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Résultats 1 à 10 de 22 (page 1 de 3)

Indicatif, conditionnel, impératif ou subjonctif? 1

Jeu sur les modes verbaux consistant à dire si les verbes en gras sont à l’indicatif, au conditionnel, à l’impératif ou au subjonctif.Les modes des verbes sont personnels (indicatif, conditionnel, impératif et subjonctif) ou impersonnels (infinitif, participe et gérondif). L’exercice qui suit concerne les modes personnels.Dites si les verbes entre crochets sont à l’indicatif, au conditionnel, à l’impératif ou au subjonctif.1. Victor [adore] patiner, mais il ne [patine] pas très souvent.indicatifconditionnelimpératifsubjonctif2. N'[oublie] pas d’arroser les plantes s’il te plait.indicatifconditionnelimpératifsubjonctif3. Aujourd’hui, je [rencontre] mes amis à 14 h pour prendre un café.indicatifconditionnelimpératifsubjonctif4. Je suggère que tu t'[habilles] chaudement parce qu’il fait froid.indicatifconditionnelimpératifsubjonctif5. [Savez]-vous où sont partis mes amis?indicatifconditionnelimpératifsubjonctif6. [Fais] attention où tu mets tes pieds!indicatifconditionnelimpératifsubjonctif7. Pour protéger ta tête, il est important que tu [portes] un casque.indicatifconditionnelimpératifsubjonctif8. Si j'étais riche, je [ferais] le tour du monde.indicatifconditionnelimpératifsubjonctif9. Il faut que vous [soyez rentrés] avant leur arrivée.indicatifconditionnelimpératifsubjonctif10. [Aimez]-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.indicatifconditionnelimpératifsubjonctif  
Source : Jeux du Portail linguistique du Canada
Nombre de consultations : 68 633

Verbes : conjugaison au subjonctif présent

Jeu dans lequel il faut trouver la bonne façon de conjuguer les verbes au subjonctif présent (par exemple : que je fasse).Les phrases ci-dessous comportent des verbes à conjuguer au subjonctif présent, ce mode parfois étrange qui donne que je fasse, que tu viennes ou qu’elle dise, par exemple.Votre défi : trouver la bonne conjugaison!1. Ce chat adore qu’on lui (faire) des câlins.faitfassefasses2. J’aurais une course à faire avant que nous (passer) prendre Éric.passonspassions3. Bien que nous (travailler) vite, il faudra encore trois semaines pour tout régler.travaillonstravaillions4. Je crains qu’il ne/n’ (être) trop tard.estsoissoit5. Il voudrait qu’on lui (envoyer) des fleurs.envoieenvoisenvoit6. Viens vite! Il faut absolument que tu (voir) ça!voievoiesvois7. Elle aimerait qu’on les vice-présidents de la première ronde de discussions.excluexclueexclut8. Il est essentiel que vous (être) à l’heure.êtessoyezsoyiez9. Bien qu’il (parcourir) souvent les pays d’Europe, il connaît peu l’Asie.parcoureparcoursparcourt10. On répartira les tâches ainsi jusqu’à ce que tu (avoir) plus de responsabilités.aieaiesais  
Source : Jeux du Portail linguistique du Canada
Nombre de consultations : 14 985

afin de/pour et afin que/pour que

Article portant sur la différence entre les prépositions afin de et pour, et sur l’emploi des locutions conjonctives afin que et pour que.
Sur cette page Différences de sens Infinitif/subjonctif Infinitif Subjonctif Renseignements complémentaires Différences de sens Les prépositions afin de et pour ne sont pas synonymes et interchangeables dans tous les contextes. Afin de implique l’idée d’un but visé par le sujet qui accomplit l’action. Dans ce sens, pour peut toujours être employé à la place de afin de : J’arrive tôt afin de/pour pouvoir étudier le dossier. Afin de exprime toutefois plus fortement l’intention d’arriver à un but que pour : Je l’ai appelé pour m’excuser, mais aussi afin d’obtenir son pardon. Il faut toutefois employer pour (et non afin de) pour exprimer un résultat, ou quand le sujet de l’action est une chose ou un être vivant non assimilé à une personne : Il faut 100 cm pour faire un mètre. (= résultat)   Les saumons remontent leur rivière natale pour pondre. (= être vivant non assimilé à une personne) Afin de et afin que appartiennent à la langue écrite. Pour et pour que s’emploient tant à l’oral qu’à l’écrit. Infinitif/subjonctif Infinitif On emploie afin de et pour avec l’infinitif quand le sujet de l’infinitif est le même que le sujet du verbe principal : Alain arrive tôt afin de/pour pouvoir étudier le dossier à fond. (c’est le sujet Alain qui fait l’action d’arriver et de pouvoir étudier) Il peut arriver – mais cela est rare – que les deux verbes de la phrase aient un sujet différent. Le sujet de l’infinitif peut alors être : le complément exprimé ou sous-entendu d’une tournure passive dans la principale : Toute une mise en scène avait été préparée afin de le convaincre de participer au projet. (le complément sous-entendu de avait été préparée, qui répond à la question « par qui? », étant par des personnes, il s’ensuit que le complément « ces personnes » est le sujet de l’infinitif convaincre) un autre complément : Ils me payèrent afin de les distraire. (André Gide) (le sujet de distraire est me, mis pour moi) Toutefois, il ne s’agit pas là de tournures courantes. Il est préférable dans ces cas de recourir aux locutions conjonctives afin que ou pour que. Subjonctif Normalement, quand le sujet de l’infinitif est différent de celui du verbe principal, on emploie afin que ou pour que et l’on fait suivre cette locution conjonctive du subjonctif : Soyez à l’heure afin que/pour que nous puissions étudier le dossier. (vous est le sujet sous-entendu de soyez à l’heure; nous est le sujet de pouvoir étudier) Si l’on employait afin de ou pour (suivi de l’infinitif), la phrase changerait de sens : Soyez à l’heure afin de/pour pouvoir étudier le dossier. (c’est la personne à qui l’on s’adresse qui doit étudier le dossier; il n’y a pas de nous sous-entendu) Renseignements complémentaires Pour plus de renseignements, voir afin de/que (virgule + afin de/que).
Source : Clés de la rédaction (difficultés et règles de la langue française)
Nombre de consultations : 11 235

