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La place de la poésie québécoise en Amérique latine

2013-06-10

Depuis janvier 2013, le projet TEPOQAL (Traductions Espagnoles de la POésie Québécoise en Amérique Latine) est disponible sur internet. Cette initiative, lancée par la professeure de l'Université du Québec en Outaouais (UQO) Madeleine Stratford et le Centre de recherche en technologies langagières (CRTL), retrace l'ensemble des œuvres poétiques québécoises de langue française ayant été traduites vers l'espagnol dans les pays d'Amérique latine. Grâce à TEPOQAL, il est maintenant possible de savoir quels poètes et quels poèmes ont été traduits et publiés dans les réseaux hispanophones de nos voisins du Sud. À ce jour, TEPOQAL est une base de données exhaustive et demeure un précieux outil pour quiconque désirant découvrir la place qu'occupe notre poésie à l'étranger. Afin de connaître l'étendue de ce projet d'archivage, LinguisTech a décidé de dresser le portrait de ce travail colossal mis de l'avant par Mme Stratford et ses collaborateurs.

Parcours d'une poète

L'estime que Madeleine Stratford a pour les langues nous est démontrée à travers son parcours. En plus de s'adonner à la poésie et à la traduction poétique, Mme Stratford a fait des études postsecondaires en littératures de langues allemande et espagnole puis obtenu un doctorat en traductologie de l'Université Laval. À l'époque, elle s'intéressait à l'œuvre de la poète argentine Alejandra Pizarnik et de la poète autrichienne Ingeborg Bachmann. Fruit du hasard ou de la providence, un professeur de l'Université Laval a proposé un jour à Mme Stratford d'aller donner une conférence sur la traduction et le Québec à Cordoba, en Argentine. Enthousiasmée par cette proposition, Mme Stratford s'est mise à faire des recherches sur les traductions espagnoles des poètes québécois afin d'alimenter son exposé. À sa grande surprise, la liste de traductions était plutôt longue, mais les œuvres manquaient à l'appel. Si les traductions espagnoles des auteurs québécois existent, elles sont, en contrepartie, souvent épuisées, mal répertoriées, ou elles n'apparaissent pas du tout dans les catalogues des bibliothèques. À cet égard, un travail de mémoire devait être entrepris.

Partenariat Stratford–UQO

En 2009, Madeleine Stratford a obtenu un poste de professeure à l'Université du Québec en Outaouais. L'idée de créer un projet de base de données bibliographiques répertoriant les traductions latino-américaines des poètes québécois lui trottait toujours dans la tête. Elle s'est bientôt vu octroyer une subvention de recherche de l'UQO et une autre du Fonds de recherche du Québec en société et culture pour démarrer son projet. Dans ce contexte, la présence du CRTL à l'UQO semblait être une belle coïncidence. En plus de fournir un appui à son projet, le CRTL lui a donné la flexibilité nécessaire pour le mener à terme. Dès 2010, Madeleine Stratford a formé une équipe de recherche constituée de collaborateurs, pour la plupart des étudiants au bacc. et à la maîtrise. Au cours des années suivantes, l'équipe Stratford a passé des heures à dépouiller les archives canadiennes et la presse écrite, à naviguer sur internet, à contacter des gens, des maisons d'édition, des poètes, et j'en passe. Ils ont cherché à partir des noms d'auteurs, des traducteurs et des maisons d'édition impliquées, toujours avec les mêmes critères de recherche, le tout dans le but de créer la première base de données virtuelle axée sur la poésie québécoise traduite en espagnol. Si les conditions gagnantes semblaient réunies, les obstacles ne manquaient pourtant pas. Dans certains cas, il existait plusieurs traductions différentes d'un même texte, dans d'autres cas, il fallait retirer du lot certains formats de publication pour ne retenir que les recueils et anthologies qui répondaient aux critères de recherche. Par ailleurs, la barrière de langue était aussi un obstacle lorsqu'il était question de tisser des liens à l'étranger. À cet égard, Mme Stratford pouvait heureusement compter sur son assistant Marco Suarez, lui-même originaire du Mexique. Rigueur et efficacité ont donc été les mots d'ordre de cette recherche bibliographique qui a duré trois ans. C'est dans ce climat que TEPOQAL a vu le jour.

TEPOQAL

Accessible sur le site Web de LinguisTech, TEPOQAL permet à quiconque de retrouver les poètes, poèmes et recueils ayant été traduits en espagnol et diffusés en Amérique latine. La plateforme est divisée en deux, soit TEPOQAL I et TEPOQAL II. TEPOQAL I (www) Avis d'hyperliens français contient une centaine de fiches bibliographiques des recueils et anthologies de poésie québécoise traduits du français vers l'espagnol et publiés ou distribués en Amérique latine de 1980 à 2011. Pour sa part, TEPOQAL II (www) Avis d'hyperliens français contient près de 700 fiches consacrées aux poèmes traduits dans les anthologies collectives, lesquelles sont répertoriées dans TEPOQAL I. Pour des raisons de droits d'auteur bien évidentes, on ne trouvera pas les poèmes publiés intégralement sur le site Web, mais bien la notice bibliographique permettant de retracer le passage du poète dans l'univers latino-américain.

Le « latin du Nord »

Au cours de l'histoire du Québec, la poésie a toujours été au service de son identité. De Gaston Miron en passant par Saint-Denys-Garneau, ses auteurs ont su se forger une place indéniable au sein de notre imaginaire collectif. À une époque postindustrielle où nous pourrions considérer ce genre littéraire comme étant dépassé, il est tout de même surprenant de constater que nous pouvons retrouver près d'une centaine d'œuvres québécoises traduites en Amérique latine, que le Québec existe à travers le regard d'autrui et que la sensibilité latine règne quelque part, entre nos deux univers culturels. Il est tout aussi intéressant de constater que le Mexique et l'Argentine sont les deux pays qui ont le plus publié nos poèmes et que ces publications sont probablement le fruit de rencontres, de voyages entrepris par les poètes d'ici afin de promouvoir l'art d'ici. Voici précisément ce que le projet TEPOQAL nous permet de constater : que le Québec s'exporte, qu'il est reconnu un peu partout dans le monde et qu'il a intérêt à s'exporter. Longue vie aux « Latins du Nord »!

Le lancement officiel de TEPOQAL a eu lieu le jeudi 4 juin au bar Tonik de l'Université du Québec en Outaouais, pavillon Taché.