-Pierre Péroncel-Hugoz, Une croix sur le Liban, Folio/Actuel, 1985, p. 29.Retour à la référence de la note de bas de page 13Note de bas de page 14 Alain Finkielkraut, Comment peut-on être Croate?, Gallimard, 1992, p. 99.Retour à la référence de la note de bas de page 14Note de bas de page 15 Gilles Kepel, Le Monde, 7.3.91.Retour à la référence de la note de bas de page 15Note de bas de page 16 Claude Hagège, Le français et les siècles, Odile Jacob, coll. Points, 1989, p. 10.Retour à la référence de la note de bas de page 16Note de bas de page 17 Jean Guéhenno, Journal des années noires, Livre de poche, 1966, p. 252. Paru en 1947.Retour à la référence de la note de bas de page 17Note de bas de page 18 Alain Finkielkraut, Le Monde, 23.2.90.Retour à la référence de la note de bas de page 18Note de bas de page 19 Nadia Khouri, Qui a peur de Mordecai Richler?, Éditions Balzac, Montréal, 1995, p. 29.Retour à la référence de la note de bas de page 19Note de bas de page 20 Bernard Frank, Le Monde, 21.8.85. Voir aussi Jean-Yves Nau, Le Monde, 5.7.89.Retour à la référence de la note de bas de page 20Note de bas de page 21 Marie-Éva de Villers, Multidictionnaire de la langue française, 3e éd., Québec Amérique, Montréal, 1997.Retour à la référence de la note de bas de page 21
Source : Chroniques de langue (le français vu par des spécialistes de la langue)

Mots de tête : « prendre avec un grain de sel »

Un article sur l’expression prendre avec un grain de sel
Frèdelin Leroux fils (L’Actualité terminologique, volume 31, numéro 1, 1998, page 23) M. Lévesque, qui prenait les menaces avec un grain de sel… (Lise Bissonnette, Le Devoir, 14.1.83) Dans une vieille fiche qui date de 1969, le Comité de linguistique de Radio-Canada nous explique la différence entre « prendre avec un grain de sel » et « with a grain of salt ». Dans le premier cas, nous dit-il, l’expression signifie « avec humour », « sans prendre au sérieux ou à la lettre », alors que la locution anglaise signifie « avec réserve », sans nuance d’humour. Ce qui m’étonne le plus dans cette fiche, ce n’est pas la distinction un peu trop fine à mon goût que le Comité tente d’établir, c’est qu’il soit parvenu à dénicher « prendre avec un grain de sel » dans les dictionnaires. J’ai eu beau chercher, on ne trouve que « cum grano salis ». Dans le Larousse du XXe siècleNote de bas de page 1, par exemple : « cum grano salis (Avec un grain de sel), loc. lat. dans laquelle le mot sel a le sens figuré de enjouement, de badinage, et que l’on emploie pour faire entendre que ce qu’on dit ne doit pas être pris au sérieux ». Avec une citation de Renan où l’on voit bien l’idée d’humour. Dans le Dictionnaire QuilletNote de bas de page 2, qui donne sensiblement la même explication : « parler plaisamment, à la légère ». Et dans les Mots latins du françaisNote de bas de page 3 : « Locution […] qu’on emploie pour indiquer que ce qu’on dit veut faire sourire et ne doit pas être pris à la lettre. » Tout le monde s’entend à merveille sur le sens de l’expression latine, mais toujours aucun signe de son équivalent français. Dans ses LinguicidesNote de bas de page 4, Grandjouan emploie lui aussi la forme latine, mais il lui donne une extension de sens : « Il veut dire qu’elle prend ses promesses cum grano salis, qu’elle n’y croit guère, qu’elle demande à voir, enfin qu’elle est sceptique. » Sans nuance d’humour. Il est éclairant de comparer avec la définition du tour anglais :with a grain (or pinch) of salt [Latinized as cum grano salis] with allowance or reserve; skeptically (Webster’s New World Dictionary, Third Edition, 1994) Comme il s’est écoulé à peine deux ans entre la fiche de Radio-Canada (1969) et Les Linguicides (1971), on peut difficilement prétendre que le sens ait évolué. Alors comment expliquer l’emploi qu’en fait Grandjouan, lui qui est très peu porté sur l’anglicisme? Il se pourrait que la tournure latine ait toujours eu les deux sens, mais que les dictionnaires aient préféré n’en retenir qu’un seul. Au Canada, l’expression latine est rarissime. Nous employons volontiers la tournure française, le plus souvent avec le sens « anglais ». Mais dans l’exemple de Lise Bissonnette cité en exergue, si on peut présumer que M. Lévesque ne prenait pas les menaces au sérieux, je n’y vois pour ma part aucune nuance d’humour. La plupart des exemples que j’ai relevés oscillent entre les deux. Y compris les dictionnaires. Bruno Lafleur ne retient que le sens que Grandjouan donne au tour latin :Prendre (qqch.) avec un grain de sel. – Ne pas prendre trop au sérieux; rester sceptique; se méfierNote de bas de page 5. Mais le Dictionnaire pratique des expressions québécoisesNote de bas de page 6, quant à lui, ménage la chèvre et le chou :prendre qqch. avec un grain de sel : douter de la vérité de qqch., prendre qqch. avec humour Tous les autres dictionnaires québécois sont muets. Et les français aussi. Heureusement, leurs confrères bilingues ne le sont pas tout à fait. Le dictionnaire Harrap’sNote de bas de page 7, par exemple, dans son édition de 1948, ne donne pas moins de six traductions de to take a story with a grain/pinch of salt, dont prendre l’histoire avec un grain de sel. Mais cet équivalent a disparu des deux éditions abrégées parues récemment (faute d’espace, sans doute). Presque quinze ans auparavant (1934), le dictionnaire PetitNote de bas de page 8 traduit to take with a grain of salt uniquement par l’équivalent français. Ce qui est confirmé douze ans plus tard (1946) par le volume français-anglaisNote de bas de page 9 : « prendre avec un grain de sel ». Il n’est question d’humour nulle part. Par ailleurs, il faut bien dire que les Français n’abusent pas de cette tournure. Elle est très nettement moins répandue que chez nous. Néanmoins, elle se rencontre. Si, dans l’exemple suivant, on hésite entre les deux sens :[…] j’allais souvent prendre avec un grain de sel les tuyaux de nos ambassadesNote de bas de page 10. On est à peine plus fixé avec celui du chroniqueur économique du MondeNote de bas de page 11 :On a donc quelques bonnes raisons d’accueillir le thème de l’amérisclérose avec une grosse pincée de sel. Mais avec l’exemple de ClaudelNote de bas de page 12, je crois que le doute n’est plus permis : il s’agit de ne pas prendre au pied de la lettre :Il faut beaucoup de grains de sel pour avaler des affirmations de ce genre! Ce passage est tiré des « Conversations dans le Loir-et-Cher », qui datent de 1925! On le voit, notre tournure a beau être assez rare en France, elle a le nombril sec depuis pas mal de temps : Guillain en 1937, Claudel en 1925, et le grand chirurgien Ambroise Paré dans la seconde moitié du… 16e siècle! Vous ne me croyez pas? Lisez plutôt :Au reste il faut prendre ces deux aphorismes d’Hippocrate auec vn grain de sel, c’est à dire auec ceste distinction, que ce qu’il dit est vray, pourueu, comme nous auons dit cy-deuant, qu’il ne se face aucune faute, ny de la part du malade, ny de la part de ceux qui le traitent et le sollicitent. Si cela ne signifie pas « prendre avec réserve, sans nuance d’humour » (sens anglais, d’après le Comité), pour ma pénitence, je me tape toute l’œuvre de Paré. Enfin, comme l’anglais nous a beaucoup emprunté, je me demande s’il ne s’agirait pas d’un vieux sens français que – sans l’anglais – nous aurions fini par oublier… Vous êtes libre de ne pas être d’accord. De prendre cette supposition avec autant de grains de sel que vous voudrez. Et même de mettre le vôtre, de grain.RéférencesNote de bas de page 1 Larousse du XXe siècle, tome 2, Paris, Larousse, 1929.Retour à la référence de la note de bas de page 1Note de bas de page 2 Dictionnaire encyclopédique Quillet, tome 3, Paris, Librairie Aristide Quillet, 1969, p. 397.Retour à la référence de la note de bas de page 2Note de bas de page 3 Étienne Wolff, Les Mots latins du français, Paris, Éditions Belin, 1993.Retour à la référence de la note de bas de page 3Note de bas de page 4 J.O. Grandjouan, Les Linguicides, Paris, Didier, 1971, p. 67.Retour à la référence de la note de bas de page 4Note de bas de page 5 Bruno Lafleur, Dictionnaire de locutions idiomatiques françaises, Montréal, Éditions du Renouveau pédagogique, 1979.Retour à la référence de la note de bas de page 5Note de bas de page 6 A. Dugas et B. Soucy, Dictionnaire pratique des expressions québécoises, Montréal, Éditions Logiques, 1991.Retour à la référence de la note de bas de page 6Note de bas de page 7 Harrap’s Standard French and English Dictionary, Part Two, English-French, Harrap, London, 1973. (La dernière mise à jour date de 1948.)Retour à la référence de la note de bas de page 7Note de bas de page 8 Charles Petit, Dictionnaire anglais-français, Paris, Hachette, 1934.Retour à la référence de la note de bas de page 8Note de bas de page 9 Id., Dictionnaire français-anglais, Paris, Hachette, 1946.Retour à la référence de la note de bas de page 9Note de bas de page 10 Robert Guillain, Orient Extrême, Paris, Seuil, coll. Points Actuels, 1989, p. 15. Article paru dans Le Monde en 1937.Retour à la référence de la note de bas de page 10Note de bas de page 11 Paul Fabra, Le Monde, 18.11.86.Retour à la référence de la note de bas de page 11Note de bas de page 12 Paul Claudel, œuvres en prose, Paris, Gallimard, coll. La Pléiade, 1965, p. 692.Retour à la référence de la note de bas de page 12
Source : Chroniques de langue (le français vu par des spécialistes de la langue)

Mots de tête : « tous et chacun »

Un article sur l’expression tous et chacun
Frèdelin Leroux fils (L’Actualité terminologique, volume 17, numéro 4, 1984, page 11) Mourir épuisé par la lutte, c’est graver son nom sur l’espoir de tous et chacunNote de bas de page 1. Si je vous disais que cette phrase est d’un grand écrivain, y trouveriez-vous à redire? Mais si je vous glissais dans le creux de l’oreille qu’elle est d’un romancier québécois, à peu près inconnu, je me demande si vous ne commenceriez pas à la regarder de travers. Et, avec un peu de bonne (!) volonté, vous en viendriez peut-être même à lui trouver des airs de famille avec une certaine expression anglaise… Lors de mon passage aux Débats, Mlle de Buisseret m’avait mis en garde contre « tous et chacun », qualifiant ce tour de solécisme. Mais dans son Guide du traducteur, elle le classe parmi les « calques ou fausses Françaises ». Et pourtant, d’après ses explications, il s’agirait plutôt d’un archaïsme : « tous et chacun de nos concitoyens doivent faire leur part (cette tournure, qui existait en France aux siècles précédents, est aujourd’hui désuète)Note de bas de page 2 ». Pour Geneviève Gilliot, qui trouve que « l’un des deux suffitNote de bas de page 3 », c’est un pléonasme. Mais pour nos virtuoses de la tribune, c’est une expression quasi irremplaçable. Existe-t-il un homme politique québécois capable de faire un discours sans la glisser quelque part? de préférence dans sa préroraison? Que ce soit un pléonasme, je veux bien. Mais utile. À employer à bon escient. À ne pas mettre à toutes les sauces. D’accord. Mais à ne pas écarter systématiquement non plus. Solécisme? J’en doute. Calque de l’anglais? C’est peu probable. Archaïsme? On la rencontre chez des écrivains contemporains, et pas des moindres. À commencer par Romain Rolland, prix Nobel :Je ne sais quelle pression extérieure semblait pousser chacun et tous à parlerNote de bas de page 4… Cette citation est de Tagore, vraisemblablement traduite par Rolland. Celle-ci est de Rolland lui-même :Mais le guru Gandhi n’a lancé que cet unique appel, à chacun et à tousNote de bas de page 5… Les deux suivantes sont d’André Gide :(…) ce qui m’amène à me méfier de tous et de chacunNote de bas de page 6.Et quand on a bu à la santé de tous et de chacunNote de bas de page 7… (On aura remarqué la répétition de la préposition.) L’auteur bien connu de Parlez-vous franglais? l’emploie à deux reprises dans une étude sur Confucius. Étiemble cite d’abord la Grande Étude de Tseng Tse (dans sa propre traduction?) :Depuis le Fils du Ciel et jusqu’aux petits sires, tous et chacun doivent avoirNote de bas de page 8… Un peu plus loin, il écrit, en paraphrasant Confucius :(…) que le tien et le mien soient oubliés de tous et de chacunNote de bas de page 9… Plus près de nous, un grand journaliste, François de Closets :La santé pour tous et pour chacunNote de bas de page 10. Un homme politique, feu Pierre Mendès France :(…) choix conforme aux intérêts de tous et de chacunNote de bas de page 11. Un auteur de romans policiers, A.D.G., apporte une variante un peu particulière :Si vous me racontez des blagues, ça risque d’être votre fête à tous et chacun son tourNote de bas de page 12! Le regretté Romain Gary (alias Émile Ajar) l’écrit trois fois dans le même ouvrage :(…) s’était mis à expliquer à tous et chacunNote de bas de page 13…Les deux autres sont de la même facture. La plus ancienne de ces citations, celle de Romain Rolland, date de 1924. La plus récente, de 1974. Et je viens de relever deux nouveaux exemples dans le MondeNote de bas de page 14 des 4 et 5 février 1983. C’est dire que notre tournure est encore bien vivante. Et qu’elle l’est restée depuis bientôt deux siècles. En effet, d’après Ferdinand Brunot, c’est au temps de la Révolution qu’elle aurait fait son apparition :On sait comment chaque et chacun arrivent à avoir un sens voisin de tous. Tous d’une part, chacun pour son compte, d’où l’expression tous et chacun. On la trouve dans les cahiers [de doléances du bailliage de Reims] en fonction d’adjectif numéral : « la prospérité du royaume et celle de « tous et chacun » les sujets de votre Majesté »Note de bas de page 15. La citation remonte à 1789. Enfin, il y a au moins un dictionnaire qui enregistre cette locution, le Harrap. Dans la partie français-anglais, on la trouve à chacun : « pour chacun et pour tous – for each and everyone ». Et dans la partie anglais-français, à sundry : « for all and sundry – pour chacun et pour tous ». En aussi bonne compagnie, y a-t-il lieu de se faire scrupule de l’employer? Ce serait se priver d’un effet non négligeable. Faites-en l’essai, plutôt. Retirez-vous dans votre gueuloir (comme faisait Flaubert), lisez ces phrases à haute voix, ensuite supprimez l’un ou l’autre élément, et prononcez de nouveau à haute voix. Vous ne trouvez pas qu’il manque quelque chose? C.Q.F.D.RéférencesNote de bas de page 1 Gilles Raymond, Pour sortir de nos cages, Édition : Les Gens d’En Bas, Montréal, 1979, p. 8.Retour à la référence de la note de bas de page 1Note de bas de page 2 Irène de Buisseret, Guide du traducteur, A.T.I.O., Ottawa, 1972, p. 35.Retour à la référence de la note de bas de page 2Note de bas de page 3 Geneviève Gilliot, Ce que parler veut dire, Leméac, Montréal, 1974, p. 40.Retour à la référence de la note de bas de page 3Note de bas de page 4 Romain Rolland, Mahatma Gandhi, Stock, 1924, p. 124. (Le texte de Tagore date de 1921.)Retour à la référence de la note de bas de page 4Note de bas de page 5 Ibid., p. 126.Retour à la référence de la note de bas de page 5Note de bas de page 6 André Gide, Voyage au Congo, Gallimard, coll. « Idées », 1981, p. 29. (Paru en 1927.)Retour à la référence de la note de bas de page 6Note de bas de page 7 ~, Retour de l’U.R.S.S., Gallimard, coll. « Idées », 1978, p. 56. (Paru en 1936.)Retour à la référence de la note de bas de page 7Note de bas de page 8 René Étiemble, Confucius, Gallimard, coll. « Idées », 1966, p. 156. (Paru en 1956.)Retour à la référence de la note de bas de page 8Note de bas de page 9 Ibid., p. 146.Retour à la référence de la note de bas de page 9Note de bas de page 10 François de Closets, En danger de progrès, Gallimard, coll. « Idées », 1972, p. 289.Retour à la référence de la note de bas de page 10Note de bas de page 11 Pierre Mendès France et Gabriel Ardant, Science économique et lucidité politique, Gallimard, coll. « Idées », 1973, p. 198.Retour à la référence de la note de bas de page 11Note de bas de page 12 A.D.G., Berry Story, Gallimard, « Série noire », 1973, p. 73.Retour à la référence de la note de bas de page 12Note de bas de page 13 Romain Gary (Émile Ajar), Gros-Câlin, Mercure de France (1974), coll. « Folio », 1977, p. 55. (Voir aussi p. 105 et 131.)Retour à la référence de la note de bas de page 13Note de bas de page 14 Jean Viguié, Le Monde, 4 et 5 février 1983.Retour à la référence de la note de bas de page 14Note de bas de page 15 Ferdinand Brunot, Histoire de la langue française, tome X, 1re partie, Librairie Armand Colin, 1968, p. 493-494.Retour à la référence de la note de bas de page 15
Source : Chroniques de langue (le français vu par des spécialistes de la langue)

Mots de tête : « être familier avec »

