Comme vous le savez, il y a des différences entre le français de France et le français du Canada. En France, certaines personnes pourraient avancer que ces différences sont si nombreuses que le français canadien leur est incompréhensible. Selon moi, il s’agit d’une exagération, mais j’aimerais tout de même explorer ces différences.
Nous savons qu’il y a plusieurs variétés de français au Canada, tels que le français québécois et le français acadien. Le français parlé dans d’autres provinces comme la Saskatchewan et l’Ontario a aussi des particularités. Pour les besoins du présent billet, nous examinerons le français québécois neutre et le français québécois familier. En ce qui concerne la France, nous nous pencherons sur le français métropolitain (c’est-à-dire parisien) et le verlan.
Pour commencer, parlons des éléments qui ont façonné le français québécois et le français métropolitain au fil du temps. En raison de son éloignement géographique avec la France, le français québécois a eu peu de contacts avec le français parlé en France et, de nos jours, il subit l’influence de l’anglais. Le français métropolitain a quant à lui été exposé à de nombreuses influences au fil des siècles et, en raison de l’emplacement de la France dans le monde et de la Révolution française, il a évolué différemment du français québécois.
La langue française a fait son arrivée au Canada au 17e siècle. À cette époque, en France, le français était la langue de la bourgeoisie et de la classe moyenne. Parmi les personnes qui ont émigré au Canada entre 1640 et 1670, seulement une partie parlait le français, une langue parlée surtout dans la région de Paris (Champoux, s.d.). On suppose que, à l’extérieur de cette région, les gens avaient été en contact avec le français, mais qu’ils parlaient leur patois régional, comme le normand, le picard, l’aunisien, le poitevin, le breton (Leclerc, s.d.).
Même si les personnes ayant émigré au Canada avaient toutes une langue maternelle différente, la plupart d’entre elles connaissaient au moins quelques mots de français et les utilisaient pour communiquer avec les gens de leur entourage. Le français parlé par ces personnes comportait des particularités régionales, ce qui, selon moi, a contribué à la richesse du français québécois (Leclerc, s.d.). De plus, étant donné que « huit enfants sur dix allaient à l’école » et qu’on leur enseignait « une langue de qualité, celle du roi », ils et elles ont rapidement appris la langue (Champoux, s.d.).
Le français métropolitain a continué d’évoluer avec les années, tout comme le français québécois qui a toutefois conservé certains éléments du passé. Par conséquent, le français québécois n’utilise pas le même vocabulaire que le français métropolitain (par exemple « tuque » en français québécois pour « bonnet » en français métropolitain) et sa prononciation est influencée par l’ancien français (Leclerc, s.d.).
Des anglicismes sont utilisés à la fois en français québécois et en français métropolitain, mais ce ne sont pas les mêmes. Voici quelques exemples.
- En français québécois, on privilégie l’emploi de mots français plutôt que les emprunts à l’anglais. Ainsi, en France, on voit des panneaux « stop », alors qu’au Québec, il y a des panneaux d’arrêt.
- En France, on fait du shopping, mais au Québec, on fait du magasinage.
- En France, il y a des parkings, mais au Québec, on a des stationnements.
- En France, on vous souhaite un bon week-end, mais au Québec, on vous souhaite une belle fin de semaine.
- En France, on envoie un email, mais au Québec, on envoie un courriel.
À l’origine, l’Académie française avait notamment comme mission de « rendre [la langue] pure » (Académie française, s.d.). Dans un rapport publié en 2022, elle dénonce l’utilisation d’anglicismes à la place de mots français existants (Académie française, 2022). L’Académie essaie de donner des règles à la langue française. Malgré tout, plusieurs anglicismes restent assez courants en France.
Au Québec, les anglicismes peuvent être des noms, mais aussi des verbes (j’ai checké mes courriels), des adverbes et des adjectifs (anyway, c’est l’fun). On rencontre également des faux amis, c’est-à-dire des mots qui sont semblables en anglais et en français, mais qui n’ont pas la même signification (« questionner » dans le sens de to question, qui se traduit plutôt par « mettre en doute »).
Il y a aussi des mots qui ont des sens différents au Québec et en France. En français québécois, le mot « sous-marin » désigne notamment un type de sandwich, mais il n’a pas ce sens en France. Au Québec, le verbe « piger » a le sens de « tirer au sort, prendre quelque chose au hasard ». Ce sens n’est pas employé en France où ce verbe veut dire « comprendre, saisir ». On voit la même chose dans d’autres langues, dont l’anglais. Au Canada, on parle de fries et de chips, alors qu’en Grande-Bretagne, on emploie plutôt chips et crisps.
C’est probablement la langue familière qui pose le plus de défis de compréhension, car les expressions employées en France ne sont pas les mêmes qu’au Québec. En France, on emploie entre autres le verlan, qui consiste à modifier un mot en inversant ses syllabes. D’ailleurs, le mot « verlan » vient de « l’envers » prononcé à l’envers. Parfois, on modifie aussi l’orthographe. Voici quelques exemples : oit et oim (toi et moi), céfran (français), vénère (énervé), chanmé (méchant), reuss (sœur), meuf (femme) (Aubert, 2021).
Sauf pour ce qui est des expressions familières, je suis d’avis que le français québécois et le français métropolitain sont assez similaires. Les accents et la prononciation sont différents, mais ne nuisent pas à la compréhension de part et d’autre. Je vois trop souvent en ligne des commentaires selon lesquels le français québécois est incompréhensible pour les gens en France, mais je trouve que c’est une exagération. Le français québécois est beau et riche, et ses particularités font son charme.
Est-ce que vous connaissez une expression qui est unique au Québec ou à la France? Avez-vous des exemples de similitudes ou de différences entre les deux variétés? Dites-le-nous dans les commentaires!
Sources
Voir les sources consultées
- ACADÉMIE FRANÇAISE. « L’histoire », s.d.
- ACADÉMIE FRANÇAISE. « Rapport sur la communication institutionnelle en langue française », 3 février 2022.
- AUBERT, A-C. « Et si on parlait verlan? », La P’tite Gazette, Rutgers, 2021.
- CHAMPOUX, M. « Les débuts du français au Canada », Histoire et culture régionale du Québec, Université du Québec à Trois-Rivières, s.d.
- LECLERC, J. « L’implantation du français au Canada », Histoire du français au Québec, Université Laval, s.d.