Gouvernement du Canada
Symbole du gouvernement du Canada

Le rôle des interprètes dans les zones de conflit

Barbara McClintock, trad. a.
Conseil des traducteurs, terminologues et interprètes du Canada

2012-04-02

Les interprètes jouent un rôle important puisqu'ils aident à établir des liens entre les gens. Dans les zones de conflit, ils risquent leur vie pour exercer leur métier.

En Iraq et en Afghanistan, les interprètes locaux, qui sont des locuteurs natifs mais qui n'ont pas nécessairement de formation en traduction, aident les troupes étrangères à comprendre les enjeux culturels et leur fournissent des renseignements essentiels pour faire face à des situations jusque-là inconnues. Les interprètes locaux jouent également un rôle capital pour les journalistes. Ils peuvent négocier et organiser des rencontres avec des chefs de groupes d'insurgés, par exemple. C'est ce qu'a expliqué Deborah Haynes, correspondante pour le Times, lors d'une conférence tenue le 28 octobre 2009 à l'Université Salford à Manchester en Angleterre, dans le cadre des activités organisées pour souligner les 25 ans du programme de maîtrise en traduction Aller à la note 1.

Deborah Haynes a passé deux ans en Iraq en tant que correspondante pour le Times de Londres. Les interprètes iraquiens traduisaient ses questions en arabe, puis lui traduisaient les réponses en anglais. Dans les zones de guerre, les journalistes étrangers ont absolument besoin de bons interprètes pour assurer leur protection. Mme Haynes se fiait à eux pour savoir quand la situation était dangereuse ou quand c'était le temps de partir Aller à la note 2.

Les interprètes ont généralement de bons contacts. Ceux qui sont engagés sur place parlent le bon dialecte et possèdent une connaissance de la culture qui est inestimable. Lors de la conférence à l'Université Salford, Deborah Haynes a indiqué que les interprètes professionnels venus d'autres pays arabes n'étaient pas d'une aide aussi précieuse puisqu'ils ne connaissent pas la culture locale ou le dialecte de la région. Elle a expliqué qu'en raison des tensions suscitées par le sectarisme, elle avait besoin d'un interprète parlant le kurde lorsqu'elle se trouvait dans une région kurde de l'Iraq. Dans les autres régions, elle devait être accompagnée d'un arabe sunnite ou chiite, selon l'endroit où elle allait.

Les interprètes : cible des insurgés

Selon Deborah Haynes, dans une zone de conflit comme en Iraq, quiconque travaille pour les forces d'occupation est considéré comme un traître par les groupes d'insurgés. Les interprètes iraquiens sont souvent la cible de militants appuyant al-Qaida et de milices chiites. C'est pourquoi certains préfèrent porter un masque pour éviter d'être identifiés.

La vie des interprètes après le retrait des troupes

Mme Haynes a écrit une série d'articles pour le Times sur les menaces dont ont fait l'objet les interprètes qui ont travaillé avec les forces britanniques. Par exemple, Mohammed Motlag, qui a travaillé pour l'armée britannique à Basra pendant cinq ans, s'est vu refuser sa demande d'admissibilité au programme de réinstallation des employés iraquiens en Grande-Bretagne parce qu'on le considérait comme un risque pour la sécurité. M. Motlag a raconté à Deborah Haynes que son fils de cinq ans s'est fait kidnapper en représailles à sa collaboration avec les Britanniques Aller à la note 3.

En 2008, Mme Haynes a reçu le premier prix Tony Bevins (aussi appelé le « Rat Up a Drainpipe Award » en anglais) pour son travail de journalisme d'enquête exceptionnel Aller à la note 4. Elle a également reçu le prix des médias d'Amnistie internationale pour l'excellence de ses reportages touchant aux droits de l'homme Aller à la note 5. Grâce à la série d'articles de Mme Haynes, la Grande-Bretagne a offert une compensation ou l'asile à des interprètes qui ont travaillé en Iraq Aller à la note 6. Plus récemment, en juillet 2011, l'Université Salford a remis à Deborah Haynes un doctorat honorifique en sciences pour son travail de correspondante en Iraq pendant deux ans et sa campagne pour le rapatriement des interprètes iraquiens en Grande-Bretagne Aller à la note 7.

Chapeau à tous les interprètes et journalistes travaillant dans des zones de conflit!


Retour à la note1 Events at the University of Salford (en anglais seulement) (Le lien original ne fonctionne plus.)

Retour à la note2 Deborah Haynes interview (en anglais seulement)

Retour à la note3 Dans The Times [lien non disponible] (en anglais seulement) ou le forum British Army Rumour Service (en anglais seulement)

Retour à la note4 Iraqi interpreter series by Deborah Haynes (en anglais seulement)

Retour à la note5 High profile Salford honorary graduates revealed (en anglais seulement)

Retour à la note6 Deborah Haynes wins investigative reporting award (en anglais seulement)

Retour à la note7 High profile Salford honorary graduates revealed (en anglais seulement)