Un article sur l’expression être familier avec
Frèdelin Leroux fils (L’Actualité langagière, volume 4, numéro 3, 2007, page 22) Les bacheliers ne sont pas familiers avec l’école.(Gérard Filion, Fais ce que peux, Boréal, 1989) C’est une sorte de malédiction pour une locution de ressembler d’un peu trop près à son pendant anglais; elle risque tôt ou tard de se voir stigmatiser comme calque. C’est le cas d’« être familier avec ». Il est vrai que si on connaît un peu l’anglais, ce tour fait automatiquement penser à to be familiar with. Et pourtant, c’est un usage qui est vraisemblablement tout à fait français. En tout cas, il est pas mal plus vieux que vous et moi. Littré, Clifton et GrimauxNote de bas de page 1, Hatzfeld et DarmesteterNote de bas de page 2 ainsi que le Grand Robert enregistrent tous cet usage, et donnent aussi le même exemple : « il est familier avec les auteurs grecs ». C’est une citation de Diderot, que je ne suis pas parvenu à dater précisément, mais on peut présumer qu’il s’agit d’un article de L’Encyclopédie, parue entre 1751 et 1765. La tournure aurait donc quelque 250 ans… Comment expliquer alors qu’il se trouve chez nous des auteurs pour la condamner? Gilles ColpronNote de bas de page 3, par exemple, relève ce « calque » dès la première édition de son répertoire en 1970. À peu près à la même époque, le Comité de linguistique de Radio-Canada fera paraître une fiche, qui reprend l’exemple de Diderot et apporte cette précision : « être familier avec se dit des personnes, non des choses ». Cette nuance n’est malheureusement pas retenue par ceux qui condamnent l’expression. Dans la troisième édition de son dictionnaire, Marie-Éva de VillersNote de bas de page 4 se contente de signaler qu’« être familier avec un logiciel » est fautif. BertrandNote de bas de page 5, MeneyNote de bas de page 6 et ChouinardNote de bas de page 7donnent tous des exemples qui vont dans le même sens. Bref, aucun ne mentionne qu’on peut être familier avec un auteur, au sens de bien connaître son œuvre. Est-ce un oubli de leur part? Ou craignaient-ils de légitimer l’emploi douteux en admettant l’autre? Il faut dire que les dictionnaires qu’on consulte quotidiennement (petits Robert et Larousse, les bilingues) ne sont pas d’une grande utilité, puisqu’ils ignorent « être familier avec », aussi bien dans le cas des personnes que des choses. Reste que c’est le métier d’un chroniqueur linguistique de bien éplucher les dictionnaires. Comment ont-ils fait leur compte pour passer à côté d’« être familier avec quelque chose », alors que la locution se trouve dans plusieurs ouvrages? Le premier à admettre cet usage est probablement le Harrap’s anglais-français, dans l’édition de 1967 : « to be familiar with sth. = être familier avec qch.; bien connaître qch. ». La partie français-anglais par contre l’ignore. Mais elle se rattrapera avec l’édition de 1972 : « être familier avec les problèmes d’après-guerre = to be conversant with post-war problems » (inutile de chercher à conversant). Chose curieuse, à partir de cette date, l’expression disparaît pour de bon, des deux parties. (Les rédacteurs auraient-ils découvert la fiche de Radio-Canada?) Deuxième ouvrage à enregistrer cette tournure, le Grand Larousse de la langue française (1973) donne un exemple d’un bon auteur : « Ces textes m’ont rendu familier avec le style de la profession ». Cette citation de Jules Romains, qui vient peut-être des Hommes de bonne volonté, daterait des années 30-40. Vient ensuite le Grand Robert, presque par accident, si je puis dire. Dans l’édition de 1974, on ne mentionne pas expressément « être familier avec », mais parmi des exemples classiques du genre « ces notions lui sont familières », il y a celui-ci : « de vastes combinaisons maritimes avec lesquelles Napoléon n’était pas familier »Note de bas de page 8. De son côté, le Grand dictionnaire encyclopédique Larousse (1983) indique qu’on peut dire aussi bien « familier avec » ou « familier de » quelque chose. Idem pour Joseph HanseNote de bas de page 9, qui ne signale même pas que le tour serait critiqué : « Ces procédés ne lui sont pas familiers. Il n’est pas familier avec ces procédés. » Enfin, la dernière édition du Grand Robert (2001) confirme que les deux tours s’emploient : « Mod. (construit avec de ou avec). Qui a l’habitude (de qch.) ». Comme on pouvait s’y attendre, c’est le Trésor de la langue française qui nous fournit le plus grand nombre d’exemples, une bonne vingtaine. On y trouve notamment Auguste Comte : « chacun sera devenu familier avec le chant » (Catéchisme positiviste, 1852); Jules Verne : « familier avec le bruit d’une porte » (Les cinq cents millions de la Bégum, 1879); un théoricien politique, Georges Sorel : « familier avec des règles de droit » (Réflexions sur la violence, 1908); Proust, dont l’exemple se rapproche de celui de Diderot : « familière avec les travaux de Darwin » (Guermantes, 1921); Georges Simenon : « être familier avec la maison » (Les vacances de Maigret, 1948). Je n’ai pas réussi à trouver par moi-même un aussi grand nombre d’exemples prestigieux, mais il y en a au moins trois qui méritent d’être signalés. Mon plus ancien est de Tocqueville : « les gens qui étaient depuis longtemps familiers avec ses rêveries »Note de bas de page 10. Un siècle plus tard, un futur académicien l’emploie : « le public n’est pas familier avec la dialectique »Note de bas de page 11 (c’est presque une lapalissade). Et une traduction du japonais : « le plus âgé de nos journalistes qui était familier avec la configuration du pays »Note de bas de page 12. Après le Harrap’s, le Larousse de la langue française, le GDEL, le Grand Robert et le Hanse, la belle brochette d’exemples du Trésor, et les miens, je comprends mal comment on pourrait persister à y voir une faute. On peut ne pas aimer ce tour et tout faire pour l’éviter (ce qui n’est pas très sorcier d’ailleurs, car ce ne sont pas les équivalents qui manquent : être familier de, chose qui vous est familière, être familiarisé avec, bien connaître, y être habitué, s’y connaître, une chose qui n’a pas de secret pour vous). On peut même le décrier sur son blogue, mais a-t-on le droit d’écrire dans un ouvrage sérieux, qui constitue une sorte de référence, que c’est un calque, c’est-à-dire une faute à éviter? Pareille affirmation revient à dire que tous ceux que j’ai cités ne connaissent pas leur langue. Seuls les linguistes et grammairiens pourraient prétendre à cet honneur? Mais alors, que penser de Joseph Hanse? Serait-il un électron libre qui s’est laissé séduire un peu vite par un usage qui n’est pas encore le « bon »? Au bout du compte, ce problème me fait un peu penser à « être d’accord avec quelque chose ». On a déjà condamné cet usage. La Commission du langage de l’ORTF, par exemple, vers le milieu des années 60, signalait qu’il ne fallait pas dire « être d’accord avec une décision », mais « être d’accord avec une personne sur une décision ». Et pourtant, un quart de siècle plus tôt, le fameux Lancelot n’hésitait pas à écrire : « Je suis désolé de ne pouvoir me dire d’accord avec le Dictionnaire de l’Académie »Note de bas de page 13. Être d’accord avec un ouvrage, est-ce très différent d’être d’accord avec une décision? Un collègue, Jacques DesrosiersNote de bas de page 14, a consacré un article à ce problème il y a quelques années. À part deux dictionnaires bilingues, cet usage était inconnu des lexicographes. J’en ai trouvé deux exemples qui semblent avoir échappé à l’œil de lynx de l’auteur. Un exemple indirect dans le Trésor, à « ficher » : « Je vous/t’en ficherai(!). [S’emploie, accompagné de la reprise des paroles de l’interlocuteur, pour montrer qu’on n’est pas d’accord avec ses propos] » et celui-ci, d’un ouvrage peu connu : « I agree entirely with your plans = Je suis entièrement d’accord avec vos projets »Note de bas de page 15. Autrement dit, la situation est demeurée inchangée. Mais on dirait que plus personne ne condamne cet usage. Pour revenir à notre locution, elle a beau être condamnée, une demi-douzaine de dictionnaires l’admettent, et de nombreux auteurs l’emploient. Alors, je ne vois pas ce qui pourrait vous faire hésiter à affirmer, sans honte, que vous n’êtes pas familier avec le fonctionnement de votre magnétoscope. C’est aussi mon cas.RéférencesNote de bas de page 1 E. Clifton et A. Grimaux, A New Dictionary of the French and English Languages (français-anglais), Garnier, 1881.Retour à la référence de la note de bas de page 1Note de bas de page 2 Adolphe Hatzfeld et Arsène Darmesteter, Dictionnaire général de la langue française, t. 1, Delagrave, 1964.Retour à la référence de la note de bas de page 2Note de bas de page 3 Répertoire des anglicismes au Québec, Beauchemin, 1970.Retour à la référence de la note de bas de page 3Note de bas de page 4 Multidictionnaire des difficultés de la langue française, Québec /Amérique, 1993.Retour à la référence de la note de bas de page 4Note de bas de page 5 Guy Bertrand, 400 capsules linguistiques, Lanctôt, 1999.Retour à la référence de la note de bas de page 5Note de bas de page 6 Lionel Meney, Dictionnaire québécois-français, Guérin, 1999.Retour à la référence de la note de bas de page 6Note de bas de page 7 Camil Chouinard, 1300 pièges du français parlé et écrit au Québec, Libre expression, 2001.Retour à la référence de la note de bas de page 7Note de bas de page 8 Louis Madelin, Histoire du consulat et de l’empire, Jules Tallandier, 1972.Retour à la référence de la note de bas de page 8Note de bas de page 9 Nouveau dictionnaire des difficultés du français moderne, Duculot, 1983.Retour à la référence de la note de bas de page 9Note de bas de page 10 Alexis de Tocqueville, Souvenirs, Folio, 1978, p. 304 (écrit en 1850-1851).Retour à la référence de la note de bas de page 10Note de bas de page 11 Thierry Maulnier, La face de méduse du communisme, Gallimard, 1951, p. 193.Retour à la référence de la note de bas de page 11Note de bas de page 12 Yasushi Inoué, Confucius, Stock, 1992, p. 81 (traduit par Daniel Struve).Retour à la référence de la note de bas de page 12Note de bas de page 13 Abel Hermant, Chroniques du Lancelot du « Temps », Larousse, 1936 (article du 14 mars 1934).Retour à la référence de la note de bas de page 13Note de bas de page 14 Jacques Desrosiers, « Si vous êtes d’accord… », L’Actualité terminologique, vol. 35, nº 3, 2002.Retour à la référence de la note de bas de page 14Note de bas de page 15 François Denoeu, 2001 idiotismes français et anglais, Barron’s Educational Series, 1982.Retour à la référence de la note de bas de page 15
Source : Chroniques de langue (le français vu par des spécialistes de la langue)

Mots de tête : « faire (du) sens »

Un article sur l’expression faire (du) sens
Frèdelin Leroux fils (L’Actualité langagière, volume 4, numéro 1, 2007, page 20) Les mots diversement rangés font divers sens.(Pascal, Pensées, 23, 79.) Il y a une trentaine d’années, Irène de Buisseret mettait les traducteurs en garde contre leur tendance à traduire « this idea makes sense » par « cette idée a du sens »Note de bas de page 1. Elle qualifiait cette traduction de « fausse Française ». Il fallait plutôt dire « c’est une idée sensée, pleine de bon sens, raisonnable ». Et ce ne sont pas les dictionnaires de l’époque qui lui auraient donné tort, puisqu’ils ignoraient la tournure « avoir du sens ». Aujourd’hui, « avoir du sens » figure dans la plupart des dictionnaires, et depuis pas mal de temps. Le Grand dictionnaire encyclopédique Larousse (1984) la donne, et le Trésor de la langue française (1988) aussi, mais il faut chercher à « signifier ». Le Robert-Collins rend « to make sense » par « avoir du sens », et le Larousse et le Harrap’s, par « avoir un sens ». On trouve aussi, bien sûr, « ça n’a pas de sens ». Mais, sauf pour la forme négative, les exemples ne permettent pas de dire s’il s’agit du sens figuré. Quant aux ouvrages normatifs, comme les Faux AmisNote de bas de page 2, ils se méfient encore de « cela a du sens » et proposent plutôt « cela se tient ». Et pourtant, les cas d’emploi au figuré ne sont pas rares. Je me contenterai de deux exemples, du site du Sénat français : « nous savons parfois être conservateurs, quand cela a du sens » (séance du 24.01.97); « dire qu’un pays doit compter au maximum 60 000 habitants, cela a du sens dans certaines zones, mais strictement aucun dans d’autres » (séance du 23.03.99). Nous employons d’autres tournures avec « sens » qui ne seraient pas linguistiquement correctes. Il y a quelques années, la ministre québécoise de la Francophonie se faisait gourmander pour avoir osé dire que l’apologie de l’ex-maire de Montréal en faveur de l’anglais ne faisait aucun sens. Mais que lui reprochait-on, au juste? vous demandez-vous. De s’être opposée à ce qu’on déroule le tapis rouge pour l’anglais? Non. Tout simplement d’avoir employé un anglicisme. Heureusement qu’il s’est trouvé quelqu’un pour se porter à la défense de la Ministre. Claude Poirier, responsable du futur Trésor de la langue française au Québec, rappelle que si les ouvrages correctifs québécois condamnent « ne pas faire de sens » (et son pendant « faire du sens »), ils ne disent rien de « ne faire aucun sens » : « ce qui est tout de même différent »Note de bas de page 3, ajoute-t-il. J’avoue que je ne suis pas sûr de voir la nuance. La voyez-vous? Quoi qu’il en soit, dans sa défense, il se contente de deux exemples avec « aucun », dont celui-ci du linguiste André Martinet : « La notion de message intermédiaire ne faisait aucun sens ». Les exemples avec « aucun » ne manquent pas. Le linguiste Claude Hagège l’emploie : « baby-foot, inventé en France à partir de mots anglais, et ne faisant aucun sens pour un anglophone »Note de bas de page 4. Un professeur de la Sorbonne : « Les éditions de 1728 portent il en avait oublié, qui ne fait aucun sens »Note de bas de page 5. Ainsi qu’un romancier : « ce résumé ne faisait aucun sens »Note de bas de page 6. Enfin, je l’ai entendu dans le film Le profit et rien d’autre, du cinéaste haïtien Raoul Peck : « ça ne fait plus aucun sens ». Claude Hagège emploie aussi une variante : « la notion de faute d’orthographe ne faisait pas grand sens »Note de bas de page 7. À la lumière de ces exemples, on peut se demander si le simple ajout d’un qualificatif (« aucun », « grand ») suffit pour rendre correcte la tournure avec « faire » Et faute d’un qualificatif, l’usage québécois « ne pas faire de sens » serait fautif? C’est ce que semble croire Claude Poirier, puisqu’il ne tente pas de défendre cet usage. Ce qui me laisse perplexe, et vous aussi peut-être. Pour tenter d’y voir un peu plus clair, passons en revue quelques exemples où « sens » est employé presque à toutes les sauces. Comme si on se prenait pour Dieu, on n’hésite pas à créer du sens : « comme dans M. le Maudit, la traque crée du sens »Note de bas de page 8. Ou à en produire : « les quotas ne produisent de sens qu’au regard des programmes dits de stock »Note de bas de page 9. Voire à refaire du sens : « l’individu n’a plus alors qu’un recours : refaire du sens à partir de ses blessures qu’il amplifie »Note de bas de page 10. L’emballement pour « sens » est tel qu’on en arrive à oublier l’article : « les franchissements répétés des limites entre centre et périphérie d’une ville donnent sens à nos vies »Note de bas de page 11; « les personnages de Remise de peine donnent sens à cette remarque de Patoche »Note de bas de page 12; « cette musique prendra sens, elle deviendra lentement paroles »Note de bas de page 13. Et avec le tour faire sens, l’article semblerait presque de trop : « l’intonation est quelque chose qui fait sens »Note de bas de page 14; « les bruits, les phénomènes les plus grotesques faisaient sens »Note de bas de page 15; « l’apparence des êtres et des choses, seule susceptible de faire sens »Note de bas de page 16; « nous l’avons appelé culturel pour que cela fasse immédiatement sens pour le plus grand nombre »Note de bas de page 17; « puisque rien ne fait sens a priori… »Note de bas de page 18. Devant un tel engouement, il est curieux que si peu de dictionnaires enregistrent cette locution. Le Petit Robert, depuis 1993, la définit ainsi : « avoir un sens, être intelligible ». Et le Robert-Collins Super Senior de 2000 la traduit par « to make sense ». Le Grand Robert quant à lui continue de l’ignorer… Sauf exception, faire sens est rare au Québec. Nous préférons « faire du sens ». Tournure qui, vous le savez déjà, est condamnée, par le ColpronNote de bas de page 19, Marie-Éva de VillersNote de bas de page 20, Guy BertrandNote de bas de page 21 et Paul RouxNote de bas de page 22. Alors qu’on pourrait croire que c’est un usage populaire, l’auteur du Québécois instantané y voit un « anglicisme d’universitaire »Note de bas de page 23! À mon sens, c’est bien davantage « faire sens » qui serait un tic d’universitaire. On trouve d’autres condamnations ou mises en garde sur Internet. Mais plusieurs milliers d’exemples aussi, dont une bonne proportion sur des sites autres que québécois ou canadiens. D’un quotidien suisse : « cette résistance qui fait du sens » ; d’un blogueur français : « c’est malheureux, mais ça fait du sens » ; du Centre de media indépendant de Marseille : « ça fait du sens docteur » ; etc. Les occurrences de la forme négative sont nettement moins nombreuses, mais il y en a, dont celle-ci : « Certaines dispositions ont été supprimées, alors qu’elles ne font pas de sens », tirée d’un projet de loi du gouvernement du Luxembourg. On le voit, la tournure « québécoise » se répand. On peut se demander pourquoi, d’ailleurs, puisqu’il est quand même plus simple de dire que telle chose a du sens (ou n’a pas de sens). Il faut croire que « faire » ajoute un petit quelque chose de sérieux, de réfléchi, peut-être. Bien sûr, on peut y voir l’influence de l’anglais. À ce moment-là, pourquoi cette influence n’est-elle jamais évoquée dans le cas de « faire sens »? C’est pourtant encore plus près de « to make sense »… Parlant de « faire sens », en combinant divers temps du verbe, on obtient presque un quart de million d’occurrences sur Internet, alors que les mêmes combinaisons avec « du » n’en récoltent que 30 000 (condamnations et mises en garde comprises). Certes, je n’aime pas le tour québécois, mais si on m’obligeait à choisir entre les deux (j’allais dire entre ces deux maux), je crois que j’opterais pour le tour québécois. Le côté jargonneux de l’autre me déplaît. Aussi, je préfère le laisser aux philosophes et aux linguistes, aux universitaires, quoi. D’ailleurs, je ne me souviens pas avoir vu de cas où « faire sens » était employé au figuré. C’est probablement par les sens propre et figuré que les deux usages continueront de se démarquer.RéférencesNote de bas de page 1 Guide du traducteur, Ottawa, ATIO, 1971, p. 35 (Deux langues, six idiomes, p. 24).Retour à la référence de la note de bas de page 1Note de bas de page 2 Jacques Van Roey et coll., Dictionnaire des faux amis français-anglais, 2eéd., Duculot, 1991.Retour à la référence de la note de bas de page 2Note de bas de page 3 Le Devoir, 21.02.03.Retour à la référence de la note de bas de page 3Note de bas de page 4 Le français et les siècles, Seuil, coll. Points, 1989, p. 127 (v. aussi p. 76).Retour à la référence de la note de bas de page 4Note de bas de page 5 Frédéric Deloffre, in Marivaux, Journaux et œuvres diverses, Garnier, 1969, p. 575.Retour à la référence de la note de bas de page 5Note de bas de page 6 Pascal Lainé, Monsieur, vous oubliez votre cadavre, Éditions Ramsay, 1986, p. 145 (exemple qui m’a été signalé par un collègue, Philippe Blain).Retour à la référence de la note de bas de page 6Note de bas de page 7 op. cit., p. 274.Retour à la référence de la note de bas de page 7Note de bas de page 8 Edwy Plenel, Le Figaro littéraire, 12.12.02.Retour à la référence de la note de bas de page 8Note de bas de page 9 Serge Regourd, L’Exception culturelle, Que sais-je?, 2002, p. 45.Retour à la référence de la note de bas de page 9Note de bas de page 10 Pascal Bruckner, La Tentation de l’innocence, Poche, 1996, p. 139.Retour à la référence de la note de bas de page 10Note de bas de page 11 Jean Viard, Penser les vacances, Actes Sud, 1984, p. 10.Retour à la référence de la note de bas de page 11Note de bas de page 12 Bertrand Poirot-Delpech, Le Monde, 15.01.88.Retour à la référence de la note de bas de page 12Note de bas de page 13 Claude Duneton, La mort du français, Plon, 1999, p. 17.Retour à la référence de la note de bas de page 13Note de bas de page 14 Claude Hagège, « La traduction, le linguiste et la rencontre des cultures », Diogène, janv.-mars, 1987, p. 25.Retour à la référence de la note de bas de page 14Note de bas de page 15 Émile Ollivier, Mère-Solitude, Albin Michel, 1983, p. 174.Retour à la référence de la note de bas de page 15Note de bas de page 16 Marc Augé, Un ethnologue dans le métro, Hachette, 1986, p. 110.Retour à la référence de la note de bas de page 16Note de bas de page 17 Alain Rey, Le Figaro littéraire, 13.10.05.Retour à la référence de la note de bas de page 17Note de bas de page 18 Pascal Bruckner, op. cit., p. 163.Retour à la référence de la note de bas de page 18Note de bas de page 19 Constance Forest et Louis Forest, Le Colpron, Beauchemin, 1994.Retour à la référence de la note de bas de page 19Note de bas de page 20 Multidictionnaire des difficultés de la langue française, Québec/Amérique, 2e éd., 1992.Retour à la référence de la note de bas de page 20Note de bas de page 21 400 capsules linguistiques, Lanctôt, 1999.Retour à la référence de la note de bas de page 21Note de bas de page 22 Lexique des difficultés du français dans les médias, Éditions La Presse, 2004.Retour à la référence de la note de bas de page 22Note de bas de page 23 Benoît Melançon, Dictionnaire québécois instantané, Fides, 2004, p. 203.Retour à la référence de la note de bas de page 23
Source : Chroniques de langue (le français vu par des spécialistes de la langue)

Mots de tête : « impliqué »

