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Table ronde : La prise en compte de l'utilisateur dans les technologies langagières

Katia Brien-Simard
Centre de recherche en technologies langagières

2012-12-10

La Foire annuelle de l'industrie canadienne de la langue accueillait cette année de nombreux conférenciers de renom. Une vaste gamme de sujets a été abordée et tous les participants y ont trouvé leur compte.

L'évènement de clôture, une table ronde intitulée La prise en compte de l'utilisateur dans les technologies langagières, a attiré de nombreux participants. Simon Mc Duff, président d'Okidoo, Pierre LeBel, gestionnaire de Services de traduction LinguisTech et Matthieu LeBlanc, professeur de l'Université de Moncton, étaient sur place pour interagir avec les participants. AnneMarie Taravella, doctorante de l'Université de Sherbrooke et traductrice agréée, agissait comme modératrice pendant la discussion. La séance a permis aux intervenants de répondre aux questions et aux préoccupations qui fusaient de toute part dans la salle.

Voici un aperçu des discussions qui se sont tenues lors de la rencontre.

Pourquoi est-il utile et nécessaire de prendre en compte les utilisateurs de technologies langagières?

La pratique de la traduction est en constant changement. Il faut se questionner sur les façons de mettre la technologie au service du traducteur et non l'inverse afin d'éviter l'asservissement de l'utilisateur.

On s'intéresse peu aux utilisateurs de technologies langagières, à leur grande surprise. Une recherche ethnographique sur les traducteurs au travail s'impose, notamment pour savoir dans quelle mesure ils utilisent les outils qui leur sont offerts. Selon les panélistes, la question des avantages et des désavantages des mémoires de traduction devrait être plus fréquemment abordée. Certains utilisateurs y sont réfractaires. Les pratiques connexes à la traduction telles que la facturation, le calcul de productivité et les solutions « tout-en-un » suscitent toutefois davantage de méfiance.

On assiste à l'expansion d'une nouvelle catégorie d'utilisateurs des technologies langagières issus du grand public, notamment les étudiants et les travailleurs autonomes. Cela engendre une nouvelle dynamique et les clients s'attendent à une réduction des coûts étant donnée la possibilité de prétraduire le texte. Trouvez-vous cette situation préoccupante?

Ce n'est pas nouveau. De nombreuses personnes utilisent par exemple Antidote et Linguee afin de faciliter leur travail, sans être pour autant des professionnels de la langue. Le besoin d'avoir recours aux services de professionnels demeure et cela ne constitue pas une menace à la profession. Les gens ont un désir de mieux maîtriser la langue et cela est plutôt rassurant! La question serait plutôt de savoir de quelles façons ces technologies sont utilisées.

Malgré tous les outils de traduction qui leur sont proposés, les panélistes continuent de privilégier la traduction humaine. Ils préfèrent souvent faire un emploi ciblé de ces outils. Cela constitue une occasion pour les novices de développer leur jugement critique, ce qui est important dans leur processus de formation.

Pensez-vous qu'on réussira à convaincre les utilisateurs des bienfaits des technologies langagières?

Selon les intervenants, on assiste actuellement à un changement de paradigme. On parlait d'abord des avantages et des commodités des technologies langagières. On se penche maintenant sur les désavantages associés à « l'imposition de solutions ». On souhaite être davantage consulté. Les traducteurs n'aiment généralement pas traduire un texte prétraduit. La plupart préfèrent traduire eux-mêmes, car, dans le cas contraire, ils doivent souvent recommencer le travail. Il est important de noter que certains traducteurs novices ne sont pas toujours familiers avec les outils des technologies langagières.

Certains traducteurs s'entêtent à ne pas respecter certaines tournures consacrées par leurs clients. Que pensez-vous de cette pratique?

Les mémoires de traduction ont leur utilité et sont souvent utilisées avec discernement. Il existe également un avantage phraséologique à les utiliser. Il faut toutefois tenir compte de l'opinion du traducteur, même si le client a ses préférences.

Les organisations vivent actuellement une période de refonte. Un nouveau modèle est appelé à émerger, car l'ancien est désuet. Il faut faire confiance à la relève et s'adapter aux changements. Il importe de se pencher sur les standards de qualité, puisque les temps changent.

Les traducteurs devraient pouvoir utiliser les outils qu'ils veulent. Cependant, ils gagneraient à ce que certaines normes relatives à la traduction soient instaurées.

Pouvez-vous nous relater des expériences heureuses ou inattendues vécues par des utilisateurs de technologies langagières?

Simon Mc Duff a relaté que, grâce aux technologies d'aide à la traduction, un traducteur avait été en mesure de traduire 50 000 mots en deux jours. Le gain de productivité rend les traducteurs heureux.

Les utilisateurs aiment les technologies, car elles les corrigent et leur donnent l'occasion de contourner les problèmes mineurs afin de se concentrer sur les problèmes majeurs.

Tout compte fait, l'utilisation des technologies langagières est généralement vécue de façon positive par les utilisateurs.

Round table panel
De gauche à droite :
Mme AnneMarie Taravella, M. Matthieu LeBlanc, M. Pierre LeBel et M. Simon Mc Duff.
Crédit photo : Jonathan Maher