Les mots du droit : préfaces des éditions imprimées

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Préface de la troisième édition

Mon ami Louis Beaudoin est un être d’exception, un homme heureux : il a trouvé le secret du bonheur en puisant dans la maxime de Juvénal la règle d’or de la sagesse : « mens sana in corpore sano ». Mieux vaut, croit-il sans doute, réussir sa vie que réussir dans la vie.

Esprit libre, pédagogue hors pair, juriste averti de formation civiliste et de common law, notre auteur est aussi grand voyageur devant l’Éternel. Ses pérégrinations l’ont amené à visiter à ce jour plus de 65 pays : quand arrivera-t-il à destination?

Vous ne le trouverez pas, la journée durant, studieux, sédentaire et reclus dans la lecture : il s’applique avec une discipline exemplaire à trouver au grand air ou dans un ring de boxe, par l’exercice physique, les rapports sociaux et la pratique sportive, l’énergie, la tranquillité d’esprit, le dynamisme de la pensée et l’équilibre intérieur, éléments fondamentaux, dirions-nous, de la tonicité intellectuelle. Il savoure dans l’action ses passions exaltantes et il s’adonnera, en son temps, à l’exercice de sa profession de jurilinguiste et à l’étude du langage du droit. Et il a bien raison.

Il convient assurément de le remercier de nous donner cette année une troisième édition de son ouvrage Les mots du droit, paru d’abord en 2000. Ce succès indéniable de librairie s’explique aussi bien par le besoin accru, tant au Canada qu’en Europe et en Afrique, de pareil lexique analogique que par l’utilité et la facilité de consultation du livre, vite devenu après la première édition un document de référence sûr et indispensable.

Applaudissons-le d’avoir conçu dans la sobriété et la clarté de l’expression, non un guide, mais un véritable manuel d’apprentissage et de perfectionnement professionnel : l’étudiant et le professionnel langagier trouveront plaisir et satisfaction légitimes à en faire leur vade-mecum.

La présentation matérielle demeure impeccable, sans bavures. On cherche dans l’ouvrage et on y trouve l’essentiel du vocabulaire fondamental du droit dans sa généralité, mais aussi dans certaines de ses particularités traductionnelles. Nul verbiage propre à semer la confusion dans l’esprit et à provoquer le délaissement définitif de l’outil, mais souci louable de nous donner par des observations opportunes l’intelligence de la créativité du français juridique.

Ainsi, la brièveté et la concision des interventions sous les mots vedettes invitent à la consultation fréquente, vu l’urgence et la nécessité de trouver hic et nunc réponses à nos interrogations et à nos hésitations.

Les mots du droit n'est certes pas œuvre de dilettante. C'est le labeur d'un formateur aux pieds solidement plantés dans l'arène du monde de l'enseignement et du milieu du travail. La méthode didactique, loin d'être magistrale, est socratique à l'occasion : les points d'interrogation qui accompagnent certains équivalents proposés appellent au dialogue et mettent en évidence le caractère interactif de l'ouvrage.

Les articles du lexique se présentent comme des fiches à marquer, à modifier, à enrichir, procédé qui, tout en permettant de voir par balayage les équivalents et les pistes de réflexion, donne la possibilité de consigner trouvailles et idées.

Il sied, on en conviendra, de demander à Louis Beaudoin (trans-clef@videotron.ca) de continuer de nous gâter de la sorte et d’augmenter dans une prochaine édition sa nomenclature déjà imposante pour actualiser comme il se doit les embûches et les richesses nouvelles. Elles découlent naturellement de quatre sources principales : l’évolution fulgurante du droit au Canada, les travaux de normalisation de la terminologie française du vocabulaire de la common law entrepris en 1981 (Ah, tempus fugit!) par le Programme national de l’administration de la justice dans les deux langues officielles, l’incidence jurilinguistique de l’harmonisation des lois fédérales avec le droit civil du Québec et, corrélativement, la transformation radicale et spectaculaire du langage de notre droit, plus particulièrement de la common law en français.

Oui, Louis Beaudoin, nous garderons haut les cœurs et nous ne relâcherons pas notre vigilance, car tel est ton bon plaisir.

Jacques Picotte

Préface de la deuxième édition

« Apprends-moi un mot et je serai, pour la vie, ton débiteur. » Ce dicton oriental ouvre à l’auteur du présent lexique un crédit illimité de reconnaissance. C’est en effet l’opulence des mots du droit qu’il distribue à profusion. Il ouvre chaque mot comme un coffre, et, sous chacun des termes anglais judicieusement mis en vedette pour la richesse (parfois mystérieuse) de sa charge sémantique, il déploie l’éventail des équivalents du français juridique.

On savait déjà – l’étymologie l’atteste – que lire veut dire choisir. Il devient clair que traduire aussi c’est choisir, et rédiger de même, tant il est vrai que le commun défi de l’écrivain, de l’orateur et de l’interprète est la quête du mot juste (ce qui pourrait être un sous-titre de plus pour Les mots du droit).

Ainsi l’auteur a-t-il lié, sous chaque mot, la gerbe de ses propositions.

Il fait, en somme, des offres de sens.

Or, un mot ne prend sens qu’en contexte, et, ce qui est vrai même pour un monosème, à la base rivé à un sens codifié, compte tenu des valeurs décalées que peut lui donner une phrase, l’est à plus forte raison pour un terme polysémique et plus encore si l’on englobe dans cette désignation non seulement les termes dotés de plusieurs sens consacrés nettement identifiés, mais ceux dont les sens, groupés en constellation (si ce n’est en nébuleuse) font naître des doutes. C’est à chacun de ceux-ci qu’il s’agit de faire correspondre le réseau analogique de ses équivalents potentiels.

C’est ce qu’a fait M. Louis Beaudoin.

Dans le coffret de chaque mot, chacun trouvera bague à son doigt (on pourrait encore dire, tout bonnement, la boîte à outils ou le trousseau de clés qu’il cherche).

Rien de plus pratique. Cependant la simplicité du résultat masque la prouesse de l’entreprise. Pour explorer toutes les potentialités lexicales d’un terme difficile et réussir, grâce à des exemples de syntagmes, à des extraits de texte, à des locutions pertinentes à anticiper les difficultés, et à échafauder un mode performant d’assistance au discernement du mot juste, il ne faut pas seulement maîtriser les deux systèmes juridiques et les deux langues en présence, mais avoir approfondi la connaissance, in utroque jure, des usages de chaque langage du droit qui confèrent à une traduction ou à une rédaction une valeur idiomatique.

Gérard Cornu
Professeur émérite de l’Université Panthéon-Assas (Paris II)

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