Un article sur l’expression impliqué
Frèdelin Leroux fils (L’Actualité terminologique, volume 18, numéro 5, 1985, page 9) Car l’on s’attend du pape qu’il s’implique dans le monde.(Jean Basile, La Presse, 10.5.84) Hier encore, implications au sens de « répercussions », « effets », « conséquences », dégageait une odeur de soufreAller à la remarque a. Aujourd’hui, la plupart des dictionnaires se montrent indulgents pour cet hérétique (Curieusement, pas le Robert. Est-ce un oubli? Le Robert-Collins l’accepte pourtant.). Cet emploi remonterait au milieu des années soixante. Dans son Dictionnaire des mots nouveaux, Pierre Gilbert en donne trois exemples, dont un qui date de 1966. D’ailleurs, dès sa parution en 1967, le Dictionnaire du français contemporain enregistrait cet usage. Le débat autour de ce problème de langage commence à peine à s’apaiser, et voici qu’impliquer prétend de nouveau étendre son champ sémantique. Comme pour compliquer la vie aux lexicographes. Sur le modèle des conjugaisons fantaisistes qui faisaient nos délices à l’écoleAller à la remarque b, j’en ai forgé une pour tenter de cerner l’extension de sens de notre verbe ambitieux :Je collabore, tu participes, il s’implique.J’ai relevé plusieurs exemples de cette acception :Lévi-Strauss ne s’implique jamais plus dans le contemporain (…) que lorsqu’il feint d’en prendre congéNote de bas de page 1.(Les régimes politiques) cherchent à vous impliquer émotionnellementNote de bas de page 2…(Lorsqu’il) possède déjà un « vécu historique et sociologique » du sujet traité, qu’il s’y impliqueNote de bas de page 3… Et le substantif emboîte le pas :(…) l’implication est forte dans l’isoloirNote de bas de page 4… Ce rejeton, si je puis dire, a déjà ses entrées dans au moins une maison (Larousse, s’entend). Dans le tome 5 du Grand Dictionnaire encyclopédique Larousse (1983), on lit ceci :S’impliquer dans qqch. (abstrait), mettre beaucoup de soi-même dans l’activité que l’on fait, les relations qu’on a avec les autres, etc.; investir : s’impliquer dans son travail. Et dans le Petit Larousse de 1984 :(Fam.) S’impliquer dans qqch., s’y donner à fond. Si ce nouvel emploi a des chances de rencontrer la faveur des amateurs de bon langage, il me paraîtrait hasardeux de miser sur celles de son frère de lait, vraisemblablement d’extraction anglaise. Au sens de « concerné », « intéressé », impliqué est condamné depuis assez longtemps, et à peu près par les mêmes qui interdisaient à implication de sortir de son lit juridique, ou mathématique. Mais malgré tous les interdits, il a le vent dans les voiles. J’ai essayé de ranger les exemples qui suivent par ordre d’éloignement de la signification première du mot, « engagé dans une affaire fâcheuse ».Les fondeurs de fer parisiens –industrie impliquée dans le conflit –sont en grèveNote de bas de page 5…Au Tchad, le pouvoir s’est trouvé de plus en plus étroitement impliqué dans un affrontement avec la LibyeNote de bas de page 6…Monsieur K. resta sa vie durant impliqué dans les luttesNote de bas de page 7.(Être engagé dans un affrontement avec un pays, c’est certes une situation fâcheuse; mais participer à des luttes, ça l’est beaucoup moins.)(…) incidences commerciales liées au passage de certains chanteurs à la radio (…), des pressions exercées, des groupes ou des individus impliquésNote de bas de page 8…(…) que la France ne soit pas impliquée dans les négociations sur le désarmementNote de bas de page 9…(Ici, toute idée de « faute » est disparue.)Parmi les bailleurs de fonds (…) figurent à la fois des « mécènes » (…) et des « commerçants » directement impliquésNote de bas de page 10…(…) pour mieux comprendre les mutations technologiques (…) dans lesquelles le lecteur est directement impliquéNote de bas de page 11.(C’est le sens de « concerné », « intéressé ».)Knight-Ridder vient de porter à soixante-dix le nombre de quotidiens impliqués dans son projet ViewtronNote de bas de page 12.(On pense tout de suite à « visé ».) Voici trois exemples qui rappellent l’emploi de s’impliquer :Ceux qui sont déjà impliqués dans la vie associativeNote de bas de page 13…Le groupe (…), peu impliqué dans les institutionsNote de bas de page 14…Seize Français, impliqués à divers titres dans l’innovationNote de bas de page 15…(C’est l’idée de « participation ».)Les articles qui suivent (ont pour but) de faire en sorte que chaque citoyen impliqué dans un service public ou privéNote de bas de page 16…(Il s’agit des fonctionnaires, agents, employés d’un service…) Enfin, le Harrap va même jusqu’à parler de « véhicule impliqué dans un accident ». Certains doivent se retourner dans leur tombe. Au terme de cette énumération, un peu sèche je m’en excuse, il ne serait peut-être pas inutile de faire le point. Implications, au sens de conséquences, est désormais admis. Quant à s’impliquer, il a de très bonnes chances de faire son petit bonhomme de chemin. Personnellement, je ne répugnerais pas à l’employer. Je le trouve utile. Il occupe un créneau, pour parler comme les économistes. Mais pour ce qui est de notre anglicisme (« impliqué » au sens de « concerné », « intéressé »), jusqu’à ce que les dictionnaires français lui ménagent une petite place, j’ai bien peur qu’il ne demeure sur la liste noire des intrus. Il faut reconnaître qu’il n’est pas indispensable. On gagnera souvent en précision –voire en élégance –à lui préférer un synonyme. Et on évitera d’agacer, ou d’ennuyer, le lecteur délicat.RemarquesRemarque a Voir Victor Barbeau, Gilles Colpron, Gérard Dagenais, Maxime Koessler, les fiches de Radio-Canada.Retour à la remarque aRemarque b Pour l’amusement du lecteur, on me permettra de donner celle de pleuvoir : je pleux, tu pleux, il pleut, nous mouillons, vous mouillez, ils dégouttent.Retour à la remarque bRéférencesNote de bas de page 1 Jean-Paul Enthoven, Le Nouvel Observateur, 17.6.83.Retour à la référence de la note de bas de page 1Note de bas de page 2 Jean Baudrillard, Le Monde, 21.9.83.Retour à la référence de la note de bas de page 2Note de bas de page 3 Jean-Pierre Corbeau, Le village à l’heure de la télé, Stock, 1978, p. 83.Retour à la référence de la note de bas de page 3Note de bas de page 4 Bernard Krief, Le Monde, 19.4.83.Retour à la référence de la note de bas de page 4Note de bas de page 5 Paule Lejeune, Louise Michel, l’indomptable, Éditions des femmes, Paris, 1978, p. 125.Retour à la référence de la note de bas de page 5Note de bas de page 6 Bernard Brigoulex, Le Monde, 1.1.84.Retour à la référence de la note de bas de page 6Note de bas de page 7 Bertolt Brecht, Histoires d’almanach, L’Arche, 1983, p. 129. (Traduit de l’allemand par Ruth Ballangé et Maurice Regnaut.)Retour à la référence de la note de bas de page 7Note de bas de page 8 Louis Leprince-Ringuet, Le Grand Merdier, Flammarion, 1978, p. 75.Retour à la référence de la note de bas de page 8Note de bas de page 9 Dominique Moïsi, Le Monde, 6.4.83.Retour à la référence de la note de bas de page 9Note de bas de page 10 Thomas Ferenczi, sélection hebdomadaire du Monde, 1.8.79.Retour à la référence de la note de bas de page 10Note de bas de page 11 Publicité parue dans Le Monde, 16.10.84.Retour à la référence de la note de bas de page 11Note de bas de page 12 Eddy Cherki, Le Monde, 6.11.83.Retour à la référence de la note de bas de page 12Note de bas de page 13 Léa Marcou, Le Monde, 13.3.83.Retour à la référence de la note de bas de page 13Note de bas de page 14 Jean-Pierre Corbeau, op. cit., p. 45.Retour à la référence de la note de bas de page 14Note de bas de page 15 Annie Battle, Le Monde, 20.11.83.Retour à la référence de la note de bas de page 15Note de bas de page 16 Casamayor, Esprit, janvier 1970. p. 7.Retour à la référence de la note de bas de page 16
Source : Chroniques de langue (le français vu par des spécialistes de la langue)

Prendre pour acquis

Un article sur l’expression prendre pour acquis
Jacques Desrosiers (L’Actualité terminologique, volume 31, numéro 1, 1998, page 13) Les disputes linguistiques portent en général sur des expressions dont l’emploi est très répandu mais que les dictionnaires refusent d’accueillir. Leurs partisans les défendent au nom de l’Usage, leurs détracteurs les rejettent au nom de la Norme. Ces disputes ressemblent à des querelles des anciens et des modernes, où les seconds accusent les premiers d’être ennemis de l’usage, lesquels ennemis se défendent en invoquant le « bon » usage. L’usage, dans ces chicanes, est comme les fleurs et le printemps : tout le monde est pour. Ce n’est pas tout à fait le cas d’un autre genre de querelles qui, pour être plus rares, ne manquent pas moins de piquant : elles portent sur des tournures qui non seulement sont fréquentes dans l’usage, mais en plus figurent en toutes lettres dans de respectables ouvrages, – et sur lesquelles on continue à s’acharner, en excommuniant à la fois usage et dictionnaires. Pensons à s’avérer faux dont il a été question dans L’Actualité terminologiqueNote de bas de page 1 et que certains considèrent encore comme une contradiction, alors qu’il est reçu par le Grand Larousse de la langue française, rien de moins, depuis un quart de siècle. Plusieurs sources soutiennent qu’avoir le meilleur sur quelqu’un est un calque inacceptable de to get the better of someone, mais l’expression figure dans le Trésor de la langue française (TLF), le Grand dictionnaire encyclopédique Larousse (GDEL) et le Hanse, qui tous ignorent royalement l’objection que sa syntaxe serait fautive. La responsabilité de ne pourrait être suivi d’un infinitif, prétend-on : nous aurions le droit de dire la responsabilité de la gestion, mais non la responsabilité de gérer. Or le Grand Robert renferme plusieurs citations d’écrivains célèbres, comme Colette ou Jean d’Ormesson, qui commettent volontiers cette soi-disant fauteNote de bas de page 2. Paul Léautaud va jusqu’à écrire : On n’est pas plus responsable d’être intelligent que d’être bête (à l’entrée fier). Calques de l’anglais? On ne peut s’empêcher de penser à ce que disait le préfacier du Thomas à propos des néologismes, à savoir que ceux « adoptés par quelques bons écrivains […] ont de fortes chances de survivre à toutes les censures »Note de bas de page 3. Entre peut-être aussi dans la même catégorie l’un des « anglicismes » les plus répandus chez nous : prendre pour acquis. Tout le monde connaît par cœur l’article de catéchisme : ne dites pas prendre pour acquis, dites tenir pour acquis!  Prendre pour acquis est marqué d’infamie par à peu près tous les ouvrages normatifs publiés au Canada depuis les années 60, du premier Dagenais à la toute dernière édition du Multidictionnaire, en passant par Objectif : 200, le Dictionnaire de Darbelnet, le Colpron, tous les recueils d’anglicismes et manuels du bon parler sur le marché, les fiches Repères-T/R du Bureau de la traduction, les fiches de Radio-Canada, les logiciels de correction dernier cri et une foule d’autres documents qu’il serait fastidieux d’énumérer tellement la liste en serait longue, sans parler des sites Web consacrés aux anglicismes, des meilleurs comme celui de l’OLF, à d’autres moins connusNote de bas de page 4, où la probabilité que prendre pour acquis y figure, vissé sur le banc des accusés, est de cent pour cent. Prendre pour acquis, dit l’auteur du Dictionnaire des canadianismes, Gaston Dulong, est « à proscrire ». Un peu plus, et on croirait que son emploi est nocif pour l’environnement. Ses chances de survie semblent minces. Seule sa popularité, son emploi vivant dans le français de tous les jours peut expliquer qu’on continue à le condamner avec tant de vigueur. Peut-être craint-on qu’en le laissant entrer dans la langue, on ouvre la porte toute grande aux pires abus; ce serait le loup dans la bergerie. Mais faut-il vraiment garder le cadenas dans la porte? On peut émettre des doutes. Primo, prendre pour acquis n’est pas une spécialité locale. Il figure dans le TLF depuis dix ans, sagement intercalé entre prendre ses désirs pour des réalités et prendre qqch. pour argent comptant, avec une citation de Maurice Merleau-Ponty remontant à 1945Note de bas de page 5. On dira que le TLF est un dictionnaire descriptif et non normatif, les auteurs prennent pourtant bien soin de souligner dans la préface que « toute collaboration élaborée [telle qu’un dictionnaire] vise à l’adhésion du destinataire » et que « les exemples, en même temps qu’ils sont des preuves, sont aussi des modèles d’énoncés analogues »Note de bas de page 6. La grammairienne Madeleine Sauvé l’avait aussi relevé il y a une vingtaine d’années (sans l’entériner) sous la plume d’Alain Rey, responsable de la rédaction des dictionnaires RobertNote de bas de page 7. Il figure dans le Robert québécois d’aujourd’hui, qui le traite comme un parfait synonyme de tenir pour acquis, mais ce dictionnaire-là, bien sûr, on le consulte en cachette… Certains reprocheront à Merleau-Ponty d’avoir commis une faute, à Alain Rey d’avoir eu un moment d’inattention, au TLF son manque de prudence, au Robert québécois son laxisme douteux… Mais quand on voit une expression circuler à gauche et à droite pendant un demi-siècle, on peut se demander s’il est encore possible de la faire disparaître, surtout si elle en vient à faire partie du bagage linguistique d’auteurs dont le français est soigné, comme le philosophe québécois Michel Morin qui écrit : l’individu… […] a pris pour acquis que son avènement à l’Humanité passait par ce que la Culture lui proposaitNote de bas de page 8, ou l’essayiste français Gerald Messadié qui s’en approche en écrivant : Et l’on a vu se constituer ainsi un « athénocentrisme » qu’on prenait pour un fait acquisNote de bas de page 9. Secundo, si l’on peut concéder que prendre pour acquis est plus particulièrement fréquent dans le contexte général de la traduction, où il faut souvent rendre to take for granted, on peut en dire autant de tenir pour acquis. Ce n’est pas un tour si courant en français. Sa syntaxe est bien sûr irréprochable. Mais il faut se forcer un peu pour l’employer; il a quelque chose d’endimanché qui se porte mal le reste de la semaine. Il est d’ailleurs cocasse de constater que ceux qui accusent prendre pour acquis d’anglicisme nous enjoignent d’employer à sa place « l’expression » tenir pour acquis. Car, en dehors des ouvrages normatifs, cette prétendue « expression » n’apparaît que dans le GDEL et le Lexis. Comment une « expression » française peut-elle être parfaitement ignorée par le Petit Robert, le Grand Robert, le Petit Larousse, le Grand Larousse, le Trésor de la langue française, le Logos-Bordas, le Dictionnaire du français plus, bref par la majorité des dictionnaires français? Alors qu’on croit avoir découvert qu’à l’anglais to take for granted correspond en français, par une coïncidence dans l’évolution de la langue, une expression toute faite et comme tombée du ciel, on finit par se demander si elle n’a pas été promue artificiellement au rang d’expression figée pour contrer l’autre. Tout se passe comme si on avait édicté un commandement : to take for granted tu traduiras toujours par tenir pour acquis! La correspondance entre les deux est si forte que chaque fois qu’on voit l’un dans l’anglais, on peut être sûr que la traduction nous servira l’autre; et, inversement, quand tenir pour acquis apparaît dans un texte français, on peut souvent gager qu’on est en train de lire une traduction et non un original. C’est du moins ce que j’ai constaté dans le compte rendu des Débats de la Chambre des communes. Lorsqu’on y lit, le 8 octobre 1997, dans une intervention du ministre Pierre Pettigrew : Je prends pour acquis que les députés connaissent bien leur comté, il suffit de remonter un peu pour voir que nous sommes dans un passage coiffé de la mention [Français]. Quand, le même jour, on y lit que Le Canada peut tenir pour acquis qu’en toute circonstance un véritable gouvernement dirigera le pays, on découvre vite qu’il s’agit d’une [Traduction]. J’ai été frappé de le relever sous la plume du journaliste Gilles Lesage, qui écrivait dans sa revue de la presse anglophone dans Le Devoir du 22 octobre 1996 : tenant pour acquis qu’une autre majorité libérale était déjà dans le sac; mais j’ai aussitôt constaté qu’il traduisait dans ce passage un article du Toronto Star. Pourtant, dans leur partie anglais-français, les dictionnaires bilingues, eux, ne traduisent pas to take for granted par tenir pour acquis. Ils proposent des tournures traditionnelles comme « considérer que qqch. va de soi, tenir pour certain ou établi, être convaincu » (Grand dictionnaire français-anglais/anglais-français de Larousse), « considérer comme allant de soi ou admis, tenir pour certain » (Robert & Collins Super Senior), « considérer qqch. comme admis ou comme convenu » (Harrap’s Shorter), « considérer qqch. comme allant de soi » (Hachette-Oxford), « considérer comme admis » (Password). Les bilingues recourent aux ressources générales du français. Il est étonnant que, dans leur partie français-anglais, le Harrap’s, le Robert & Collins et le Hachette-Oxford redécouvrent par magie tenir pour acquis, qu’ils rendent alors par to take for granted. De fait, l’usage de nombreux locuteurs est hésitant : on connaît tenir pour acquis, mais on ne peut s’empêcher d’employer prendre pour. Dans un discours prononcé à Laval en octobre 1996, le PDG de la Banque de développement du Canada affirme que l’avenir ne peut plus être pris pour acquis, puis, quelques minutes plus tard, comme pour se reprendre, il parle d’une vue à court terme, où l’avenir est tenu pour acquisNote de bas de page 10. Même indécision dans ce texte de l’Ordre des comptables agréés du Québec : nous tenons pour acquis que […] ce pourcentage et si on prend pour acquis que la TVQ sera harmonisée avec la TPSNote de bas de page 11… On a beau déraciner prendre pour acquis, il repousse toujours. En dernier recours, les durs de durs parmi les puristes invoqueront des arguments sémantiques et syntaxiques contre prendre pour acquis. Ils soutiendront que tenir pour et prendre pour n’ont pas le même sens : les deux veulent dire « considérer comme », mais prendre pour connote souvent une idée de méprise, comme le souligne le Dictionnaire historique de la langue française (établi par Alain Rey!). Prendre quelqu’un ou quelque chose pour, c’est « regarder à tort comme étant», dit encore le Grand Larousse. En somme, prendre pour acquis ne devrait pas tant son allure suspecte au fait qu’il soit un calque de l’anglais – après tout, tenir pour acquis n’est pas beaucoup plus éloigné du mot à mot, il ressemble à son correspondant anglais comme deux gouttes d’eau, – qu’au fait que prendre une chose ou une personne pour implique qu’on se trompe, qu’on est victime d’une confusion. Pensons à des tournures comme pour qui se prennent-ils?, je l’avais prise pour une autre, ils prennent des vessies pour des lanternes. Autrement dit, prendre pour est péjoratif. C’est justement parce qu’ils lui avaient donné un sens positif inattendu que les soixante-huitards avaient obtenu un si bon effet de style en écrivant sur les murs de Paris : Prenez vos désirs pour des réalités! Il importe de retenir que l’idée de méprise n’est pas obligatoire : le Robert historique dit bien qu’elle est « souvent » présente. Dans cet exemple du TLF, prendre pour a plus le sens neutre d’« interpréter » ou de « considérer comme » que celui de « se tromper » : Il la prie de sécher ses larmes, qui pourraient être prises pour un augure sinistre par ses guerriers. Il faut rappeler que prendre pour a longtemps été construit dans la langue classique sans l’idée de méprise, avec exactement le même sens qu’aujourd’hui tenir pour, comme dans prendre pour bon ou encore dans ces exemples, de Montaigne (XVIe s.) et de Rousseau (XVIIIe) respectivement, que donne le Grand Robert : nous prendrions pour certain l’opposé de ce que dirait le menteur et je le prenais tout de bon pour raisonnable. Calques de l’anglais? Du côté de la syntaxe, on opposera que prendre pour acquis est mal construit, étant donné qu’au contraire de tenir pour, prendre pour peut se faire suivre d’un substantif ou d’un pronom, mais non d’un adjectif comme acquis. Mais cette objection est superficielle : les emplois de la langue classique que l’on vient de citer montrent que prendre pour s’est longtemps fait accompagner d’adjectifs. Si prendre pour acquis et tenir pour acquis continuent à se regarder en chiens de faïence, leur face à face risque de durer longtemps. Personne n’a l’autorité pour décider seul; c’est l’usage qui tranchera, et ce qu’en feront les grands dictionnaires : ou bien ils accueilleront prendre pour acquis, ou bien ils l’écarteront pour de bon au profit de tenir pour acquis. Peut-être les deux tournures disparaîtront-elles pour laisser la place à des formulations traditionnelles comme considérer comme acquis. J’ai quand même l’impression que prendre pour acquis s’imposera avec le temps, si ce n’est déjà fait. L’acharnement linguistique à maintenir tenir pour acquis en vie ne devrait pas susciter trop d’espoir. Il faudrait le faire avaler de force aux bilingues, avertir les Merleau-Ponty et autres Alain Rey que prendre pour acquis n’est pas français, écrire aux auteurs des grands dictionnaires comme le Grand Robert, le Trésor de la langue française, le Grand Larousse et quelques autres, sans oublier l’Académie française, pour leur signaler qu’ils ont négligé d’inscrire dans leurs pages cette juteuse expression qu’est tenir pour acquis. En somme, il faudrait presque avoir une dent contre l’usage. Références Note de bas de page 1 L’Actualité terminologique, vol. 30, nº 2, 1997. Retour à la référence de la note de bas de page 1 Note de bas de page 2 Une responsabilité écrasante pèse sur vous tous, – celle de protéger, de prolonger, d’embellir ma scintillante, ma précieuse petite vie d’elfe (Colette, citée au mot écrasant dans le Grand Robert). Bon nombre d’historiens […] ont la responsabilité assez lourde d’avoir contribué à cette contagion (d’Ormesson à enticher). Pauline prenait la responsabilité de modifier les chiffres (Jacques Chardonne, à faux). Retour à la référence de la note de bas de page 2 Note de bas de page 3 Cité par Jacqueline Bossé-Andrieu, « Entre la norme et l’usage (suite et fin) », L’Actualité terminologique, vol. 30, nº 3, p. 21. Retour à la référence de la note de bas de page 3 Note de bas de page 4 Voir entre autres VOCOR (www.ntic.qc.ca/cscantons/vocor/Vocor_page_1.html), Sans faute! De Planète Québec (planete.qc.ca/chroniques-de-langue/sdl/sdl6.htm) ou les téléinformations linguistiques des HEC (www.hec.ca/servco/telep.htm). Retour à la référence de la note de bas de page 4 Note de bas de page 5 « Il y a une conception objective du mouvement qui le définit par des relations intramondaines, en prenant pour acquise l’expérience du monde. » Retour à la référence de la note de bas de page 5 Note de bas de page 6 TLF, vol. 1, p. XVI. Retour à la référence de la note de bas de page 6 Note de bas de page 7 Le célèbre lexicographe écrivait, parlant de Furetière : « sans mépriser les indications qu’il y trouve, le biographe ne doit rien prendre pour acquis de ce texte ». Cité par Madeleine Sauvé, Observations grammaticales et terminologiques, fiche nº 108, octobre 1978, p. 4. Retour à la référence de la note de bas de page 7 Note de bas de page 8 Mort et résurrection de la loi morale, Montréal, Hurtubise HMH, 1997, p. 28. Retour à la référence de la note de bas de page 8 Note de bas de page 9 Histoire générale de Dieu, Paris, Robert Laffont, 1997, p. 279. Retour à la référence de la note de bas de page 9 Note de bas de page 10 www.bdc.ca/site/francais/right/gallery/down.html. Retour à la référence de la note de bas de page 10 Note de bas de page 11 www.ocaq.qc.ca/francais/biblio/comifisc/Que01_97.htm. Retour à la référence de la note de bas de page 11
Source : Chroniques de langue (le français vu par des spécialistes de la langue)