Conjugaison : nous nous souviendrons d’eux

Jeu français dans lequel il faut conjuguer le verbe « se souvenir » à différents temps et modes dans des phrases liées au jour du Souvenir.« Nous nous souviendrons d'eux » est le dernier vers de l'Acte du Souvenir, un extrait d'un poème écrit au début de la Première Guerre mondiale en l'honneur de ceux qui y ont perdu la vie. L'Acte du Souvenir est récité lors des cérémonies du jour du Souvenir au Canada.Conjuguez le verbe se souvenir au temps et au mode qui conviennent dans les phrases suivantes liées au jour du Souvenir.1. Elle (passé composé) de ces braves gens qui se sont portés volontaires pour défendre la cause de la liberté et de la paix.s'est souvenus'est souvints'est souvenue2. Le 11 novembre, cette année-là, il (passé simple) des combattants de la Première Guerre mondiale en leur rendant hommage.se souvintse souvîntse souvenait3. Les deux minutes de silence sont un moyen symbolique de (infinitif présent) de la guerre tout en pensant à la paix.se souvenirse souviendres'être souvenu4. Tu (imparfait) de ceux et celles qui avaient servi leur pays en temps de guerre et qui étaient morts au combat.te souvienneste souviendraiste souvenais5. Je (présent) de toutes les histoires que me racontait mon grand-oncle sur la vie en temps de guerre.me souvientme souviensme souvenais6. Ma grand-mère s'est promis que, si elle survivait à la guerre, elle (conditionnel présent) des efforts déployés par les membres des Forces armées canadiennes pour libérer son pays.se serait souvenuese souviendraits'était souvenue7. Des Canadiennes et des Canadiens exceptionnels ont servi notre pays et se sont sacrifiés au nom de la liberté. (impératif présent)!Souvient-enSouviens-toi-z-enSouvenez-vous-en8. Il est important que notre nation (subjonctif présent) des personnes qui ont tant donné pour défendre la liberté.se souviennese souviensse souvins9. (participe présent) de la guerre, il a pensé aux jeunes soldats qui ont trouvé la mort lors des affrontements avec l'ennemi.S'être souvenuSe souvenantSe souvenir10. Le 11 novembre, tous les membres de ma famille portaient le coquelicot à la mémoire des Canadiennes et des Canadiens morts à la guerre. C'est quelque chose dont je (futur simple) toujours.me souviensme souviendraisme souviendrai  
Source : Jeux du Portail linguistique du Canada
Nombre de consultations : 7 810

sorte (de sorte que)

Article sur les locutions de sorte que et de telle sorte que et du temps de verbe qui les suit.
Les locutions de sorte que et de telle sorte que signifient « de (telle) manière que, si bien que ». Elles sont suivies de l’indicatif ou du conditionnel quand elles expriment la conséquence : Il avait tardé à partir, de sorte qu’il était très pressé. Elle était extrêmement discrète, de sorte qu’on aurait pu oublier sa présence. Elles sont suivies du subjonctif quand elles marquent le but : Agissez de telle sorte qu’on soit content de vous.
Source : Clés de la rédaction (difficultés et règles de la langue française)
Nombre de consultations : 6 464

Indicatif, conditionnel, impératif ou subjonctif? 2

Jeu sur les modes verbaux consistant à dire si les verbes en gras sont à l’indicatif, au conditionnel, à l’impératif ou au subjonctif.Les modes des verbes sont personnels (indicatif, conditionnel, impératif et subjonctif) ou impersonnels (infinitif, participe et gérondif). L’exercice qui suit concerne les modes personnels.Dites si les verbes entre crochets sont à l’indicatif, au conditionnel, à l’impératif ou au subjonctif.1. Il est essentiel que le rapport [soit soumis] à 9 h lundi matin.indicatifconditionnelimpératifsubjonctif2. Si le rapport n'[est pas terminé] d'ici vendredi, nous [devrons] travailler en fin de semaine.indicatifconditionnelimpératifsubjonctif3. Nous [aurions pu] respecter l’échéance si la demande nous avait été acheminée à l’avance.indicatifconditionnelimpératifsubjonctif4. Il veut que la dernière personne [ferme] toutes les lumières avant de partir.indicatifconditionnelimpératifsubjonctif5. Si tu en veux, [prends]-en, j'en ai de trop.indicatifconditionnelimpératifsubjonctif6. J'aimerais tant que mon amie [ait] une voiture!indicatifconditionnelimpératifsubjonctif7. Conseil d'ami : [rendez]-vous à l'hôpital le plus rapidement possible.indicatifconditionnelimpératifsubjonctif8. J’imagine que tu m'[apprécies] puisque tu as fait tout ce trajet juste pour me voir!indicatifconditionnelimpératifsubjonctif9. Qu'elle m'[aime] ou non, je dois absolument lui révéler mes sentiments.indicatifconditionnelimpératifsubjonctif10. Après qu’elles [furent maquillées], elles [sortirent] au restaurant.indicatifconditionnelimpératifsubjonctif  
Source : Jeux du Portail linguistique du Canada
Nombre de consultations : 5 822

autant (pour autant que)

