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La langue crie démystifiée pour les réviseurs français et anglais

2013-06-17

La présence de plus en plus grande des langues autochtones dans la vie de tous les jours est certes très positive pour le multiculturalisme canadien. Par contre, pour les réviseurs de textes rédigés en anglais et en français, se retrouver face à des mots en langue crie peut constituer un véritable casse-tête.

En anglais comme en français, des guides stylistiques comme The Chicago Manual et Le Ramat de la typographie offrent des solutions pour presque tous les problèmes déjà rencontrés dans la langue écrite. L'Oxford English Dictionary et le dictionnaire Larousse se fondent sur des siècles d'étude spécialisée de la lexicographie. Pour la langue crie, pas de guide stylistique ni de dictionnaire pour couvrir toutes les variantes de la langue. Les prochains paragraphes vous aideront à comprendre pourquoi.

Fait : Le terme cri désigne à la fois une langue et une famille linguistique

On emploie souvent le terme dialecte pour désigner les différentes formes de la langue crie; du moins, c'est ce que font la majorité de ceux qui parlent cri, anglais ou français. Cependant, les linguistes s'entendent pour dire que ces dialectes sont en fait des langues différentes1. Les langues de cette famille sont aussi près les unes des autres que peuvent l'être l'anglais et le néerlandais ou encore le français et l'italien. Dans cette vaste zone géographique contenue entre les Rocheuses et le Labrador, la ligne de partage la plus définie suit à peu près la frontière provinciale entre l'Ontario et le Québec.

On trouve sur le site Wikipedia Commons (www) Avis d'hyperliens français la carte actuelle la plus précise qui soit pour présenter la répartition géographique des différents dialectes cris. De l'Ouest de l'Ontario jusqu'aux Rocheuses, la carte montre les quatre principales subdivisions de la langue crie : le cri des plaines, le maskegon (ou cri des marais), le cri des bois (aussi appelé le cri des rochers) et le cri de Moose. Selon certains locuteurs, le cri des plaines se subdivise encore entre les variantes du Sud et du Nord. Le nom le plus commun que les locuteurs de l'Ouest utilisent pour désigner leur langue est simplement le cri.

Au Québec et au Labrador, les subdivisions comprennent l'innu-aimun (le nom que l'on donne aujourd'hui aux langues montagnaise et naskapi), l'attikamek ainsi que des variantes du Nord et du Sud du cri de la baie James (aussi appelé le cri de l'Est). Comme c'est le cas dans l'Ouest, de nombreux locuteurs de l'Est désignent leur langue comme étant simplement le cri.

La première responsabilité du réviseur est donc de déterminer devant quelle langue de la famille linguistique crie il se trouve. Si, à première vue, il semble difficile de s'y retrouver, il faut se rappeler que ces noms ont été attribués par de tierces personnes, et non par des locuteurs du cri – et que le français a fini par les transmettre à l'anglais. Cela rappelle un peu Christophe Colomb qui appelait les peuples indigènes d'Amérique du Nord les Indiens.

Fait : Il existe des dictionnaires contemporains fiables pour un grand nombre de langues cries

Souvent, les idées fausses entraînent une attitude de laisser-faire par rapport aux langues autochtones écrites. La plus répandue? « Ces langues n'ont pas vraiment de forme écrite, on n'a qu'à les écrire comme elles se prononcent ». Avant l'invention de l'imprimerie et l'apparition de dictionnaires fiables, l'anglais et le français se trouvaient dans la même situation. Comme bon nombre de variantes cries sont en péril, la langue crie ne peut s'offrir le luxe d'une lente évolution de ses normes d'écriture. Les réviseurs qui tombent sur des mots et des expressions cris dans des textes anglais ou français ont une chance unique de contribuer à promouvoir l'établissement de normes d'écriture de la langue crie. Pour ce faire, ils peuvent consulter l'une des sources disponibles, dont les dictionnaires en ligne suivants :

Notes

Retour à la note1 Marguerite MacKenzie, Towards a Dialectology of Cree-Montagnais-Naskapi, thèse de doctorat, Université de Toronto, 1980 [en anglais seulement]. Voir aussi Jeffrey Muehlbauer, « Statistics Canada's 2006 numbers continue to confuse the mainstream press » (www) Avis d'hyperliens français, That Môniyâw Linguist. [en ligne], mis à jour le 21 février 2012 [en anglais seulement].
http://moniyawlinguist.wordpress.com/2012/02/21/