Mots de tête : « aux petites heures »

Un article sur l’expression aux petites heures du matin
Frèdelin Leroux fils (L’Actualité terminologique, volume 14, numéro 8, 1981, page 14) « J’ai bien réfléchi depuis huit jours, aux petites heures du matin surtout (…)Note de bas de page 1. » À mon avis, c’est ainsi que s’exprime spontanément, tout Québécois ou Canadien français « normal », si j’ose dire. Mais c’est en vain que vous chercherez l’expression « aux petites heures du matin » dans les dictionnaires. D’après ColpronNote de bas de page 2, c’est un anglicisme. Les dictionnaires bilingues – par leur silence – semblent lui donner raison. « In the small hours of the morning » est presque invariablement rendu par « au petit matin/jour ». Le Harrap propose plusieurs traductions, toutes intéressantes et utiles, mais de notre tournure pas le moindre signe. Pas même « aux petites heures ». Doit-on se résigner à l’idée que nos meilleurs auteurs québécois font tous cette « faute »? Y compris Louise Maheux-Forcier, un de nos très bons stylistes? (Je ne vous demande pas de me croire sur parole. Lisez plutôt ses délectables petites nouvelles, d’où est tirée la citation en exergue. Vous m’en donnerez des nouvelles … comme dirait mon ami journaliste.) L’expression « petites heures » figure évidemment dans les dictionnaires, mais avec un sens très restreint. Ce qui confirme ce que vous saviez déjà, que les dictionnaires sont toujours en retard sur l’usage. Car les exemples de son emploi par des auteurs français, tant d’ici que de France, ne manquent pas. De ce côté-ci de l’eau, la mère de la Sagouine :« Et le 10 août au matin, aux petites heures (…)Note de bas de page 3. » Et de l’autre côté, le père Maigret :« Et si le type se met à jouer à la belote jusqu’aux petites heuresNote de bas de page 4? » Cette phrase de Simenon date de 1938… On en trouve un second exemple dans Maigret et l’indicateurNote de bas de page 5. Autre exemple, cette fois de Boileau-Narcejac :« Aux petites heures, les Kellerman passent à l’attaqueNote de bas de page 6. » Dernier exemple, d’un roman de Graham Greene (il s’agit bien sûr d’une traduction) :« Il faut le garder pour les petites heuresNote de bas de page 7. » On rencontre également diverses variantes de cette tournure, étoffées pour ainsi dire. Commençons par une traduction :« Elles faisaient halte devant les maisons des nègres, y pénétraient aux petites heures de la nuit (….)Note de bas de page 8 ». Usage qu’on retrouve au Québec, sous la plume de Jacques Godbout :« (…) une boîte à images qui parle de sept heures du matin aux petites heures de la nuit (…)Note de bas de page 9. » Autre variante, française celle-là :« S’adressant au pays, mardi 19 février, aux petites heures de la matinée (…)Note de bas de page 10. » On trouve même dans le Grand Robert « aux petites heures du jour », mais sans explication, avec renvoi à aubeNote de bas de page 11. Avec toutes ces variantes, on ne voit vraiment pas ce qui interdirait d’employer « aux petites heures du matin ». Un traducteur français – audacieux ou servile? – a osé franchir ce pas :« (…) à la lumière de l’unique ampoule qu’ils allumaient aux petites heures du matin (…)Note de bas de page 12 .» Et enfin, un auteur français de l’Hexagone, le père du Petit Simonin, nous fournit la preuve que ce n’est rien moins qu’un anglicisme.« Primo, la circulation se trouvait être beaucoup plus intense qu’aux petites heures du matin (…)Note de bas de page 13. » Au terme de ce petit zigzag autour d’une tournure, qu’on me permette d’enfoncer une porte ouverte : contrairement à ce qu’on nous répète trop souvent, ce n’est pas parce qu’un terme ne figure pas dans les dictionnaires et qu’il existe un terme semblable en anglais, qu’il s’agit nécessairement d’un anglicisme. Qui sait? c’est peut-être tout simplement un usage – parfaitement français – qui a du mal à faire son entrée au dictionnaire.RéférencesNote de bas de page 1 MAHEUX-FORCIER, Louise. En toutes lettres, Montréal, Le Cercle du livre de France, 1980, p. 108.Retour à la référence de la note de bas de page 1Note de bas de page 2 COLPRON, Gilles. Les Anglicismes au Québec, Montréal, Beauchemin, 1970, p. 198.Retour à la référence de la note de bas de page 2Note de bas de page 3 MAILLET, Antonine. L’Acadie pour quasiment rien, Montréal, Leméac, 1973, p. 44.Retour à la référence de la note de bas de page 3Note de bas de page 4 SIMENON, Georges. L’homme tout nu, Les Dossiers de l’Agence O., œuvres complètes, vol. VIII, Éditions Rencontre, 1967, p. 115.Retour à la référence de la note de bas de page 4Note de bas de page 5 Idem., Maigret et l’indicateur, Paris, Presses de la Cité, 1975, p. 97.Retour à la référence de la note de bas de page 5Note de bas de page 6 BOILEAU-NARCEJAC. Le Roman policier, coll. Que sais-je? 1975, p. 97.Retour à la référence de la note de bas de page 6Note de bas de page 7 GREENE, Graham. Un Américain bien tranquille, Paris, Laffont, 1956, p. 155. (Traduction de The Quiet American par Marcelle Sibon.)Retour à la référence de la note de bas de page 7Note de bas de page 8 HODGSON, Godfrey. « Carpetbaggers » et Ku-Klux-Klan, Paris, Julliard, coll. Archives, 1966, p. 213. (Extrait du rapport du sénateur Sherman de l’Ohio au président Grant, 6 décembre 1876.)Retour à la référence de la note de bas de page 8Note de bas de page 9 GODBOUT, Jacques. « Avec Los Angeles dans tous nos salons » in L’Actualité, Montréal, septembre 1980, p. 76.Retour à la référence de la note de bas de page 9Note de bas de page 10 DHOMBRES, Dominique. « Indispensable malgré lui » in Le Monde, sélection hebdomadaire, Paris, 20.02.80, p. 2.Retour à la référence de la note de bas de page 10Note de bas de page 11 Le Grand Robert, vol. 3, 1969, p. 479.Retour à la référence de la note de bas de page 11Note de bas de page 12 BEHAN, Brendan. Un peuple partisan, Paris, Gallimard, 1960, p. 266. (Traduction de Borstal Boy par Roger Giroux.)Retour à la référence de la note de bas de page 12Note de bas de page 13 SIMONIN, Albert. Confessions d’un enfant de La Chapelle, tome 1, Le Faubourg, Paris, Gallimard, 1977, p. 217.Retour à la référence de la note de bas de page 13
Source : Chroniques de langue (le français vu par des spécialistes de la langue)

vingt-quatre heures sur vingt-quatre

Article sur l’expression vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ses différents équivalents et les calques à éviter.
Selon le contexte, on traduit l’expression anglaise twenty-four hours a day par : vingt-quatre heures sur vingt-quatre 24 heures sur 24 jour et nuit nuit et jour le jour et la nuit en tout temps La locution vingt-quatre heures sur vingt-quatre est attestée au sens de « tout le temps », « sans discontinuer », quoique certaines sources la considèrent comme familière. Certains dictionnaires bilingues la proposent comme équivalent de twenty-four hours a day. On recommande toutefois d’éviter la locution 24 heures par jour (ou vingt-quatre heures par jour). 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 L’expression anglaise twenty-four hours a day, seven days a week se traduit par : 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 24 heures sur 24, sept jours sur sept tous les jours, 24 heures sur 24 tous les jours, vingt-quatre heures sur vingt-quatre vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept  Ce sont des synonymes de vingt-quatre heures sur vingt-quatre. On évite toutefois les locutions suivantes qui, même si elles sont fréquentes, constituent des calques de l’anglais : 24 heures par jour, sept jours par semaine 24 heures par jour, 7 jours par semaine tous les jours, 24 heures par jour 24/7 Quand on veut parler d’un établissement ouvert sans interruption, on peut donc dire : ouvert jour et nuit ouvert en tout temps ouvert jour et nuit, sept jours sur sept ouvert 24 heures sur 24, sept jours sur sept ouvert 365 jours par année
Source : Clés de la rédaction (difficultés et règles de la langue française)

Mots de tête : L’art de se tirer (une balle) dans le pied

Un article sur l’expression se tirer dans le pied
Frèdelin Leroux fils (L’Actualité terminologique, volume 36, numéro 3, 2003, page 20) Les conservateurs se sont tiré dans le pied.Et comme ils avaient déjà ce pied dans la bouche,cela risque bien d’être fatal.(Michel Vastel, Le Droit, 03.06.03.) Votre dictionnaire de locutionsNote de bas de page 1 préféré consacre presque huit pages aux expressions formées avec pied. On pourrait croire que pied a déjà donné, et qu’il a mérité de se reposer un peu – après tout, quelque quatre-vingts rejetons, c’est une progéniture respectable. Mais les usagers semblent plutôt d’avis qu’il y a encore moyen d’en tirer quelque chose… De fait, depuis la parution du Rey-Chantreau, la famille « pied » s’est enrichie d’au moins trois expressions qui, sauf erreur, ont toutes du sang anglais. Il y a une quinzaine d’années, traîner les pieds faisait son entrée dans les dictionnairesAller à la remarque a, du moins dans le Grand Dictionnaire encyclopédique Larousse (1985). En 1992, le supplément de l’encyclopédie présentait un néologisme du domaine de la psychologie, pied-dans-la-porte (je vous laisse le plaisir d’en découvrir le sens), que je n’ai jamais revu ailleurs. Et, plus récemment, on a vu apparaître le troisième membre du trio, se tirer dans le pied. Cette tournure n’est pas encore très répandue, mais on la rencontre quand même assez souvent, et de plus en plus semble-t-il. Lionel MeneyNote de bas de page 2, qui en recense plusieurs exemples, signale qu’il s’agit d’un calque. Pour l’éviter, il donne pas moins de huit équivalents : « agir contre son propre intérêt », « se faire (du) tort à soi-même », « mal juger son coup », « scier la branche sur laquelle on est assis », « creuser sa propre tombe », « marquer contre son camp », « ça lui est retombé sur le nez ». Il n’a oublié que les traductions proposées par le MeertensNote de bas de page 3, « se nuire à soi-même stupidement », et par le Larousse bilingue, « ramasser une pelle ». Il serait intéressant de pouvoir dater cette expression, de savoir quand elle a commencé à se répandre, mais Meney ne donne malheureusement pas ses sources. Mon exemple le plus ancien ne remonte qu’à 1990. Un journalisteNote de bas de page 4 du Devoir l’emploie, mais – cas plutôt exceptionnel – au pluriel : se tirer dans les pieds. C’est le singulier qu’on voit normalement. Jean DunoyerNote de bas de page 5 de La Presse titre un de ses articles « L’art de se tirer dans le pied ». Pierre Bourgault semble l’avoir prise en affection : il l’emploie une première fois alors qu’il était au DevoirNote de bas de page 6 : « Ils se tirent dans le pied parce qu’ils sont stupides et incompétents », et à quelques reprises quand il étaitAller à la remarque b au Journal de MontréalNote de bas de page 7 : « Nous nous tirons constamment dans le pied ». Outre la citation en exergue, j’en ai relevé un autre exemple chez Michel Vastel (24.02.02). Dans une lettre au Devoir, l’éditeur Jacques LanctôtNote de bas de page 8 trouve le moyen, dans la même phrase, d’employer deux calques : « On se tire dans le pied en laissant ce puissant outil culturel que sont les bibliothèques publiques bouder nos livres, lever le nez [sic] sur les auteurs que nous publions ». Avec un animisme en prime… Enfin, deux chroniqueurs, Denis Gratton du DroitNote de bas de page 9 et Chantal Hébert du DevoirNote de bas de page 10, semblent avoir piqué son titre à Jean Dunoyer : « L’art de se tirer dans le pied ». Je n’ai jamais rencontré cette tournure dans la presse ou les ouvrages français. Ce qui ne veut pas dire grand-chose, puisqu’on la trouve sur Internet. Le tour n’est pas fréquent, j’en conviens, mais les Européens ne l’ignorent pas tout à fait. Un certain Nicolas Beau écrit dans le Canard enchaîné (02.05.01) : « L’Algérie est assez grande pour se tirer elle-même dans le pied ». Et Catherine Bouy, sur un site belge, rapporte les propos d’un directeur général de la Région wallonne qui sent le besoin de guillemeter l’expression : « La complémentarité entre les régions belges est primordiale si l’on veut éviter de "se tirer dans le pied" ». Si se tirer dans le pied est rare en dehors du Québec, il en va autrement d’une variante, qui n’est qu’une sorte d’étoffement : se tirer une balle (ou : des balles) dans le pied. On en trouve à la pelle sur la Toile. Dans L’Indépendant (26.06.01), un député, Jean-Claude Pérez, dit que tenir une certaine manifestation « c’est comme se tirer une balle dans le pied ». Un journaliste, Jean-Paul Pouron (sept. 2001), donne à son article un titre qui rappelle celui de Denis Gratton et Chantal Hébert : « L’art de se tirer une balle dans le pied ». Sur un autre site, on apprend que la section de l’Essone du Syndicat des enseignants « se tire une balle dans le pied ». Pour faire bonne mesure, je vous signale deux derniers exemples : Gregory Schneider dans Libération (06.05.02) et Jean-Louis Boulanger dans le Figaro (11.02.03). Et je ne résiste pas à un tout dernier, pour le bel animisme qu’il nous offre. Le secrétaire d’État aux PME n’hésite pas à déclarer que les « fonds de pension américains […] ne vont pas se tirer une balle dans le pied »Note de bas de page 11. Comme en témoigne l’exemple de Catherine Bouy, se tirer dans le pied est employé en Belgique, mais la tournure avec « balle » n’y est pas inconnue. Dans Le Soir Magazine (15.02.03), on peut lire : « Quand la Belgique risque de se tirer une balle dans le pied ». Et la Suisse n’est pas en reste. Dans la Tribune de Genève (05.07.02), un ex-directeur général de la Banque cantonale de Genève déplore que la banque soit « en train de se tirer une balle dans le pied ». À l’occasion du salon de l’automobile de Genève de 2003, le président de la Confédération l’emploie, en s’excusant, et en l’amplifiant un peu : « Y renoncer sans alternative crédible c’est, permettez-moi l’expression un peu simple, "nous tirer une balle dans le pied à l’ouverture de la chasse" ». Mais avant d’aller me balader sur la Toile, j’avais déjà trouvé trois exemples avec « balle », dont le premier a à peu près le même âge que son pendant québécois :Même s’il ne lâche pas Édith Cresson – ce serait se tirer une balle dans le pied – le chef de l’État mesure aujourd’hui ses lacunesNote de bas de page 12. Les deux autres exemples sont de sources beaucoup plus sûres que tout ce que j’ai trouvé sur Internet. Jean-Marie Rouart, un immortel, semble préférer le pluriel :Cela fait partie de l’idiosyncrasie de ce peuple si génial de brûler ses vaisseaux, de se tirer des balles dans le piedNote de bas de page 13… (Une courte parenthèse, si vous permettez. Mutatis mutandis, « brûler ses vaisseaux », pourrait traduire « to shoot oneself in the foot » (si le calque vous déplaît). Chose certaine, en tout cas, c’est une belle façon, quoique un peu relevée sans doute, de rendre « to paint oneself in the corner » – que vous traduiriez probablement par « se mettre dans une impasse ». Nos politiciens, quant à eux, n’hésitent pas à « se peinturer dans le coin ».) Fermons la parenthèse, et reprenons notre « pied » où nous l’avons laissé – entre les bonnes mains d’un académicien. C’est l’exemple de Rouart qui m’a décidé à écrire cet article, et qui m’a incité aussi à consulter les dernières éditions des dictionnaires, au cas où. Après avoir fait chou blanc à trois reprises – avec le Larousse-Chambers de 1999, le Hachette-Oxford de 2001 et le Harrap’s de 2000 – je commençais à me dire que ça ne valait pas la peine de continuer. Mais la force de l’habitude aidant, j’ai quand même jeté un coup d’œil sur le Robert-Collins 2002. Ça commençait plutôt mal : rien dans la partie français-anglais et, dans l’autre, rien à « foot ». Mais enfin, à « shoot », j’ai trouvé la pie au nid : « to shoot oneself in the foot » est traduit par « se tirer une balle dans le pied ». Je sais, ce n’est pas tout à fait notre tournure, mais faut-il pour si peu bouder notre plaisir? Sur Internet, j’ai relevé des exemples de notre usage sur des sites sérieux : l’Université Laval (dont un exemple au pluriel) et l’Université de Montréal, notamment. Après tout, si les Français peuvent tirer dans les pattes ou les jambes de leurs compatriotes, au propre comme au figuré, et qu’ils peuvent même se tirer une balle dans le pied (ou plusieurs, pour plus de sûreté), je ne vois pas pourquoi les Québécois ne pourraient pas en faire autant, tout en faisant l’économie d’une balle. P.-S. : J’y pense, celui qui se tire dans le pied ne serait-il pas un peu le petit cousin de cet excentrique anglais que les dictionnaires s’entêtent à snobber, ou à traduire par « franc-tireur » (Robert-Collins)? S’ils sont incapables de nous fournir de bons équivalents, nous allons le faire nous-mêmes. Je propose donc de traduire « he’s a bit of a loose cannon » par « il a l’habitude de se tirer dans le pied ». Qu’en pensez-vous?RemarquesRemarque a Curieusement, le Grand Robert de 2002 l’ignore toujours, alors que le petit l’enregistre depuis 1993. (Mais vous chercheriez en vain la forme pronominale chère aux Québécois.)Retour à la remarque aRemarque b Pierre Bourgault, on le sait, est décédé le 16 juin dernier.Retour à la remarque bRéférencesNote de bas de page 1 Alain Rey et Sophie Chantreau, Dictionnaire des expressions et locutions figurées, les usuels du Robert, 1984.Retour à la référence de la note de bas de page 1Note de bas de page 2 Lionel Meney, Dictionnaire québécois-français, Montréal, Guérin, 1999.Retour à la référence de la note de bas de page 2Note de bas de page 3 René Meertens, Guide anglais-français de la traduction, Paris, Chiron Éditeur, 2002.Retour à la référence de la note de bas de page 3Note de bas de page 4 Gilles Lesage, Le Devoir, 01.11.90.Retour à la référence de la note de bas de page 4Note de bas de page 5 Jean Dunoyer, La Presse, 05.04.93.Retour à la référence de la note de bas de page 5Note de bas de page 6 P. Bourgault, Le Devoir, 30.11.93.Retour à la référence de la note de bas de page 6Note de bas de page 7 P. Bourgault, Le Journal de Montréal, 03.03.01. Voir aussi les 20 et 22 avril 2002.Retour à la référence de la note de bas de page 7Note de bas de page 8 Jacques Lanctôt, lettre au Devoir, 19.09.02.Retour à la référence de la note de bas de page 8Note de bas de page 9 Denis Gratton, Le Droit, 10.10.02.Retour à la référence de la note de bas de page 9Note de bas de page 10 Chantal Hébert, Le Devoir, 03.02.03.Retour à la référence de la note de bas de page 10Note de bas de page 11 Pascal Ceaux, entretien avec Renaud Dutreil, Le Monde, 16.04.03.Retour à la référence de la note de bas de page 11Note de bas de page 12 Sylvie Pierre-Brossolette, L’Express, 20.09.91.Retour à la référence de la note de bas de page 12Note de bas de page 13 Jean-Marie Rouart, Le Figaro littéraire, 17.10.02.Retour à la référence de la note de bas de page 13
Source : Chroniques de langue (le français vu par des spécialistes de la langue)