Article sur l’expression pour autant que, qui signifie dans la mesure où.
L’expression pour autant que, qui signifie « dans la mesure où », s’emploie avec l’indicatif, le conditionnel ou le subjonctif, selon le sens : Pour autant qu’on pouvait s’en rendre compte, il était malade. Ses idées, pour autant qu’elles se répandraient, pourraient porter leurs fruits. Pour autant que je sache, le projet n’a pas eu le succès escompté.
Source : Clés de la rédaction (difficultés et règles de la langue française)
Nombre de consultations : 5 335

Après que et le subjonctif

Un article sur l'utilisation du subjonctif après la conjonction après que.
Jacques Desrosiers (L’Actualité terminologique, volume 33, numéro 1, 2000, page 14) La facture a été envoyée cinq mois après que les marchandises aient été livrées. Ajoutez le liquide après que la machine se soit remplie d’eau. Deux ans après que j’aie raconté les avatars et la rupture d’une amitié (Beauvoir)… Le subjonctif vient naturellement après la conjonction après que. Presque tous les ouvrages considèrent pourtant son emploi comme fautif, puisque traditionnellement après que se fait suivre de l’indicatif. Il faudrait dire selon cette tradition : La facture a été envoyée cinq mois après que les marchandises eurent été livrées. Deux ans après que j’eus raconté les avatars… L’explication est connue. Les conjonctions de temps exprimant la postériorité – aussitôt que, dès que, depuis que, etc. – demandent l’indicatif, parce qu’elles introduisent des faits passés et accomplis. La tendance à faire suivre après que du subjonctif serait due à l’analogie avec avant que, les deux locutions formant un couple logique dans l’esprit des locuteurs. Comme avant que exige le subjonctif parce qu’il introduit des faits futurs et incertains, on est porté à mettre aussi le subjonctif après après que. En général, c’est le passé antérieur de l’indicatif que les auteurs donnent comme correct (après qu’il eut fini). Mais le passé antérieur est un temps que l’usage courant tend à délaisser, le trouvant vieilli, très soutenu, sinon littéraire. Sa décadence est accentuée par le fait qu’il est en principe employé dans la subordonnée en corrélation avec un passé simple dans la principale, lequel est tombé en désuétude dans la langue parlée. En insistant en faveur de l’indicatif, les grammairiens donnent ainsi l’impression de demander aux locuteurs de s’adonner à une sorte d’acharnement linguistique pour faire survivre un temps de verbe qui, aux yeux d’un bon nombre, a quelque chose de guindé aujourd’hui. Certains admettront le subjonctif dans les cas rares, et subtils, où la locution introduit des faits éventuels (Comment concevoir qu’on puisse renoncer aux vacances après qu’on y ait goûté?). Mais beaucoup de grammaires, les plus vieilles surtout, énoncent l’emploi de l’indicatif comme une règle n’admettant pas d’opposition : le Thomas par exemple, ou le Lexique du français pratique de Berthier et Colignon, qui jugent l’emploi du subjonctif « vicieux ». On est allé très loin dans les anathèmes : le grammairien Marc Wilmet cite le cas de cet auteur qui écrivait, dans les années 60, que l’emploi du subjonctif après après que dénotait un « certain dérèglement de l’esprit ». Mais chez d’autres, la rigueur de la règle est tempérée à des degrés divers par la constatation que la « faute » est omniprésente dans l’usage. On juge le subjonctif inacceptable, mais on sent bien que la règle branle un peu dans le manche. Voici pêle-mêle les condamnations mitigées que l’on trouve chez Dournon, Mauger, Péchoin, Dubuc, Cellard et d’autres : le subjonctif est « aujourd’hui très fréquent » et « il se rencontre chez de bons écrivains », mais il est « à éviter »; après que se construit « surtout » avec l’indicatif; le subjonctif est « moins justifié » que l’indicatif; il « serait raisonnable » de préférer l’indicatif; « on s’efforcera sans illusion de maintenir l’indicatif »; et ainsi de suite. Il y a du désabusement dans l’air. Hanse ne voit aucune raison de renoncer à l’indicatif, mais s’engage, à contrecœur, à ne pas accuser d’« ignorance » ceux qui préfèrent le subjonctif. Face à la règle, la tendance est donc forte. Est-elle irrésistible? C’est ce que pense le très démocratique Bon usage, qui cite un tas d’exemples d’écrivains faisant suivre après que du subjonctif. Déjà dans l’édition de 1980, Grevisse abandonnait amèrement la partie : « l’usage, ce tyran, impose sa loi; il faut bien se résigner, en dépit qu’on en ait, à admettre après que avec le subjonctif… ». La Grammaire Larousse du français contemporain souligne que « le recours au subjonctif est tout naturel ». D’autres ouvrages vont encore plus loin : ils s’impatientent de cet entêtement à exiger l’indicatif. Dans un petit livre iconoclaste intitulé Les fautes de français