5 mots dont le sens a évolué au fil du temps

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Publié le 
14 décembre 2020
Rédigé par  , Portail linguistique du Canada

Tous les jours, nous employons des mots dont le sens a évolué avec le temps. Leur emploi est si naturel que nous ne sommes pas toujours conscients que les réalités qu’ils désignent aujourd’hui sont bien différentes de celles qu’ils désignaient autrefois.

Dans ce billet, je retrace l’origine de cinq mots employés au Canada, qui ont évolué avec nous.

Achalandage

Le mot « achalandage » dérive du mot « chaland ». Qu’est-ce qu’un chaland? me demanderez-vous. Il peut s'agir d'une sorte de bateau à fond plat, mais le sens qui nous intéresse et qui avait cours autrefois est celui de « client régulier d’un commerce ». Jadis, l’achalandage était donc l’ensemble des chalands, des clients d’un commerce. De nos jours, ce mot est de moins en moins utilisé dans ce sens. On dit plutôt « clientèle ». Mais au Canada, on entend très fréquemment parler de l’achalandage dans les centres commerciaux, dans les transports en commun, sur les routes… C’est que le sens de ce mot a changé avec le temps. Maintenant, l’achalandage, c’est l’action de fréquenter un lieu ou encore la quantité de gens qui fréquentent un lieu ou qui ont recours à un service.

Barrer

« N’oublie pas de barrer la porte! » C’est ce qu’on dit quand on veut que quelqu’un ferme une porte à clé, qu’il la verrouille. Mais pourquoi dit-on « barrer » une porte? C’est qu’autrefois, les portes ne se fermaient pas à l’aide d’une clé, d’un verrou, mais bien avec une barre! En effet, on posait une lourde barre de métal ou de bois en travers de la porte, entre deux crochets placés de chaque côté du cadre. Même si le verbe « barrer » est couramment utilisé, en particulier au Canada, il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’un mot de registre familier, qui s’emploie surtout à l’oral.

Chauffer

Votre ami vous dit : « tu peux chauffer ma voiture ». D’où vient donc cette expression? Elle tirerait son origine du temps où les automobiles étaient des modèles à vapeur. Avant de pouvoir rouler, on devait allumer un brûleur afin de chauffer la chaudière de l’automobile. Cette tâche devait être accomplie par le propriétaire de la voiture ou l’un de ses employés, le « chauffeur ». Bien que l’expression « chauffer une voiture » soit utilisée dans le langage familier au Canada, dans un langage soigné, on lui préfère le verbe « conduire ».

Embarquer

De quel mot, d’après vous, vient le verbe « embarquer »? Vous aurez peut-être deviné : du mot « barque ». Au départ, ce verbe n’était utilisé que pour désigner l’action de monter à bord d’un navire, d’une embarcation. Puis son sens s’est élargi et on a commencé à « embarquer » dans les avions et les trains. Aujourd’hui, on peut également employer le verbe « embarquer » lorsqu’il est question de voitures ou d’autres véhicules routiers. On l’entend fréquemment, au Canada, dans des expressions familières comme « embarquer dans une auto, un taxi ou un autobus ». Dans un langage soigné, on utilisera plutôt le verbe « monter ». Pour plus de détails, jetez un coup d’œil à l’article sur « embarquer » et « s’embarquer »(s’ouvre dans un nouvel onglet) des Clés de la rédaction.

Garde-robe

Le mot « garde-robe » aurait jadis désigné un coffre pour ranger ses habits. Il aurait ensuite été employé pour parler d’une armoire ou d’une petite pièce permettant de ranger ou de suspendre ses vêtements. Cet emploi, qui a fait son apparition vers le 13e siècle, est encore très courant au Canada, bien qu’il soit sorti de l’usage en France. Des ouvrages de langue indiquent que le mot « garde-robe » peut être masculin ou féminin dans le sens de « placard, penderie », mais certains précisent qu’au Canada, le masculin est couramment employé. Par extension, le mot « garde-robe » a aussi pris le sens d’« ensemble des vêtements d’une personne ». Mais attention! Dans ce sens, il ne s’emploie qu’au féminin (par exemple : renouveler sa garde-robe d’hiver).

Maintenant que vous connaissez quelques mots dont le sens a changé avec le temps, d’autres vous viennent-ils à l’esprit? Faites-moi part de vos trouvailles dans les commentaires!

Avertissement

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À propos de l'auteur

Maude Beauchesne

Maude Beauchesne

Maude Beauchesne détient un doctorat en philologie russe de l’Université d’État de Saint-Pétersbourg ainsi qu’une maîtrise en langue et littérature russes du même établissement. Elle est coauteure du Grand Dictionnaire des cooccurrences, Beauchesne et filles, et travaille depuis près de vingt ans au Bureau de la traduction du gouvernement du Canada, comme terminologue et langagière-analyste.

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Commentaires

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Merci, c'est très intéressant!

Merci! Je suis ravie que cet article vous plaise.

Il y a flirter, qui vient de « fleureter » ou « compter fleurette » et qui a pris un petit détour par l'anglais.

J’en prends note. Je vous remercie.

Un texte intéressant, Maude!

Et c’est agréable de lire une nouvelle plume dans ces pages.

Merci infiniment, Marc-André, pour ces beaux mots!

C’est étonnant de pouvoir retracer l’histoire de certains mots, par exemple, dans ce cas, « la garde-robe ». Personnellement, je l’utilise au quotidien dans le dernier sens proposé (l’ensemble des vêtements d’une personne), mais, en fait, son origine est toujours là, tout comme l’écho dans une chambre d’un château médiéval avec un grand coffre et peu de meubles. Si je fais une pause et que je m’attarde un peu sur ça, je vais sûrement l’entendre. Merci pour ce superbe article!

Oui, vous avez tout à fait raison. Merci pour votre commentaire!

J’ai très apprécié, merci!

Merci! J’en suis très heureuse.

Article très intéressant, merci!
Connaissez-vous écréhancher?

Je vous remercie énormément!

Merci pour cet article. J'aime aussi l'expression « branle-bas de combat » (dans un centre d'achat, par exemple) qui provient du jargon marin.

Merci bien, je retiens cette expression.

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