Mots de tête : « comme étant »

Un article sur l’expression étant
Frèdelin Leroux fils (L’Actualité langagière, volume 2, numéro 4, 2005, page 14) Le Vocabulaire juridique définit ce mot comme étant la division…(Paul Roux, La Presse, 2.5.5) Si je viens aujourd’hui troubler votre paix hivernale, c’est la faute du chroniqueur linguistique du plus grand quotidien français d’Amérique. La phrase en épigraphe lui ayant valu les remontrances d’un lecteur pointilleux, quelques semaines plus tard il venait à résipiscence –comme disaient nos curés –et le remerciait de lui « avoir signalé [s]on erreur avec amabilité ». Effectivement, une vieille fiche du Comité de linguistique de Radio-Canada, que vous avez sûrement égarée (ou jetée), met en garde contre cette « traduction littérale de l’anglais as being » et, plus près de nous, Lionel MeneyNote de bas de page 1 juge aussi que c’est un calque. Mais est-ce vraiment une faute? Les Français, semble-t-il, ne s’en doutent pas. En 1844, Flora Tristan notait dans son journal : « L’archevêque m’a raconté cela comme étant un grand triomphe remporté par le clergé sur la philosophie »Note de bas de page 2. Et deux fois plutôt qu’une. Certes, il s’agit de notes qu’elle prenait un peu à la hâte, souvent à la fin de journées épuisantes, et qu’elle n’a pas eu le temps de revoir. Elle a donc pu être distraite. Mais on pourrait difficilement invoquer pareille circonstance atténuante dans ce cas-ci : « Je me le rappelle aujourd’hui comme étant la première indication de certains faits très obscurs »Note de bas de page 3. Ce très beau roman, paru en 1863, aura été sur le métier pendant plus de deux ans, et Fromentin mettra beaucoup de soin à corriger la deuxième édition de 1876. Un troisième exemple « ancienAller à la remarque a » m’est fourni par le Grand Robert (à « expression ») : « ce grand discours de Jaurès, que vous nous avez présenté comme étant la plus haute expression, comme étant la plus glorieuse manifestation de son génie poétique ». Il s’agit d’une citation de La République de Péguy, qui doit dater du début du 20e siècle. Passons maintenant aux « modernes », chez qui j’ai fait une assez belle moisson. L’auteur du fameux Vrai ami du traducteur, qu’on ne saurait soupçonner de laxisme, l’emploie : « Eric Partridge le définit comme étant le langage des apaches »Note de bas de page 4 (c’est presque la tournure pour laquelle Roux s’est excusé). Le rédacteur d’un journal italien dans un entretien avec Sartre : « le parti révolutionnaire doit se considérer comme étant en permanence au service d’une lutte »Note de bas de page 5. Un grand critique : « une parodie d’Hernani, sous le titre : N, I, NI, ou le Danger des Castilles, présenté [sic] comme étant un amphigouri »Note de bas de page 6. Un ouvrage scientifique : « On peut définir l’élongation comme étant la croissance de l’individu jusqu’à sa maturité sexuelle »Note de bas de page 7. J’ai relevé l’expression dans quelques traductions de l’anglais, dont une sorte de guide du Parlement britannique : « Certains auteurs choisissent le Grand Conseil de 1275 comme étant véritablement le premier prédécesseur des Parlements modernes »Note de bas de page 8. Une traduction de l’espagnol : « Le dominicain Domingo de Santo Tomás dénonçait Potosi comme étant une gueule de l’enfer »Note de bas de page 9. Et pour couronner le tout, sous la plume de l’ancien secrétaire perpétuel de l’Académie : « Faire problème ne peut pas être considéré comme étant réellement une faute »Note de bas de page 10. Même le Bureau de la traduction accepte cet usage : « La séquence considérer + comme + participe présent est tout à fait correcte », peut-on lire sur le site des Clefs du français pratique dans TERMIUM®. Avec cet exemple : « Je le considère comme étant mon ennemi ». (Spontanément, on écrirait « comme mon ennemi ».) Ainsi qu’une citation de Flaubert, où le sens est plutôt « parce que » : « Il convoitait le port d’Utique, comme étant le plus près de Carthage ». Quelques dictionnaires bilingues enregistrent la tournure, mais seulement dans la partie anglais-français : « reconnaître comme étant »; « il s’est révélé comme étant » (Robert-Collins); « dépeindre, décrire comme étant »; « présenter comme étant » (Hachette-Oxford). Pour me faire mentir, le Larousse bilingue la donne seulement dans l’autre partie (« définir ») : « Je définirais son rôle comme étant celui d’un négociateur. » Les emplois du Petit Robert signalés par Maurice Rouleau sont surtout dus aux rédacteurs, mais outre Chateaubriand, on retrouve Gide (« puritanisme ») : « certain puritanisme qu’on m’avait enseigné comme étant la morale du Christ ». Après tous ces exemples, il faudrait presque être de mauvaise foi pour s’entêter à considérer cette tournure comme (étant) fautive… Mais, si la locution suivie d’un nom s’emploie, qu’en est-il avec un adjectif? La fiche de Radio-Canada condamne également cet usage, de même que l’auteur des Anglicismes au QuébecNote de bas de page 11, qui ne traite d’ailleurs que de ce cas (Meney s’en tient au tour avec un nom). La condamnation de Colpron est maintenue jusque dans la dernière édition (1999) : « Les délégués ont rejeté comme étant inacceptables les propositions de l’assemblée ». Je ne sais trop pourquoi, mais cette formulation me chicote davantage que l’autre, et me semble moins utile : « rejeter comme inacceptables » me paraît plus naturel. Mais est-ce une faute d’y intercaler « étant »? En tout cas, c’est un usage qui ne date pas d’hier :[…] l’un des Capitaines nommé Kers, peu affectionné à notre Compagnie, comme étant hérétique, témoigna…Note de bas de page 12 Il s’agit de la lettre du père Le Jeune à ses supérieurs en France, sorte de compte rendu de ce qui s’est passé en Nouvelle-France au cours de l’année 1633. On le voit, c’est le même sens que chez Flaubert, « parce qu’il était hérétique ». C’est aussi le cas des trois exemples suivants; une traduction de l’allemand : « pays qui ont rejeté l’idée de traiter les prisonniers humainement comme étant surannée »Note de bas de page 13; un scientifique : « on en refuse les conclusions comme étant trop technocratiques »Note de bas de page 14; un psychanalyste : « seuls 70 ont été retenus comme étant exploitables »Note de bas de page 15. Revenons au tour « classique », si je puis dire; un romancier écrit : « des produits présentés comme étant nouveaux »Note de bas de page 16; une romancière : « quelques vers qu’on eut la bonté de regarder comme n’étant point trop mal venus »Note de bas de page 17; un journaliste : « d’autres méthodes peuvent être considérées comme étant contragestives »Note de bas de page 18; et deux linguistes : « des formes que le dictionnaire doit reconnaître comme étant caractéristiques de femmes »Note de bas de page 19; « des traits posés comme étant communs à toutes les langues »Note de bas de page 20. Quelques années auparavant, un linguiste de chez nous ne s’exprimait pas autrement : « le mot académique se présente comme étant commun à l’ensemble de la francophonie ».Note de bas de page 21 Et je termine avec trois exemples où, cette fois, la locution est suivie d’un participe passé –le psychanalyste déjà cité : « si la souffrance est alors envisagée comme étant intimement liée à la mise à l’écart de la société »Note de bas de page 22; un sociologue : « la science risque fort d’être rejetée comme étant utilisée par les puissances et non pas au service de tous »Note de bas de page 23; et l’un de vos chroniqueurs préférés : « la remise d’un diplôme honorifique n’a de sens que si le titre est remis comme étant mérité »Note de bas de page 24. (Dans les deux derniers cas, c’est à peu près le sens de « parce que ».) S’il est vrai qu’« étant » est parfois une « cheville qui alourdit la phrase » (Radio-Canada), nous avons vu plusieurs cas où son emploi s’impose, ou tout au moins ajoute à l’équilibre de la phrase. Comme les citations de Fromentin, Druon, Chandernagor, Yaguello, et j’en passe. Malgré tout, je continue de m’en méfier (surtout du tour avec adjectif). Mais je commence sérieusement à me demander pourquoi. Et ce ne sont pas tellement les quelque trois millions d’exemples dont la Toile est constellée qui me font hésiter, mais bien plutôt les 193 occurrences qu’on trouve dans le Trésor de la langue françaiseAller à la remarque b. S’y côtoient Montaigne et Martin du Gard, Balzac et Beauvoir, Flaubert et Camus, Huysmans et Ramuz, Proust et Hugo, Sartre et Stendhal… Devant pareil aréopage de pécheurs, on est pris d’une terrible envie de fauter.RemarquesRemarque a Maurice Rouleau, professeur de traduction à l’Université du Québec à Trois-Rivières, a relevé près de vingt exemples dans le Petit Robert, dont celui-ci de Chateaubriand (à « facile ») : « Je hais l’esprit satirique comme étant le plus petit et le plus facile de tous ».Retour à la remarque aRemarque b Grâce à une recherche intégrale.Retour à la remarque bRéférencesNote de bas de page 1 Lionel Meney, Dictionnaire québécois-français, Montréal, Guérin, 1999.Retour à la référence de la note de bas de page 1Note de bas de page 2 Flora Tristan, Tour de France II, François Maspero, 1980, p. 69 (et 103).Retour à la référence de la note de bas de page 2Note de bas de page 3 Eugène Fromentin, Dominique, Garnier-Flammarion, 1967, p. 163.Retour à la référence de la note de bas de page 3Note de bas de page 4 Félix Boillot, Le second vrai ami du traducteur, Paris, J. Oliven, 1956, p. 50.Retour à la référence de la note de bas de page 4Note de bas de page 5 Jean-Paul Sartre, Situations, VIII, Gallimard, 1972, p. 284. Entretien paru le 4 septembre 1969.Retour à la référence de la note de bas de page 5Note de bas de page 6 Hubert Juin, introduction à Choses vues 1830-1846 de Victor Hugo, Folio, 1972, p. 35.Retour à la référence de la note de bas de page 6Note de bas de page 7 M. Becker et coll., La forêt, Paris, Masson, 1981, p. 49.Retour à la référence de la note de bas de page 7Note de bas de page 8 Strathearn Gordon, Le Parlement britannique, Londres, The Hansard Society, 1947, p. 18. Traduit par Germaine Pastré-Jackson.Retour à la référence de la note de bas de page 8Note de bas de page 9 Eduardo Galeano, Les veines ouvertes de l’Amérique latine, Presses Pocket, 1991, p. 59 (Plon, 1981). Traduit par Claude Couffon.Retour à la référence de la note de bas de page 9Note de bas de page 10 Maurice Druon, Le « Bon Français », Éditions du Rocher, 1999, p. 77 (Le Figaro, 25.3.97).Retour à la référence de la note de bas de page 10Note de bas de page 11 Gilles Colpron, Les anglicismes au Québec, Montréal, Beauchemin, 1970.Retour à la référence de la note de bas de page 11Note de bas de page 12 Relations des Jésuites, t. 1, Montréal, Éditions du Jour, 1972, année 1633, p. 35.Retour à la référence de la note de bas de page 12Note de bas de page 13 Stephan Zweig, Le Brésil, terre d’avenir, Montréal, Éditions B.D. Simpson, 1946, p. 313. Traduit par Jean Longeville.Retour à la référence de la note de bas de page 13Note de bas de page 14 Louis Leprince-Ringuet, Science et bonheur des hommes, Flammarion/Champs, 1973, p. 161.Retour à la référence de la note de bas de page 14Note de bas de page 15 Patrick Declerck, Les naufragés, Plon, 2001, p. 303.Retour à la référence de la note de bas de page 15Note de bas de page 16 René-Victor Pilhes, « Le complot multinational », Playboy, juillet 1976, p. 42.Retour à la référence de la note de bas de page 16Note de bas de page 17 Françoise Chandernagor, L’Allée du Roi, Club France Loisirs, p. 114 (Julliard, 1981).Retour à la référence de la note de bas de page 17Note de bas de page 18 Jean-Yves Nau, Le Monde, 3.11.84.Retour à la référence de la note de bas de page 18Note de bas de page 19 Claude Hagège, Diogène, janv.-mars 1987, p. 27.Retour à la référence de la note de bas de page 19Note de bas de page 20 Marina Yaguello, Catalogue des idées reçues sur la langue, Seuil/Points, 1988, p. 158.Retour à la référence de la note de bas de page 20Note de bas de page 21 Jean Darbelnet, Langues et linguistique, nº 8, t. 2, Québec, Université Laval, 1982, p. 12.Retour à la référence de la note de bas de page 21Note de bas de page 22 Declerck, op. cit., p. 292.Retour à la référence de la note de bas de page 22Note de bas de page 23 Alain Touraine, Le nouvel observateur, 26.6.-2.7.3.Retour à la référence de la note de bas de page 23Note de bas de page 24 Jacques Desrosiers, « Comment se faire octroyer une subvention », L’Actualité langagière, juin 2005.Retour à la référence de la note de bas de page 24
Source : Chroniques de langue (le français vu par des spécialistes de la langue)

Mots de têtes : « mon nom est »