existent-elles? (oui, elles existent! mais les règles des grammairiens sont des hypothèses et non des vérités absolues), Danielle Leeman-Bouix, reprenant une idée du linguiste H. Bonnard, avance des arguments d’ordre syntaxique. Elle a constaté que les conjonctions auxquelles correspondent des prépositions susceptibles d’introduire un infinitif se construisent avec le subjonctif : avant de partir/avant qu’il parte, pour partir/pour qu’il parte; tandis que si la préposition ne peut introduire un infinitif, la conjonction correspondante entraîne l’indicatif : dès partir/dès qu’il est parti, pendant partir/pendant qu’il partait. À cet égard, après que tend à se comporter comme avant que (après être parti/après qu’il soit parti), plutôt que comme les conjonctions suivies de l’indicatif. De sorte qu’en exigeant l’indicatif, les grammairiens se trouvent, ironiquement, à demander une exception. La position la plus radicale est celle de Marc Wilmet, qui, depuis une trentaine d’années déjà, prend exactement le contre-pied de la tradition : dans sa Grammaire critique du français, Wilmet réclame le subjonctif avec après que. Tous reconnaissent qu’après que, parce qu’il exprime la postériorité, appelle un temps composé : a fini, eut fini, avait fini, etc. Mais si on abandonne le passé antérieur et qu’on veuille garder l’indicatif, devra-t-on dire que la facture a été envoyée après que les marchandises ont été livrées? avaient été livrées? ont eu été livrées? Le maniement des temps composés de l’indicatif n’a rien d’évident : au présent correspond le passé composé, à l’imparfait le plus-que-parfait, au passé composé le passé surcomposé (a eu fini), etc. Il n’est pas étonnant qu’écrivains et locuteurs aient adopté depuis longtemps une solution beaucoup plus commode : le subjonctif passé (aient été livrées), et très rarement le subjonctif plus-que-parfait (eussent été livrées). En optant pour le subjonctif, les locuteurs amènent instinctivement la langue vers la simplicité. Il n’y a là aucune hérésie. Si les temps composés de l’indicatif sont si compliqués à manier, c’est que le rôle premier de l’indicatif est justement d’indiquer de façon précise le temps de l’action exprimée par le verbe, de donner le repère chronologique : passé, présent ou futur. Le subjonctif, surtout dans ses temps composés, a davantage que l’indicatif une valeur d’aspect : il marque la manière dont se déroule l’action, indiquant par exemple si elle est accomplie (je suis content qu’il ait fini) ou non accomplie (j’ai hâte qu’il finisse). Comme après que marque déjà clairement la postériorité, il n’est plus essentiel de recourir à l’indicatif dans la subordonnée pour fournir un repère chronologique : le subjonctif suffit à souligner l’aspect accompli de l’action. C’est peut-être au fond une affaire de style. Dans la vraie vie d’ailleurs, l’hésitation est constante. Mauriac, cité les deux fois par Grevisse, écrit : après qu’il avait atteint son maximum je m’obligeais à l’entendre encore dans le lointain, et ailleurs : un siècle et demi après que cette parole ait été prononcée, nous savons que le bonheur en Europe est une idée perdue. Et il faut dire que, malgré tout, l’indicatif et le passé antérieur se rencontrent encore souvent dans le français courant des journaux : Des flots de réfugiés fuyaient Grozny, hier, après que les forces russes eurent lancé contre la capitale tchétchène l’assaut le plus violent depuis le début de leur offensive… L’employé avait été licencié après que son employeur eut appris en lisant son courriel qu’il travaillait aussi comme danseur nu… Quelle est la conclusion de tout cela? Un, que l’indicatif n’est pas mort. On pourrait appeler à sa défense l’argument d’Horguelin qui soutient dans Pratique de la révision qu’il est toujours plus prudent d’opter pour « la solution la moins contestable » et donc de s’en tenir à l’indicatif. Deux, qu’il n’est cependant plus raisonnable de considérer l’emploi du subjonctif comme une incorrection. Les arguments de Leeman-Bouix et de Wilmet forcent les linguistes traditionnels à mettre de l’eau dans leur vin. Les deux modes devront cohabiter.Bibliographie J.-Y. Dournon, Dictionnaire d’orthographe et des difficultés du français, Librairie générale française, 1987, « Le Livre de Poche ». G. Mauger, Grammaire pratique du français d’aujourd’hui, Hachette, 1968. D. Péchoin, Dictionnaire des difficultés du français d’aujourd’hui, Larousse-Bordas, 1998. R. Dubuc, « Après que après tout », Au plaisir des mots, février 1999, sur le site des éditions Linguatech (http://home.ican.net/~lingua/fr/chroniques/chron_14.htm). J. Cellard, Le subjonctif : comment l’écrire? quand l’employer?, Duculot, 1996.
Source : Chroniques de langue (la langue française vue par des langagiers)
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enjoindre

