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La construction identitaire au Québec : projet pilote dans la région du Pontiac

Association canadienne d'éducation de langue française (ACELF)

2011-11-28

Cet article est le premier d'une série de quatre.

Depuis l'été 2010, l'ACELF accompagne la Commission scolaire des Hauts-Bois-de-l'Outaouais dans la mise en place d'un projet pilote en construction identitaire dans la région du Pontiac, au Québec. Le projet vise à outiller les directions et les membres du personnel de six écoles primaires et d'une école secondaire dont la clientèle étudiante possède toutes les caractéristiques d'une clientèle en contexte francophone minoritaire. Une série de quatre articles vous permettra d'en connaître davantage sur la nature de ce projet rassembleur et sur ses retombées pour les élèves de la région.

Le français au Québec, majoritaire?

Enseignante de 5e et de 6e année à l'école primaire Notre-Dame-du-Sacré-Cœur de Chapeau, au Québec, Isabelle Nadeau a lancé un cri du cœur à l'été 2010 en faisant appel à l'expertise de l'ACELF en construction identitaire. Une expertise bien connue des éducateurs de langue française dans les communautés francophones du Canada, mais moins au Québec.

Au début des années 2000, l'ACELF a développé le modèle de la construction identitaire afin d'offrir aux jeunes évoluant dans un contexte où le français n'est pas la langue de la majorité les moyens de vivre pleinement leur identité francophone. Sur cette base, un ensemble adapté et cohérent d'activités, d'outils et de programmes est proposé aux éducateurs francophones.

Pontiac : portrait d'une clientèle étudiante au visage francophone

Ayant travaillé pendant quatre ans comme enseignante dans une école francophone au Manitoba, Isabelle Nadeau a eu l'occasion de connaître l'expertise de l'ACELF, mais elle a surtout pris conscience du double rôle joué par l'éducateur en situation minoritaire :  « En plus d'enseigner les matières, l'éducateur doit aussi se battre pour valoriser le français auprès des jeunes ». En arrivant dans le Pontiac, Isabelle a réalisé que ses collègues faisaient face au même double défi, mais que peu d'outils s'offraient à eux. « J'ai tout de suite pensé à l'ACELF pour nous aider, raconte Isabelle. Même si on est au Québec, la situation des élèves d'ici s'apparente drôlement à celle vécue par les francophones en situation minoritaire ailleurs au Canada. » En effet, selon
Lorraine Meilleur, directrice de l'établissement primaire Pontiac, « environ la moitié des familles de nos élèves sont anglophones et l'autre moitié s'exprime dans une variété du français qu'on appelle le pontiçois » .

La construction identitaire, c'est pour tout le monde

Si les premiers outils découlant du modèle de la construction identitaire ont d'abord été conçus pour le milieu éducatif francophone minoritaire, ils sont tout aussi applicables au Québec. « Un jeune qui va à l'école se développe pour devenir un adulte épanoui. Pour cela, il doit se donner une identité, explique Yves St-Maurice, président de l'ACELF. Et l'identité passe notamment par la culture et par la langue, et ce, peu importe si le jeune évolue dans un contexte majoritaire ou minoritaire. La construction identitaire, c'est pour tout le monde », poursuit-il.

Ainsi, « il était tout naturel pour l'ACELF de donner suite à la requête d'Isabelle », assure Richard Lacombe, directeur général. Pour accompagner la commission scolaire, l'ACELF a fait appel à deux expertes de la construction identitaire : Rita Tremblay, consultante en éducation pour l'ACELF, et Claire Thibideau, directrice générale de la Fédération canadienne des directions d'école francophone. Dès le mois d'août 2010, les deux femmes ont donc entrepris de rencontrer les directions et les membres du personnel des sept écoles de la Commission scolaire des Hauts-Bois-de-l'Outaouais situées dans la région du Pontiac. Dans un premier temps, l'objectif était d'établir le profil des élèves de cette région et, dans un deuxième temps, de sensibiliser le personnel scolaire à l'importance de prendre conscience que l'élève, qui ne vit pas dans la même langue que son école, a besoin d'un enseignement différent et qu'il doit être outillé adéquatement pour favoriser la construction de son identité linguistique.

La prise de conscience : premier pas vers le changement

À la suite des premières rencontres organisées avec l'ACELF, Isabelle a constaté que « la direction et les professeurs reconnaissent maintenant pour la plupart que nos élèves vivent dans un contexte particulier et que, contrairement à ce qu'on pourrait croire, le français n'est pas la langue majoritaire. C'est déjà un grand pas!, poursuit-elle. De plus en plus, on comprend aussi qu'en tant qu'éducateurs, on doit servir d'exemples positifs pour les élèves, en français ».

La prise de conscience est le point départ de tout processus de changement. Les directions et les membres du personnel des sept écoles de la région l'ont bien compris, ce pourquoi ils s'engagent depuis presque un an, en collaboration avec l'ACELF, à mettre en place des stratégies adaptées à leurs élèves dans le but, d'une part, de favoriser davantage leur réussite et, d'autre part, de renforcer positivement leur sentiment identitaire francophone. Vous découvrirez ces stratégies dans notre prochain article.