Un article sur l’expression mon nom est
Frèdelin Leroux fils (L’Actualité langagière, volume 7, numéro 4, 2010, page 22)Mon nom est Johnny Cash.(Marie-Christine Blais, La Presse, 7.10.09) Il est curieux que je puisse vous demander « Quel est votre nom? », mais que vous ne puissiez pas me répondre « Mon nom est Untel »… sans commettre d’anglicisme, en tout cas. Vous le saviez? On ne peut rien vous apprendre. Pour ma part, c’est un ouvrageNote de bas de page 1 de Victor Barbeau qui m’apprit – à mon grand étonnement – que cette tournure était un calque. Bien sûr, je me suis précipité sur mes dictionnaires. Mais les bilingues n’ont fait que confirmer le verdict : il fallait dire « je m’appelle ». Quant aux unilingues, ils étaient muets. Il s’écoulera ensuite presque vingt ans avant que l’auteur du fameux ColpronNote de bas de page 2 ne vienne me rafraîchir la mémoire (cet anglicisme avait échappé à l’édition de 1970). Et presque autant d’années avant qu’un autre défenseur de la langue, Camil ChouinardNote de bas de page 3, revienne à la charge. Par la suite, les condamnations seront plus rapprochées : Lionel MeneyNote de bas de page 4 en 2003, Jacques LaurinNote de bas de page 5 en 2006 et Jean ForestNote de bas de page 6 en 2008. Si l’on ajoute la mise en garde des Clefs du français pratique du Bureau de la traduction, cela fait à peine sept « condamnations » : « Quel est votre nom? À cette question, le bon usage veut que l’on réponde Je m’appelle… ou Je me nomme…, plutôt que Mon nom est…, calque de l’anglais My name is… ». Sur plus de quarante ans, c’est peu. On est étonné du silence de fidèles vigiles comme Guy Bertrand, Robert Dubuc, Paul Roux ou Marie-Éva de Villers. Mais, condamnations ou pas, nous continuons à l’employer de plus belle. Et nous sommes loin d’être les seuls. La traduction, entre autres, nous en fournit plein d’exemples, et curieusement, de l’italien surtout. Je me contenterai de quatre : Carlo LeviNote de bas de page 7 : « Mon nom est Barone »; Elio VittoriniNote de bas de page 8 : « Sylvestro est mon nom »; Leonardo SciasciaNote de bas de page 9 : « Moi, mon nom est Gerlanda »; et Oriana FallaciNote de bas de page 10 : « Mon nom est Kundun ». Et il n’y a pas que les traducteurs qui affectionnent ce tour. Les Français aussi. Je l’ai entendu dans des films, dont Légitime violence (1982) de Serge Leroy et L’œuvre au noir (1987) d’André Delvaux. Je l’ai même lu dans quelques bédés, notamment un Thorgal : « Mon nom est Thorgal » (Le maître des montagnes). Quant aux auteurs plus sérieux, vous avez l’embarras du choix. Que diriez-vous de Lamartine pour ouvrir le bal? Certes, il inverse la formule : « Le nom de ma famille est d’***. Julie est le mien » (Raphaël, 1849), mais il me semble que c’est à peu près comme dire « Julie est mon nom ». Quant au tour usuel, des auteurs quasi oubliés comme Albert Londres : « Mon nom est M. Pou » (La Chine en folie), ou des moins connus comme Georges Borgeaud (Le préau) ou Hugo Claus (La chasse au canard) l’emploient, ainsi que des plus connus comme Jean Dutourd (Le crépuscule des loups), Louis Guilloux (O.K., Joe!) ou Jean Genet (Un captif amoureux). Même un grand cinéaste ajoute son grain de sel : « Mon nom est Jean Renoir » (Écrits). À l’époque où Barbeau m’apprit la mauvaise nouvelle, le Trésor de la langue française en ligne n’existait évidemment pas. Si on y jetait un coup d’œil? On y trouve plusieurs exemples : de Vigny (Journal d’un poète) : « Mon nom est Jeanne-Victoire »; de Hugo (La légende des siècles), de Claudel (Poésies diverses), et enfin, de Mauriac (Le nœud de vipères), qui emploie les deux : « Je ne m’appelle pas celui qui damne, mon nom est Jésus. » Aujourd’hui, on trouve ce « calque » dans quelques dictionnaires, dont le Grand Larousse de la langue française, que j’avais négligé de consulter à l’époque : « mon nom est Durand ». Sauf erreur, un seul dictionnaire bilingue l’enregistre, le Robert & Collins : « mon nom est Robert ». Dans sa dernière édition, le Littré donne « mon petit nom est Paul », ce qui logiquement devrait nous autoriser à dire « mon nom est Paul », vous ne croyez pas? Après ce chapelet d’exemples (et tous ceux que je vous ai épargnés), je ne vois pas comment on pourrait continuer à condamner cette façon de dire. On peut certes lui préférer « je m’appelle » (c’est mon cas), mais la condamner? Si on ne peut la souffrir, mais qu’on veut éviter de répéter « je m’appelle », ou qu’on trouve « je me nomme » un peu vieillot, il existe une autre formule. Que certains considèrent d’ailleurs comme fautive. Louis-Paul BéguinNote de bas de page 11 est catégorique : « Un lecteur voudrait savoir comment on doit se présenter au téléphone. Doit-on dire : Allo, mon nom est… ou Je suis… Cette dernière formule (Je suis Untel) est absolument à proscrire. C’est un anglicisme de la pire espèce. On peut dire à la rigueur Mon nom est… pour s’identifier au téléphone. » Ce n’est pas l’avis de Colpron ou Chouinard, qui eux – nous l’avons vu – condamnent « mon nom ». Outre « je m’appelle », ils proposent justement « je suis ». J’en ai trouvé moins d’exemples, mais c’est néanmoins courant. Et ça ne date pas d’hier, comme en témoigne cet exemple de Léon DaudetNote de bas de page 12 : « Vous ne me connaissez pas. Je suis Riffard. » Et les Italiens répondent encore à l’appel : Curzio MalaparteNote de bas de page 13 : « Comment t’appelles-tu? – Je suis Calusia, m’cap’taine »; et Tomasi di LampedusaNote de bas de page 14 : « Je suis Bettina, la gouvernante ». Enfin, un auteur françaisNote de bas de page 15 : « [l’auteur] comprenait mal que la plupart des adultes osent ainsi se présenter : Je suis Monsieur Verges ». Au moins deux dictionnaires bilingues, le Harrap’s et le Larousse, l’enregistrent : « je suis Éliane », « je suis Bill ». J’ai écrit au début que je pouvais, en toute impunité, vous demander Quel est votre nom? Mais si je me fie aux dictionnaires, je devrais me méfier de cette question tout autant que de sa réponse « québécoise ». C’est en vain que vous la chercheriez dans le Robert, le Larousse, le Littré, etc. J’ai d’ailleurs déjà entendu ce tour condamné. Et sur Internet, j’ai trouvé récemment un article d’une importante personnalité de la francophonie (commandeur de la Légion d’honneur, entre autres), Jean-Marc Léger, qui déplore l’anglicisation du Québec : « De même, on ne dit plus : Comment vous appelez-vous? mais : Quel est votre nom? (what’s your name?). » Et pourtant, on trouve cette expression dans quelques dictionnaires : le Trésor de la langue française cite Casimir Delavigne (1824) et Mauriac (1938); le Hachette-Oxford, le Larousse bilingue et le Harrap’s la donnent aussi. Et c’est la question qui se pose normalement d’après Béguin et les Clefs du français pratique du Bureau de la traduction. Alors, comment en est-on arrivé à soupçonner ce tour d’être un calque? Il suffit, comme on le voit, que le français ressemble de trop près à l’anglais. À l’époque, Victor Barbeau pouvait toujours invoquer le silence des dictionnaires, mais aujourd’hui, Jean-Marc Léger n’a plus cette excuse. Et nous non plus… Je termine avec un mot sur deux traductions de La nuit des rois de Shakespeare. Dans celle de la romancière acadienne Antonine Maillet (Leméac, 1993), « My name is Mary, sir » est traduit comme vous le feriez : « Je m’appelle Maria, monsieur ». Mais que trouve-t-on dans celle de celui qu’on qualifie de « traducteur le plus respecté de sa génération », Pierre Leyris? Ceci : « Mon nom est Marie, monsieur » (GF-Flammarion, 1994)… Leyris n’a manifestement pas lu Barbeau, Colpron, Chouinard ou les autres.RéférencesNote de bas de page 1 Le français du Canada, 1970.Retour à la référence de la note de bas de page 1Note de bas de page 2 Gilles Colpron, Les anglicismes au Québec, Beauchemin, 1982.Retour à la référence de la note de bas de page 2Note de bas de page 3 1300 pièges du français parlé et écrit, Libre Expression, 2001.Retour à la référence de la note de bas de page 3Note de bas de page 4 Dictionnaire québécois-français, Guérin.Retour à la référence de la note de bas de page 4Note de bas de page 5 Nos anglicismes, Éditions de l’Homme.Retour à la référence de la note de bas de page 5Note de bas de page 6 Le grand glossaire des anglicismes du Québec, Triptyque.Retour à la référence de la note de bas de page 6Note de bas de page 7 Le Christ s’est arrêté à Eboli, Gallimard, 1948 (traduit par Jeanne Modigliani).Retour à la référence de la note de bas de page 7Note de bas de page 8 Conversation en Sicile, Gallimard, 1948 (traduit par Michel Arnaud).Retour à la référence de la note de bas de page 8Note de bas de page 9 La mer couleur de vin, Gallimard, 1977 (traduit par Jacques de Pressac).Retour à la référence de la note de bas de page 9Note de bas de page 10 La rage et l’orgueil, Plon, 2002 (traduit par Victor France).Retour à la référence de la note de bas de page 10Note de bas de page 11 Problèmes de langage au Québec et ailleurs, L’Aurore, 1978.Retour à la référence de la note de bas de page 11Note de bas de page 12 La vie orageuse de Clemenceau, Albin Michel, 1938.Retour à la référence de la note de bas de page 12Note de bas de page 13 Le soleil est aveugle, Denoël, 1958 (traduit par Georges Piroué).Retour à la référence de la note de bas de page 13Note de bas de page 14 Le professeur et la sirène, Seuil, 1961 (traduit par Louis Bonalumi).Retour à la référence de la note de bas de page 14Note de bas de page 15 Pierre Sansot, Bains d’enfance, Payot, 2003.Retour à la référence de la note de bas de page 15
Source : Chroniques de langue (le français vu par des spécialistes de la langue)

Mots de tête : « tel que » + participe passé

Un article sur l’expression
Frèdelin Leroux fils (L’Actualité terminologique, volume 17, numéro 1, 1984, page 10) L’audience a lieu tel que prévu. (Le Droit, 10.11.83) Il en est de certaines locutions comme de la mode « punk » ou des poupées bout-de-chou. On aime ou on n’aime pas. C’est viscéral. C’est le cas de « tel que » suivi d’un participe passé. Nombreux sont ceux qui tiennent cette expression pour un calque de l’anglais. BarbeauNote de bas de page 1, CarbonneauNote de bas de page 2, ColpronNote de bas de page 3, DagenaisNote de bas de page 4 et GérinNote de bas de page 5 sont de cet avis. De même que le collège des réviseurs-moniteurs du Bureau des traductions (voir fiche Repère-T/R sur l’anglicisme, 1982). Ainsi que le Comité de linguistique de Radio-Canada. Mais la position du Comité s’est modifiée sensiblement au fil des années. Sa première fiche, qui remonte au tout début des années soixante, était une condamnation pure et simple :Tel que ne peut être suivi que d’un nom et d’un verbe; jamais d’un adjectif ou d’un participe passé. Une quinzaine d’années plus tard, en 1976, paraît une nouvelle fiche. Le ton, cette fois, est beaucoup plus modéré. On se contente d’une mise en garde :Dans la langue soignée, tel que n’est habituellement pas suivi immédiatement d’un participe passé. En 1981, la position du Comité est reprise et complétée par un de ses membres, Robert Dubuc. La place me manque pour faire état des distinctions intéressantes que l’auteur établit entre les divers emplois de « tel que », mais on pourrait résumer ainsi :S’il y a un antécédent identifiable, la tournure est acceptable (voir exemple de Siegfried ci-après); S’il n’y a pas d’antécédent, on peut reconstruire la phrase, supprimer tel que ou le remplacer par comme, ainsi que, car « cette syntaxe ne semble pas reçue du bon usageNote de bas de page 6 ».Qu’on soit d’accord ou non avec tout ce monde, il faut reconnaître une chose : les solutions de rechange qui nous sont proposées sont souvent excellentes, presque toujours bonnes, et parfois plus courtes. Nous serions bêtes de ne pas en profiter. Il arrive pourtant que la solution ne soit guère meilleure que la « faute ». Ainsi Barbeau suggère de remplacer « tel que convenu » par « suivant que convenu ». Ce n’est pas très élégant. Je me demande si c’est français, d’ailleurs… Malgré tous ces interdits et mises en garde, les Québécois continuent d’employer cette tournure comme si de rien n’était. Et ils ne sont pas les seuls, les Européens aussi. Un lecteur du Monde :« Tout est tel que prévuNote de bas de page 7 ». Un rapport officiel :L’association telle que prévue par la loi de 1901Note de bas de page 8…(…) apporter une réponse aux problèmes de la délinquance tels que révélés par les indicateurs sociauxNote de bas de page 9… Un bulletin du ministère de l’Agriculture :Des vérifications sont effectuées tant à la fabrication que sur les produits tels que vendusNote de bas de page 10. Un traducteur de l’allemand :(…) mais le centre du mouvement était bien tel que décritNote de bas de page 11. Pour leur part, les linguistes français sont moins catégoriques que leurs homologues québécois. Grevisse constate :À noter en particulier tel que suivi immédiatement d’un simple participe passé, avec ellipse du verbe être : « le système de tonnage brut (…) tel que pratiqué en Angleterre » (A. Siegfried, Suez, Panama)Note de bas de page 12. Joseph Hanse, dans son Nouveau Dictionnaire des difficultés du français moderneNote de bas de page 13, reprend la même citation. Il n’est pas inutile de signaler qu’elle date de 1940. Jean-Paul Colin, dans son Dictionnaire des difficultés du françaisNote de bas de page 14, précise que ce tour appartient à la langue administrative ou technique. Le Grand Larousse de la langue française nous dit à peu près la même chose :Tel que, dans la langue familière, commerciale ou administrative, est parfois suivi directement d’un participe passé, avec ellipse du verbe et du sujet : « La recette, telle que donnée ci-dessus, est prévue pour six personnes. »Note de bas de page 15 Jean Girodet, auteur du Dictionnaire du bon françaisNote de bas de page 16, « l’anti-faute », sans condamner la tournure, se veut plus normatif :Tour elliptique, à éviter dans la langue soutenue. Cette « indulgence » des grammairiens européens se comprend : l’anglicisation, réelle ou imaginaire, n’est pas aussi menaçante chez eux que chez nous. C’est sans doute ce qui explique qu’aucun n’y voit l’influence de l’anglais. Mais s’il est vrai que pour les spécialistes québécois cette locution demeure sujette à caution, il y en a pourtant un qui l’enregistre sans le moindre commentaire. Dans sa Pratique de la révision, Paul Horguelin écrit :Ellipse : Suppression de mots non nécessaires à la compréhension. Ex. Tel que (nous en avons) convenuNote de bas de page 17. Ce constat, à mon sens, est un signe que l’expression est sur le point d’être reçue dans le bon usage. Autre signe, tout aussi révélateur, le Dictionnaire des anglicismes au Québec de Gilles Colpron n’en fait plus mention. Oubli? repentir? ou simple constatation que la langue a évolué? Quoi qu’il en soit, je ne suis pas sûr de pouvoir jamais l’employer sans un petit pincement au cœur. Mais je suis tout disposé à la tolérer chez d’autres. Surtout s’il s’agit d’un texte administratif. Et si l’auteur ou le traducteur n’en abuse pas. Car il en va des mots comme de l’alcool : la modération a bien meilleur goût.RéférencesNote de bas de page 1 Victor Barbeau, Le Français du Canada, Garneau, 1970.Retour à la référence de la note de bas de page 1Note de bas de page 2 Hector Carbonneau, Vocabulaire général, bulletin de terminologie nº 147, Bureau des traductions, 1972. (Articles agreed, amended, as, etc.)Retour à la référence de la note de bas de page 2Note de bas de page 3 Gilles Colpron, Les Anglicismes au Québec, Beauchemin, 1970.Retour à la référence de la note de bas de page 3Note de bas de page 4 Gérard Dagenais, Dictionnaire des difficultés de la langue française au Canada, Éditions Pedagogia, 1967.Retour à la référence de la note de bas de page 4Note de bas de page 5 Léon Gérin, Vocabulaire pratique de l’anglais au français, Éditions Albert Lévesque, Montréal, 1937, p. 23.Retour à la référence de la note de bas de page 5Note de bas de page 6 Robert Dubuc, C’est-à-dire, vol. XII, nº 6, 1981, p. 2.Retour à la référence de la note de bas de page 6Note de bas de page 7 Le Monde, 26.2.83.Retour à la référence de la note de bas de page 7Note de bas de page 8 Réponses à la violence, rapport du Comité d’études sur la violence, tome II, Presses Pocket, 1977, p. 390.Retour à la référence de la note de bas de page 8Note de bas de page 9 Ibid., p. 467.Retour à la référence de la note de bas de page 9Note de bas de page 10 Bulletin daté du 17.6.61, in Les Consommateurs, Quin, Boniface et Gaussel, le Seuil, 1965, p. 95.Retour à la référence de la note de bas de page 10Note de bas de page 11 Robert Musil, L’Homme sans qualités, tome II, Gallimard, coll. « Folio », 1973, p. 257. (Traduit de l’allemand par Philippe Jacottet. Paru en 1957.)Retour à la référence de la note de bas de page 11Note de bas de page 12 Maurice Grevisse, Le Bon Usage, Duculot, 8eéd., 1964, p. 1092.Retour à la référence de la note de bas de page 12Note de bas de page 13 Joseph Hanse, Nouveau Dictionnaire des difficultés du français moderne, Duculot, 1983, p. 911.Retour à la référence de la note de bas de page 13Note de bas de page 14 Jean-Paul Colin, Dictionnaire des difficultés du français, Robert, coll. « Les Usuels », 1980, p. 737.Retour à la référence de la note de bas de page 14Note de bas de page 15 Grand Larousse de la langue française, tome 7, 1978, p. 5969.Retour à la référence de la note de bas de page 15Note de bas de page 16 Jean Girodet, Dictionnaire du bon français, Bordas, 1981, p. 754.Retour à la référence de la note de bas de page 16Note de bas de page 17 Paul Horguelin, Pratique de la révision, s. éd. n.l., 1978, p. 97.Retour à la référence de la note de bas de page 17
Source : Chroniques de langue (le français vu par des spécialistes de la langue)

Mots de tête : « livrer la marchandise »

Un article sur l’expression livrer la marchandise
Frèdelin Leroux fils (L’Actualité terminologique, volume 29, numéro 1, 1996, page 15) L’Ontario livre la marchandise.(J.-Cl. Leclerc, Le Devoir, 26.11.86) Marchandise offerte est à demi vendue, dit le proverbe. Mais pas complètement, quand même. Aussi, pour boucler le marché, il faut parfois la farder (« chercher à en faire accroire »), la débiter, ou la vanter (« faire valoir ce qu’on a, ce qu’on fait, en tirer vanité »). Certains iront jusqu’à tromper sur la marchandise (« donner autre chose que ce qu’on avait promis »). On le voit, la marchandise se prête à tous nos caprices. On peut même la livrer. Voire la délivrer. Mais au propre seulement. Et pourquoi pas au figuré? me demandez-vous. J’aimerais bien pouvoir vous répondre aussi ingénument. Cela a peut-être quelque chose à voir avec ce fichu génie de la langue. Comme vous le savez, les anglophones, eux, le peuvent. Et ils ne s’en privent pas. Chez eux, n’importe qui, ou n’importe quoi, peut deliver the goods :(…) to wait for the new economy to deliver the goods (James Bagnall, The Ottawa Citizen, 29.10.93). Si le sens courant, to do or produce the thing required, est relativement récent, to deliver the goods ne date pas d’hier. D’après Les Mots américainsNote de bas de page 1, l’expression remonterait à 1879. En politique, elle signifiait « apporter des voix sur un plateau ». Irène de BuisseretNote de bas de page 2 nous propose justement comme premier sens « tenir ses promesses (électorales ou autres) ». Elle donne deux autres traductions : « répondre aux espoirs » et « remplir son rôle convenablement ». Claude Cornillaud, rédacteur en chef de la défunte Revue du traducteur (mai 1983), traduit par « faire le travail » (ce n’est pas génial, mais ça peut servir). Quant aux dictionnaires bilingues le Harrap portatif (1991), le Robert-Collins (1993), le Larousse bilingue (1993) et le Hachette-Oxford (1994), on croirait qu’ils ont copié les uns sur les autres; ils optent tous pour « tenir parole ». Le Harrap ajoute « remplir ses engagements »; le Larousse, à deliver, « tenir bon »; le Hachette, « répondre à l’attente ». Outre l’incontournable « tenir parole », un dictionnaire de faux amisNote de bas de page 3 donne deux traductions négatives : « the government (…) haven’t delivered the goods – on attend toujours, on n’a rien vu ». C’est à retenir, au cas où. Pour ne pas être en reste, je vous propose « remplir son mandat » (Lexis), « être à la hauteur », « réaliser, remplir son contrat » (Petit Robert). « Tenir le pari » pourrait également faire l’affaire : Nonobstant une présentation bien grise (…), Eveno et Planchais ont tenu le pari (J.-P. Rioux, Le Monde, 24.11.89). C’est bien l’idée de « to carry out one’s part of the agreement » (Concise Oxford Dictionary). J’ignore depuis quand nous livrons la marchandise (une bonne dizaine d’années?), mais il ne fait aucun doute que la palme de l’emploi le plus fréquent nous est acquise. Grâce aux journalistes, notamment : deux à La Presse, six au Devoir, six au Droit. Cela commence à faire du monde à la messe. Je sais, je sais, les journalistes, ce n’est pas la plus sûre des cautions. Mais ils ont l’appui de gens sérieux. Deux universitaires, Gérard BergeronNote de bas de page 4 et Guy LaforestNote de bas de page 5, ne dédaignent pas la tournure. C’est un signe, à mon avis, que le tour est entré dans le bon usage. Le nôtre en tout cas. D’ailleurs, les dictionnaires québécois l’admettent depuis quelque temps. Le premier en date est le Dictionnaire des expressions québécoisesNote de bas de page 6 de Pierre DesRuisseaux : « agir conformément à ses promesses », « aboutir selon les prévisions ». L’année suivante paraît le Dictionnaire pratique des expressions québécoisesNote de bas de page 7 de Dugas et Soucy. On se contente de reprendre les définitions de DesRuisseaux. Mais le Dictionnaire québécois d’aujourd’huiNote de bas de page 8, ce galeux dont on continue de dire pis que pendre, donne une nouvelle acception, qui rend bien le sens que nous lui donnons souvent : « prouver ses capacités ». Pour faire bonne mesure, il ne nous reste plus qu’à trouver des exemples ailleurs que chez nous. Certes, il n’en pleut pas. Mais il y en a. Et ils ont largement l’âge de la retraite. Sauf erreur, c’est aux traducteurs du Guide de la femme intelligenteNote de bas de page 9 de Shaw que revient la palme du premier emploi. Il y a soixante-quinze ans de cela. Augustin et Henriette Hamon n’ont pas craint de traduire littéralement : « livrer la marchandise ». Vous me direz que ça n’était pas sorcier. Il suffisait de suivre l’anglais. J’en conviens. Mais quinze ans plus tard, un futur académicien fera encore mieux :Les circonstances m’ayant introduit dans le métier diplomatique, j’ai considéré que l’honnêteté m’obligeait, comme disent les Américains, à « délivrer la marchandise », à donner le principal de mes forces au patronNote de bas de page 10. Cette citation est de Paul Claudel, qui, un an plus tard, entrait à l’Académie. « On rit pus », comme disent les académiciens… Quelques années auparavant, Claudel avait employé l’expression anglaise telle quelle : « (…) suivant l’expression américaine, it does not deliver the goodsNote de bas de page 11 ». À la deuxième occasion, l’envie de traduire aura été trop forte. Mais pourquoi avoir traduit aussi servilement? Et pourquoi délivrer?! Est-ce un lapsus? J’en doute. Mais ce n’est pas ce qui m’intéresse aujourd’huiAller à la remarque a. Deux exemples, un de 1929 et un autre de 1945, bilan plutôt maigre, me direz-vous. Ça ne fait pas un printemps linguistique. C’est juste. Mais je mettrais votre main au feu que la tournure va se répandre. D’abord parce qu’elle est imagée. Ensuite parce qu’elle n’est pas contraire au « génie » de la langue. La preuve. On employait autrefois livrer avec exactement le même sens que l’expression anglaise :Ce n’est pas tout que de vendre, il faut livrer; il ne suffit pas de promettre quelque chose, il faut trouver les moyens de l’exécuterNote de bas de page 12. Qui sait? En donnant le feu vert à « livrer la marchandise », on permettra peut-être à livrer de reprendre du service. Abondance de biens ne nuit pas.RemarquesRemarque a Je ne résiste pas à la tentation de signaler que j’ai relevé exactement la même expression quarante ans après Claudel sous la plume de Claude Sarraute : « cette pauvre Américaine, obligée (…) à honorer son contrat en délivrant la marchandise, le fameux Baby M., à son acheteurNote de bas de page 13 ». (J’ai pour mon dire que nos commerçants ne seraient pas mécontents de pouvoir délivrer en toute impunité, et sans faire de peine aux défenseurs de la langue.)Retour à la remarque aRéférencesNote de bas de page 1 Jean Forgue, Les Mots américains, P.U.F., coll. Que sais-je?, 1976, p. 33.Retour à la référence de la note de bas de page 1Note de bas de page 2 Irène de Buisseret, Le Guide du traducteur, A.T.I.O., 1970, p. 198; Deux langues, six idiomes, p. 173.Retour à la référence de la note de bas de page 2Note de bas de page 3 Jacques Van Roey, Sylviane Granger et Helen Swallow, Dictionnaire des faux amis français-anglais, Duculot, 1988, p. 201.Retour à la référence de la note de bas de page 3Note de bas de page 4 Gérard Bergeron, À nous autres, Québec/Amérique, 1986, p. 94 et 116.Retour à la référence de la note de bas de page 4Note de bas de page 5 Guy Laforest, De la prudence, Boréal, 1993, p. 45.Retour à la référence de la note de bas de page 5Note de bas de page 6 Pierre DesRuisseaux, Dictionnaire des expressions québécoises, Hurtubise HMH, 1990. (L’expression ne se trouve pas dans la première édition de 1979).Retour à la référence de la note de bas de page 6Note de bas de page 7 André Dugas et Bernard Soucy, Le Dictionnaire pratique des expressions québécoises, Éditions Logiques, 1991.Retour à la référence de la note de bas de page 7Note de bas de page 8 Jean-Claude Boulanger, Dictionnaire québécois d’aujourd’hui, Dicorobert Inc., 1992.Retour à la référence de la note de bas de page 8Note de bas de page 9 George Bernard Shaw, Guide de la femme intelligente, Éditions Montaigne, Paris, 1929, p. 411. Traduit par Augustin et Henriette Hamon.Retour à la référence de la note de bas de page 9Note de bas de page 10 Paul Claudel, œuvres en prose, Gallimard, coll. de La Pléiade, 1965, p. 1357. Texte paru en 1945.Retour à la référence de la note de bas de page 10Note de bas de page 11 Id., Contacts et circonstances, Gallimard, 1947, p. 110. Texte paru en 1938.Retour à la référence de la note de bas de page 11Note de bas de page 12 René Lagane, Locutions et proverbes d’autrefois, Belin, 1983, p. 188.Retour à la référence de la note de bas de page 12Note de bas de page 13 Claude Sarraute, Le Monde, 7.4.87.Retour à la référence de la note de bas de page 13
Source : Chroniques de langue (le français vu par des spécialistes de la langue)