Article portant sur le mot enjoindre utilisé dans la langue courante et le domaine juridique.
Ce verbe se conjugue comme joindre : j’enjoins, il enjoint, vous enjoignez; j’enjoignis, ils enjoignirent; que j’enjoigne, que nous enjoignions; enjoint, enjointe. On trouve encore dans la jurisprudence et dans les lois, en dépit du bon usage, l’archaïsme grammatical (ce n’est pas un anglicisme quoi qu’on dise) qui consiste à considérer le verbe enjoindre comme transitif direct (« Si la communication des pièces n’est pas faite, il peut être demandé, sans forme, au juge d’enjoindre cette communication. »). C’est là, pour l’usage moderne, une faute de construction. Enjoindre est un verbe transitif indirect qui commande l’emploi d’un complément second introduit par la préposition à. La personne visée par l’ordre donné tient lieu, grammaticalement, de complément indirect. « La sommation délivrée énonce l’inculpation et enjoint au contrevenant de comparaître devant la Cour municipale pour répondre à cette inculpation. » « Les huissiers leur enjoindront en ce cas de ne pas entraver la procédure de saisie. » La Commission dispose du pouvoir d’assigner des témoins et de [les] enjoindre [à] témoigner » (= de leur enjoindre de témoigner). Le verbe enjoindre se rencontre aussi suivi, par brachylogie, d’un nom complément d’un verbe d’action sous-entendu : « Ils ont refusé d’aller à la guerre en alléguant que leurs convictions religieuses leur enjoignaient le respect absolu de la vie. » Enjoindre que. La construction enjoindre suivi d’une proposition complétive qui est introduite par le pronom relatif que et dont le verbe est au subjonctif est tout à fait correcte. « La Cour enjoint qu’une nouvelle ordonnance soit rendue. » La tournure passive est rare : « L’auteur de l’affidavit est enjoint de se soumettre à la poursuite du contre-interrogatoire. » On préférera recourir à la forme impersonnelle de ce verbe personnel : « Il est enjoint à l’auteur de l’affidavit de se soumettre à la poursuite du contre-interrogatoire. » Le contexte d’emploi du verbe enjoindre est celui de la demande formelle. « L’avis enjoint à l’agent régional de donner suite à la procédure d’exécution. » (= l’avis le lui ordonne expressément). Juridiquement, le verbe signifie ordonner péremptoirement, prononcer une injonction contre quelqu’un. L’injonction étant un ordre auquel il est indispensable d’obéir, la mention du vocable ordre est rendue superflue, sauf si, plutôt que d’un ordre, c’est d’une obligation que l’on parle : enjoindre l’ordre de, enjoindre l’obligation de. « La Cour lui enjoint [l’ordre] de respecter le jugement rendu », mais La justice lui enjoint l’obligation de respecter les lois. » De plus, [enjoindre absolument] est redondant. Il en sera de même chaque fois que le verbe sera modifié par un adverbe marquant le caractère impératif de l’ordre donné puisque le sens d’enjoindre implique ce caractère. Le sujet d’enjoindre sera une autorité, physique ou morale (le Parlement, le tribunal, la loi, un officier de justice, un policier, un acte officiel : mandat, ordonnance, sommation, jugement); la personne visée par l’injonction sera tenue de faire ou de s’abstenir de faire quelque chose. C’est pourquoi le complément d’enjoindre a souvent rapport à l’exécution d’un ordre, à l’observation d’une prescription. Ainsi, selon le paragraphe 25(1) du Code criminel du Canada, l’agent de la paix, dans l’application ou l’exécution de la loi, est fondé à accomplir ce qu’il lui est enjoint ou permis de faire et à employer la force nécessaire à cette fin, s’il agit en s’appuyant sur des motifs raisonnables. On pourra être enjoint de témoigner sous serment, de produire des documents, d’accorder une habilitation, de se conformer à une décision, de suspendre une procédure, d’incarcérer un individu ou de ne pas effectuer des paiements réclamés. Enjoindre légalement, c’est ordonner en s’appuyant sur une disposition législative ou réglementaire expresse : « L’agent leur a enjoint légalement de lui prêter main-forte. » « L’électeur ne peut refuser de répondre aux questions auxquelles il lui a été légalement enjoint de répondre. » Variante : enjoindre constitutionnellement. Il y a lieu de comparer les emplois de quasi-synonymes d’enjoindre qui ont tous le sens juridique de mettre en demeure, mais qui comportent des nuances parfois non négligeables. Tel est le cas des verbes commander, commettre, décréter, demander, exiger, imposer, intimer, mander, mettre en demeure, notifier, ordonner, prescrire, requérir et sommer. Commander, c’est exercer une autorité, donner des ordres, un commandement, se faire obéir en vertu de l’autorité que l’on détient ou que l’on s’arroge. « Il vous est commandé de vous rendre immédiatement au Palais de justice. » Le doublet enjoindre et commander que l’on trouve dans la proclamation qui suit l’article 67 du Code criminel du Canada est pléonastique : « Sa Majesté la Reine enjoint et commande