Mots de tête : « ajouter l’insulte à l’injure »

Un article sur l’expression ajouter l’insulte à l’injure
Frèdelin Leroux fils (L’Actualité langagière, volume 6, numéro 4, 2009, page 10) On notera, comme pour ajouter l’insulteà l’injure, l’absence des signes diacritiques.(Jean-Luc Gouin, philosophe et défenseurdu français, Le Devoir, 28.7.09) C’est en naviguant sur Internet que j’ai trouvé le sujet de ma chronique. Un internaute se posait cette question, existentielle s’il en est : « Je me demande s’il existe une expression anglaise équivalente au français ajouter l’insulte à l’injure. » Fort heureusement, un saint-bernard internaute, anglophone, ne tarda pas à se porter à son secours : « You can add insult to injury in English, too; in fact I’m surprised to see a literal equivalent in French. Can you tell us more about the nuances of the French version? » Comme vous devez vous en douter un peu, le tour français est le calque de l’autreAller à la remarque a. Mais je vois à votre mine dubitative que vous ne me croyez qu’à moitié. Plusieurs auteurs pourront vous le confirmer – Camil ChouinardNote de bas de page 1, Paul RouxNote de bas de page 2, Michel ParmentierNote de bas de page 3. Ou encore le site Web de l’Office québécois de la langue française, ou du Français au micro (Guy Bertrand). Ce ne sont pas les façons d’éviter le calque qui manquent. Rien que dans les dictionnaires, j’en ai relevé une douzaine : le Harrap’s se contente de « pour couronner le tout »; le Robert-Collins donne « ce serait vraiment dépasser la mesure » et « aller trop loin »; le Larousse bilingue propose une variante : « dépasser les bornes ». Enfin, le Hachette-Oxford se rapproche de l’anglais : après « pour comble », il étoffe : « et pour comble d’insulte ». On trouve d’autres équivalents sur le site de l’OQLF : « aggraver son cas », « retourner le fer dans la plaieAller à la remarque b », et deux qui ressemblent un peu à l’anglais : « redoubler d’insultes » et « doubler ses torts d’un affront ». On trouve aussi ces deux derniers dans l’ouvrage d’Irène de BuisseretNote de bas de page 4. Deux des auteurs mentionnés ci-dessus proposent des tournures que je n’ai pas vues ailleurs : « et comme si cela ne suffisait pas » (Chouinard), « et par-dessus le marché » (Roux). Je serais tenté d’en ajouter deux de mon cru, « la goutte qui fait déborder le vase » et « jeter de l’huile sur le feu ». Certes, elles ne sont pas passe-partout comme l’anglais, mais dans le contexte idoine… En fouillant dans le dictionnaire de l’Académie, je suis tombé par un heureux hasard sur « brochant sur le tout », que le Harrap’s traduit par « and to crown/cap it all », ce qui correspond exactement à « pour couronner le tout », sa propre traduction de « to add insult to injury ». C’est à donner le tournis… Enfin, dans son fameux The GimmickNote de bas de page 5, Adrienne propose un équivalent quelque peu inusité : « cette remarque a vraiment doublé la dose ». Devant un tel choix, on pourrait croire que les Québécois n’auraient rien de plus pressé que de se débarrasser du calque. Hélas, j’ai l’impression qu’ils continueront de « calquer » à qui mieux mieux, car ils semblent y prendre plaisir. Il faut dire que le pli est pris depuis longtemps. En 1836, le grand journaliste Étienne Parent l’emploie : « C’est sans doute pour ajouter l’insulte à l’injure que la coterie du pouvoir est sans cesse criant contre […] la puissance formidable de la branche populaireNote de bas de page 6. » Quelques années plus tard, Michel BibaudNote de bas de page 7, poète-historien, accuse un membre du Conseil législatif d’en faire autant : « le moyen de justification employé par M. Monk ajoutait l’insulte à l’injure ». Bibaud a écrit une suite à son Histoire, et cette fois l’expression se retrouve dans la bouche de deux parlementaires. D’abord, le futur président de l’Assemblée, Antoine Cuvillier : « Ne semble-t-on pas avoir rejeté tout sentiment d’humanité, pour ajouter l’insulte à l’injure? » Et ensuite le grand PapineauNote de bas de page 8 : « un petit nombre d’hommes […] dilapident des revenus pour les salarier, eux, les ennemis du pays, pour ajouter l’insulte à l’injure ». Cela se passe au cours de la session de 1830, soit à la même époque que l’article de Parent. Il y a donc 180 ans. Ou 36 lustres, si vous préférez. Et nous n’avons pas cessé de « calquer » depuis. Nos journaux nous en fournissent des exemples quotidiennement. Et ils nous servent en plus des variantes intéressantes. Jean Dion, bien sûr, ne pouvait résister à la tentation de parodier : « pour ajouter le camouflet au pied-de-nez » (Devoir, 20.2.03); Dany Laferrière est plus sérieux : « ajouter l’insulte à la gifle » (Presse, 14.10.07). Pierre Foglia ajoute « l’insulte à la défaite » (Presse, 20.7.09) et Michel Vastel, « l’injure à l’affront » (Droit, 12.10.02). On peut même « ajouter » tout court : « pourquoi ajouter à l’insulte en ramenant dans vos valises ces exilés ambitieux qui mangeaient dans la main de Saddam? » (Foglia, Presse, 15.2.03). Nos cousins aussi aiment broder sur le même thème : « La triste particularité de Garasse, c’est d’ajouter l’ignominie à la trivialitéNote de bas de page 9 »; « À cette blessure, la Grande-Bretagne ajouta l’insulteNote de bas de page 10 »; « Un départ constituerait le pire scénario et ajouterait le déshonneur aux difficultésNote de bas de page 11 »; « N’ajoutez pas le mensonge à l’iniquité!Note de bas de page 12 ». Dans un texte de Romain GaryNote de bas de page 13, paru à l’origine en anglais, on rencontre « ajoutant le préjudice à l’affront ». D’après les équivalents proposés ci-dessus, tant par les dictionnaires que par les défenseurs du français, on pourrait croire que c’est la formulation « ajouter à » qui fait problème, qu’elle serait en quelque sorte contraire au génie de la langue. Et pourtant, on vient de le voir, ce n’est pas le cas. Il aurait d’ailleurs suffi de consulter l’ouvrage d’Hector CarbonneauNote de bas de page 14 pour se rendre compte que le tour existe. Outre « ajouter l’injure au préjudice » et « l’injure à l’injustice », Carbonneau propose un équivalent que je trouve particulièrement juteux, « insulter l’âne jusqu’à la bride ». Cette fois, c’est un vieux dictionnaireNote de bas de page 15, que vous avez sûrement dans votre bibliothèque, qui lui fournit cette traduction. Sur Internet, j’ai trouvé ce tour plutôt curieux dans un vieux recueil de proverbes, mais sans explication. Je me suis rabattu sur le Larousse des proverbes, qui ne le donne malheureusement pas, mais je suis tombé sur ceci : « Rien n’est plus insultant que d’ajouter l’ironie à l’insulte. » Ce mot serait de… Napoléon. Il est tiré du Journal de son médecin à l’île Sainte-Hélène, Barry O’Meara. Il s’agit évidemment d’une traduction, mais qu’elle ait été retenue par un ouvrage de la maison Larousse, c’est pour moi la preuve que cette façon de dire n’insulte pas au génie du français (comme on disait autrefois). Enfin, j’ai été dédommagé de ma recherche infructueuse quand j’ai lu sur la Toile ce commentaire d’un habitant de l’Indre-et-Loire, un certain Roland Godeau : « C’est insulter l’âne jusqu’à la bride : J’ai souvent entendu ma mère employer cette expression dans le sens de trop, c’est trop, ou il y a de l’abus. » C’est ainsi qu’en attendant Godeau… j’ai trouvé à la fois un début d’explication de cette locution et deux autres équivalents. Trêve de plaisanterie, avant longtemps nous n’aurons plus l’exclusivité de cette expression. Comme en témoigne cet exemple, elle commence à se répandre en Europe : « En dépit de toute ma loyauté, l’insulte s’est maintenant ajoutée à l’injure et je démissionne de mon poste » (Ruud Lubbers, haut-commissaire de l’ONU aux réfugiés, Reuters, Devoir, 21.2.05). L’intervention d’un internaute anglophone étant à l’origine de cette chronique, je laisse le mot de la fin à un autre anglophone. En octobre 1746, lord Chesterfield écrit à son fils : « Une injure est plus vite oubliée qu’une insulte. » (Je comprends maintenant pourquoi le tour « ajouter l’insulte à l’injure » est beaucoup plus fréquent qu’« ajouter l’injure à l’insulte »…)RemarquesRemarque a De son côté, l’anglais ne serait qu’un calque du latin injuriæ contumeliam addere…Retour à la remarque aRemarque b Ce tour me plaît, mais les dictionnaires ne traduisent que par to twist the knife in the wound.Retour à la remarque bRéférencesNote de bas de page 1 Camil Chouinard, 1500 pièges du français parlé et écrit, La Presse, 2007.Retour à la référence de la note de bas de page 1Note de bas de page 2 Paul Roux, Lexique des difficultés du français dans les médias, La Presse, 2004.Retour à la référence de la note de bas de page 2Note de bas de page 3 Michel Parmentier, Dictionnaire des expressions et tournures calquées sur l’anglais, Presses de l’Université Laval, 2007.Retour à la référence de la note de bas de page 3Note de bas de page 4 Guide du traducteur, Ottawa, A.T.I.O., 1972, p. 328 (Deux langues, six idiomes, p. 299).Retour à la référence de la note de bas de page 4Note de bas de page 5 Adrienne, The Gimmick: Spoken American and English, Flammarion, 1971, p. 128.Retour à la référence de la note de bas de page 5Note de bas de page 6 Le Canadien, 23 septembre 1836.Retour à la référence de la note de bas de page 6Note de bas de page 7 Michel Bibaud, Histoire du Canada et des Canadiens sous la domination anglaise, Montréal, Lovell et Gibson, 1844, p. 195.Retour à la référence de la note de bas de page 7Note de bas de page 8 Histoire du Canada et des Canadiens sous la domination anglaise, Montréal, Lovell, 1878, p. 29.Retour à la référence de la note de bas de page 8Note de bas de page 9 Robert Casanova, introduction à Théophile en prison, J.-J. Pauvert, 1967, p. 38.Retour à la référence de la note de bas de page 9Note de bas de page 10 Monde diplomatique, octobre 2001 (note de la rédaction).Retour à la référence de la note de bas de page 10Note de bas de page 11 Bernard-Henri Lévy, Le lys et la cendre, Livre de poche, p. 418 (Grasset, 1996).Retour à la référence de la note de bas de page 11Note de bas de page 12 Serge Brussolo, Moisson d’hiver, Folio, p. 179 (Denoël, 1994).Retour à la référence de la note de bas de page 12Note de bas de page 13 Romain Gary, L’affaire homme, Folio, 2005, p. 74 (traduction d’un article paru dans la revue Holiday en janvier 1960).Retour à la référence de la note de bas de page 13Note de bas de page 14 Hector Carbonneau, Vocabulaire général, Bulletin de terminologie 147, Secrétariat d’État, 1972 (bulletins parus entre 1957 et 1960).Retour à la référence de la note de bas de page 14Note de bas de page 15 Alfred Elwall, Dictionnaire anglais-français, Paris, Delagrave, 1907.Retour à la référence de la note de bas de page 15
Source : Chroniques de langue (le français vu par des spécialistes de la langue)

Mots de tête : « être à son meilleur »