à tous ceux qui se sont réunis ici de se disperser immédiatement. » Il calque dans la traduction le doublet anglais "charges and commands", lui aussi redondant, d’ailleurs. Le verbe de décision commettre signifie préposer, charger quelqu’un, par nomination ou désignation, désigner, nommer quelqu’un à une fonction déterminée, le charger d’une mission : « La Cour a commis un huissier pour signifier le jugement. » De là vient l’expression avocat commis (ou désigné) au dossier. Décréter, c’est, proprement, ordonner, décider quelque chose souverainement, par décret ou par acte administratif à portée générale ou individuelle émanant du pouvoir exécutif, en parlant d’un chef d’État ou d’une autorité qui détient ce pouvoir : décréter le cessez-le-feu. « Il est loisible au gouvernement de décréter qu’une convention collective de cette nature lie tous les salariés de la province. » « Il plaît à Son Excellence le gouverneur en conseil de décréter ce qui suit : » « Le gouvernement a décrété une mesure qui porte atteinte à l’indépendance d’une enquête publique. » Par extension, le verbe décréter signifie décider de manière autoritaire (décréter le lock-out), ordonner (« L’office peut décréter l’interdiction du produit réglementé. »), statuer (« Le juge a décrété le huis clos »; « La Cour suprême a décrété que le harcèlement sexuel constitue un acte de discrimination fondé sur le motif illicite du sexe. ») Demander a, par euphémisme, le sens d’enjoindre. Pour éviter l’euphémisme, il faut faire accompagner le verbe d’un adverbe marquant le caractère péremptoire de l’ordre donné : demander instamment, demander formellement, demander expressément. Exiger, c’est faire savoir que l’on veut impérativement que quelque chose soit fait. Enjoindre ajoute à ce sens l’idée que la volonté exprimée se double d’un ordre expressément donné. « La loi fédérale exige ou enjoint que l’approbation de la Commission soit obtenue au préalable. » Enjoindre et exiger deviennent de parfaits synonymes quand on fait suivre le dernier verbe d’un adverbe marquant le caractère péremptoire de l’ordre donné. Exiger expressément, formellement, impérativement. Imposer, c’est obliger quelqu’un à subir ou à accomplir une action, lui faire accepter ou admettre quelque chose par acte d’autorité. « Le conseil municipal a imposé aux automobilistes que le stationnement soit payant au centre-ville. » Intimer, en droit français, signifie assigner en justice pour procéder à un appel. Intimer en cas d’appel. « Il m’a fait signifier son appel, mais il ne m’a pas intimé. » Il l’a intimé en son propre et privé nom. » De là le sens de signifier légalement, comme le font la mise en demeure et la notification. « On lui a fait intimer la vente de ses meubles. » De là aussi le mot intimé désignant la partie contre laquelle l’appelant a engagé la procédure d’appel et qui, logiquement, a eu gain de cause au procès, à tout le moins sur une partie de ses moyens. Dans la langue usuelle, le verbe intimer a le sens d’ordonner, de signifier avec autorité. « Le directeur de la Régie des loyers est habilité à intimer au locateur ou au locataire de respecter les clauses du bail. » Accompagné du mot ordre, il signifie ordonner formellement : « Il est intimé aux récalcitrants l’ordre de se conformer aux directives reçues. » « On lui a intimé l’ordre de s’arrêter. » Mander signifie transmettre un ordre, donner formellement la mission d’accomplir un acte de puissance publique. Le verbe s’employait sous l’Ancien Régime dans les vieilles formules exécutoires des mandements faits au nom du souverain. Mander et ordonner (que telle chose soit faite). Le verbe a aussi le sens de faire venir quelqu’un par un ordre : mander d’urgence. Quoique vieilli en tous ses sens, mander se trouve encore dans la documentation consultée. Il s’emploie pour caractériser la volonté suprême de la plus haute juridiction et de l’État : « La Cour mande et ordonne (…) » « La République mande et ordonne (…) » Mettre en demeure, c’est, proprement, signifier à quelqu’un qu’il doit remplir une obligation, plus particulièrement aviser le débiteur, par ordre, de se libérer : mettre un débiteur en demeure. « Le créancier doit prouver qu’il s’est trouvé en fait dans l’impossibilité d’agir plus tôt, à moins qu’il n’ait mis le débiteur en demeure dans l’année écoulée, auquel cas les aliments sont accordés à compter de la demeure. » Par extension, c’est exiger formellement de quelqu’un qu’il fasse quelque chose. « Le propriétaire a mis le voisin en demeure de consentir au bornage. » Notifier, comme intimer, signifie déclarer avec autorité, comme le fait la mise en demeure, ou porter un acte juridique ou une décision à la connaissance des intéressés en observant pour le faire les formes légales. « L’intéressé a notifié ses observations au demandeur et au directeur de l’état civil. » « L’indivisaire est tenu de notifier par acte extrajudiciaire aux autres indivisaires le prix et les conditions de la cession de ses droits dans les biens indivis. » À remarquer qu’on notifie quelque chose à quelqu’un et que notifier [quelqu’un de quelque chose] est un solécisme qui s’explique par l’analogie avec la construction aviser qqn de qqch. Ordonner, c’est prescrire par un ordre. « Le tribunal a ordonné l’insertion d’un avis dans le Journal officiel. » Le doublet enjoindre et ordonner employé dans les formulaires de procédure est pléonastique : « Il vous est enjoint et ordonné de comparaître personnellement par procureur à la Cour du Banc de la Reine aux date, heure et lieu suivants : ». « Il vous est ordonné » suffirait pour rendre la même idée. Suivi d’un terme ou d’une expression de renforcement, ordonner devient synonyme d’enjoindre : Il est ordonné aux huissiers sur ce requis de mettre à exécution le présent jugement. » Prescrire signifie ordonner expressément. « Le tribunal a prescrit dans son ordonnance que la taxation soit faite selon une colonne déterminée du tarif. » Pour qu’enjoindre et prescrire soient de parfaits synonymes, il faut ajouter, comme on doit le faire pour demander, exiger et ordonner, un adverbe marquant le caractère péremptoire de l’ordre donné : prescrire impérativement. Requérir a un sens très proche de sommer, à la différence qu’il suppose un droit comme fondement de la demande formelle. Requérir quelqu’un de faire quelque chose, c’est solliciter directement de lui l’accomplissement d’un acte, exiger, réclamer au nom de la loi ou par acte d’autorité. « Le juge d’instruction peut requérir par commission rogatoire tout juge de son tribunal de procéder aux actes d’information qu’il estime nécessaires. » Sommer a le sens de signifier à quelqu’un dans les formes établies qu’il doit faire quelque chose, mais sans que ce soit un ordre, car la sommation est fondée sur la loi ou sur la puissance, non sur l’autorité. « Je vous somme d’ouvrir, a crié l’officier de justice, le mettant ainsi en demeure de le laisser entrer dans l’édifice. » Il convient de remarquer que, pour tous ces verbes de décision, le verbe subordonné se construit avec le pronom relatif que suivi du subjonctif, le futur de l’indicatif étant d’usage lorsque l’exécution du commandement est certaine. Enjoindre est un verbe de sens fort; on le trouve souvent employé là où un verbe de sens faible conviendrait mieux : recommander la diligence, demander, imposer le silence dans la salle d’audience. « L’Office [enjoint] au Comité de fixer les date, heure et lieu de l’audience » (= prie le Comité, l’invite à (…)). « Le mandat [enjoint] au commissaire de faire enquête et de constater les faits » (= lui confie la mission de (…)). « La Cour [enjoint] aux jurés de ne se servir de la preuve du casier judiciaire de l’accusé que pour apprécier sa véracité lorsque ce dernier témoigne » (= leur demande, leur explique). « L’arrêt [enjoint] au juge qui instruit une demande d’injonction interlocutoire de s’intéresser à la prépondérance des inconvénients dès qu’il est convaincu de l’existence d’une question litigieuse importante » (= recommande). « L’arrêt Tye-Sil m’[enjoint] de modifier la décision d’un collègue » (= m’oblige à). « Le scrutateur indique à chaque électeur comment et où apposer sa marque. Il plie, comme il convient, le bulletin de l’électeur et [enjoint] à celui-ci de le lui remettre plié de la façon indiquée après l’avoir marqué » (= demande). « Le greffier du scrutin fait, dans le cahier du scrutin, les inscriptions que le scrutateur lui [enjoint] de faire » (= commande). En son sens faible, le verbe demander n’impose pas une obligation comme enjoindre, bien que ce sens impératif puisse être sous-entendu. On évitera l’emploi de verbes au sens faible dans des textes qui expriment ou imposent un ordre. Ainsi, le style des testaments commande l’emploi dans un legs précatif de verbes impératifs nécessaires à la création d’une obligation, si on veut éviter que le testateur exprime ses volontés par un terme dénotant une prière, un vœu, un désir ou un espoir. Demander, exhorter, prier, recommander ne sont pas, comme enjoindre, des verbes dont le sens est suffisamment fort pour traduire une volonté ferme (que le doublet "to order and direct" manifesterait, par exemple). L’anglais juridique "to enjoin" peut signifier deux idées contraires : exiger formellement, aux termes d’une injonction le plus souvent, l’accomplissement ou le non-accomplissement d’un acte ("to enjoin to" ou "to enjoin upon" en anglais britannique et canadien) ou interdire, prohiber l’accomplissement d’un acte ("to enjoin from" en anglais américain). En ce dernier sens, on pourra dire que des tribunaux peuvent interdire ("enjoin from") au besoin l’exercice d’activités tout à fait légales. Renseignements complémentaires mander
Source : Juridictionnaire (difficultés de la langue française dans le domaine du droit)
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Bien que : indicatif ou subjonctif?