Un article sur l’expression être à son meilleur
Frèdelin Leroux fils (L’Actualité terminologique, volume 35, numéro 3, 2002, page 16) À son meilleur, un comédien russe est le meilleur du monde.(Véra Murray, Le Devoir, 13.10.92) Il y a plusieurs lustres de cela, il m’arrivait de croiser un collègue qui rentrait au bureau, deux cafés en équilibre précaire dans une main et sa mallette de l’autre. Un jour, en guise d’excuse ou d’explication, il me dit que ce n’était qu’après deux ou trois cafés qu’il était à son meilleur. Il ne pouvait pourtant pas ignorer que c’était un anglicisme, ayant, comme nous tous, longuement compulsé son DaviaultNote de bas de page 1, ou son DagenaisNote de bas de page 2 encore. Pierre Daviault ne parle pas expressément de calque. Mais s’il prend la peine – et ce, dès 1941Note de bas de page 3 – de proposer deux façons de rendre « to be at one’s best », alors que l’expression figure dans les dictionnaires, c’est peut-être qu’à son meilleur commençait à se répandre. Quoi qu’il en soit, la paternité de la première condamnation reviendrait plutôt à Gérard Dagenais, ou au Comité de linguistique de Radio-Canada, dont une première fiche date vraisemblablement de 1967. Ils seront immédiatement suivis de Victor BarbeauNote de bas de page 4 (1968), avec Gilles ColpronNote de bas de page 5 non loin derrière (1970), qui devance à peine Robert DubucNote de bas de page 6 (1971), Irène de BuisseretNote de bas de page 7 (1972) et Louis-Paul BéguinNote de bas de page 8 (1974). Le Comité reviendra à la charge en 1977, avec une nouvelle fiche et un article dans son bulletinNote de bas de page 9. Dix ans plus tard, le MultidictionnaireNote de bas de page 10 (1988) vient nous rappeler qu’il n’est pas prévu de péremption pour les fautes de langue. En 1999, dans une somme impressionnante de nos usages et « mésusages », Lionel MeneyNote de bas de page 11 propose une bonne vingtaine d’équivalents d’à son meilleur. Enfin, il y a un an à peine, un conseiller linguistiqueNote de bas de page 12 de Radio-Canada fait paraître un recueil de pièges de la langue, pour bien s’assurer que nous n’avons pas oublié. Bref, à son meilleur est condamné depuis presque 40 ans – ou huit lustres, si vous préférez. Dans le chapelet de solutions retenues par ces auteurs, c’est l’idée de forme qui revient le plus souvent : être en (pleine) forme, au plus haut de sa forme, au meilleur de sa forme. Et voici pêle-mêle diverses propositions : exceller, donner toute sa mesure, être à son avantage, se montrer sous son meilleur jour, être dans tous ses moyens, être à son sommet, être à son plus haut niveau, etc. Dagenais et Barbeau – reste de galanterie de l’époque? – n’oublient pas les femmes : être en beauté et n’avoir jamais été aussi belle. On pourrait croire que les possibilités d’équivalents ont été épuisées, mais les dictionnaires en ont trouvé d’autres. Après un chassé-croisé qui nous fait sauter de best à forme en passant par mieux pour aboutir à top, on obtient le bilan suivant : la plupart donnent au mieux de sa forme. Le Harrap’s et le Robert-Collins ajoutent être en train, de toute beauté, être dans une forme à tout casser, du meilleur (Dickens, par ex.). Dans le Grand Robert de 2001, à une entrée qui ne saurait être plus française – top –, on trouve être au top, avec comme équivalent être au meilleur de sa forme. Cette dernière tournure m’amène à ouvrir une parenthèse. D’après la seconde fiche de Radio-Canada, au meilleur de sa forme serait fautif. Et pourtant, trois dictionnaires l’enregistrent (Harrap’s, Larousse bilingue, Grand Robert). De mon côté, j’ai rencontré ce « fautif » plusieurs fois dans Le MondeNote de bas de page 13, dans une traductionNote de bas de page 14, un guide des oiseauxNote de bas de page 15, un romanNote de bas de page 16. Je vois difficilement comment le Comité de linguistique pourrait maintenir sa condamnation. La première fiche du Comité donne un exemple fautif à corriger, « ces tomates sont cueillies lorsque leur saveur est à son meilleur », et propose à la place à son mieux. La nouvelle fiche recommande plutôt « lorsqu’elles sont le plus savoureuses ». C’est qu’entre-temps on s’est rendu compte qu’à son mieux ne se dit pas (v. l’article de C’est-à-dire). C’est pourtant l’expression que proposait Louis-Paul Béguin dans son Mot du jour. Et Dagenais et Colpron recommandaient une formule assez voisine, être au mieux. Mais les dictionnaires ne connaissent ni à son mieux, ni être au mieux dans ce sens. On n’y trouve qu’au mieux de sa forme. Fermons la parenthèse et revenons à notre mouton noir (ou brebis galeuse, si vous préférez). Malgré toutes ces mises en garde et condamnations, la popularité d’à son meilleur est loin de s’essouffler. Un professeur de philosophieNote de bas de page 17, dans sa présentation d’un dossier sur le Frère Untel, l’emploie :Il n’est vraiment à son meilleur qu’en un cercle réduit d’invités. Ainsi qu’un de nos grands romanciers, Jacques FerronNote de bas de page 18 :Je m’imagine que tous exilés sur une banquise […], nous serions à notre meilleur. 1992 aura été une année presque faste, j’y ai relevé trois exemples : un défenseur des droits de l’homme, Maurice Champagne (La Presse, 22.9.92), et deux journalistes, Véra Murray (citée en exergue) et Lysiane Gagnon :[Mulroney] est à son meilleur dans un contexte d’intense partisanerieNote de bas de page 19. Vingt ans après le dossier que lui consacrait le collège de Cap-Rouge, le Frère Untel suit l’exemple de son présentateur :Les médias sont à leur meilleur et la communication, à son pireNote de bas de page 20. On ne voit pas souvent être à son pire, mais on le trouve dans un ouvrageNote de bas de page 21 paru il y a une dizaine d’années; l’étonnant, c’est qu’être à son meilleur n’y figure pas… Je ne vais pas égrener tous les exemples que j’ai relevés, mais je tiens à signaler encore quelques cas, dont celui d’un bon romancier québécois, Robert Lalonde (Le Devoir, 31.8.97), et de journalistes ou critiques littéraires sérieux : Guylaine Massoutre (9.9.00), Jean Aubry (27.10.00), Gabrielle Gourdeau (29.8.01) et Louis Cornellier (13.10.01), tous du Devoir. Lise Bissonnette, à l’époque où elle était rédactrice en chef de ce même journal, emploie une légère variante :Au moment où la « diplômation » du secondaire atteignait son meilleurNote de bas de page 22. Et depuis un certain temps déjà, il se trouve même des Français pour fréquenter cet anglo-québécisme peu fréquentable. En 1990, le directeur du Nouvel ObservateurNote de bas de page 23s’en sert sans sourcillerAller à la remarque a :Notre président était dimanche soir à son meilleur… Une journaliste du Monde n’a pas plus d’états d’âme que Jean Daniel :Des acteurs […], débutants, amateurs, professionnels, unis, à leur meilleurNote de bas de page 24. Un autre journaliste, du Point cette fois, écrit :C’est Sydney Pollack à son meilleurNote de bas de page 25. Il eût été pourtant facile d’écrire « du meilleur Sydney Pollack »… Enfin, j’ai rencontré l’expression sur deux sites Internet – du journal Dernières Nouvelles d’Alsace et de la Coupe du monde de la FIFA. Les Français finiront-ils par l’adopter? Ils l’ont fait pour une autre tournure avec meilleur qui date de 1910 et qui est encore aujourd’hui considérée comme fautive par pas mal de monde. Avoir/prendre le meilleur sur (son adversaire, par ex.), empruntée au vocabulaire sportif, est habituellement suivie de la mention « emploi critiqué », « calque » ou « anglicisme » (v. le Grand Robert de 2001). Mais le HanseNote de bas de page 26 (1983) et le Dictionnaire universel francophone, paru en 1997, se contentent d’indiquer que c’est un terme de sport. Le Rey-ChantreauNote de bas de page 27 (si je puis l’appeler ainsi) reconnaît qu’il s’agit d’un anglicisme, mais précise que cela se disait en ancien français (au XIIe siècle), dans le même sens. Comme on pouvait s’y attendre, l’expression a fini par sortir des stades, et depuis assez longtemps : le Trésor de la langue française donne un exemple de Jean Giraudoux qui date de 1943, où il est question de femmes qui ont le meilleur sur leur mari… En terminant, j’aimerais signaler un autre calque que nous aimons bien et qui est encore plus exécré par les gardiens de la langue, au meilleur de ma connaissance. Condamné depuis belle lurette – depuis 1896Note de bas de page 28  –, ce tour fut pendant longtemps une sorte de chasse gardée québécoise, mais je constate que ce n’est apparemment plus le cas, puisque le HanseNote de bas de page 29 le signale, avec la mention « traduction de l’anglais » toutefois. Et ce n’est pas tout, dans sa dernière édition, le Grand Robert donne un deuxième équivalent à être au top – être au meilleur de ses capacités. Cette tournure est condamnée chez nous depuis au moins trente ans (par Colpron, notamment). Décidément, meilleur n’a pas fini de faire des ravages… Pour le meilleur ou pour le pire? L’avenir nous le dira.RemarquesRemarque a Après pareille allitération, Racine peut aller se rhabiller.Retour à la remarque aRéférencesNote de bas de page 1 Pierre Daviault, Langage et traduction, Ottawa, Imprimeur de la Reine, 1963.Retour à la référence de la note de bas de page 1Note de bas de page 2 Gérard Dagenais, Dictionnaire des difficultés de la langue française au Canada, Québec-Montréal, Éditions Pedagogia, 1967.Retour à la référence de la note de bas de page 2Note de bas de page 3 Daviault, Notes de traduction, 3e série, Montréal, Éditions de l’A. C.-F., 1941.Retour à la référence de la note de bas de page 3Note de bas de page 4 Victor Barbeau, Cahiers de l’Académie canadienne-française, vol. 12, Montréal, 1968.Retour à la référence de la note de bas de page 4Note de bas de page 5 Gilles Colpron, Les anglicismes au Québec, Montréal, Beauchemin, 1970.Retour à la référence de la note de bas de page 5Note de bas de page 6 Robert Dubuc, Objectif : 200, Montréal, Leméac, 1971, p. 50-51.Retour à la référence de la note de bas de page 6Note de bas de page 7 Irène de Buisseret, Guide du traducteur, Ottawa, Association des traducteurs et interprètes de l’Ontario, 1972, p. 33 (v. Deux langues, six idiomes, 1975, p. 23).Retour à la référence de la note de bas de page 7Note de bas de page 8 L.-P. Béguin, Le mot du jour, Québec, Office de la langue française, 1974, p. 8.Retour à la référence de la note de bas de page 8Note de bas de page 9 C’est-à-dire, vol. IX, nº 6, p. 7.Retour à la référence de la note de bas de page 9Note de bas de page 10 Marie-Éva de Villers, Multidictionnaire des difficultés de la langue française, Montréal, Québec/Amérique, 1988.Retour à la référence de la note de bas de page 10Note de bas de page 11 Lionel Meney, Dictionnaire québécois français, Montréal, Guérin, 1999.Retour à la référence de la note de bas de page 11Note de bas de page 12 Camil Chouinard, 1300 pièges du français parlé et écrit au Québec et au Canada, Montréal, Libre Expression, 2001.Retour à la référence de la note de bas de page 12Note de bas de page 13 Le Monde, 25.9.83, 12.12.86, 19.12.86, 19.12.87.Retour à la référence de la note de bas de page 13Note de bas de page 14 Brendan Behan, Encore un verre avant de partir, Gallimard, 1970, p. 121. (Traduit par Paul-Henri Claudel.)Retour à la référence de la note de bas de page 14Note de bas de page 15 Michel Van Havre, Observez les oiseaux, Marabout, 1980, p. 266.Retour à la référence de la note de bas de page 15Note de bas de page 16 Dan Franck et Jean Vautrin, Les Noces de Guernica, Presses Pocket, 1995, p. 512.Retour à la référence de la note de bas de page 16Note de bas de page 17 Rosaire Bergeron, préface au Dossier Untel, Montréal, Éditions du Jour, 1973, p. xxxi.Retour à la référence de la note de bas de page 17Note de bas de page 18 Jacques Ferron, Une amitié particulière, Montréal, Boréal, 1990, p. 182 (lettre du 2 mars 1982).Retour à la référence de la note de bas de page 18Note de bas de page 19 Lysiane Gagnon, La Presse, 2.11.92.Retour à la référence de la note de bas de page 19Note de bas de page 20 Jean-Paul Desbiens, Journal d’un homme farouche, Montréal, Boréal, 1993, p. 307.Retour à la référence de la note de bas de page 20Note de bas de page 21 André Dugas et Bernard Soucy, Le Dictionnaire pratique des expressions québécoises, Montréal, Éditions Logiques, 1991.Retour à la référence de la note de bas de page 21Note de bas de page 22 Lise Bissonnette, Le Devoir, 14.12.91.Retour à la référence de la note de bas de page 22Note de bas de page 23 Jean Daniel, Le Nouvel Observateur, 4-10.1.90.Retour à la référence de la note de bas de page 23Note de bas de page 24 Danièle Heymann, Le Monde, 21.5.91.Retour à la référence de la note de bas de page 24Note de bas de page 25 Marie-François Leclère, Le Point, 12.11.99.Retour à la référence de la note de bas de page 25Note de bas de page 26 Joseph Hanse, Nouveau Dictionnaire des difficultés du français moderne, Duculot, 1983.Retour à la référence de la note de bas de page 26Note de bas de page 27 Alain Rey et Sophie Chantreau, Dictionnaire des expressions et locutions figurées, Les dictionnaires Robert, coll. « Les Usuels », 1984.Retour à la référence de la note de bas de page 27Note de bas de page 28 Raoul Rinfret, Dictionnaire de nos fautes contre la langue française, Montréal, Cadieux et Derome, 1896.Retour à la référence de la note de bas de page 28Note de bas de page 29 Hanse, op. cit.Retour à la référence de la note de bas de page 29
Source : Chroniques de langue (le français vu par des spécialistes de la langue)

Mots de tête : « Marcher des milles ou faire des kilomètres à pied? »

Un article sur l’expression marcher des milles ou des kilomètres
Frèdelin Leroux fils (L’Actualité langagière, volume 4, numéro 2, 2007, page 26) Cinq heures plus tard, j’ai marché dix ou douze kilomètres.(Louis Gauthier, Voyage en Irlande avec un parapluie) C’est avec incrédulité – pour ne pas dire consternation – que j’appris il y a plusieurs lustres que les enfants des rangs de mon village qui devaient « marcher » deux ou trois milles pour se rendre à l’école, eh bien, c’est à pied qu’ils les faisaient… C’est Claude Duneton qui m’apprit la mauvaise nouvelle. Il rapporte que son fils, en rentrant à la maison, lui annonce : « J’ai marché quatre kilomètres ». Et Duneton d’ajouter : « Il ne connaît pourtant pas l’anglais : I walked four miles. C’est l’instinct; il ne sait pas encore, ô innocence! que le peuple auquel il appartient est censé préférer les tournures nominales, et que par décision d’en haut il doit dire : J’ai fait quatre kilomètres à piedNote de bas de page 1. » Et vous, vous le saviez? Vous devriez, car on nous met en garde contre cet usage depuis assez longtemps. Chez nous, Marie-Éva de Villers est peut-être la première à en parler : « En français, le verbe marcher est intransitif; il ne peut être suivi d’un complément de distance comme en anglais. Bianca fait 2 km pour aller à l’école (et non marche 2 km) »Note de bas de page 2. Mais elle n’a pas toujours été de cet avis, car dans la première édition de son ouvrage on trouve cet exemple : « Elle a marché deux kilomètres pour aller à l’école »Note de bas de page 3. Qu’est-ce qui a pu lui faire changer son fusil d’épaule? Sûrement pas le ColpronNote de bas de page 4, puisque ce n’est qu’en 1998 que les auteurs l’ajoutent à leur liste d’anglicismes. Et pas davantage Paul RouxNote de bas de page 5 ou Lionel MeneyNote de bas de page 6, puisque leurs ouvrages ne paraîtront qu’en 1997 et 1999. Serait-ce alors la fameuse Stylistique comparée de Vinay et Darbelnet? Au chapitre de la prédominance du substantif en français, les auteurs donnent cet exemple : « Il a fait dix kilomètres le ventre vide : He walked seven miles on an empty stomach »Note de bas de page 7. Mais je soupçonne que c’est plutôt le Hanse qui lui a mis la puce à l’oreille, car elle a repris à peu près la même formulation : « Marcher ne peut être suivi comme en anglais d’un complément de distance. On dit : Je fais trois kilomètres tous les matinsNote de bas de page 8. » Par ailleurs, elle avait sûrement lu Duneton. Si oui, il me semble qu’elle aurait pu mettre un bémol à sa condamnation. Quoi qu’il en soit, si Hanse prend la peine de faire une sorte de rappel à l’ordre, c’est sans doute qu’il y avait déjà des délinquants qui s’entêtaient à « marcher » de travers. Le plus ancien de ces empêcheurs de marcher en rond pourrait bien être Roger Vercel. Heureusement que Bertrand Tavernier a eu l’idée de porter à l’écran son roman Capitaine Conan, paru en 1934, autrement je ne l’aurais probablement jamais lu et cette phrase m’aurait échappé : « Les quatre kilomètres à marcher jusqu’au fleuve parurent interminables »Note de bas de page 9. Pourquoi Vercel n’a-t-il pas écrit simplement « les quatre kilomètres à faire jusqu’au fleuve »? Le lecteur aurait compris qu’il fallait les faire à pied. Mon deuxième exemple date à peu près de la même époque. Il est de Léon Werth : « Les deux autres doivent marcher encore trois cents kilomètres »Note de bas de page 10. Jean Giono, pour sa part, tout à son plaisir de marcher, tombe dans le pléonasme : « j’avais presque marché trente kilomètres à pied »Note de bas de page 11. (Hanse écrit que ce n’est plus considéré comme un pléonasme depuis longtemps, mais certains ouvrages le déconseillent encore.) L’infatigable voyageur qu’était Nicolas Bouvier ne se contentait pas de bouffer des kilomètres en Fiat Topolino, il marchait aussi beaucoup, aussi bien à 36 ans (en 1965) : « j’ai bien marché vingt kilomètres au hasard dans la ville »Note de bas de page 12, qu’à 56 (en 1985) : « J’ai marché aujourd’hui près de vingt kilomètres »Note de bas de page 13. À l’instar de Bouvier, les reporters ne dédaignent pas de « marcher » des kilomètres ; la spécialiste de la Tchétchénie, Anne NivatNote de bas de page 14 : « nous devons marcher de longs kilomètres dans la nuit noire » ; « ils ont dû marcher plusieurs kilomètres à travers des champs de mines » ; un grand reporter polonais, Ryszard Kapuściński : « À Abdallah Wallo, l’eau est proche, mais ailleurs il faut marcher des kilomètres »Note de bas de page 15 ; l’auteur d’Hôtel Palestine, journaliste en Irak : « Vous me dites que vos hommes sont capables de marcher 75 kilomètres en 17 heures »Note de bas de page 16. Rien d’étonnant non plus à ce qu’un romancier « régionaliste » l’emploie : « Tu crois qu’on a beaucoup marché? – Peut-être cinq kilomètres » ; « Plus que vingt kilomètres à marcher »Note de bas de page 17. Dans le récit d’un clochard, fait de vive voix, on rencontre les deux formules : « Si on a envie de marcher vingt kilomètres, on fait vingt kilomètres »Note de bas de page 18. On en trouve bien sûr des exemples sur Internet : « Pour parcourir le sentier impérial, il faut être prêt à marcher des kilomètres et des kilomètres » (Courrier international, 27.11.03) ; « les femmes doivent marcher des kilomètres dans les zones rurales pour prendre de l’eau » (L’Humanité). Sur le site des éditions Corti, à propos de l’auteur d’un récit intitulé Quinze cents kilomètres à pied à travers l’Amérique profonde, on dit de lui qu’il aime « marcher jusqu’à 80 kilomètres par jour ». Enfin, au moins trois dictionnaires enregistrent cet usage. Le Dictionnaire universel du français (Hachette, 1997) donne, à « kilomètre », « marcher plusieurs kilomètres sans s’arrêter ». Curieusement, c’est le même exemple qui figure dans le Dictionnaire du français plus, paru dix ans plus tôt. La clef, c’est peut-être que l’auteur du Français plus a aussi collaboré au DUF . (Chose non moins curieuse, l’expression ne figure pas dans le Dictionnaire québécois d’aujourd’hui, où on se serait attendu à la trouver.) Sauf erreur, un seul dictionnaire bilingue l’enregistre, le Hachette-Oxford (dès sa parution en 1994) : « marcher des kilomètres = to walk for miles ». Et il n’y a pas que « marcher » qui se voit servi à la sauce transitive, « rouler » aussi. Qui ne connaît la belle chanson de Richard Desjardins : « J’ai roulé quatre cents milles, sous un ciel fâché »? Mais ce n’est pas une exclusivité québécoise, puisque Léon Werth en fait autant : « J’ai de quoi rouler une cinquantaine de kilomètres »Note de bas de page 19. Dans une traduction de l’anglais, on « galope » des milles : « Ces quatre mois que j’ai passés à galoper des centaines de milles à travers les plaines brûlantes »Note de bas de page 20. Et dans une traduction de l’espagnol, on « nage » des mètres : « les 40 mètres aller retour que j’ai nagés pour récupérer la pièce abattue par Alberto »Note de bas de page 21. Et que dire de « courir »? Certes, on peut courir le (ou un) 100 mètres, mais écririez-vous « courir cent mètres »? Les Immortels, eux, n’hésitent pas, et avec « mille » en plus. Je sens que vous ne me croyez pas, alors je vous invite à ouvrir le dictionnaire de l’Académie (après l’avoir dépoussiéré) à l’entrée « mille », et vous pourrez y lire « courir dix milles ». Ce qui nous amène inévitablement à poser la question : Si on peut courir dix milles, pourquoi ne pourrait-on pas les « marcher »? Le regretté Jean-Marie Laurence s’était déjà posé la question, il y a une cinquantaine d’années. Dans un mémoire présenté à la Société royale du Canada, « Premiers principes d’une théorie de l’anglicisme », il parle assez longuement de ce problème. Écoutons-le : « Par crainte de l’anglicisme, faut-il nous priver de l’expression marcher un mille? Faut-il dire, sous peine de faute grave : faire un mille à pied? En théorie, non. Il est aussi français de dire marcher un mille pour se rendre chez sa dulcinée que dormir douze heures pour se reposer de n’avoir rien fait. On dit fort bien courir un mille. Et pourquoi pas marcher un mille? On objectera que marcher, au sens qui nous intéresse, est intransitif et refuse tout complément direct. Dans marcher un mille, le complément un mille n’est pas direct non plus, mais circonstanciel.Note de bas de page 22 » Je vous laisse trancher s’il s’agit d’un complément direct ou circonstanciel. Pour ma part, j’espère simplement que mes exemples feront que cet appel au bon sens sera entendu, et que même dans sa tombe Laurence pourra, pour aller voir sa dulcinée, marcher le mille qui l’en sépare… ou le faire à pied.RéférencesNote de bas de page 1 Parler croquant, Stock, 1973, p. 137.Retour à la référence de la note de bas de page 1Note de bas de page 2 Multidictionnaire des difficultés de la langue française, Québec /Amérique, 2e édition, 1993.Retour à la référence de la note de bas de page 2Note de bas de page 3 Multidictionnaire, 1reéd., 1988.Retour à la référence de la note de bas de page 3Note de bas de page 4 Constance Forest et Denise Boudreau, Le Colpron, Beauchemin, 1998.Retour à la référence de la note de bas de page 4Note de bas de page 5 Lexique des difficultés du français dans les médias, Éditions la Presse, 1997.Retour à la référence de la note de bas de page 5Note de bas de page 6 Dictionnaire québécois-français, Guérin, 1999.Retour à la référence de la note de bas de page 6Note de bas de page 7 Jean-Paul Vinay et Jean Darbelnet, Stylistique comparée du français et de l’anglais, Beauchemin, 1966, p. 114.Retour à la référence de la note de bas de page 7Note de bas de page 8 Joseph Hanse, Nouveau Dictionnaire des difficultés du français moderne, Duculot, 1983.Retour à la référence de la note de bas de page 8Note de bas de page 9 Capitaine Conan, Poche, 1969, p. 232 (Albin Michel, 1934).Retour à la référence de la note de bas de page 9Note de bas de page 10 33 jours, Seuil, coll. Points, 1994, p. 91 (manuscrit de 1940).Retour à la référence de la note de bas de page 10Note de bas de page 11 Les âmes fortes, Pléiade, 1980, p. 256 (Gallimard, 1950).Retour à la référence de la note de bas de page 11Note de bas de page 12 Chronique japonaise, Payot, 1989, p. 122.Retour à la référence de la note de bas de page 12Note de bas de page 13 Journal d’Aran et d’autres lieux, Payot, 1990, p. 78.Retour à la référence de la note de bas de page 13Note de bas de page 14 Chienne de guerre, Poche, 2001, p. 155 et 252.Retour à la référence de la note de bas de page 14Note de bas de page 15 Ébène, Pocket, 2002, p. 250 (traduit par Véronique Patte).Retour à la référence de la note de bas de page 15Note de bas de page 16 Charles Lambroschini, Le Figaro littéraire, 30.10.03 (compte rendu d’Hôtel Palestine de Patrick Forestier).Retour à la référence de la note de bas de page 16Note de bas de page 17 Christian Signol, Les amandiers fleurissaient rouge, Pocket, 1990, p. 194 et 259.Retour à la référence de la note de bas de page 17Note de bas de page 18 Patrick Declerck, Les naufragés, Pocket, 2003, p. 168.Retour à la référence de la note de bas de page 18Note de bas de page 19 Werth, op. cit., p. 97.Retour à la référence de la note de bas de page 19Note de bas de page 20 Vladimir Pozner, présentation de 10 jours qui ébranlèrent le monde de John Reed, Éditions sociales, 1982, p. 12.Retour à la référence de la note de bas de page 20Note de bas de page 21 Che Guevara, Voyage à motocyclette, Mille et une nuits, 1997, p. 32 (traduit par Martine Thomas).Retour à la référence de la note de bas de page 21Note de bas de page 22 Mémoires de la Société royale du Canada, tome XLIX, 3e série, première section, juin 1955, p. 19.Retour à la référence de la note de bas de page 22
Source : Chroniques de langue (le français vu par des spécialistes de la langue)

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