Un article sur le choix entre l'indicatif et le subjonctif avec la coordination bien que.
Jacques Desrosiers (L’Actualité terminologique, volume 33, numéro 4, 2000, page 14) La lutte entre le subjonctif et l’indicatif est menée sur plusieurs terrains, et bien que est l’un de leurs plus vieux champs de bataille. On peut penser qu’il fait partie de ces cas où le subjonctif lutte pour sa survie. Employé selon les règles de l’art, il peut paraître excessif. Celui qui écrit aujourd’hui :Les impôts avaient augmenté, bien que le gouvernement se fût engagé à les baisser.donne un peu l’impression d’avoir adopté comme tenue de combat la jaquette et le pantalon rayé. L’indicatif passe beaucoup mieux :Les impôts avaient augmenté, bien que le gouvernement s’était engagé à les baisser.Peut-être dans une telle phrase est-il important d’insister sur la promesse du gouvernement, ce qui expliquerait l’indicatif. Mais on ne peut nier le déclin du subjonctif. L’influence de la langue parlée y est sans doute aussi pour quelque chose. N’empêche, il arrive que la victoire de l’indicatif soit douteuse. Une phrase comme la suivante sonne faux, elle a quelque chose de familier :Les employés continuent à se plaindre d’une surcharge de travail, bien que nous avons embauché du nouveau personnel.Cette fois c’est l’indicatif qui passe mal, et le subjonctif qui est plus naturel :Les employés continuent à se plaindre d’une surcharge de travail, bien que nous ayons embauché du nouveau personnel.Qu’en est-il? Peut-on improviser selon son goût? Bien que introduit une concessive : il sert à concéder un fait dont on reconnaît la vérité indubitable, mais dont on nie en même temps l’effet sur l’action de la principale. Si j’écris Bien qu’il fasse beau, je n’ai pas envie de sortir, je concède qu’il fait beau, le beau temps est un fait indubitable, mais il n’entraîne pas la décision de sortir. La phrase exprime le contraire de ce qu’on aurait pu logiquement attendre. Elle ne dit pas simplement : il fait beau et je n’ai pas envie de sortir. Elle insiste sur le fait que la condition pour sortir a beau être remplie, elle n’entraîne pas l’effet attendu. Mais si le beau temps est une certitude, pourquoi employer le subjonctif, mode de l’incertitude? Parce que, diront les grammairiens, tout se passe comme s’il ne faisait pas beau, comme si le beau temps n’existait que dans la pensée. C’est une finesse de la langue. Le but de la phrase n’est pas d’insister sur le beau temps, mais d’affirmer que le beau temps est inopérant. En écrivant Bien qu’il fait beau, je n’ai pas envie de sortir, on accentuerait la réalité des deux faits qu’on oppose et bien que prendrait alors davantage une valeur de coordination. Comparez Je viendrai bien que je sois très fatigué et Je viendrai bien que je suis très fatigué. Avec l’indicatif, l’idée que l’un des deux faits n’a pas d’effet sur l’autre semble un peu moins nette. Jusqu’à la fin du 17e siècle, les deux modes ont cohabité pacifiquement après bien que : on réservait le subjonctif aux faits douteux, l’indicatif aux faits certains. Puis le subjonctif a imposé sa loi. Mais les écrivains n’ont pas hésité à l’enfreindre : ils ont parfois employé l’indicatif pour insister sur la réalité du fait concédé, le futur pour décrire une action future, le conditionnel pour marquer une éventualité. On cite Chateaubriand : Bien que sa corruption ne lui nuirait point, ou Aragon : Bien qu’après tout, Blanchette est libre, et d’autres. Un certain nombre de linguistes, et non des moindres, Brunot, les Le Bidois, Grevisse dans ses Problèmes de langage, ont pleinement admis ces exceptions. C’est pourquoi aujourd’hui le Grand Robert souligne que l’indicatif est parfois employé après bien que pour marquer la réalité ou l’éventualité. Le mot important ici est « parfois ». Personne ne recommande l’indicatif dans tous les cas. Si quelques grammairiens actuels, comme Jean-Paul-Colin dans son Dictionnaire des difficultés, vont dans le même sens, la majorité demeurent inflexibles. Hanse, Girodet et beaucoup d’autres, même la tolérante Grammaire du français contemporain de Larousse, interdisent formellement l’indicatif. Dupré y voyait une « grave incorrection ». On peut deviner pourquoi ils résistent à accepter l’indicatif même pour insister simplement sur la réalité du fait : chacun pourrait bien décider d’insister sur la réalité du fait chaque fois qu’il emploie bien que. La porte serait alors toute grande ouverte à l’indicatif; l’exception deviendrait la règle. Mais pourquoi ces linguistes s’entêtent-ils à refuser l’indicatif futur, qui permet d’éviter l’ambiguïté du subjonctif présent? La phrase :Sa déclaration ne peut être interprétée comme une manifestation d’hostilité, bien que certains ne manqueront pas de le faire.serait donc incorrecte. Mais normalement c’est le subjonctif présent qu’on emploie pour une action future. Or ici il créerait un faux sens :Sa déclaration ne peut être interprétée comme une manifestation d’hostilité, bien que certains ne manquent pas de le faire.Leur solution dans de tels cas est de recourir à une conjonction de coordination comme mais ou à un adverbe comme pourtant (et pourtant certains ne manqueront pas de le faire). Mais il me semble que c’est expulser bien que d’un endroit où sa présence est tout à fait naturelle. En demandant de reformuler la phrase sans employer bien que, on propose en fait un palliatif, tout en admettant de façon implicite que le subjonctif est malcommode. On fait tout disparaître : bien que, l’indicatif, la subordonnée… C’est couper la tête pour soigner une migraine. Ces linguistes appliquent la même médecine à l’emploi du conditionnel. Une autre façon d’éluder le problème serait d’employer une locution qui demande l’indicatif comme même si, quand bien même, alors que ou tandis que. Mais c’est un terrain glissant. Ces locutions n’ont pas tout à fait le même sens que bien que. Tandis que, par exemple, exprime une simple opposition entre deux faits plutôt qu’une concession. Même si exprime bel et bien une concession, mais le fait concédé est assimilé à une hypothèse : Même s’il le voulait, il ne le pourrait pas. On dirait bien Même s’il faisait beau, je n’aurais pas envie de sortir, mais s’il fait beau une phrase comme Même s’il fait beau, je n’ai pas envie de sortir est sans doute incorrecte. L’indicatif en viendra peut-être un jour à se généraliser après bien que, mais on est encore loin de la disparition du subjonctif. Regardez Hanse, le Multidictionnaire, le Petit Larousse ou d’autres sources : c’est une règle étroitement surveillée. Mais elle s’use : l’indicatif a déjà été courant; des linguistes s’en accommodent dans plusieurs cas; des écrivains y recourent au besoin; le subjonctif, surtout à l’imparfait et au plus-que-parfait, est souvent artificiel; et il y a les contextes où le futur ou le conditionnel s’impose. Chacun devrait pouvoir se réserver la possibilité d’employer l’indicatif à l’occasion pour insister sur la réalité du fait. Mais il faut rester conscients que c’est un usage marginal qui expose à des critiques. Dans l’état actuel des choses, certains jugeront qu’il amène le texte à un niveau de langue qui est soit trop littéraire, soit au contraire trop familier.
Source : Chroniques de langue (la langue française vue par des langagiers)
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